très envie des femmes aux amandiers

——– Message original ——–
Le 12 nov. 2011 à 19:01, Veronique Outrebon a écrit :

Pouvons-nous également nous escamper au théâtre ? Je pense à ces pièces,

DES FEMMES
Les Trachiniennes, Antigone et Electre de Sophocle
mise en scène de Wajdi Mouawad
Du mardi 22 novembre au dimanche 18 décembre 2011
Théâtre Nanterre-Amandiers

http://www.nanterre-amandiers.com/2011-2012/des-femmes

que j’ai très envie d’aller voir.

A vous,

Véronique Outrebon

DOSSIER DE PRESSE

« Des femmes » de Wajdi Mouawad

Bonsoir à tous,

Un petit résumé (qui n’engage que moi) des trois pièces « Des femmes » vues en intégrale dimanche, qui méritent analyse mais que je vous livre tel quel pour le moment.

Wajdi Mouawad est auteur, comédien, metteur en scène d’origine libanaise. C’est la lecture, dans sa jeunesse, des auteurs tragiques grecs dit-il, qui l’ont conduit à l’écriture. Son appétit pour le théâtre épique s’enracine là à travers ces textes et donnera lieu à un intense voyage à travers «Littoral, Incendies et Forêts» présentés à Avignon en 2009.

Autre moment fleuve : «Le projet Sophocle» et quel projet ! Mettre en scène sept tragédies dans leur intégralité : Ajax, Antigone, Œdipe Roi, Electre, les Trachiniennes, Philoctète, Oedipe à Colonne. Le point de départ de l’aventure est une trilogie. «Des femmes » ce sont Les trachiniennes avec Déjanire trahie par Héraclès, amoureuse éplorée, Antigone victime de la loi, résistante au pouvoir, celle qui ne cède pas sur son désir (Lacan l’Éthique) et Electre, la vengeresse, privée de son père Agamemnon par Clytemnestre sa mère et son amant Egisthe.

Electre et Clytemnestre (photo @nouage)

 

Trois femmes, simples mortelles, bafouées et conduites à poser un acte transgressif, criminel qui leur coutera la vie pour les unes, la plongera dans le chaos pour l’autre. On entend la vulnérabilité, le courage, la force d’opposition à l’ordre établi. Femmes en lutte contre le pouvoir des hommes, aveugles et belliqueux.

La qualité de la traduction des textes que Wajdi Mouawad a eu la bonne idée de confier à Robert Davreu, libre, vivante offre une lecture limpide entre le respect de la langue originelle et la familiarité du « quotidien ». Les puristes pourront s’en trouver quelque peu chagrinés….

Un extrait d’une interview de Robert Davreu que je découvre d’ailleurs….

« parler ici du traduire, du traduire dans sa relation essentielle à la poésie, c’est assurément avec davantage de questions que d’affirmations. Et ce ne sera en aucune manière pour avancer une thèse argumentée comme pourrait le faire un enseignant, un critique littéraire ou un véritable penseur de la traduction. Ce sera plutôt sous la forme d’un témoignage, le témoignage quelque peu balbutiant sur son propre parcours d’un poète-traducteur, ou d’un poète-et-traducteur, qui, malgré son manque de propension et d’aptitude au raisonnement suivi, essaie tout de même de transformer son expérience en conscience, dans la seule intention du partage et de l’échange.(…) »

La vengeance d'Oreste (photo nouage)

 

Les tableaux sont d’une grande beauté. La continuité entre les trois pièces est entretenue par un espace unique autour duquel court un rail, un gros cube qui servira tour à tour de tombeau, de tribune. Au centre du plateau un bric à brac d’objets, une atmosphère humide de fin du monde. Le décor et l’ambiance d’Electre rappelle les bidonvilles voire les bas-fonds victoriens. L’eau est omniprésente, trop peut-être, si je peux me permettre cette critique cependant ne vient-elle pas dire symboliquement une impossible purification ? L’eau, la terre devenue boue aspergent et maculent les corps, les vêtements des comédiens que W.M. met à rude épreuve….. Saluons la performance des acteurs intense, physique souvent dénudés. Le style de jeu et la déclamation quasi-robotique parfois de certains personnages peuvent dérouter. De même Déjanire poétique par son style évanescent ne (me) convainc guère lorsque pointe le drame.

Mais des images belles et fortes, la pose gracieuse et lascive de Déjanire purifiée par sa servante, le délire d’Antigone, les retrouvailles entre Oreste et Electre, sensuelles, sauvages.

D’autres moins convaincantes : Le « come back » somme toute risible d’Heraklès entouré de bandelettes, momifié par exemple, ou les fiançailles d’Antigone et Hémon…….

Mais, mais surtout l’autre bonne idée de W.M. Est d’avoir confié la partition musicale du chœur à Bertrand Cantat métamorphosant cette tragédie en un brûlant et sauvage opéra rock. Deux guitaristes, un batteur et B. Cantat au chant. Qui connait feu-Noir Désir peut imaginer un instant…. Le premier titre démarre a capella (dithyrambe au soleil) explose en déflagration rock a de quoi surprendre et filer le frisson. Et la voix justement, déchirée, cassée, écorchée, hurlant à la mort nous étreint. Tout l’hybris tragique est là dans cette voix.

Vous aurez compris que j’ai été conquise par ce spectacle. !

Ceux qui n’ont pu assister aux représentations pourront se consoler en se procurant les 3 textes traduits par Robert Davreu et le CD de la partition musicale intitulé « Chœur »* accompagné d’un album photo du spectacle parus à Actes sud en librairie.

Bises à bientôt

Véro O

*L’album « Choeurs » est disponible intégralement à l’écoute sur Deezer.

 

les inconscients hantés d’héroïnes grecques

Bonsoir Véronique O, 

Quel beau texte, merci Véronique, c’est un témoignage fidèle de ce que nous avons vu sur scène ce dimanche, pour notre plus grande joie! Un spectacle inoubliable et un hommage moderne et vivant en tryptique à ces figures de femmes tragiques; une épouse fidèle délaissée au désespoir funeste; une sœur et fille sacrifiée par devoir de piété; une fille et soeur égarée par la vengeance de la mort du père, dans le regard d’une mère ravage, qui, comme tant d’héroïnes de tragédies grecques ont tellement marqué notre culture, au point de hanter encore souvent nos inconscients…

Et le choeur de B. Cantat, quelle émotion, quel passeur du tragique devenu, tant dans sa composition musicale que dans sa voix…bouleversant.

Merci infiniment à toi Véronique de nous avoir, en nous faisant découvrir pour certains Wadji Mouawad, entrainés dans cette formidable expérience théâtrale de la représentation intégrale de plus de six heures, incontournable, je crois, pour vraiment entrer dans ce monde  Des Femmes, intemporel, onirique et étrange, qui pour ma part me laissera un souvenir ému et enchanté.

Je t’embrasse.

Géraldine.

 

Ps: Tu vois Vé ton appel n’est pas resté sans écho! Bises! 

Encore? (l’éclat d’Antigone)

Merci à toi, Véronique, et à Géraldine, pour les « Éclats » de ces trois pièces « Des femmes » que vous nous renvoyez à distance.

L’ Éclat  d’Antigone , il me semble que c’est le mot que Lacan lui avait consacré dans son Séminaire L’éthique ((Jacques Lacan. L’éthique de la psychanalyse. 1959-1960. Le Séminaire. Livre VII, Paris, Seuil (Le champ freudien), 1986; part. «L’éclat d’Antigone» (1960))), au-delà du bon, du bien, du beau, et même du vrai! 

Décidément, la position féminine défend et révèle à chaque fois, pour chacune, quelque chose qui échappe aux dictats et aux mœurs du moment, et qui en même temps pointe quelque chose d’indicible, du coté de l’amour? ou de l’humanité? en tout cas quelque chose d’important!

Et qui n’est pas fiction, puisque c’est une par une.

J’espère que vous nous en direz encore plus,  Encore?

Bien à vous tous

Catherine Decaudin

des femmes trash et bientôt une maison de poupées

Wednesday, December 28, 2011 5:36 PM 

Chère Véronique, Chère Nouage,

Géraldine, j’ai intégré deux de tes photos dans l’article de Véronique (http://disparates.org/escapades/category/escapades/theatre/des-femmes/), les plus grandes.

J’aurais aimé pouvoir mettre les vidéos, mais elles sont trop lourdes. Je crois qu’il faudrait que je les mette sur DailyMotion ou sur YouTube – j’ai peut-être bien un compte YouTube quelque part, je verrai ça…

C’est drôle, au vu de l’affiche, j’imaginais un spectacle en plein air ou, à tout le moins, quelque chose de très clair, très lumineux. Mais au vu des photos, et des vidéos, je découvre au contraire un dispositif théâtral très marqué et fort sombre.

Quelqu’un sait-il ce que représente l’affiche ? Et à quoi ça correspond ?

Bises à vous,

Véronique m.

NB : je réitère ma proposition : nous retournons voir Klee le 15 janvier avec Roseau_pensant ? ça intéresse qq ? Dominique ? Géraldine ?

¤

jeudi 29 décembre 2011 03:10

 Déjà de retour, Véronique, et déjà à la tâche !

 En effet, le décor est trash, très sombre, et c’est exactement ce qui convient ! J’avais vu une précédente mise en scène d’ « Electre », passablement ennuyeuse, où tout se passait sur les marches éblouissantes de blancheur du palais de Créon… Ici, il y a une progression à travers les trois pièces, ça devient de plus en plus sombre, pour finir dans un paroxysme où les protagonistes s’aspergent de boue et se roulent dedans. Comme si au moment (génial) du meurtre de Clytemnestre, l’intérieur du palais passait au-dehors de sorte que le spectateur assiste aux crimes, et que cette boue qu’il recelait se déverse à l’extérieur.

C’est comme la musique, très hard pour qui n’apprécie pas vraiment ce genre de rock. Ceux qui l’aiment nageaient dans le bonheur, n’est-ce pas, Vebueno ? Mais j’admire d’autant plus Wajdi Mouawad d’avoir réussi à me la faire avaler, si j’ose dire. Il me l’a fait trouver bien et nécessaire dans le contexte, même si mes oreilles avaient mal.

 Dominique.

¤

jeudi 29 décembre 2011 11:59

 Il a en effet été présenté en décor naturel cet été à qq km d’avignon précisément à la carrière de Boulbon.

Oui Dominique, tout à fait de ton avis, les Electre, Antigone et autres Bérénice….. drapées de blancheur m’ennuient à mourir.  Anecdote amusante, en sortant des Amandiers j’ai entendu une dame dire à sa copine : « les costumes… ils se sont pas foulés, ils étaient moches et puis la scène… mais c’était une véritable porcherie !  » un couple avec elle de lui répondre  » ah bah c’était pas roger Harth et Donald Cardwell !!! ». ;))

 Bises à tous

Véro O -Vebueno


jeudi 29 décembre 2011 13:06

 Véronique, concernant l’affiche, il en existe une autre qui représente un visage de femme malheureusement je ne la retrouve pas.

Les Amandiers ont choisi pour chacune des pièces de la saison un personnage symbolisant la résistance à l’oppression, au pouvoir en place. On y trouve Aung San Sun Kyi (orthographe approximative….) femme politique birmane qui s’est opposée à la junte militaire, Nelson Mandela etc… Pour « des femmes » il s’agit de M. Luther King lors de son discours pour l’emploi et la liberté des Noirs Mars sur Washington en 63.

 Nous envisageons si toutefois Dominique en est toujours d’accord d’aller, toujours aux Amandiers, voir une reprise d’une maison de poupée d’Ibsen mise en scène par Martinelli. Nous suive qui aime ! Ce sera en janvier du 10 au 22/01. D’ailleurs l’affiche montre une manifestation de femmes (probablement pakistanaises puisque je repère une banderole NWFP (Nord Ouest province frontalière) ) s’opposant sans doute aux brutalités commises par les Talibans (à vérifier).

 Bises à bientôt.

Véro O