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Varia sur la Passe #65

POUR UN PLUS DE CLARTÉ

par Esthela Solano-Suarez

L’événement des Journées et le débat sur la passe que l’on a vu éclore au JJ ont eu lieu entre la première et la deuxième réunion du Collège.

Notre Collège a pris plus qu’un temps de retard par rapport à ce mouvement d’une impulsion nouvelle. Lors de cette deuxième réunion, j’avais annoncé qu’il était donc crucial d’en tirer des conséquences, et d’enlever au plus vite le bâillon. J’appelais alors mes collègues à débattre sur la passe sans crainte, faisant preuve d’un certain courage, afin de « percer la trame de la passe de père en part » si nécessaire et de faire preuve d’une parole qui porte à conséquence. Dans ce sens, tous les maillons du dispositif, rappelais-je, devaient faire l’objet d’une analyse approfondie.

La passe nous confronte toujours au souci de clarté, aussi bien qu’à son corrélat d’opacité, comme l’ont évoqué très à propos Dominique Laurent et Marie-Hélène Brousse dans notre tour de table au Collège. La clarté et l’opacité dans la passe vont la main dans la main, et cela parce que la psychanalyse a parti lié à l’impossible. De ce fait, elle est traversée par l’opposition et l’incompatibilité radicale du réel et du semblant. L’exclusion du sens, propre au réel, n’épargne pas le dispositif de la passe. Il traverse sa temporalité. Dès lors qu’il y a impossible, il n’y a ni mode d’emploi, ni savoir articulé, ni profil qui vaille. Il est question d’art, de tact, de finesse, d’invention et de savoir y faire.

Le dispositif de la passe, conçu par Lacan, comporte un appareillage de semblant susceptible de nous permettre de cerner le réel en jeu afin de dissiper « l’ombre épaisse » recouvrant le passage de l’analysant à l’analyste. Le dispositif est défini comme étant un cadre stable, comportant des fonctions différenciées, incluant dans son fonctionnement un effet de temps qui lui est essentiel, sous la modalité de l’après-coup et de la hâte.

Le dispositif de la passe, comme celui de l’analyse, implique une certaine routine. Mais il n’est pas moins vrai que c’est juste ce qu’il en faut, pas plus, afin de loger en son sein l’inédit et la surprise. Trop de routine et trop de standard tue l’expérience. Il s’agit alors de faire la part entre un automaton nécessaire à la transparence, vis-à-vis des mauvaises habitudes qui prenant le devant ont contribué à étouffer la passe, à lui faire perdre son agalma, à la rendre obscure et opaque effaçant progressivement sa face de clarté. En effet, au fil du temps, au lieu de lever les opacités, nous les avons répandues par tout, à tous les niveaux du dispositif.

Nous avons perdu l’habitude insidieusement de l’enseignement des cartels. Ils se sont trouvés enfermés dans une routine de silence et par voie de conséquence se sont affranchis du devoir de transmettre aux autres ce que la passe leur aura appris. Le dernier enseignement des cartels sous la forme des soirées fut celui des cartels A5 et B5. Il aura fallu faire preuve de ténacité l’année dernière afin de contrarier ce silence et d’obtenir qu’il y ait au moins deux matinées de travail où chaque membre des cartels A9 et B9 aient présenté un texte.

Par ailleurs, il y a simultanément eu arrêt de la publication des rapports des cartels par la revue de l’École. La Cause freudienne N° 50 publia en février 2002 les rapports des cartels A5 et B5 . Je n’ai pas trouvé d’autres depuis cette date. Par la suite, les rapports parurent sous forme de brochure et furent distribués avec les rapports du Conseil avant l’A.G. Tout porte à croire qu’ils n’aient pas attiré l’attention des membres de l’École. De ce fait il n’y a pas eu pour les cartels aucun accusé de réception de leur travail, ni aucun débat portant sur ses énoncés.

J’ai évoqué ces points lors du nommé Mini Collège de la passe, qui s’est réuni en 2005. Mais de toute évidence, je ne me suis pas donné les moyens de me faire entendre.

L’inertie initiale de notre Collège reflète la série des disfonctionnements qui ont paralysé la passe. Les Journées sont venues introduire une exigence de clarté, nous secouant là où régnait la torpeur. Il serait question de reprendre, par le menu, les zones d’ombre qui étouffent la passe. Cette analyse implique de remettre sur le tapis la fonction de tous les protagonistes du dispositif : le secrétariat, les cartels, les passeurs, les passants, aussi bien que ceux qui en résultent comme produit à titre d’AE. Il ne s’agit pas ici de questionner les personnes, mais de recentrer le fonctionnement mettant en avant un ferme souci de clarté.