très envie des femmes aux amandiers

——– Message original ——–
Le 12 nov. 2011 à 19:01, Veronique Outrebon a écrit :

Pouvons-nous également nous escamper au théâtre ? Je pense à ces pièces,

DES FEMMES
Les Trachiniennes, Antigone et Electre de Sophocle
mise en scène de Wajdi Mouawad
Du mardi 22 novembre au dimanche 18 décembre 2011
Théâtre Nanterre-Amandiers

http://www.nanterre-amandiers.com/2011-2012/des-femmes

que j’ai très envie d’aller voir.

A vous,

Véronique Outrebon

DOSSIER DE PRESSE

à la tempête, molière

Bonjour à tous,

Le théâtre me semble en effet un art à escapader !

QUI?

Avec Do, Ley & Nou …

QUAND?

le samedi 3 décembre à 20h30 (durée du spectacle 1h30)

QUOI?

La folie Sganarelle  = L’Amour médecin / Le Mariage forcé / La Jalousie du barbouillé
de MOLIERE mis en scène PAR Claude Buchvald

OU?

au Théâtre de la Tempête
à la Cartoucherie,
43, route du champ de Manœuvre,
Paris 12ème.

Vous pouvez bien sûr vous joindre à nous, ainsi que les autres escapadiens!

DOSSIER DE PRESSE

COMMENT?

On peut réserver en ligne ou au 01 43 28 36 36 !

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Hier soir, sur l’île Seguin, j’ai sombré dans la féerie du Cirque du Soleil.

Corteo, le nom de cette féerie, s’est amusé des corps d’hommes et de femmes
qui se font cerceaux, corde, lustre, échelle ou ange, sous des rocks
d’enfer! On ne savait plus qui était corps, qui était objet! bref, une belle
illusion de l’existence du rapport sexuel!

La légèreté règne par la vitesse des corps qui s’amuse de la relativité
d’Einstein!

La lumière se fait odeur, l’odeur musique et la musique acrobatie, c’est
tout simplement beau et ça s’appelle Cortéo, du Cirque du soleil!

Alain

Ex vivo / In vitro à la Colline

Chers amis,

du 17/11/ au 17/12 au Théâtre de la Colline.

Ex vivo / In vitro

« À Dieu ne plaise !
La procréation telle qu’elle
était de mode,
Nous la déclarons une vaine
plaisanterie. »

(Goethe, Faust )

Qu’est-ce qu’engendrer, être engendré, d’où viennent les enfants ? Les nouvelles méthodes de procréation relancent les questions qui n’ont jamais lâché l’humanité. Après Tournant autour de Galilée et Les Variations Darwin, Jean-François Peyret et Alain Prochiantz continuent de croiser avec ludisme et humour l’imaginaire du théâtre et celui de la science, et reprennent la question “naître ou ne pas naître”, là où ils l’avaient laissée. Cherchant un écho actuel au conflit qui opposa Galilée à l’Église, ce n’est plus sur le terrain de l’astronomie qu’ils le trouvent, mais sur celui des technologies du vivant. Les positions paraissent inconciliables entre un discours religieux qui pose la vie comme un don, et celui d’une pratique scientifique et technique qui considère le vivant comme manipulable. Pour se pencher sur ces nouveaux berceaux: le scientifique, le médecin, le psychanalyste, l’anthropologue, et aussi le juriste, le prêtre, le politique. Sans oublier les “patients” : parents pour qui donner la vie n’est plus un événement plus ou moins heureux, mais un droit, et enfants qui ne savent pas, encore moins qu’avant, d’où ils viennent et revendiquent le droit à leur histoire.

suivie d’une rencontre le 21/11 avec Ansermet, Magistretti, Peyret, Prochiantz.

Rencontre “Un théâtre exposé à la science”

lundi 21 novembre à 20h30

À l’occasion de la création de la pièce Ex vivo / In vitro d’Alain Prochiantz et Jean-François Peyret La Colline organise une rencontre avec François Ansermet, psychanalyste, professeur de pédopsychiatrie à l’Université de Genève, chef du Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent aux Hôpitaux universitaires de Genève et directeur du Département universitaire de psychiatrie, Pierre Magistretti, professeur de neurosciences au Brain Mind Institute de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne et professeur de psychiatrie au Centre Hospitalier Universitaire de Vaudois et à l’Université de Lausanne, Jean-François Peyret, metteur en scène et Alain Prochiantz, neurobiologiste, professeur et titulaire de la Chaire des Processus Morphogénétiques au Collège de France.

D’être concerné, de s’exposer à la science (LA science, pour le dire vite), notre théâtre paraît parfois chercher midi à quatorze heures. Il ne serait pas de son ressort de se confronter aux questions parfois vertigineuses que tout un chacun se pose quand il prend connaissance quotidiennement des dernières “avancées” des sciences dont on ne sait pas si elles feront le bonheur de l’humanité ou la fin de l’espèce humaine. Tout un programme (de théâtre).

Je ne pourrai pas assister à la rencontre le lundi car j’ai une réunion forda en revanche je vais prendre des places pour la pièce. Vraisemblablement le samedi 10. Qui cela intéresserait-il ?

Amicales bises

Véro O.

débat sur EX VIVO IN VITRO

Bonjour Escapadeurs,

J’ai assisté au débat au théâtre de la Colline ce soir  avec le metteur en scène Jean-François Peyret, son co-auteur le biologiste Alain Prochiantz, ainsi que François Ansermet et Pierre Magistretti, professeur de neurosciences. Une fine équipe, pleine d’humour ! J’ai posté une demi-douzaine de tweets, où je tente de reprendre quelques points marquants du débat.

D

——

Dominique Chauvin

Les tweets de @doms3

Débat passionnant sur « Ex vivo in vitro » à la Colline. Il n’a pas du tout été question de la procréation médicalement assistée (AMP !)

mais du non-rapport entre art (ou théâtre) et science. Chaque intervenant a parlé de sa position subjective dans son champ propre.

Alain Prochiantz mentionnant un « sujet de l’art » vs  sujet de la science , François Ansermet le définit ainsi : le sujet étant réponse du réel

l’artiste est sujet de l’art en tant qu’il met en jeu une pratique symbolique particulière pour traiter l’impensable de ce réel.

Réplique géniale dans la pièce : avec l’AMP, je sais exactement quand j’ai été conçu mais pendant que la technicienne opérait

que faisaient mes parents ? L’irreprésentable recule d’un cran !

Alain Prochiantz : La science est le dernier refuge de la poésie (où l’on invente encore quelque chose).

Dans quelques jours, ce spectacle n’existe plus…

théâtre/performance

YVES-NOËL GENOD

je peux avec  Sigrid Bouaziz, Bram Droulers, Nicolas Maury, Jean-Paul Muel,
Marlène Saldana, Marcus Vigneron-Coudray
oui

jeu, mise en scène, scénographie Yves-Noël Genod

je peux samedi 3 et dimanche 4 décembre à 14h30
oui samedi 10 et dimanche 11 décembre à 14h30

//

Théâtre de la Cité internationale
17 Bd. Jourdan
75014 Paris

//

tarif plein 21 € • tarif réduit 14 €
vendredi tarif réduit pour tous 14 €
moins de 30 ans 10 €
renseignements, location :
www.theatredelacite.com • 01 43 13 50 50 (14/19h) ou chez les revendeurs FNAC, Théâtre on line, Crous, Kiosque-jeune, Kiosque Théâtre

//

Extraits du blog d’Yves-Noël Genod

– je peux / – oui


Je peux, Photo Marc Domage. Marlène Saldana, Jean-Paul Muel.

posted by Yves-Noël Genod, le dispariteur at 12:23 PM 0 comments

Ça s’est bien passé ! Le beau monde des aficionados était là, merveilleux surgissement de printemps (que l’on nourrit au champagne). Ça continue demain, jeudi et après-demain, vendredi en avant-première ouverte sans réservation – venez aider les acteurs à vous aider ! – Officiellement, c’est ensuite ce week-end, dans tous les cas, à 14h30 (nécessité de la lumière du jour). Puis un autre spectacle dans le même lieu, la semaine prochaine, plus théorique (je serai dedans) avec un seul jour d’avant-première, le vendredi 9 et le week-end en réservation.

C’est au théâtre de la Cité internationale (01 43 13 50 50) et ça s’appelle – je peux / – oui

posted by Yves-Noël Genod, le dispariteur at 10:59 AM 0 comments

Nouveau communiqué

Moi, mes amis, je ne sais pas
comment les contacter. J’ai demandé à la Cité combien de
détaxes on pouvait avoir. Illimité. Illimité ? Oui,
illimité car ça s’adresse aux amis… Les amis ? Les amis,
c’est illimité ou c’est limité ? La Cité, ils ont dû faire
beaucoup, beaucoup de réunions pour finalement décider
que, non, les amis, ça ne se contactait pas sur Facebook.
Donc je rajoute : place à dix euros en donnant mon nom,
mais dans la limite des places disponibles. Quand la Cité
estimera qu’il y aura trop de places à dix euros, ils
arrêteront. De toute manière, je suis intéressé car je
suis à la recette. Moi, ce qui m’intéresse, c’est que le
plus de monde voit mon spectacle, que je n’ai pas bossé
pour rien – et les acteurs, voilà !

posted by Yves-Noël Genod, le dispariteur at 12:29 PM

// // //

Sous l’influence – excusez du peu – de Jorge Luis Borges,
Yves-Noël Genod propose des performances qui ne parlent de rien.
En général, les titres choisis rajoutent à l’ambiguïté. Elles ne
parlent de rien parce que – premièrement – la beauté est une
sensation physique (ou ne sera pas) et parce que – deuxièmement –
elles sont adressées. Ainsi « c’est vous qui remplirez les cases
et vous ne rendrez pas le formulaire ». C’est une administration
du bonheur.
Yves-Noël Genod déploie, dans un décor d’après-midi d’hiver, une
pièce de groupe et un solo désolé autour de la figure de la
chanteuse Barbara. Il s’agit des deux faces d’une même monnaie,il
est conseillé de voir les deux !
L’invraisemblance, c’est la naissance. L’état de l’apparition. Are
you a question or an answer ?

//

Surtout ne rien faire

Malmö, le 7 octobre 2011

Je voudrais que tout soit réglé avant le premier jour des répétitions, le 4 novembre.
C’est une question de méthode, j’en parle et reparle très souvent, ce n’est pas une
méthode absolue, mais elle a produit tant de chefs d’oeuvre jusqu’à Haschich à
Marseille, la semaine dernière… La méthode, en deux mots, c’est surtout NE RIEN
FAIRE. C’est ce que j’exige (de manière dictatoriale) des acteurs et des artistes avec
lesquels je travaille. C’est bien sûr ce que j’exige de moi-même. Et j’appelle ça le
VRAI travail, en plus. Bon, pour que cette méthode soit réalisable, il faut donc que
tout soit réglé avant le début du « travail ».
Yves-Noël Genod

(extrait d’un mail adressé à Pascale Henrot)

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Ex vivo / In vitro, après-coup, Ô solitude (1,2,3)

//

#1

Sujet: [escapadesculturelles] Ex-vivo, In-vitro, après-coup, ô solitude
Date : Sun, 11 Dec 2011 19:21:18 +0100
De : Caudron Géraldine
Pour : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr

Bonsoir,

Dans l’après-coup de la pièce « Ex vivo / In vitro », à propos de la procréation médicalement assistée, pièce que j’ai beaucoup aimée, j’ai eu envie de relire quelques pages de Ô solitude de Catherine Millot. J’ai été mise sur la voie du retour à ce texte par la conversation que nous avons eue, hier soir, avec Catherine, Vanessa et Alain, avant la représentation, conversation qui tentait de reprendre ce qui avait été formulé et entendu lors de la dernière soirée des AE, en quête de ce qui constitue l‘incarnation, le propre même de l’existence et de son « insondable décision de l’être« .

Un chapitre m’a semblé faire lien, et résonner avec la question de l’origine de la vie humaine, en voici quelques extraits librement choisis:

p. 143, « Au commencement, il y a l’Autre et rien d’autre. Il est sans limites, il est l’air qu’on respire, qui force les poumons à s’ouvrir au temps du cri premier. Et nous commençons par nous tenir dans son aire. »

p. 144 « La capacité d’être seul s’édifie selon des strates successives » …
« la plus ancienne de ces strates, que j’appellerais celle de « l’avant-monde » ou de « l’avant-moi« , est l’assise de toutes les autres. C’est la plus mystérieuse, car elle appartient, comme disait Chateaubriand, « à l’âge où la vie n’a pas de souvenir et apparaît de loin comme un songe ». Son fond d’inconnaissable en fait le réceptacle de nos fantasmes… »

p. 145 « …un état primitif de la subjectivité? C’était l’avis de Freud: « tout est conservé d’une manière ou d’une autre et peut reparaître dans des circonstances favorables » …

« l’infini, disait Michaux, à tout homme dit quelque chose de fondamental, parce qu’il en vient. »

Enfin, p. 154, est le passage qui m’avait beaucoup interpelée quand j’ai lu le livre et dont je voulais vous reparler ici:

« pour ma part, j’avais un jour rapporté à Lacan un souvenir bizarre. Je me rappelais, lui disais-je, avoir eu dans l’enfance le souvenir du temps où j’étais dans le ventre de ma mère. C’était un souvenir au second degré: le souvenir d’un souvenir oublié. Lacan m’avait dire alors qu’il était physiologiquement impossible que le cerveau, dans son état d’inachèvement, garde une trace des impressions de la vie fœtale. Mon souvenir de souvenir était un fantasme, affirmait-il, par lequel s’exprimait « ma structure », ce qui me laissa perplexe. »

A y revenir plus loin,

Bien à vous.

Géraldine.

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19:25

J’ai trouvé la vidéo Philosophie sur http://videos.arte.tv/fr/videos/philosophie-4298158.html très à propos!

Géraldine.

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#2

From:véronique müller
To: escapadesculturelles@yahoogroupes.fr
Sent:Monday, December 12, 2011 4:16 PM
Subject: Re: [escapadesculturelles] Ex-vivo, In-vitro, après-coup, ô solitude

géraldine,

est-ce que tu penses que l’opposition marquée par Lacan au souvenir ramené par catherine millet est inappropriée,
dans la mesure où une forme de souvenir aurait pu exister,
de la même façon que dans son témoignage d’AE,
Hélène Bonnaud, de par l’intervention de l’analyste s’est rendu compte, a réalisé
à quel point une phrase dite par son père avant sa naissance,
« si c’est un garçon, on la jette par la fenêtre »,
avait marqué toute son existence,
induit dans son comportement ses tentatives d’échapper à un certain appel du vide, que le hasard seulement, la contingence a pu ramener sur le tapis de l’analyse. qu’il y avait là un point qui a marqué sa la vie entière et qui n’aurait pu cependant être atteint par l’analyse, autrement que par hasard.

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#3

Sujet: [escapadesculturelles] Re: Ô Solitude
Date : Tue, 13 Dec 2011 05:36:04 +0100
De : Dominique Chauvin
Pour : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr

Géraldine, Véronique,

Il me semble que les deux souvenirs dont tu parles, Véronique, ont des statuts différents.

  • Celui de Catherine Millot, dont elle dit que c’est « le souvenir d’un souvenir », n’a aucun contenu précis. Ce type de « souvenirs » n’est pas si rare et, si j’en crois ma petite expérience, ils se présentent généralement sur ce mode. Pas de signifiants, donc, pour faire « écho dans le corps ».
  • Dans le cas d’Hélène Bonnaud, la phrase du père (« Si c’est une fille, on la jette par la fenêtre ») s’adressait à sa sœur aînée, qui la lui a rapportée quand elle a été en âge d’être « percutée » par les signifiants (terme de Miller). C’était très clair lors de la soirée du 15 novembre. Moins la dernière fois. Cette phrase est restée hors-sens, « tombée dans le corps« , dit-elle. Elle peut en fait se réduire à trois signifiants : jeter – fenêtre – fille.

D’autre part, elle souffrait de vertiges, c’étaient des « événements de corps » auxquels elle ne pouvait attribuer aucune cause. Mais la nécessité de s’arracher à ce vertige, à cette chute, avait constitué le symptôme.

Cela l’a conduite à beaucoup méditer la page 25 du séminaire XI [Je cite un peu plus longuement] :

« Voyez d’où [Freud] part – de l’Étiologie des névroses – et qu’est-ce qu’il trouve dans le trou, dans la fente, dans la béance caractéristique de la cause ? Quelque chose de l’ordre du non-réalisé. […] L’inconscient, d’abord, se manifeste comme quelque chose qui se tient en attente dans l’aire, dirai-je, du non-né. […] Cette dimension est assurément à évoquer dans un registre qui n’est rien d’irréel, ni de dé-réel, mais de non-réalisé . […] ce que Freud appelle le nombril – nombril des rêves, écrit-il pour en désigner, au dernier terme, le centre d’inconnu – qui n’est point autre chose, comme le nombril anatomique, que cette béance dont nous parlons. »


Je trouve aussi, p. 31 : «  La béance de l’inconscient, nous pourrions la dire pré-ontologique. […] ce n’est ni être, ni non-être, c’est du non-réalisé. »

Merci beaucoup pour Grünewald. C’est très très intéressant.

Dominique.

Ex vivo / In vitro // Pas naître

11/12/2011 19:58

De l’amitié se crée sans souci à travers nos jeunes escapades.

Un fil se tisse entre nous, sans tisseur: ou bien alors, bande de moebius oblige, c’est l’art et la psychanalyse qui nous tissent.

Que dire d’EX VIVO/ IN VITRO?

Un voile de cordes, en guise de rideau,
Des JE ( 3 hommes et 1 femme ) devant ce voile, derrière et à travers ,
Incessantes traversées de paroles de la poésie à l’information scientifique, de Freud à la politique, du meeting au débat intérieur!

C’est un pas tout à fait cela, et en même cela, servi par des acteurs admirables, tenant dans leurs mains l’objet de leur délire.
Les cordes, à la fin, chutent ! D’elles, sera dégagé un homme, par les autres, de leurs mains.

Morale de ce conte: pas naître est une maladie dont on ne guérit jamais!
Quant à savoir d’où viennent les enfants, mystère et boule de gomme !

Faites encore quelques tours sur la bande de moebius, sinon, coupez au travers!

Bonne soirée, de chez moi!

Alain
Envoyé de mon iPhone

Ex vivo / In vitro, après-coup, Ô solitude (4,5)

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#4

Re: Ex vivo / In vitro, après-coup, Ô solitude

Le 11 déc. 2011 à 20:26, Alain Gentes  a écrit :

Chère Géraldine,

Solitude, Existence d’avant l’Essence, Infini, peut-être Jouissance féminine,
autant de signifiants pour dire ce qui se vit, ce qui se jouit, avant le sujet du signifiant.

Pourtant, à lire Litturaterre, j’ai le sentiment que Lacan fait surgir la lettre après le signifiant.
Avec le YADL’UN, comme origine, comme zéro, l’infini se limite, pour chacun!

Quelle phrase de Michaux!!! En connais-tu la référence?

Bises

Alain Envoyé de mon iPhone

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#5

Sujet: Re: [escapadesculturelles] Ex-vivo, In-vitro, Michaux, Freud, ô solitude…
Date : Mon, 12 Dec 2011 01:17:18 +0100
De : Caudron Géraldine
Pour : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr

Chère Véronique, chère Catherine, Cher Alain, chers amis,

Alain, à propos de Henri Michaux, cité par Catherine Millot, j’ai trouvé ceci :

« L’homme est un enfant qui a mis une vie à se restreindre, à se limiter, à se voir limiter, à s’accepter limité.  Adulte, il y est parvenu, presque parvenu. L’infini, à tout homme, quoi qu’il veuille ou fasse, l’Infini ça lui dit quelque chose, quelque chose de fondamental. Ça lui rappelle quelque chose. Il en vient. » « Les Grandes épreuves de l’esprit – Et les innombrables petites »  (1966)

http://passionpoesie.over-blog.com/80-categorie-566088.html

(Henri Michaux, dont nous avons vu récemment l’émouvant portrait photographique par Claude Cahun, a également écrit un recueil de textes qui s’appelle « la nuit remue », je vais aller y voir! )

Le lien avec Ex-vivo, In vitro, me demande Véronique?

Il y a ce qu’Alain a très joliment repris de « ne pas naître…  » et toutes les questions sur le vertige de l’origine, le mystère de la vie humaine, avec la particularité de comment fait-on les bébés aujourd’hui,  qui traversent la pièce, et qui faisaient écho pour moi aux questions des AE.

(Avis: nous cherchons à nous procurer le texte de la pièce, il est vraiment riche en références…)

Associations libres et recherches improvisées de lectures…

p. 151 de Ô Solitude, Catherine Millot toujours, citant Freud :

« Pour lui, dont le pessimisme s’accompagnait toujours de compassion, le désir premier et dernier, le désir fondamental, le désir le plus puissant est celui de n’être pas né, et, à défaut, de retourner d’où l’on vient, dans la chaleur et l’obscurité, recroquevillé en un étroit paquet. Même les adultes, disait-il, ne sont jamais entièrement venus au monde: Pour un tiers, nous ne sommes tout bonnement pas encore nés. »

Oui, merci  Catherine de  resserrer la problématique de la pièce  en la situant en rapport avec nos sujets du moment, et ce que tu précises des mutations dans l’ordre symbolique au XXIème s.:  Quel que soit le mode de conception, nous restons des êtres parlants, il y a le langage, le désir énigmatique de l’Autre, la marque du signifiant sur le corps, la chair signifiante… ce qui fait l’insondable ou « l’indécidable » décision de l’être? …

Promis, je démêle un peu les fils Véronique et je préciserai davantage ma pensée..avec vos commentaires.

Belle nuit.

A bientôt.

Géraldine.

Envoyé de mon iPad

Ex-vivo, In-vitro, après-coup, ô solitude (6)

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#6

Chers tous,

Je crois que la pièce que nous avons vue, « Ex-vivo, In vitro », résonne vraiment bien avec nos sujets d’actualité, en particulier sur les mutations du symbolique: Paternité, maternité, qu’est-ce que cela veut dire aujourd’hui? Ce ne sont plus que des fixions, comme le mariage, l’enfant conçu dans « l’amour », etc. Autant la chanson dans la forêt qui féconde ou les débris dans la mer, pourquoi pas, ce n’est pas plus fou. Reste la génétique, attribut de la science, mais qui ne nous fait guère humain. Le sujet hypermoderne marque bien que « il n’y a pas de rapport sexuel »: issu de 2 pères et d’une ou deux mères (selon les nécessités de porter, d’adopter, de féconder, etc…), et sœur jumelle de son ainée de 10 ans ou fille de son oncle, ou nièce de son arrière grand-père (avec la PMA et la congélation, tout est possible), l’individuel de la jouissance est dévoilé. Reste, en opposition à la science, le langage, recelant en son cœur le réel du non-rapport, mais noué au désir de l’Autre, qui même s’il nous embête, nous fait humain!

Catherine Decaudin.

Ex vivo / In vitro, la dernière corde… (1)

Le 12/12/2011 12:29, Veronique Outrebon a écrit :

Bonjour les amis,

J’ai quelques mails de retard. J’ai lu avec intérêt vos commentaires sur Ex vivo in vitro pièce que j’ai beaucoup appréciée moi aussi. Que pensez-vous de la dernière corde demeurée sur la scène après que les autres soient tombées? Elle relie l’homme à un cordon? vers le ciel ? Mystère des origines ?

J’ai trouvé cette petite poésie que dit Peter Handke co-auteur du film « Les ailes du désir » avec Wenders. Je ne sais pas si vous avez vu le film, à moi il laisse un souvenir impérissable.

Lorsque l’enfant était enfant,
Il ne savait pas qu’il était enfant,
Tout pour lui avait une âme
Et toutes les âmes étaient une.

………

Lorsque l’enfant était enfant, ce fut le temps des questions suivantes :
Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi … pas là ?
Quand commence le temps et où finit l’espace ?
La vie sous le soleil n’est elle pas qu’un rêve ?
Ce que je vois, entends et sens, n’est-ce pas…simplement l’apparence d’un monde devant le monde ?
Le mal existe t-il vraiment avec des gens qui sont vraiment les mauvais ?
Comment se fait-il que moi qui suis moi, avant de le devenir je ne l’étais pas, et qu’un jour moi… qui suis moi, je ne serais plus ce moi que je suis ?

D’où l’on vient, qu’est ce qu’on fait là et où l’on va. Qu’est ce que le monde ? Une illusion, moi-même ne suis-je qu’une illusion etc.

Bises à tous V.O

——– Message original ——– Origine, Zéro, Yadl’un


——– Message original ——–
Sujet: Re: [escapadesculturelles] Ex-vivo, In-vitro, après-coup, ô solitude
Date : Mon, 12 Dec 2011 16:27:14 +0100
De : véronique müller
Pour : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr

al’ain,

faut-il croire au yadl’un comme à un zéro, je ne le dirais pas,

et yadl’un rend-il possible la limite, est-ce sûr?

je ne peux m’empêche de songer au UN – ah mais c’est un DEMI, c’est vrai – de la tortue, à coup duquel elle avance, pour aller de zéro à un,
traverser cet espace de la jouissance féminine

v

Le 11/12/2011 20:26, Alain Gentes a écrit :

> Avec le YADL’UN, comme origine, comme zéro, l’infini se limite, pour chacun!

 ——– Message original ——–
Sujet: Re: [escapadesculturelles] Ex-vivo, In-vitro, après-coup, ô solitude
Date : Mon, 12 Dec 2011 17:06:02 +0100
De : Alain Gentes
Pour : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr

Vé,
Je rentre d’une séance, et avant de recevoir, je tombe sur ton mail. Et comme j’ai  » l’être et l’un » à portée de main, je réponds: oui, c’est ma lecture du cours de Miller du 16 mars 2011. Il y a deux zéros en Un!!!
Je t’envole la photo de la page. Mes patients m’attendent.
Al’un !

Envoyé de mon iPhone

——– Message original ——–
Sujet: [escapadesculturelles] Origine, Zéro, Yadl’un
Date : Mon, 12 Dec 2011 17:07:46 +0100
De : Alain Gentes
Répondre à : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr
Pour : Escapades Culturelles

À Vé et aux autres .

 

——– Message original ——–
Sujet: Re: [escapadesculturelles] Origine, Zéro, Yadl’un
Date : Tue, 13 Dec 2011 00:50:14 +0100
De : Catherine Decaudin
Pour : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr

C’est super Alain, d’avoir retrouvé ça pour nous! Je comprends mieux pourquoi on parle d’inexistence, au sens d’un effacement et non pas d’un préalable néant: Si il y a, alors, il peut ne pas y avoir, ce qui formalise un zéro, et après on peut compter…cela peut aussi éclairer la question du « Penisneid « pour la femme: Il y a, « elle a vu cela etc. dit Freud », donc pour elle il n’y a pas…D’où le « vertige féminin » du Un au Zéro. Ce zéro, inscrit comme manque, qui compte pour Un tout de même permet la suite phallique. Géant!!!
Catherine

 

——– Message original ——–
Sujet: Re: [escapadesculturelles] Ex-vivo, In-vitro, après-coup, ô solitude
Date : Tue, 13 Dec 2011 19:48:26 +0100
De : véronique müller
Pour : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr

oui, alain,

pourtant, des souvenirs de lectures de miller qui se sont imposées à moi, qui ont été très importantes, me disent ceci:

pour passer du cardinal (du 1 1 1 1 ou du +1 +1 +1 … de l’identification, de la répétition du même)
à l’ordinal, à la suite des nombres (à la possibilité de l’histoire, du temps),
il faut avoir posé le zéro (ça se trouve dans le texte intitulé je crois la suture que j’avais posté en son temps sur le blog empreintes digitales)
(et poser ce zéro ne va pas de soi) (ça a été une découverte mathématique postérieure à celle du 1 ai-je répondu hier à jules qui me demandait en devinette « quel était le plus ancien des chiffres? »
quand je lui avais répondu : « 1 »
il m’a dit « faux ! c’est zéro ! »
je lui ai dit que même si le zéro était antérieur dans la suite des nombres,
il était postérieur dans l’histoire des nombres. avant le zéro il y a le manque, et dans la faille du manque s’engouffre l’un primordial (j’invente))

donc pour poser le zéro, il faut penser l’effacement, et il faut qu’il y ait cet acte de nomination (enfin là je me risque un peu) du zéro.

et, dit miller dans suture du sujet, la place du zéro, c’est le sujet.

il n’y a pas le sujet tant que dans une analyse, le sujet n’accepte pas ou n’aperçoit pas qu’il a à se séparer d’une identification fondamentale ( je pense ici à un autre texte, de r. warshwski, où elle parle d’une analysante identifiée à la shoah. et c’est à partir du moment où elle pose la question : si je suis de la génération 2, mes parents de la génération 1, qu’en est-il de la génération zéro? c’est, du moment où elle pose le zéro qu’elle peut concevoir le concept de la génération, de la succession plutôt que de l’identification. et que son histoire à elle, comme sujet, peut commencer. parce qu’elle a entendu que c’était ce qui comptait dans ce qu’elle venait raconter à un analyste qui pourtant n’avait même pas connu ça (la shoah))

à tout hasard je vous livre ici un rêve récent, au sortir duquel, en pleine nuit, dans l’effroi, je me suis dit : « Muller et Muller! S1, S2! l’holophrase! mais comment séparer le même?! » muller et muller, son nom à mon père et le mien. c’est ça, qui est à décoller. pour ça, il faut se compter comme zéro et concevoir que le sujet n’est qu’une place dans la chaîne signifiante.

je te relis et relis miller, et relis warshawski, et relis catherine, plus sérieusement plus tard.

v

nb: dit probablement trop rapidement: je dirais même qu’il y a dl’un qui ne s’efface pas, du trop pl1. qui ne rentrera pas dans le compte. extime à la suite des nombres. et donc destiné à la répétition.

 

——– Message original ——–
Sujet: Re: [escapadesculturelles] Origine, Zéro, Yadl’un
Date : Tue, 13 Dec 2011 19:59:46 +0100
De : véronique müller
Pour : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr

les textes auxquels je faisais allusion :


Du zéro au septième million : Israël et l’Holocauste de Rivka Warshawsky http://empreintesdigitales.wordpress.com/2011/03/22/du-zero-au-septieme-million/

Sa question était celle d’un traitement du réel par le symbolique, une opération de Frege. « Du zéro manque au zéro nombre, se conceptualise le non-conceptualisable.» Le silence tenu jusque-là par cette analysante signait l’échec de la symbolisation du réel de son histoire familiale – travail de symbolisation qui, avec l’apparition du nombre, pouvait commencer.

La suture (ÉLÉMENTS DE LA LOGIQUE DU SIGNIFIANT)
http://empreintesdigitales.wordpress.com/2011/03/23/jacques-alain-miller-la-suture-elements-de-logique-du-signifiant/

 

——– Message original ——–
Sujet: Re: [escapadesculturelles] Ex-vivo, In-vitro, après-coup, ô solitude
Date : Tue, 13 Dec 2011 22:40:14 +0100
De : Catherine Decaudin
Pour : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr

Chère Véronique,
Je suis d’accord avec la pertinence de cette phrase de JAM que tu as retrouvée, « la place du zéro, c’est le sujet ». C’est la place aussi de celui qui parle, S barré, qui a établi un rapport au grand Autre, et pourquoi pas, qui parvient en fin d’analyse à se nommer, ou « nominer ». Mais la question reste: Est ce que le passage du Un au zéro, assumé comme manque est à proprement parler , par excellence, « l’effort féminin »? Le « vertige féminin » dont ‘Hélène Bonnaud a si bien témoigné va dans ce sens: Vertige éprouvé dans son corps entier, depuis toute jeune, avec plein de symptômes (mal de ventre, de tête, etc…), vertige qu’elle élucide finalement d’avoir en permanence à s’arracher au « décrochage », produit par cette phrase paternelle restituée par sa soeur, « si c’est encore une fille, je la jette par la fenêtre ». Il me semble que l’on peut rapporter cela au « Penisneid » freudien, Roc de la castration, et aller plus loin, comme le fait Lacan, en saluant l’effort féminin, l’effort du manque éprouvé comme « Autre jouissance », abîme, mais non comme nullité.
Pour rejoindre notre débat sur « Ex vivo, In vitro », cela permet tout de même qu’il y ai deux sexes, et pas plus, pas moins, même si par ailleurs, tout se mélange aujourd’hui…
Bien à vous tous
Catherine

 

——– Message original ——–
Sujet: [escapadesculturelles] Zéro, mon héros Un!
Date : Wed, 14 Dec 2011 00:20:30 +0100
De : Alain Gentes
Pour : Escapades Culturelles

Chères Veronique, Catherine, Nou & Do,
Que de plaisir à vous lire, à voir la transformation de nos escapades en joutes verbales.
Je sors d’une soirée ACF à Bergerac, où j’ai eu plaisir de découvrir dans Freud ( Moi et Ça, p261, in essais de psychanalyse) l’existence d’un 3ème Ics, qui ne soit ni le Pcs, ni l’ics refoulé.
Il ne dit pas réel, mais c’est tout comme!
Revenons à nos moutons.
Ok: le mouton zéro, c’est le sujet!
Mais avant lui, il y a le mouton Un, qui, par son effacement, produit le mouton Zéro, à partir duquel on se met à compter, à conter les moutons: ce qui endort, bien évidemment!
Le réveil, père-cutant, n’est, s’il est, qu’à retrouver le mouton Un, père du.
bye, bye
À l’un.

Envoyé de mon iPhone

——– Message original ——–
Sujet: [escapadesculturelles] Qui est premier: O ou 1 ?
Date : Wed, 14 Dec 2011 00:29:59 +0100
De : Alain Gentes
Répondre à : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr
Pour : Escapades Culturelles

Joli débat avec Jules, Vé!
J’ajouterai qu’au commencement est le Un, rencontre matérielle et sonore d’ un mot avec le corps. Son effacement produit le zéro, comme origine et comme MANQUE!
allez, voy a bailar en la cama!
Besitos !
Alain

Envoyé de mon iPhone

 

——– Message original ——–
Sujet: Re: [escapadesculturelles] Zéro, mon héros Un!
Date : Wed, 14 Dec 2011 00:34:00 +0100
De : Catherine Decaudin
Répondre à : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr
Pour : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr

> En attendant le printemps..
http://www.youtube.com/watch?v=PxMjenL4k-g&feature=related
>

——– Message original ——–
Sujet: [escapadesculturelles] Nom et Nom !
Date : Wed, 14 Dec 2011 00:36:22 +0100
De : Alain Gentes
Répondre à : escapadesculturelles@yahoogroupes.fr
Pour : Escapades Culturelles

Démonstration percutante à partir de ton rêve!
Véronique, il serait dommage de perdre nos échanges, peut-on les conserver?
Bye, bye
Je sombre!
Alain

Envoyé de mon iPhone

[ Illustration:  Georg Baselitz, Volk Ding Zero Ξ  à voir jusqu’au 29 janvier au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (MAM) ]

Ex vivo / In vitro, la dernière corde… (2) // la corde des noeuds freudiens

Le 15 déc. 2011 à 11:24, véronique müller a écrit :

la dernière corde, je me demande si le metteur en scène n’en parle pas dans l’une des vidéos de répétitions – faut que je retrouve laquelle. il en parle, je crois, comme du fil rouge, de cela dont ils sont partis et qu’ils n’auraient pas dû quitter, sur quoi donc ils terminent. c’est la corde des nœuds freudiens.

ah voilà la vidéo à laquelle je pensais, elle s’intitule « nœud »:

Bouts de rushes.
n°58
Répétitions du spectacle ex Vivo / In Vitro de Jean-François Peyret et Alain Prochiantz, Petit Théâtre, Théâtre National de la Colline, novembre 2011.
Jean-François Peyret, metteur en scène.
Filmé par Stéphanie Cléau.

 

– Nous v’là face à la scène primitive…
– Oui, c’est la fin et on n’aurait dû parler que d’ça au fond
[…]
– On a perdu ça aussi: la naissance et la mort… Alors, c’est peut-être pour la fin… (c’est le metteur en scène qui parle)
[…]
– Au fond t’as plus de père quoi. T’en as deux, ou trois, ou des trucs comme ça, mais….


corde, ligne, lignage

l’ensemble des vidéos http://vimeo.com/user8603405/videos/page:1/sort:newest

à bientôt,

véronique

Ex vivo / In vitro, la dernière corde… (3) // l’ombilic, le signifiant et le fils de personne

Bonjour, 

C’est vraiment incroyable Véronique, cette vidéo que tu as trouvée résonne avec ce que me disait très récemment un père « d’intention » (je n’avais jamais entendu cette façon de dire jusqu’alors…) qui a eu recours, après le dépistage de sa stérilité, à un donneur pour devenir père. Je n’entre pas dans les détails, il y a bien-sûr la dimension du désir d’avoir un enfant avec sa compagne qui pouvait et voulait avoir un enfant. Au prise aujourd’hui avec sa difficulté à soutenir sa fonction de père, grevée du poids du secret du recours à la science et à un donneur, il disait que sa « seule trouille après tout ça » c’est que son fils soit « en fin de compte le fils de personne »…

A. Artaud, La révolte des Anges sortis des limbes, 1946

Ici, dans cette séquence que tu as trouvée Véronique,  le metteur en scène interroge l’idée que « quand t’as deux pères »,  les pères, le donneur, et celui d’intention, peuvent se dédouaner, et peuvent dire « je ne suis pas ton père ». Et de terminer sur le paradoxe de la pluralité de pères,  « au fond, t’as plus de père »… quelle chute! 

La seule corde qui reste, la dernière corde, une fois que toutes les autres sont tombées, lors de la scène finale de  Ex-vivo In-vitro, m’a évoquée aussi « l’ombilic de l’inconscient » à jamais inconnaissable, qui se rattache à cet amas, cet enchevêtrement, ce sac de nœuds, de liens, d’entraves, qui nous recouvrent déjà pendant la grossesse, et dont une longue, longue analyse nous permet de nous dégager peu à peu… pour arriver peut-être à cette corde là et à son au-delà? …

Il y a aussi tout au long de la pièce Ex-vivo, In-vitro, une mise en perspective « des mots » qui entourent l’arrivée au monde d’un enfant conçu « scientifiquement », « artificiellement », bain de signifiants totalement inédits et j’y reviendrai plus tard…

Ah, si nous pouvions nous procurer le texte de la pièce!

Amicalement.

Géraldine.

Ps: Véronique, patience pour Des Femmes, juste besoin d’un peu de temps pour reprendre mes esprits! 😉 Joyeuses fêtes! 
Envoyé de mon iPad

« Des femmes » de Wajdi Mouawad

Bonsoir à tous,

Un petit résumé (qui n’engage que moi) des trois pièces « Des femmes » vues en intégrale dimanche, qui méritent analyse mais que je vous livre tel quel pour le moment.

Wajdi Mouawad est auteur, comédien, metteur en scène d’origine libanaise. C’est la lecture, dans sa jeunesse, des auteurs tragiques grecs dit-il, qui l’ont conduit à l’écriture. Son appétit pour le théâtre épique s’enracine là à travers ces textes et donnera lieu à un intense voyage à travers «Littoral, Incendies et Forêts» présentés à Avignon en 2009.

Autre moment fleuve : «Le projet Sophocle» et quel projet ! Mettre en scène sept tragédies dans leur intégralité : Ajax, Antigone, Œdipe Roi, Electre, les Trachiniennes, Philoctète, Oedipe à Colonne. Le point de départ de l’aventure est une trilogie. «Des femmes » ce sont Les trachiniennes avec Déjanire trahie par Héraclès, amoureuse éplorée, Antigone victime de la loi, résistante au pouvoir, celle qui ne cède pas sur son désir (Lacan l’Éthique) et Electre, la vengeresse, privée de son père Agamemnon par Clytemnestre sa mère et son amant Egisthe.

Electre et Clytemnestre (photo @nouage)

 

Trois femmes, simples mortelles, bafouées et conduites à poser un acte transgressif, criminel qui leur coutera la vie pour les unes, la plongera dans le chaos pour l’autre. On entend la vulnérabilité, le courage, la force d’opposition à l’ordre établi. Femmes en lutte contre le pouvoir des hommes, aveugles et belliqueux.

La qualité de la traduction des textes que Wajdi Mouawad a eu la bonne idée de confier à Robert Davreu, libre, vivante offre une lecture limpide entre le respect de la langue originelle et la familiarité du « quotidien ». Les puristes pourront s’en trouver quelque peu chagrinés….

Un extrait d’une interview de Robert Davreu que je découvre d’ailleurs….

« parler ici du traduire, du traduire dans sa relation essentielle à la poésie, c’est assurément avec davantage de questions que d’affirmations. Et ce ne sera en aucune manière pour avancer une thèse argumentée comme pourrait le faire un enseignant, un critique littéraire ou un véritable penseur de la traduction. Ce sera plutôt sous la forme d’un témoignage, le témoignage quelque peu balbutiant sur son propre parcours d’un poète-traducteur, ou d’un poète-et-traducteur, qui, malgré son manque de propension et d’aptitude au raisonnement suivi, essaie tout de même de transformer son expérience en conscience, dans la seule intention du partage et de l’échange.(…) »

La vengeance d'Oreste (photo nouage)

 

Les tableaux sont d’une grande beauté. La continuité entre les trois pièces est entretenue par un espace unique autour duquel court un rail, un gros cube qui servira tour à tour de tombeau, de tribune. Au centre du plateau un bric à brac d’objets, une atmosphère humide de fin du monde. Le décor et l’ambiance d’Electre rappelle les bidonvilles voire les bas-fonds victoriens. L’eau est omniprésente, trop peut-être, si je peux me permettre cette critique cependant ne vient-elle pas dire symboliquement une impossible purification ? L’eau, la terre devenue boue aspergent et maculent les corps, les vêtements des comédiens que W.M. met à rude épreuve….. Saluons la performance des acteurs intense, physique souvent dénudés. Le style de jeu et la déclamation quasi-robotique parfois de certains personnages peuvent dérouter. De même Déjanire poétique par son style évanescent ne (me) convainc guère lorsque pointe le drame.

Mais des images belles et fortes, la pose gracieuse et lascive de Déjanire purifiée par sa servante, le délire d’Antigone, les retrouvailles entre Oreste et Electre, sensuelles, sauvages.

D’autres moins convaincantes : Le « come back » somme toute risible d’Heraklès entouré de bandelettes, momifié par exemple, ou les fiançailles d’Antigone et Hémon…….

Mais, mais surtout l’autre bonne idée de W.M. Est d’avoir confié la partition musicale du chœur à Bertrand Cantat métamorphosant cette tragédie en un brûlant et sauvage opéra rock. Deux guitaristes, un batteur et B. Cantat au chant. Qui connait feu-Noir Désir peut imaginer un instant…. Le premier titre démarre a capella (dithyrambe au soleil) explose en déflagration rock a de quoi surprendre et filer le frisson. Et la voix justement, déchirée, cassée, écorchée, hurlant à la mort nous étreint. Tout l’hybris tragique est là dans cette voix.

Vous aurez compris que j’ai été conquise par ce spectacle. !

Ceux qui n’ont pu assister aux représentations pourront se consoler en se procurant les 3 textes traduits par Robert Davreu et le CD de la partition musicale intitulé « Chœur »* accompagné d’un album photo du spectacle parus à Actes sud en librairie.

Bises à bientôt

Véro O

*L’album « Choeurs » est disponible intégralement à l’écoute sur Deezer.

 

les inconscients hantés d’héroïnes grecques

Bonsoir Véronique O, 

Quel beau texte, merci Véronique, c’est un témoignage fidèle de ce que nous avons vu sur scène ce dimanche, pour notre plus grande joie! Un spectacle inoubliable et un hommage moderne et vivant en tryptique à ces figures de femmes tragiques; une épouse fidèle délaissée au désespoir funeste; une sœur et fille sacrifiée par devoir de piété; une fille et soeur égarée par la vengeance de la mort du père, dans le regard d’une mère ravage, qui, comme tant d’héroïnes de tragédies grecques ont tellement marqué notre culture, au point de hanter encore souvent nos inconscients…

Et le choeur de B. Cantat, quelle émotion, quel passeur du tragique devenu, tant dans sa composition musicale que dans sa voix…bouleversant.

Merci infiniment à toi Véronique de nous avoir, en nous faisant découvrir pour certains Wadji Mouawad, entrainés dans cette formidable expérience théâtrale de la représentation intégrale de plus de six heures, incontournable, je crois, pour vraiment entrer dans ce monde  Des Femmes, intemporel, onirique et étrange, qui pour ma part me laissera un souvenir ému et enchanté.

Je t’embrasse.

Géraldine.

 

Ps: Tu vois Vé ton appel n’est pas resté sans écho! Bises! 

Encore? (l’éclat d’Antigone)

Merci à toi, Véronique, et à Géraldine, pour les « Éclats » de ces trois pièces « Des femmes » que vous nous renvoyez à distance.

L’ Éclat  d’Antigone , il me semble que c’est le mot que Lacan lui avait consacré dans son Séminaire L’éthique ((Jacques Lacan. L’éthique de la psychanalyse. 1959-1960. Le Séminaire. Livre VII, Paris, Seuil (Le champ freudien), 1986; part. «L’éclat d’Antigone» (1960))), au-delà du bon, du bien, du beau, et même du vrai! 

Décidément, la position féminine défend et révèle à chaque fois, pour chacune, quelque chose qui échappe aux dictats et aux mœurs du moment, et qui en même temps pointe quelque chose d’indicible, du coté de l’amour? ou de l’humanité? en tout cas quelque chose d’important!

Et qui n’est pas fiction, puisque c’est une par une.

J’espère que vous nous en direz encore plus,  Encore?

Bien à vous tous

Catherine Decaudin

Ex vivo / In vitro, la dernière corde… (4) // la lacorde (et sa théorie)

 J’aime cette lecture de la pièce, Géraldine, notamment des cordes.

La dernière qui reste, après la chute de toutes les autres (cordes des identifications) ne pourrait-on pas l’appeler  la lacorde, au sens où elle évoque la lalangue, la première corde, très résistante, qui vient en dernier, dans le démontage.

Aujourd’hui un jeune père me dit en consultation qu’il n’a connu son père qu’à l’âge de 14 ans, et que le jour où il le vit pour la première fois, il eût cette expression: “ Ça y est, j’ai un père!” Il ajouta aussitôt: “ Je fus déçu.”

Le rêve d’Einstein~Les ingrédients fondamentaux de la nature sont des cordes d’énergie minuscules, dont les vibrations sont à la base de tout ce qui se passe dans l’univers… L’ une des particularités de cette théorie est qu’elle implique au moins six dimensions de plus que celles que nous connaissons… La théorie des cordes change radicalement notre conception de l’espace et permet d’entrevoir des passerelles entre des univers parallèles. En fait, il n’y a pas une mais cinq théories, qui sont autant de façons de voir la réalité qui nous entoure.

Association amusante: la corde, en physique ( cf. la théorie des cordes) est ce qui permet de faire tenir ensemble les quatre interactions élémentaires responsables de tous les phénomènes physiques observés dans l’univers: l’interaction nucléaire forte, l’interaction électromagnétique, l’interaction nucléaire faible et la gravitation. Bref, une sorte de plus-Un du cartel des interactions.

Allez, je prends la corde et la plume pour B.A !

Belles fêtes à tous!

Et n’oubliez pas le 7: je vous embarque chez Cartier dans le pays des mathématiques, mon premier amour post-maternel!

Alain

Ex vivo / In vitro, la dernière corde… (5) // ô les beaux jours

La dernière corde, qui forme un petit tas d’où sort une main, elle me fait penser à Beckett : « Ô les beaux jours ». C’est bouleversant, surtout avec Catherine Samie dont ça a été, je crois, le dernier rôle à la Comédie Française.

Dominique.

Catherine Samie sur la scène du Phénix, dans «Oh les beaux jours», de Samuel Beckett.PHOTO ARCHIVES DIDIER CRASNAULT

 

des femmes trash et bientôt une maison de poupées

Wednesday, December 28, 2011 5:36 PM 

Chère Véronique, Chère Nouage,

Géraldine, j’ai intégré deux de tes photos dans l’article de Véronique (http://disparates.org/escapades/category/escapades/theatre/des-femmes/), les plus grandes.

J’aurais aimé pouvoir mettre les vidéos, mais elles sont trop lourdes. Je crois qu’il faudrait que je les mette sur DailyMotion ou sur YouTube – j’ai peut-être bien un compte YouTube quelque part, je verrai ça…

C’est drôle, au vu de l’affiche, j’imaginais un spectacle en plein air ou, à tout le moins, quelque chose de très clair, très lumineux. Mais au vu des photos, et des vidéos, je découvre au contraire un dispositif théâtral très marqué et fort sombre.

Quelqu’un sait-il ce que représente l’affiche ? Et à quoi ça correspond ?

Bises à vous,

Véronique m.

NB : je réitère ma proposition : nous retournons voir Klee le 15 janvier avec Roseau_pensant ? ça intéresse qq ? Dominique ? Géraldine ?

¤

jeudi 29 décembre 2011 03:10

 Déjà de retour, Véronique, et déjà à la tâche !

 En effet, le décor est trash, très sombre, et c’est exactement ce qui convient ! J’avais vu une précédente mise en scène d’ « Electre », passablement ennuyeuse, où tout se passait sur les marches éblouissantes de blancheur du palais de Créon… Ici, il y a une progression à travers les trois pièces, ça devient de plus en plus sombre, pour finir dans un paroxysme où les protagonistes s’aspergent de boue et se roulent dedans. Comme si au moment (génial) du meurtre de Clytemnestre, l’intérieur du palais passait au-dehors de sorte que le spectateur assiste aux crimes, et que cette boue qu’il recelait se déverse à l’extérieur.

C’est comme la musique, très hard pour qui n’apprécie pas vraiment ce genre de rock. Ceux qui l’aiment nageaient dans le bonheur, n’est-ce pas, Vebueno ? Mais j’admire d’autant plus Wajdi Mouawad d’avoir réussi à me la faire avaler, si j’ose dire. Il me l’a fait trouver bien et nécessaire dans le contexte, même si mes oreilles avaient mal.

 Dominique.

¤

jeudi 29 décembre 2011 11:59

 Il a en effet été présenté en décor naturel cet été à qq km d’avignon précisément à la carrière de Boulbon.

Oui Dominique, tout à fait de ton avis, les Electre, Antigone et autres Bérénice….. drapées de blancheur m’ennuient à mourir.  Anecdote amusante, en sortant des Amandiers j’ai entendu une dame dire à sa copine : « les costumes… ils se sont pas foulés, ils étaient moches et puis la scène… mais c’était une véritable porcherie !  » un couple avec elle de lui répondre  » ah bah c’était pas roger Harth et Donald Cardwell !!! ». ;))

 Bises à tous

Véro O -Vebueno


jeudi 29 décembre 2011 13:06

 Véronique, concernant l’affiche, il en existe une autre qui représente un visage de femme malheureusement je ne la retrouve pas.

Les Amandiers ont choisi pour chacune des pièces de la saison un personnage symbolisant la résistance à l’oppression, au pouvoir en place. On y trouve Aung San Sun Kyi (orthographe approximative….) femme politique birmane qui s’est opposée à la junte militaire, Nelson Mandela etc… Pour « des femmes » il s’agit de M. Luther King lors de son discours pour l’emploi et la liberté des Noirs Mars sur Washington en 63.

 Nous envisageons si toutefois Dominique en est toujours d’accord d’aller, toujours aux Amandiers, voir une reprise d’une maison de poupée d’Ibsen mise en scène par Martinelli. Nous suive qui aime ! Ce sera en janvier du 10 au 22/01. D’ailleurs l’affiche montre une manifestation de femmes (probablement pakistanaises puisque je repère une banderole NWFP (Nord Ouest province frontalière) ) s’opposant sans doute aux brutalités commises par les Talibans (à vérifier).

 Bises à bientôt.

Véro O

Ex vivo / In vitro, la dernière corde… (6) // ce qu’einstein ne savait pas encore

Tiens, Tenez, j’ai trouvé  ce film sur la théorie des cordes : Théorie des Cordes : Ce qu’Einstein ne savait pas encore (FR) – Version longue

http://www.youtube.com/watch?v=sKVuY-TC1YQ&feature=related

 c’est très intéressant,

 à vous,

 v m

Tétralogie d’Euripide au théâtre de Châtillon

Chers amis escapadeurs,

Je vous propose une sortie au Théâtre de Châtillon où va être jouée la Tétralogie d’Euripide (qui a trait à la guerre de Troie) par la Compagnie Les Géotrupes (4 pièces seront jouées soit séparément soit les quatre à la suite : Hécube ; Hélène ; Oreste et Le Cyclope).

Je propose pour ceux que ça intéresse de nous retrouver le samedi 28 janvier 2012 à 15 heures au Théâtre de Châtillon pour assister à l’intégrale des quatre pièces d’Euripide qui seront jouées à la suite les unes des autres (avec une pause repas entre 19h et 20h ce qui nous donnera l’occasion de discuter convivialement des deux premières pièces). La représentation débutera à 15h30.

Il est recommandé de réserver vos places au Théâtre au 01 55 48 06 90 et vous pouvez visiter le site du Théâtre www.theatreachatillon.com pour plus d’informations.

J’espère que certains d’entre vous se joindront à moi.

Bien escapadement votre !

José Rambeau

Théâtre : « Les bonnes » sur le divan

et encore, et encore !!! C’est à ne plus travailler et ne faire que de l’art, la culture et la psychanalyse !! Et puis gagner au loto !!

Mariana

To: ecf-messager@yahoogroupes.fr;  Date: Thu, 12 Jan 2012 17:25:50 +0100 Subject: [ecf-messager] « Les Bonnes » et le divan, Théâtre de l’Athénée

Théâtre de l’Athénée le 4 février 2012 « Les Bonnes » et le divan

Dans le cadre du séminaire « les enfants de la science » de l’Envers de Paris sera organisée, en 2012 et 2013, une programmation théâtrale exceptionnelle, en partenariat avec plusieurs théâtres Parisiens ainsi qu’en province et en Suisse.

La représentation des « Bonnes » de Jean Genet inaugurera cette série, le 4 février 2012 au Théâtre de l’Athénée à 15h, et sera suivie d’un débat à partir de 17h, avec le metteur en scène, Jacques VINCEY, et François ANSERMET. Le spectacle « Les Bonnes » sera l’occasion de revisiter le texte de Lacan « Le Crime des sœurs Papin » à partir de ce qu’enseigne la façon dont Jean Genet a traité ce même fait divers qui reste autant inexplicable que terrifiant. La discussion portera aussi sur les sources de la destructivité qui reste une question centrale pour la psychanalyse, lorsqu’elle ne rejette pas la thèse freudienne de la pulsion de mort, question dont l’actualité ne cesse de nous être évidente.

Un tarif préférentiel est réservé aux membres de l’ECF, des ACF et de l’Envers de Paris.

http://www.athenee-theatre.com pour les réservations impératives.

 

Ce soir : Projection de « Compagnie », 23 janvier, ENTREE LIBRE

Lundi 23 janvier à 21h, au théâtre de la Madeleine, soirée commémorative en l’honneur de Pierre Chabert, comédien et metteur en scène, qui a travaillé avec Beckett pendant vingt ans. Projection de « Compagnie ». Entrée libre. C’est à 21h et il ne semble pas nécessaire de venir trop longtemps à l’avance. Vers 20h 45 ? Nous devons cette information à Jo Attié. Qu’en dites-vous ? eoik ?

Dominique.

Ruy Blas de Victor Hugo joué au Théâtre des Gémeaux à Sceaux

Chers escapadeurs,

Je viens de rentrer d’une représentation de Ruy Blas de Victor Hugo joué au Théâtre des Gémeaux à Sceaux (C’est une Scène nationale). Je suis emballé. C’est une première en Ile de France.

La mise en scène est de Christian Schiaretti. Fantastique ! Et le jeu des acteurs est génial avec beaucoup d’humour malgré le sérieux du thème. La pièce dure trois heures avec un entracte au milieu.

Je vous conseille vivement d’y aller car c’est un événement théâtral. Il y a longtemps que je ne m’étais réjoui à ce point d’une pièce classique. La pièce se joue jusqu’au 29 janvier. Réservation au 01 46 60 05 64

Bien à vous dans l’attente de vos commentaires si vous y allez.

José Rambeau

Joyce, FinnegansWake s’extinsule et recouvre l’oille

FINNEGANS WAKE – CHAP. 1
D’erre rive en rêvière

17 janvier > 19 février 2012
du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h

d’après Finnegans Wake de James Joyce
traduction Philippe Lavergne (Ed. gallimard 1982)

mise en scène et lumière Antoine Caubet  (Théâtre Cazaril, cie associée au Théâtre de l’Aquarium),

son Valérie Bajcsa, film Hervé Bellamy, accessoires Cécile Cholet, régie lumière Pascal Joris, régie plateau Yunick Vaimatapako
avec Sharif Andoura

Livre hors piste, Finnegans Wake (publié en 1939) bouleversa la littérature contemporaine. Chacun des dix-sept chapitres est une variation du premier – qui fera à lui seul la matière du spectacle, et qu’on peut résumer ainsi : Finnegan, artisan couvreur, en prise avec l’alcool, sa libido et ses déboires conjugaux, glisse soudain de l’échelle et se casse la bobinette ! Réunis autour de sa dépouille, famille et amis ingurgitent des litres de Guinness et de whisky, et chantent la légende du héros du jour. Et bientôt c’est toute l’Irlande et toute l’histoire de l’humanité, depuis Adam jusqu’au jugement dernier, qui s’invitent au chevet de Finnegan… lequel s’envole dans les airs et va planer au-dessus de Dublin !…
Partant de ce petit conte, où le loufoque flirte avec le dérisoire, Joyce se fait donc griot de l’épopée du genre humain, brassant les civilisations, les cultures et les mythes. Mais Finnegans Wake est aussi un voyage à travers la langue, les langues : Joyce invente ici une écriture totalement inouïe, bricole comme un gosse des « mots-monstres » à base d’anglais, de gaëlique, de français, d’allemand, latin, grec et j’en passe, y glisse des onomatopées, des bruits de la nature et tutti quanti ! D’où une écriture abracadabrante et désarçonnante à première vue, qui devient un régal dès qu’on la met en bouche : alors seulement en explose la jubilation profonde et l’invention intarissable, qui ont tant marqué des auteurs aussi divers que Beckett et Novarina, Kerouac et Queneau. Incarnée le temps d’une représentation, elle surgit devant nous comme un langage inédit, étranger et pourtant évident, pour se raconter une histoire commune : la nôtre.

production Théâtre Cazaril (compagnie associée à l‘Aquarium), Théâtre de l’Aquarium, L’apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise, Arcadi

To: escapadesculturelles@yahoogroupes.fr
From: mariana
Date: Sun, 22 Jan 2012 02:03:06 +0100

 Catherine, chère amie, la soirée a été magnifique, mais non pas à cause des « Biscuits », ni de belles robes, ni des chapeaux, ni à cause des lumières et tout ceux que tu supposes avec tant d’invidia, mais la beauté est venue du jeu de cet acteur formidable qui seul en scène, ou presque, à su donner voix et une présence extraordinaire à Joyce ! Une très, très belle performance scénique, un jeu de la lettre et de la sonorité de tant des langues mélangées parfois inaccessibles, incompressibles, je dirais même la plupart de temps infranchissables, mais qui a su nous transporter avec lui dans la scène d’une mélodie joycienne, un monde si étrangement beau et poétique, plein des rebondissement hauts comme des cascades et fragiles comme le vent qui souffle apportant les mots loin loin faire leur balade dans nos corps et nous envelopper de leur mystérieuse musique toujours inachevée et brutalement si belle. Je mets peu des points et des arrêts pour jouer volontairement avec le style joycien si inimitable avec des mots qui glissent dans une rivière qui rejoins la mer sans point d’amarre, sans point de chute juste des mots mélangées dans un mixeur tournitouyant magnifique ! 

 
L’acteur Sharif Andoura a eu la bonté et la générosité inattendue de partager avec nous, comment il s’y est pris pour rencontrer Joyce et son texte, comme il a fait pour mémoriser ses longs passages où aucune logique n’apparait pour s’y accrocher aveuglement, naïvement comme on fait si souvent avec notre bêtise habituelle, alors ils s’est inventé de mondes et des paysages et à imaginé les phrases de Joyce se coller aux reliefs des montages du lac de Neufchatel en Suisse, où a l instant précis il tentait de faire naître un passage dans sa mémoire, et il à coller les mots aux ondulations des cailloux qu’il voyait, il a fait l’exercice de fixer une image à un mot, à un texte créant avec poésie son propre texte et son support imaginaire comme le ferait un autiste avec tant de facilité inavouée. Il s’est fait son Joyce avec Joyce, inventant des mots avec le début des mots de Joyce pour y accrocher sa mémoire et ouvrir avec ses propres béquilles textuelles et ses échelles le texte de Joyce à lui. Il a pris la première lettre d’une longue liste joycienne comme repaire mnémotechnique, pour créer d’autres mots avec une lettre qui devient litter qui chute et qui porte à la fois ouvrant le chemin à des univers si fantastiquement inconnus.
 
Voilà ce qui a été pour moi un des meilleurs moments de cette soirée où avec Joyce on a pu s’escapader loin, loin loin et nulle part… à condition de ne pas vouloir comprendre. Encore une fois la sonorité de la langue et de ses silences à été mise à l’honneur comme avec Bruegel, la création de l’écrivain et du peintre, quelle œuvre magique de la langue qui sait jouer de son univers et de ses torsions et de ses labyrinthes ! Tiens, moi aussi je fais ma Joyce… pobre ilusa de mi.
 
Ne pleure pas Grande Meaulnes… on n’est pas tous là où on pense y être et sûrement tu étais avec nous sans s’y être car ta pensée y étais à Finneganswake d’erre rive eu rêvière…
 
« Ce n’est pas écrit du tout. Ce n’est même pas fait pour être lu. C’est fait pour être regardé et entendu »
disait Joyce à propos de FW
 
Oui chère amiga, Finneganswake s’extinsule et recouvre l’oille…
 

 
et
 
bababadalgharaghtakamminaronnkonnbronntonnerronntuonnthonntrovarrhonnawskawntoohoohoordenenthurmik !
…le tonnerre eu 100 lettres et quelques langues.
 
La lune qui se couche al revés  at the end of the opening day que crepuscule.

 

To: escapadesculturelles@yahoogroupes.fr
From: cath.decaudin
Date: Sat, 21 Jan 2012 23:33:45 +0100
 

Hello dans le noir,

Je suis un peu triste ce soir,
Je suppose que vous êtes tous à l’Aquarium, qu’il y a là une grande fête, de la lumière, plein de monde , et des merveilles intellectuelles (des « Biscuits », comme ils disent à science Po), de belles robes et des chapeaux aussi, et… que je n’y suis pas. Je me sens un peu « Le Grand Meaulnes »,  d’Alain Fournier, qui derrière le mur, regarde la fête à laquelle il ne peut accéder. Mais comment sortir de cette lecture de jeunesse, qui m’a tant marquée et qui est encore un moteur si fort dans mes recherches et mes choix d’aujourd’hui???
« Ne pas céder sur son désir », c’est ce que j’en avais déduit, à l’époque, avant de rencontrer par mes lectures, Freud…
j’espère que vous m’en donnerez des nouvelles.
Bises
catherine

 

pourquoi PLATONOV mais et remarque sur les tarifs

 

skalpaldeurs, skalpadées, skalpaldatrices,

 PLATONOV MAIS…
23 mars > 15 avril 2012
 
d’après Platonov d’Anton Tchekhov
adaptation et mise en scène Alexis Armengol (Théâtre à cru)
avec Stéphane Gasc, Céline Langlois, Alexandre Le Nours, Édith Mérieau, Christophe Rodomisto, Laurent Seron-Keller, Camille Trophème

 Aviez-vous remarqué, saviez-vous que c’est 10€ sur la 1ère semaine des représentations et 14€ pour «  À deux c’est mieux ! « (soit 28€ au lieu de 40€ pour 2 personnes)

 Et pourriez-vous me dire ce qui a motivé votre choix de cette pièce, l’auteur ? le sujet ? le metteur en scène ? les acteurs ?

 Je n’ai jamais pensé vous poser cette question auparavant,

à plus,

amour simple et éternel,

moi

 

La Tétralogie d’Euripide

Chers compagnes et compagnons d’escapades,

J’ai essayé pour vous l’intégrale de la Tétralogie d’Euripide au Théâtre de Châtillon mise en scène par Christian Esnay.

La Tétralogie se compose de quatre pièces (Hécube ; Hélène ; Oreste et Le Cyclope) qui traitent des retours de la guerre de Troie.

Nous y retrouvons les principaux acteurs mythiques de la guerre de Troie qui ont conduit la ville à sa perte.

Les quatre pièces sont de facture différente, cela va de la tragédie pure (Hécube) à la comédie (Le Cyclope) en passant par la tragicomédie (Hélène et Oreste).

Ce qui m’a le plus enthousiasmé dans cette mise en scène de Christian Esnay c’est d’avoir su tirer du texte des plus antique qui soit (selon les canons du théâtre grec avec la place des chœurs) une interprétation revisitée par un jeu d’acteur moderne qui intègre la fonction du chœur an cœur même de l’action scénique ce qui m’a donné l’impression de mieux saisir ce que pouvait vivre un spectateur du temps d’Euripide à l’écoute du chœur. La fonction du chœur a été très actualisée en faisant usage de séquences musicales (accordéon) et de chants aux rythmes d’aujourd’hui (rapp ou hiphop).

On ne s’ennuie pas du tout même après plus de six heures de spectacle en tout.

Vous pouvez encore vous y rendre puisqu’il y a des représentations jusqu’au 5 février. Vous serez vraiment impressionnés par cette mise en scène et ces chœurs revisités avec les outils scéniques d’aujourd’hui.

Bien à vous.

José Rambeau

 

les bonnes de genet (avant-goût de gentes)

Les Bonnes furent époustouflantes de surprise, de dureté, d’ironie sur le mal d’être, le mal du deux, le double dans tous ses états que seule la mort sauve de la destruction.
D’autres mots viendront  plus tard, pour l’heure je sirote un Bordeaux château Roquefort avec quelques escapadrices dé-Gentes !!!!
Demain, je viens nu ( sans billet) comme dans les Bonnes !!!!
Mais je vais où, au fait? Benjamin, c’est où?
Au fait, qui est Gui aime?
À demain.
Al

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 pour info : Lacan, non pas sur Les bonnes, mais sur Le Balcon de Genêt, dans Séminaire des Formation de l’inconscient, leçon du 5 mars 1958
v

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Super,  Vé, merci pour cette ref. Que je vais éplucher dès que le TGV aura bien voulu me déposer à Bordeaux: déjà 40 mn de retard !
Voici quelque chose d’amusant pour une TROMPE-ESCAPADE !

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un très bel article sur genet, « Jean Genet par-delà le paravent », qui s’appuie sur, entre-autres,  lacan, blin, bakounine, trouvé là : http://refractions.plusloin.org/spip.php?article34#nh4

 

le 30 mars, jean-quentin châtelain lira alain huck

Alain Huck, Danse, 2009, édition 1/3, jet d'encre sur papier baryt monté sur aluminium, 74 x 111 cm

Le 30 mars à 20h, au Centre culturel suisse (qui est un endroit très plaisant, 32 rue des Francs-Bourgeois, dans le 3e), lecture par le grand comédien Jean-Quentin Châtelain de « L’inspection des roses », livre-objet d’Alain Huck, composé de citations de 82 auteurs sur le thème des plantes.

Je suis tentée, et vous ?

L’entrée est libre, sur réservation au 01 42 71 95 70

Dominique.

Voir aussi : http://www.ccsparis.com/events/detail/277

__._,_.___

 

Chic by accident, d’Yves-Noël Genod

Chic by accident, nouvelle pièce d’Yves-Noël Genod du 13 au 17 mars à la Ménagerie de verre, à 20h 30.

La Ménagerie de verre
12/14 rue Léchevin, 75011 Paris
Métro : Ligne 3 (Parmentier)

Ligne 9 (Saint-Ambroise)
Bus : Ligne 96 (Parmentier-République)
Ligne 46 (Parmentier-République ou Saint-Ambroise)

Chic by accident
Durée estimée : 75 mn
Avec : Jeanne Balibar, Valérie Dréville, Romain Flizot, Sophie O’Byrne, Lucien Reynes, Marlène Saldana, Wagner Schwartz, Dominique Uber, Charles Zevaco
Lumière : Philippe Gladieux

 

Photo François Stemmer. Jeanne Balibar.
Photo François Stemmer. Jeanne Balibar.

J’ai assisté à une répétition, ça m’a bien plu. Je dois vous avertir que c’est très « déshabillé », des vêtements circulent entre les acteurs (en qui l’on peut voir « des hétéronymes à la Pessoa ») et se posent sur l’un ou l’autre « comme des papillons », dixit Genod. Mais il n’est pas du tout dans la provocation. Pour moi, ça accentue la vulnérabilité propre aux comédiens. Ceux-ci sont très bons et je les trouve très courageux aussi ! 

La pièce est faite de bouts et de fragments (déplacements qui paraissent aléatoires, bribes de discours, bribes de musiques) mais trouve pourtant son unité. Si le metteur en scène voit le plateau comme « la maison des acteurs » (je le cite encore), il sait aussi faire du théâtre la maison des spectateurs. L’impression est très forte de participer ensemble, comédiens et spectateurs, à un rite, à une cérémonie.

Voilà ce qu’on en dit sur le site du théâtre: 

« Claude Régy avait envoyé Claude Degliame se faire faire une robe par Madame Grès. Madame Grès a donc placé Claude Degliame entièrement déshabillée au centre d’une pièce à la moquette épaisse et elle a commencé à dérouler le tissu autour d’elle. Les fameux drapés. « Taffetas carton, bleu canard, un rien ténébreux ». Coco Chanel disait, elle aussi, qu’elle ne savait pas à l’avance comment serait sa collection car elle faisait « ses robes sur les mannequins ». Yves-Noël Genod laisse les acteurs (ainsi que les spectateurs) se vêtir de leur imaginaire. Après le diptyque de la Cité internationale intitulé : – je peux / – oui, et plus récemment, La Mort d’Ivan Ilitch, au théâtre de la Bastille, le metteur en scène présente une nouvelle pièce de groupe en forme de manifeste. « Je suis ce qui m’entoure. / Les femmes comprennent cela. / On n’est pas duchesse / A cent mètres de son carrosse. » (Wallace Stevens le dit dans un poème justement intitulé Théorie) Soient donc ces portraits : / un vestibule sombre; / Un lit à baldaquin. / Ce ne sont là que des exemples. »

Je compte y aller le 13 15.

Dominique

Se trouver de Pirandello, mis en scène Stanislas Nordey, avec Emmanelle Béart

salut, escapadeurs,

je vous livre ce texte qui n’est sûr de rien, que j’ai écrit à la place de celui que je voulais écrire, sur la pièce de Genod. Au lieu de quoi j’ai écrit celui-ci, sur celle de Stanislas Nordey, avec lequel « Chic by accident » n’a justement rien à voir.

si vous arrivez à le lire, je ne détesterais pas avoir vos impressions,

bien à vous,

véronique

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Il y a eu ce texte hors du commun de Pirandello dans « Se trouver » mis en scène par Stanislas Nordey.

Avec Emmanuelle Béart, dans le rôle de Donata Genzi, seule, pleine, possédée (eue, exploitée).  Juste, sinon peut-être trop pleureuse au début, dès le début.  Elle, colle au texte, fait corps, flamme, elle seule de chair, brûlante/brûlée de vérité et d’ambition pour la vie.  C’est parti pris du metteur en scène.  Les autres, dit-il, c’est contradictoire à première vue, sont pions joués par lalangue, jouent le décollement du signifiant et de la signification.  Montrent l’endroit où une parole dite s’empare de votre corps, le fait jouer ailleurs, où vous n’êtes pas, où vous ne savez rien.  Eux qui cherchent chez l’Autre, Elle, le sens de l’insensé, ne voient pas où leur corps les quitte, jouant sa partie seul.  Inconscients.  Bavards.  Pris dans la jouissance du blabla ou de la pensée, pris dans la musique de leur propre parole, voix.  A guetter la jouissance de l’Autre, ignorent celle qu’ils en récupèrent.  Cela n’est pas vilain à voir, mais ça se montre peut-être un peu trop, le jeu se basant sur des trucs.  Comme si chaque acteur avait trouvé son truc, puis l’exploite.  Sauf l’oncle, en dehors de l’oncle (Frédéric Leidgens dans le rôle du comte Gianfranco Mola), il me semble (j’ai vu cette pièce il y a plus d’une semaine maintenant).  Enfin, cela dit, à y réfléchir légèrement plus, on peut se dire, qu’effectivement, éventuellement, ce truc, ce trouc particulier que se serait inventé chacun des acteurs, répondrait de la gestuelle inconsciente de chacun, voire de la possibilité de mouvement, qui depuis l’enfance ne cesse de « s’affiner », c’est-à-dire de se réduire.  Nous qui ne savons plus que faire de notre corps, et sommes obligés de faire du sport.

Quelle serait donc l’intention de Nordey Stanislas, metteur en scène à opposer à ce point le jeu d’elle et d’eux.  Les posant eux en chœur qui l’entoure, l’observe, la commente, elle, nouvelle Antigone.   

La seule qui habite sa parole, qui y lie son destin autant que son corps, c’est donc l’actrice.  Celle qui joue ne joue pas.  Sur scène elle vit, dans le regard et l’écoute, elle vit, s’appuyant du vide d’elle-même qui la désemparre, dans le renoncement à sa vie, dans l’abandon d’elle-même, par le regard/ l’écoute/le texte des autres, elle prend possession de son corps, elle rentre consciencieusement en jouissance.  Je ne sais pas comment ça marche, mais je crois bien que c’est quelque chose comme ça.  Ça part du départ de la difficulté d’être femme ou de la distance au corps ou de la douleur, hystérique, de la gifle/de la griffe du désir de l’autre, et de ce que ça bafoue, de ce que ça outrage ; ça part d’un désir d’incarnation, de réappropriation de son propre corps, du corps comme un vide, mais un vide plein, matériel, que l’on pénètre des mots que l’on prononce. Le texte prend le corps, le ranime, le donne à celle qu’il enveloppe.  On peut un instant se demander s’il est pour une femme un autre lieu que la scène pour en devenir une.  Y a de ça.  Ramener à soi l’au-delà de soi, faire qu’il y ait d’lun.  Ailleurs, en dehors de la scène, là où se tiennent les autres protagonistes de la pièce, les spectateurs de l’actrice, évidemment, ça se traîne, ça cherche le sens, ça en pose des questions, pas les pires non plus, mais rien à voir avec la jouissance que dit ne pas ressentir l’actrice, elle dit ça en privé, à sa confidente, non, dit-elle, elle ne sent rien quand il lui fait l’amour – Emmanuelle Béart dans une interview, dit le mot : « frigidité » – ce qu’elles en savent les femmes, de leur jouissance, lui, l’homme qui l’aime elle mais pas l’actrice, ne se doute de rien. Elle se soucie de cet écart.  On est dans les années 30, les années folles.  Donc, les autres se posent des questions sur le sens, la vérité, et sur ce qui lui arrive quand elle est en scène, elle.  Et plus ils y vont à essayer de construire leur discours, plus ils sont joués par lui. Elle, va à la rencontre d’une jouissance qui dans le rapport sexuel l’absente.  Je cherche ici la thèse de Stanislas Nordey, son hypothèse de départ.  Je la crois juste, je crois que cette hypothèse interprète le texte de Pirandello.  Finalement oui.  Peut-être de façon un peu trop caricaturale, mais. 

Il y en a un, l’amoureux, qui est fou, « fou, fou, fou, il est fou, je vous dis qu’il est fou », qui lui ne se pose pas toutes ces questions.  La vie est dans la vie, il n’y a pas le théâtre.  L’actrice, pour lui, n’est pas actrice, c’est une femme, vivante.  Pirandello, pour avoir eu une femme folle, sa première épouse, en sait quelque chose de la folie.  En connaît les séductions, et l’ultime, inhumaine, intelligence.  L’endroit où elle ne laisse, ne tolère aucune place au jeu, au semblant.  Cela, s’entend dans le texte, se devine.  L’acteur que j’ai vu jouer cependant me paraissait trop énervé.  Tout le temps trop énervé.  Loin de la séduction qu’il est censé avoir aux dires du texte.  Voilà.  Quel est cet énervement.  Un façon de jouer le trop, ce trop qui quand il devient vraiment trop, le fait retourner à la mer, d’où il vient, lui l’orphelin.  Pas pour y mourir nécessairement, pour être au milieu de ça, la mer, retrouver ses racines de l’au-delà de la mer.  Pour lui, il n’y a pas de théâtre, quand elle ne peut s’empêcher de le soupçonner dans chacun de ses propres gestes. Il a à faire avec la certitude, elle se coltine l’incertitude, l’insupportable du semblant et du vide où ça la laisse.  A ce semblant, il ne croit pas, il le tient pour réel, et quand il s’aperçoit de sa méprise, il la quitte sans retour. 

Donc il est orphelin, son oncle est très riche, il l’a élevé au bord de la mer en Italie, cette Italie bientôt entraînée dans le fascisme, duquel un moment Pirandello un moment se laissera tenter, cela à mon sens est évoqué par les décors, qui sont très laids, très grandioses, grandiloquents, gris.  Exposition d’une machinerie, pas très belle.  Machinerie, machinerie, toute la pièce est prise dans une machinerie.  Moi, j’ai une exécration étrange de l’architecture fasciste.  De tout ce qui de près ou de loin évoque l’esthétique fasciste.  Donc, là, les décors, c’était limite.  On peut en faire abstraction.  Mais,  c’est un peu les gros sabots, quand même, Stanislas.  Enfin, je ne vais jamais au théâtre, alors ; puis, on voit bien que ça le chiffonne, lui, Stanislas, les actrices.  C’est ça, qui fait que ça passe, ce chiffonnement qu’il donne à voir de lui.  Et  c’est une étrange fleur qu’il nous montre en Emmanuelle Béart, au bord de l’exquise, une orchidée, à coup sûr.

 


SE TROUVER
de Luigi Pirandello
traduction Jean-Paul Manganaro
mise en scène Stanislas Nordey
« Après la formidable réussite des Justes, Stanislas Nordey met en scène pour la première fois Pirandello. Il retrouve au centre de l’oeuvre un personnage de femme délicate, complexe, engagée, comme il les affectionne.
Une célèbre actrice de théâtre, à l’occasion d’une villégiature chez une amie d’enfance, est violemment confrontée à ses fantômes. Donata Genzi, dispersée en de multiples personnages, n’arrive plus à être elle-même, ni même à être ; pour se trouver, elle tente une autre aventure sentimentale et fuit le théâtre. Mais elle ne se réalise pas plus dans la vie que dans son métier…
Pièce bouleversante, Se Trouver est le chaînon intermédiaire entre ces deux sommets du théâtre de Pirandello que sont Six personnages en quête d’auteur et Les géants de la montagne. »
Luigi Pirandello
Né en Sicile en 1867, il a écrit nombreux romans, mais il est surtout connu pour son œuvre dramaturgique. Le 10 décembre 1934, il reçoit à Stockholm le prix Nobel de littérature « pour son renouvellement hardi et ingénieux de l’art du drame et de la scène ». Le théâtre de Luigi Pirandello porte une réflexion sur la vérité, la théâtralité et l’absurdité de la vie.
Avec Emmanuelle Béart (Donata Genzi) Claire-Ingrid Cottanceau (Elisa Arcuri) Michel Demierre (Carlo Giviero) Vincent Dissez (Ely Nielsen) Raoul Fernandez (Volpes) Marina Keltchewsky (Nina) Frédéric Leidgens (Le comte Gianfranco Mola) Marine de Missolz (Une femme de chambre) Stanislas Nordey, ou Laurent Sauvage (Salò) Véronique Nordey (La marquise Boveno) Julien Polet (Enrico)

théâtre (alain, jean-quentin, yves-noël)

Chers amis,

 Quelle heure est-il ? Je vous écris de mon lit, Jules est près de moi, dessine dans son carnet. Frédéric/Guy est dans la salle de bain avec la radio portative. J’ai pris un Smecta et une aspirine il y a une heure pour me sortir de ma gueule de moi bois.

Avec Dominique hier, nous sommes allées assister à une lecture au Centre culturel Suisse, donnée par Jean-Quentin Châtelain, d’une compilation de textes par Alain Huck, dessinateur, à l’occasion de la sortie de son livre, Ancholia.

Ha, Je préférerais que la chambre soit encore plongée dans le noir, mais les êtres humains qui ici habitent en ont décidé autrement.

..

Face à Jean-Quentin Châtelain, acteur, lisant au micro son texte d’une voix charnue, basse, empreinte d’une forme de tendresse et monocorde, j’ai réalisé à quel point l’autre pièce que nous avions également vue ensemble, Dominique et moi, mais cette fois-là accompagnées de Vanessa, Chic by accident de Yves-Noël Genod, peut être tenue comme  une leçon de regard, une leçon de théâtre.

Leçon de regard parce que l’expérience qu’il offre, à mon avis se rapprochera de celle que ceux d’entre vous qui iront à l’exposition La saisie du modèle de dessins de Rodin, pourront faire.  On regarde le théâtre de Genod du regard avec lequel jusque là on regardait la peinture.  Son regard est un regard de peintre.  Et son objet est celui des nus, avec les acteurs comme modèles.  Leçon de théâtre parce que nous y apprenons à regarder les acteurs autrement.  Genod les ramène au cœur de ce qui a lieu au théâtre, dans un espace certainement scénique, où les acteurs sont amenés à vivre une expérience autant en leur nom et leur corps propres qu’en tant qu’acteurs, figures, détachées de l’expérience qui est la leur jour après jour, et ramenée, rapportée au théâtre, à son espace, à son dispositif, que leur présence crée.  La scène met le théâtre en place.   Les acteurs de Genod y sont des acteurs, y font, fabriquent, le théâtre –  pas de théâtre bien sûr sans eux – mais dans cet espace, Genod leur offre également de rester eux-mêmes. Phrase idiote s’il en est parce que « qui est soi » ?  Qui  reste soi ?  Est-on jamais autre chose qu’un moment de soi ?

C’est un théâtre où, je le disais, les acteurs gardent leur nom, gardent leur corps. C’est Jeanne Balibar, c’est elle, c’est bien elle que l’on voit, elle, Jeanne Balibar, nulle autre, que l’on voit droite et nue, casquée d’une bombe de cavalier, postée, butée sur ses deux jambes, une (hallebarde) à la main, fichée dans le sol, « inflexible », qui garde, défend, délimite, indique par sa présence, pour un moment, cet espace du théâtre, de la représentation théâtrale. Et on sent bien que ce qui est impliqué là, c’est autant son travail d’acteur, la générosité de Genod qu’elle saisit pour l’exprimer, ça, ce qui a lieu au théâtre, là, et nulle part ailleurs.  Elle nue, et nulle autre, nulle part, ailleurs. C’est du théâtre.  Et je comprends qu’on pense au « Regard du sourd » de Robert Wilson auquel moi-même j’avais pensé.  Le titre convient parfaitement.  C’est une pièce qui ramène au voir, à la lumière, à sa célébration ; le spectateur, c’est à lui qu’est donné le regard du peintre.  Peut-être que je délire.  Les acteurs sont des personnes que nous sommes amenés à « regarder fortement » (pour reprendre une belle expression de mon père, dans ses notes, de peintre justement (d’où le possible délire)). Quand le noir se fait (sur la scène, total), c’est repos, délice, cette sensation que l’on recouvre de l’œil habitant son orbite, habitacle, c’est enfin le rien voir, le grand noir, regarder enfin pleinement le grand noir, voir enfin rien, puis quand la lumière revient, on le voit bien que la lumière est un voile, merveilleux certes, mais un voile, une toile, cette scène devant laquelle notre regard à nous peut baisser les armes. Se rendre à soi-même.  Ce sont les acteurs qui font cela pour nous, prennent en charge, assument, cela qui nous permettra de retrouver enfin la fonction première du regard :  voir, boire, s’abreuver, interroger le réel, sentir sa caresse et la lui rendre  ( et cette dans cette idée de « tendresse du réel », qu’on creusera peut-être celle de l’amour, que Genod dit central à son expérience théâtrale.) Autre moment de théâtre, magistral, où comique et tragique révèlent, nouent et dénouent leur lien : le « Phèdre »  ( ?) de Marlène Saldana.

 

Hier donc, Jean-Quentin Châtelain, je l’ai regardé encore, comme Genod m’a appris à regarder les acteurs. (j’ai même été jusqu’à l’imaginer nu, ce qui serait advenu, si nu, il… ) Aussi l’ai-je regardé scrupuleusement, à loisir.  Sa stature, sa vêture, le choix fait par lui de ses vêtements, ce que de lui ils indiquent (pas de costume ici, je crois). Ah oui, ça me ramène à ce à quoi je pensais ce matin, les vêtements magnifiques de Genod, « costumes », comme si vraiment, au corps, on ne pouvait offrir que le plus bel écrin.  Car si  la peau est le vêtement ultime, indépassable, dépositaire de tous les secrets de la personne, la persona, loin de tous les modèles, c’est bien pourquoi les vêtements, les voiles, doivent avoir la grâce de papillons (pour reprendre une expression d’Yves-Noël Genod, parlant de la circulation des vêtements entre les acteurs : « j’aurais aimé que les vêtements circulent entre eux, se posent sur leurs épaules comme des papillons » (je cite de mémoire), ainsi que nous le rapportait Dominique quand elle essayait de nous amener à voir cette pièce.

 

Et donc, hier non, je n’ai pas fermé les yeux pour écouter Jean-Quentin Châtelain comme je l’ai vu faire par l’un des spectateurs, une voix tentante pourtant, d’une grande intelligence, de beaucoup de doutes, d’une sorte de retenue, peut-être trop constante, mais tentant quelque chose. J’ai profité de l’occasion qui m’était donnée de regarder cette bouche mâcher des mots, se retenant de les avaler, et puis tout ce corps, aussi, vêtu de noir, le pull noir légèrement fripé, à même la peau, la touche de rouge aux lacets de chaussures, la main posée presque sur le ventre, tenant le micro, cette tension dans le tenir du micro et celui du texte de l’autre main. De ce texte les feuilles format A4 qui tremblent légèrement.  Et regardant, j’écoutais la voix, cette voix humaine pleine de mots dont le sens le plus souvent m’échappait, m’en délivrant, retrouvant par moment une langue d’autrefois, perdue. Langue aussi de ces très beaux textes qui décrivent la nature de Thomas Bernard, Antonio Lobo-Antunes, Michel Leiris, Herman Melville, Amos Oz ou William Faulkner, passages descriptifs que justement, quant à moi, je sautais, quand je lisais petite, trop avide d’aller directement à l’humain, aux dialogues, à ce qui se passait entre les gens, quand je ne savais pas encore que lire ce qu’un auteur nous dit de la nature, c’est certainement en apprendre sur son paradis perdu, et le nôtre. Et que cet exercice de mettre des mots sur la nature quand ce sont justement les mots qui nous en ont séparé, est probablement l’un des plus périlleux, et digne de l’écriture, qui soient. De cette nature perdue, retrouvée dans la voix, s’y reperdant encore. Enfin, cette drôle de barbe au visage, en collier, à ce Châtelain auquel je suis heureuse d’avoir pu serrer la main en quittant le Centre Culturel Suisse

Donc, oui, allez voir, allez voir Rodin, je crains de mon côté ne pas pouvoir, profitez-en bien, cependant que j’espère que la prochaine fois, vous viendrez avec nous au théâtre…

Je vous salue, ô Escapadeurs,

véronique

NB : je regrette  de ne pas pouvoir vous de dire plus de l’artiste Alain Huck, mais je n’ai pas pas vraiment eu le temps de  visiter l’exposition  et je ne connais pas du tout son œuvre, que des recherches sur internet m’ont donné l’impression d’être intéressante.

LIENS:

Platonov mais… à la Cartoucherie

Chers amis escapadeurs,

Voici quelques nouvelles de la dernière représentation de « Platonov mais…», et de nos échanges après, ce dimanche à la Cartoucherie. J’ai trouvé cette pièce époustouflante, avec des moments très stylés de comédie musicale, et des acteurs très énergiques portant à rire, grincer, pleurer … vivre!

Le personnage principal, Platonov, est aux prises avec une sorte d’errance de l’été dans un Domaine où se retrouvent plusieurs couples amis, plus ou moins oisifs et où règne l’ennui. « Welcome summer, bye bye winter» scande l’entrée de chaque personnage et leur attente.

Il n’y a plus que l’amour et ses intrigues pour espérer se réveiller et sortir de cette torpeur, mais finalement sans succès.

Platonov séduit et se fait séduire par 4 types de femmes différentes:

(Une des 3 actrices joue deux rôles, présentés donc comme l’endroit et l’envers.)

-1 Sa femme, marionnette-poupée, mère de leur enfant, -1 bis, la même actrice, une femme qu’il rejette cyniquement après lui avoir fait avouer qu’elle l’aime.

            « plus on les maltraite, plus elles vous aiment » .

-2 Son ex-amante, étudiante, à nouveau troublée par lui.

-3 La maîtresse du Domaine, surtout maîtresse d’elle-même, « maîtresse-femme », phallique en diable, qui a jeté son dévolu sur lui. Elle finira par l’avoir malgré lui, en l’attrapant par les penchants du corps, démontrant, si c’était nécessaire que « l’homme est le sexe faible » (ceci est une citation de Lacan).

 Pourtant, de celle-ci (3), il ne souhaitait que l’estime

Car c’est la seconde (2), l’ex-étudiante qu’il désire à nouveau, surtout depuis qu’il apprend qu’elle a épousé son meilleur ami…et il parviendra à ses fins, ne sachant plus qu’en faire après.

Enfin, des deux premières (1 et 1 bis), il attendait l’amour, d’être aimé seulement.

 Il est régulièrement « un extra-ordinaire sale-type », et ne sera pas sauvé par l’amour.

Dans cette pièce, on a le sentiment d’un objet rebut, qui plane dès le début et se refile comme une patate chaude d’un partenaire à l’autre :

Déjà ce Domaine, où il n’y a plus assez d’argent pour qu’il soit entretenu correctement ou inviter sans traiter les invités de « pique-assiete ». Cela représente la déchéance d’une partie de la société russe à un moment.

Platonov lui-même se situe comme le rebut d’un bel avenir que ses études auraient pu lui donner, mais qu’il a abandonnées, après la mort de son père, un père mort désabusé. C’est au cours de ces études qu’il avait rencontré la belle étudiante et l’avait convaincue une première fois.

Mais il est le rebut de toute chose, de toute cause, et , in fine, de tout amour, après l’avoir tenté auprès de ces trois figures de femmes.

Un peu comme Don Juan dont est dit ( toujours par Lacan) que « les désirant toutes, il n’en désire aucune», il me semble plutôt ici qu’il n’en aime aucune ! et surtout ne s’aime plus lui-même.

Cet objet rebut, suite logique du narcissisme mis à mal par l’abandon d’amour ne sera pas, pour chacun et chacune, traité par l’amour.

Cela ne lui sera pas pardonné!

Il sera tué.

Mais devinez par laquelle??

Bien à tous,

Catherine Decaudin

{ lun. 16/04/2012 23:05 }

« Le fils » de Jon Fosse au théâtre de la Madeleine

Chers compagnons d’escapades,

Le Fils
de Jon Fosse

Théâtre de la Madeleine

Texte français Terje Sinding

Avec
Michel Aumont
Catherine Hiegel
Stanislas Roquette
Jean-Marc Stehlé

Mise en scène
Jacques Lassalle

Décors
Jean-Marc Stehlé Catherine Rankl

Costumes Arielle Chanty

Lumières
Franck Thévenon

Son Julien Dauplais

Du 17 avril au dimanche 3 juin 2012

Du mardi au samedi à 21h
Le dimanche à 16h

Certains d’entre nous ont assisté courageusement à la représentation du « Fils » de Jon Fosse dimanche dernier, journée pour mémoire copieusement ensoleillée qui n’incitait pas à aller s’enfermer dans un théâtre, surtout s’agissant d’aller y tenter une plongée dans les eaux troubles et glaciales d’une histoire de huis clos familial au cœur d’un petit bourg en voie d’extinction dans un fjord Norvégien au milieu de l’hiver. Noir, avais-je prévenu…

Une immense fresque peinte plante le décor et restitue de façon grandiose et inquiétante un paysage nordique de montagnes abruptes entourées de lacs noires, contre lesquelles est adossé un hameau quasi déserté. L’intérieur et l’extérieur se fondent dans une confusion d’espaces, suggérant que toute la vie ici s’articule au rythme de cette nature hostile et sauvage. 

La pièce s’ouvre sur une scène quotidienne, réunissant un couple vieillissant dans un salon d’une banalité à pleurer, monsieur tout à son journal, madame au tricot, et pourtant sans qu’on sache très bien pourquoi, leurs échanges lacunaires, succession mécanique de lieux communs et de formules toutes faites, amènent d’emblée une certaine tension. Monsieur se lève et se poste à la fenêtre, scrutant au loin l’obscurité. «Il fait sombre, très sombre, de plus en plus sombre, … comme de la terre» sera sa petite ritournelle, sentencieuse, invariablement déclamée au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue, ponctuant les vides, les blancs, les trous qui s’étirent au-delà du supportable. Seule la lumière de l’unique voisin, survivant, plus pour très longtemps, et les faisceaux des phares du bus quotidien qui mène à la ville, scintillent dans cette nuit polaire où rien ne bouge. Mais ce jour/nuit là, le fils, mystérieusement parti 6 mois auparavant, fait son retour…

Vos paupières sont lourdes… très lourdes… la note monocorde qui accompagne les premiers temps de la pièce diffusant son effet hypnotique irrésistible, nous met à rude épreuve et ajoute à une envie irrépressible de dormir, interprétée audacieusement comme une défense contre un réel inassimilable, sans exclure toutefois les manifestations de l’ennui profond face à la pauvreté de l’histoire. Pourtant quelque chose nous tient à peu près éveillés et nous pousse à attendre comme le Messie, le fils du titre bien nommé. C’est à lui qu’on s’accroche, qui est-il? Comment a-t-il grandi dans ce no-man’s land? Fils unique du couple, inconsolable depuis son départ, quel a été son parcours? Comment est-il parti? Là d’ailleurs se situe le noeud du drame, sans en dévoiler davantage. Mais surtout, constate-t-on avec effroi, qu’est-ce qui a bien pu le faire revenir? …

C’est à une véritable performance d’acteurs (remarquables) et de spectateurs que nous convie cette étrange pièce, nous soumettant le temps d’une représentation hyper-réaliste à un temps figé, mort, gelé, qui ralentit les mots, les pensées, les respirations, les pouls et nous entraîne inexorablement vers une expérience de l’attente, du vide, du rien, dont on ne sort pas indemnes. Un temps qui contraste follement avec notre mode de vie contemporain, qui sature le vide à outrance. Libre à vous de vouloir tenter l’expérience. Je pense pour ma part qu’elle en vaut la peine.

Je laisse le (bon) mot de la fin à Vanessa lorsque nous sommes sortis du théâtre, « Oh, il fait jour dehors! », nous poussant joyeusement vers le quartier Madeleine en quête d’un café pour nous remettre de nos émotions, avec un gain de vie intensément ressenti. 

 Amicalement,

Géraldine.

 { 18/05/2012 18:44:39 }

 
Extrait de l’article de Wikipedia sur Jon Fosse:
« L’œuvre théâtrale de Jon Fosse se caractérise par une écriture très épurée, minimale, répétitive avec d’infimes variations. La langue est banale, l’intrigue est pauvre, quasiment absente, l’ensemble paraît très simple. Mais l’auteur arrive à créer une tension extrême entre les personnages, dans un univers souvent très sombre.
« Le langage signifie tour à tour une chose et son contraire et autre chose encore » dit l’auteur. L’écriture ne comporte pas de ponctuation, et on remarque notamment l’absence de points d’interrogation, alors que les personnages sont perpétuellement en recherche, en attente, en tension (jalousie, exaspération, angoisse, vide existentiel…). Le plus souvent, ils sont confrontés à leur propre solitude. On ignore à peu près tout des personnages, de leur passé. Ils sont stylisés et ne portent pas de nom : ils sont désignés par un terme générique (luiellele filsle père, etc.) Seul importe le moment présent et les tensions qui s’exaspèrent entre eux. Et l’intrigue est elle-même épurée au point qu’elle en devient presque abstraite ou conceptuelle (la rencontre, la séparation, l’abandon, la solitude, etc.), elle donne souvent l’impression d’être inachevée. Il en résulte, pour le comédien et le spectateur, une sorte de frustration qui excite sa curiosité et éveille son imaginaire. »

« A quoi répond en nous : ennui »

——————– #1 ——————–

Chère Véronique,

Voici la citation complète que tu recherchais,
et un peu de son contexte :

« Un regard, celui de Béatrice, soit trois fois rien, un battement de paupières et le déchet qui en résulte : et voilà surgi l’Autre que nous ne devons identifier qu’à sa jouissance à elle, celle que lui, Dante, ne peut satisfaire, puisque d’elle il ne peut avoir que ce regard, que cet objet, mais dont il nous énonce que Dieu la comble ; c’est même de sa bouche qu’il nous provoque à en recevoir l’assurance.

A quoi répond en nous : ennui. Mot dont, à faire danser les lettres comme au cinématographe jusqu’à ce qu’elles se replacent sur une ligne, j’ai recomposé le terme : unien. Dont je désigne l’identification de l’Autre à l’Un.« 

Lacan, « Télévision », Seuil, 1974, p. 41.

Fi donc l’ennui ! Vive les multiples projets d’escapades et la « disparité » des textes qui en résultent.

Dominique.

——————– #2 ——————–

Merci beaucoup Dominique, l’ennui ne lasse pas de m’intéresser…

 Tentative de décryptage de la citation de Lacan :

Un regard –> un battement de paupières + un déchet.

l’Autre ≈ (identifié à) sa jouissance à elle

Mais que Lacan veut-il dire ? que dit-il, crois-tu Dominique ? Quel est cet ennui de « l’identification de l’Autre à l’Un » – du moment de l’identification de l’Autre à son seul regard, à sa seule jouissance à elle – à quoi lui, pauvre Dante, ne peut rien, mais qui elle la comble,  la faisant Une, Unienne en ce regard,  pleine – séparée, sans Autre ni autre…

Elle y est Une, en devient Autre pour lui (entraînant son ennui, à lui ?) L’unien entraînant l’ennui, la stase, le vide.

Voici, à tout hasard, la définition du mot « ennui » dans le Littré :

ennui

nm (an-nui, an prononcé comme dans antérieur)

1/ Tourment de l’âme causé par la mort de personnes aimées, par leur absence, par la perte d’espérances, par des malheurs quelconques. Le roi même arrivant partage leur ennui. [Corneille, Oedipe]
Contrariété. Cette affaire lui a donné beaucoup d’ennui. Être accablé d’ennuis.

2/  Sorte de vide qui se fait sentir à l’âme privée d’action ou d’intérêt aux choses. Donner, causer, avoir, éprouver de l’ennui. Un ennui mortel. Charmer les ennuis de l’absence. Quand on se verrait même assez à l’abri de toutes parts [des misères], l’ennui, de son autorité privée, ne laisserait pas de sortir du coeur où il a des racines naturelles, et de remplir l’esprit de son venin. [Pascal, Pensées]
Dégoût de tout. Tomber dans un ennui profond. L’ennui de la vie.
Mélancolie vague. L’ennui de Réné [le héros d’un roman de Chateaubriand]. Du romantisme jeune appui, Descends de tes nuages ; Tes torrents, tes orages Ceignent ton front d’un pâle ennui. [Béranger, Troubadours.]

REMARQUE

Dans le style relevé, ennui est un mot d’une grande force et qui s’applique à toutes sortes de souffrances de l’âme : les ennuis du trône ; des ennuis cuisants. Dans le langage ordinaire, il perd beaucoup de sa force et se borne à désigner ce qui fait paraître le temps long.

Le Fils
de Jon Fosse

Théâtre de la Madeleine

Texte français Terje Sinding

Avec
Michel Aumont
Catherine Hiegel
Stanislas Roquette
Jean-Marc Stehlé

Mise en scène
Jacques Lassalle

Décors
Jean-Marc Stehlé Catherine Rankl

Costumes Arielle Chanty

Lumières
Franck Thévenon

Son Julien Dauplais

Du 17 avril au dimanche 3 juin 2012

Du mardi au samedi à 21h
Le dimanche à 16h

En quoi cet ennui se rapproche-t-il de celui que vous avez éprouvé à la vision de la pièce de Jon Fosse,  ou que dit avoir éprouvé Géraldine :

Vos paupières sont lourdes… très lourdes… la note monocorde qui accompagne les premiers temps de la pièce diffusant son effet hypnotique irrésistible, nous met à rude épreuve et ajoute à une envie irrépressible de dormir, interprétée audacieusement comme une défense contre un réel inassimilable, sans exclure toutefois les manifestations de l’ennui profond face à la pauvreté de l’histoire.

… « monocorde », « hypnotique », dans un désir de représentation de la répétition inlassable d’un même Un… ((représentation impossible s’il en est)) Face à la jouissance de l’Autre, où il s’emmure sans nous, je nous vois bien ennuyés, finalement, oui, effectivement…

Ah! je regrette bien de n’avoir pas vu cette pièce !!!

Bien amicalement à vous,

Véronique

——————– #3 ——————–

Attention ! Lacan ne dit pas que Dante s’ennuyait ! La brièveté de la rencontre ne le lui aurait guère permis – sauf peut-être au sens classique, que tu as relevé dans le Littré, Véronique. Mais non, il était lui-même tout occupé de son objet, le regard de Béatrice, « déchet exquis ». Sans compter l’écriture…  Il semble s’être très bien accommodé que Béatrice ait « sa jouissance à elle ».

« A quoi répond en nous : ennui », dit le texte. C’est donc bien le nôtre, affect caractéristique de notre époque, paraît-il, qui ici nous interpelle.

 Dominique.

« SOUS MA PEAU » de et avec Geneviève de Kermabon au Lucernaire : Prolongation !

Un joli spectacle, un « One woman show », avec une comédienne qui vient du cirque et qui sait incarner de multiples rôles. Il est question des hommes, des femmes, du désir…

Plus que deux jours pour le voir, mais il reprendra le 11 juillet (c’est elle-même qui nous l’a annoncé).

http://www.lucernaire.fr/beta1/files/dossiers_presse/Dossier de presse SMP pour mailing sans fonds perdus.pdf

Voici ce qu’écrit un ami à propos de « Sous ma peau ».

Dominique.

« Si vous avez la possibilité d’assister à ce spectacle, n’hésitez pas. Ce n’est pas tous les jours qu’on redécouvre que la magie théâtrale, ce n’est pas un vain mot. Une présence rare, troublante, une Circé de la scène, qui ne vous transformera pas en pourceaux, mais vous charmera délicieusement. Des moments de grâce insolite, avec cet ange du bizarre, le théâtre fait agir ses pouvoirs un peu sorciers, et on en est ravi. »

Claude M.

Sous ma peau / Le manège du désir

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