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psychanalyse

signor-elli

I. Signor

Freud est dans un train, il bavarde avec un autre passager,
ils ne se connaissent pas, se parlent de leurs voyages à l’étranger. Freud
évoque
la Turquie,
les mœurs si sympathiques de ses habitants qui, à la mort de l’un des leurs,
avaient pu lui dire : « Herr,
qu’est-ce qu’il y a à ajouter à cela, nous savons que tu as fait ce que tu as
pu». Comme il parle, lui revient également en mémoire un versant plus
« scabreux » écrit-il, des mœurs de ces mêmes Turcs, qui lui était
apparu comme ils lui avaient affirmé avec force : « Herr, tu sais bien que quand ça ne va pas avec ça – les choses sexuelles -,
la vie n’en vaut plus la peine 
». Ce souvenir en avait amené un
autre : la nouvelle, apprise à Traffoï,
du suicide de l’un de ses patients, pour cause d’impuissance sexuelle. De ces souvenirs et associations qui lient la
mort et l’impuissance sexuelle, il se garde de parler à son interlocuteur. Il
reconnaît avoir cherché volontairement à les refouler et les avoir
interrompues :

« J’ai
distrait mon attention des idées qui auraient pu se rattacher dans mon esprit
au sujet : ‘Mort et
Sexualité.’ »

Freud et son compagnon de voyage se mirent ensuite à parler
de l’Italie. Freud voulut demander à son interlocuteur s’il avait été à Orvieto
et s’il connaissait certaines fresques dont il ne pu se remémorer le nom de
l’auteur : Signorelli
. A la
place de ce nom lui vinrent en mémoire deux autres  : Botticelli et Boltraffio.

Freud se voyait là rattraper par ce qu’il venait de tenter
d’évincer : c’est qu’il « est toutefois vraisemblable qu’un élément refoulé – ici la mort et la
sexualité, l’impuissance – s’efforce toujours et dans tous les cas de se
manifester au-dehors d’une manière ou d’une autre,
mais ne réussit à le faire
qu’en présence de conditions particulières et appropriées. Dans certains cas, le refoulement s’effectue
sans trouble fonctionnel ou, ainsi que nous pouvons le dire avec raison, sans symptômes. »

L’oubli du nom, du nom propre, fait symptôme, auquel manque la lettre ou dont la lettre est du
manque. Plus loin, Freud ajoute que ces oublis de noms propres lui sont
fréquents, les touchent parfois tous, et lui semblent souvent liés à son
« complexe personnel »
.

Ici commence l’analyse de cet oubli. Freud n’a pu se
souvenir du nom Signorelli à cause de Signor. Et il ne pouvait se souvenir de Signor à cause de Herr, ce Herr qu’il avait pu prononcer : « Herr, nous savons que tu as fait ce que tu as pu… », mais
qu’il s’était empêché de redire, lorsqu’à ce signifiant était venu s’associer
la mort et la sexualité : « Herr,
tu sais que quand ça ne va pas avec ça, la vie n’en vaut plus la peine »…

Signor ne lui
vient pas parce que Signor et Herr veulent dire la même chose, dans
des langues différentes. Signor est
donc devenu aussi imprononçable que Herr,
s’est substitué à lui. Cette substitution, hétéronyme, dans le passage d’une
langue à l’autre, celle de Freud à l’italienne, la maternelle à l’étrangère,
procède de la succession des deux conversations qu’ont eues S. Freud et
son interlocuteur, au travers des signifiants qui passent – en l’occurrence ne
passent qu’inconsciemment, la conscience elle rejette ce passage – de l’une à l’autre.

Les liens qui se nouent entre les deux conversations, Freud
les nomme « extérieurs », ne tenant qu’à leur proximité dans le
temps : « Entre le sujet refoulé et celui où figurait le nom oublié,
il y avait tout simplement rapport de contiguïté dans le temps ; mais ce
rapport a suffi à rattacher les deux sujets l’un à l’autre par une association
extérieure. » Il soupçonne cependant l’existence de liens plus intimes
entrant en jeu dans le mécanisme de l’oubli du nom de Signorelli et indique (en note en bas de page) : « En ce
qui concerne l’absence d’un lien interne entre les deux suites d’idées dans le
cas Signorelli, je ne saurais
l’affirmer avec certitude. C’est qu’en
suivant aussi loin que possible l’analyse de l’idée refoulée au-delà du sujet
concernant la mort et la sexualité, on finit par se trouver en présence d’une idée qui se rapproche du sujet
des fresques d’Orvieto. »

C’est ce lien, plus intime, qui joue entre le signifiant
refoulé (Signor) à celui qui manque,
qui ne vient pas (Signorelli) et que
Lacan écrit X lorsqu’il l’introduit dans sa formule de la métaphore[1]. X de l’oubli du signifiant, de son appel, qui
aurait dû se substituer à Signor. Le
lien de cet X à Signor étant à trouver dans l’au-delà du sujet concernant la mort
et la sexualité et lié au sujet des fresques d’Orvieto.

Signor est donc
refoulé en tant qu’il est, d’une part, lié à Herr et aux pensées désagréables que ce signifiant a provoquées,
qu’il avait fallu interrompre et volontairement refouler, et qui ont figé
l’objet « Mort et impuissance sexuelle » en b’,
sur le graphe que Lacan développe dans le Séminaire V, au lieu de l’objet
métonymique en manque encore de signification : « le Herr joue le rôle et tient la place de
l’objet métonymique, objet qui ne peut être nommé, qui n’est nommé que par ses
connexions. La mort c’est le Herr absolu. Mais quand on parle du Herr, on ne parle pas de la mort, parce qu’on ne peut pas parler de
la mort, parce que la mort est très précisément à la fois limite de toute
parole, et très probablement aussi l’origine d’où elle part. »[2]

C’est dans cette mesure que le Herr s’inscrit, dans la
formule de la métaphore, sous le Signor qui s’y lie, au lieu du x, du petit x, signifié au sujet, présent dans la
conversation, mais présent seulement dans le peu-de-sens de la contiguïté
métonymique, auquel le Signor,
attaché à traduire, à représenter ce qui aux conversations manqua, tente de se substituer
métaphoriquement. Agissent ici les « liens extérieurs » de Freud qui
nouent ces deux signifiants.

A côté de ça, Signor est donc lié directement au sujet des fresques
d’Orvieto ainsi qu’au fait que c’est un nom propre, le nom d’un auteur,
étranger, qui est ici cherché. Nom propre que Freud cherche
« indûment », puisque ce qui est en cause c’est l’appel d’un
signifiant qui rendrait compte de ce qui est tramé dans les fresques du
« Jugement dernier » de Signorelli et dont le sens éclairerait les
questions trop troublantes de la mort et de la sexualité, questions qui partent
à interroger, à invoquer, le nom qui pourrait en répondre.

Ces termes se retrouvent eux dans la première partie de la
formule de la métaphore : l’X de l’appel du signifiant, de la métaphore qui ne
se fait pas, sur le Signor, déchet
métaphorique de Signorelli, auquel il
aurait dû se substituer.

II. Elli

 

Eu égard à tout cela, je propose ceci, invérifiable pour ma
part, amusant je pense, mais qui ne s’en
laisse pas moins dire, et même inscrire à l’intérieur des mécanismes, dépliés
par Lacan, qui commandent à ces formations de l’inconscient que sont la
métaphore et la métonymie. Affabulation
donc, qui plus est liée à mon propre « complexe personnel », mais
suffisamment légère que pour être contée.

Je me suis demandée si l’elli de Botticelli, lui aussi déchet
métonymique de Signorelli, reste de
ce signifiant oublié qui nous en met sur la trace, ne peut pas lui aussi aller
se placer en b’, au
lieu de l’objet, cause du désir. Cet elli n’est pas présent dans la conversation précédente, mais vient à Freud dans sa
recherche du nom oublié du peintre, lié donc à

la Bosnie-Herzégovine
et à ses Turcs, mais également, de façon directe, à la conversation en cours, à
l’œuvre en cause et au nom de son auteur, de même qu’au Signor refoulé, en tant qu’il pourrait lui aussi en être considéré
comme traduction.

El, en hébreux,
signifie « Dieu ». Elli signifie « mon Dieu ».

Elli, Elli lamma
sabacthani
sont les paroles prononcées par le Christ sur la croix, que ce
dernier reprend directement du premier vers d’un psaume de David, le Psaume
XXII du Livre des Psaumes, qui est une longue lamentation, une longue déclaration d’amour, un long appel
à Dieu : que Dieu intervienne et sauve le ver et non l’homme, le rebut qui
l’appelle ; qu’Il le relève de l’opprobre des hommes dont il fait l’objet,
le sorte de la poussière de la mort à laquelle il est réduit par celui qu’il
appelle, tandis que tout son corps se délite et que ses vêtements sont
partagés. Que Dieu intervienne et sauve celui qui toujours a eu confiance en
Lui, Lui qui l’a tiré du sein maternel, sur les genoux duquel il s’est tenu,
qui fut son Dieu depuis le sein de sa mère. Alors son nom sera proclamé par celui auquel Il aura rendu la vie et son nom passera
aux générations futures, et son nom répondra de

« tous ceux qui descendent à la poussière,

Ceux qui ne peuvent prolonger leur vie.

La postérité les servira ;

On parlera du Seigneur à la génération future. Ils viendront et ils annonceront sa
justice ;

Au peuple qui naîtra, ils diront ce qu’il a fait. »

A redécouvrir ces vers, je n’ai pu m’empêcher de penser à la
gerbe ni avare ni haineuse de Booz, à partir de laquelle Lacan développe tout
ce qu’il développe autour de la métaphore paternelle, du signifiant du
Nom-du-Père, de l’impossibilité d’être père et du père comme signifiant…

Sans évidemment pouvoir préjuger de la connaissance
qu’aurait eue Freud de ces vers, ni de celui repris par le Christ, plus que
probablement savait-il qu’Elli signifie Mon Dieu et ne s’en
est-il simplement pas souvenu lors de
l’analyse de cet oubli.

Qu’il ne s’en soit
pas souvenu indiquerait une forme d’oubli pure et simple, où ce qui manque
manque à manquer n’étant plus su qu’il est manqué – et ce, malgré la
présence de ce qui est manqué à l’avant-plan même de l’énoncé. On est ici comme
en présence de cette lettre volée que pour mieux cacher, il convient d’exposer
à tous les regards. Cette lettre-ci, cet Elli,
dont le sens serait oublié, perdu, rappelant qu’un mot ne dit pas ce qu’il veut
dire et que la signification d’Elli,
tant qu’on en reste au niveau du sémantème, de l’usage et de la valeur, ne se
donne pas d’elle même, mais requiert pour la retrouver – au moins dans le cas
particulier de celui auquel cette signification continue de faire énigme, Freud
– un certain travail, une métaphore encore, celle-ci n’eût-elle d’autre écriture
que celle de S (A/ ). Ici aussi, l’oubli d’Elli, est symptôme.

Elli, « mon
Dieu », est signifiant en quête de sens, sa présence dans l’énoncé est
hors-sens, hors-sens où Lacan pointe le S1, ce signifiant sans signifié,
représentant du sujet – auprès d’un autre signifiant qui l’annule, S2, est-ce
Dieu ? Ce n’est plus Dieu, puisque la métaphore rate (comme une rencontre
réussie), et que le nom, le signifiant qui aurait répondu de la quête
eschatologique de Freud ne lui vient pas, voire, nous dit Lacan, il n’en veut
pas. S1 n’est plus confiné à la signification auquel l’assigne S2. C’est S2 qui est unterdrückt, comme il convient dans le processus de
séparation : « C’est pour autant que le sujet vient à jouer sa partie
dans la séparation, que le signifiant binaire, le Vorstellungsrepräsentanz est unterdrückt,
chu dans les dessous »[3]. S1
joue sa partie seul comme rien ne vient à Freud. Rien qui ne réponde du sujet
Freud.

De Signor à Elli on aurait une relation métonymique
du fait de leur contiguïté immédiate dans le signifiant Signorelli, aussi bien que métaphorique du fait de la substitution
hétéronyme de Signor à ElliSignor en langue étrangère et Elli en langue autrement étrangère, plus intimement étrangère, mais étrangère quand
même -, substitution amplement suffisante pour induire la métaphore.

D’autre part, Elli a pu se présenter à Freud, à l’intérieur du signifiant Botticelli qui vient en « fausse substitution » à Signorelli, en quoi il se lie à Bo et à la conversation autour des
Turcs. Signor, quant à lui reste bien définitivement refoulé. Voire si cet elli ne contribue pas à son
refoulement en tant que nom signifiant Dieu, ce Dieu des juifs qui « exige
de se refuser non seulement à l’idolâtrie pure et simple, à savoir l’adoration
d’une statue, mais, plus loin, à la nomination par excellence de toute
hypostase imagée, soit à ce qui se pose comme l’origine même du signifiant, et
ce pour en chercher l’au-delà essentiel, dont le refus est précisément ce qui
donne sa valeur au Veau d’or » et à l’oubli du Signorelli…

C’est du côté du nom propre de Freud que le signifiant est
refoulé, nom propre dont les trois premières lettres sont présentes dans Signor : Sig, tandis que le face à face avec l’autoportrait de Signorelli
(il n’a jamais aussi bien vu les fresques) provoque son évanouissement comme
sujet, comme il découvre « la vraie place de son identification au point
de scotome, au point aveugle de l’œil », non plus en tant que représenté
par un signifiant, mais comme place vide dont la chair se sustente de l’objet
regard où cela seul qui réponde du réel du sujet se montre : son nom.[4] Les fresques d’Orvieto ne constitue pas
l’objet de l’idolâtre mais font voile où se dépose le réel du nom, montrent,
révèlent le « réel du Nom, Père réel, point d’impossible entre signifiant
et trait ou trace »[5].

A signaler également, en passant, qu’entre Luca ( prénom de Signorelli), lumière en
italien, et or, lumière en hébreu, le Sig(n) n’avait plus qu’à bien se tenir… comme feux de la rampe,
c’était fort fort.

Malgré le souci qu’aura eu Freud sa vie durant de sauver le
père, cette fois, le lien entre père symbolique, père mort et impuissance est
trop marqué pour que Freud puisse prononcer le nom qui répondrait de son propre
désir, du manque où il est d’un père qui le sauve. L’objet métonymique que fait Elli est celui qu’a constitué le père comme cause
du désir, cause du désir… du père, en manque d’un signifiant qui en arrête le
sens (S/ /a ® S1), dont le réel est aussi impossible que celui de la mort : le père
n’existe pas, il n’est qu’un signifiant parmi les autres dont la signification est liée à celui qu’il précède[6],
signifiant qui recouvre la procréation et la fonction « être père »
inassimilables au signifiant : « le
fait qu’un être sorte d’un être, rien ne l’explique dans le symbolique. Tout le symbolisme est là pour affirmer que
la créature n’engendre pas la créature, que la créature est impensable sans une
fondamentale création. Dans le
symbolique, rien n’explique la création
. »[7]

Cause hystérique aussi bien dont la vérité tient au rejet
d’un signifiant répondant tant des fins dernières, de la paternité et la
génération, que de l’être de déchet,
objet a, soit ce corps dont la
jouissance est hors signifiant sans pourtant n’être pas, dont le sens n’advient
pas du père mais de la rencontre, fût-elle ratée, avec l’Autre sexe.



[1] J. Lacan, Séminaire V, p. 59

[2] J. Lacan, Séminaire V, p. 60

[3] J. Lacan, S XI, p. 199

[4] Y. Depelsenaire, Quarto

[5] M. H. Brousse, « Les noms,
les père, le symptôme »

[6] D. Silvestre, Demain la psychanalyse, p. 239

[7] J. Lacan, Les psychoses, p. 202.

10 mars 2002 - 11:20 / psychanalyse /

de duve, la présentation de l’objet

l’impossibilité du ferde duve encore. Je ne me souviens plus bien.

que dans l’œuvre d’art contemporain il s’agisse plutôt d’une présentation de l’objet – plutôt que de l’œuvre d’art comme lieu d’une énonciation,  « ouverture, fenêtre » sur le monde, déploiement de l’istoria pointant à son horizon un sujet

serions passés d’un savoir dans le fantasme au « savoir » de la pulsion, à l’in-dit).

s’agirait d’1 montrer, alors, ce qui au cadre du discours échappe (je me souviens mal, je me souviens mal)

impossibilité du feret lui, thierry de duve, module modère le n’importe quoi, décrit ce n’importe quoi des artistes comme modulé modéré à la condition d’une certaine connaissance / reconnaissance, d’un faire montre – index pointé sur – un certain objet / objet certain – lequel, quoiqu’on en ait, aurait ce pouvoir de limiter / orienter la pulsion. cet objet est celui qui échappe à l’égalisation, la démocratisation des valeurs.

devant la télévision pas beaucoup de cet objet fait entendre sa voix. (sinon, de ce qu’il en est de lui comme rien qui vaille // sinon, de ce qu’il en est de lui quand, captif de la pulsion, il fait valoir son rien qui vaille //
sinon, de ce qu’il en est de lui quand, captif de la pulsion, il fait valoir sa tendance, à elle, à éviter de se confronter à la castration c’est-à-dire à la loi c’est-à-dire au désirimpossibilité du ferla castration la loi le désir étant : il y a du manque à dire ce qui se joue entre les sexes, manque qui se révèle du moment qu’un dire s’essaye. manque qui se dissout tant que le silence est tenu – mieux vaut dire : le mutisme
– et l’on pourrait, dans ce contexte, dire : ce n’est pas que le pulsion soit silencieuse, c’est qu’elle est mutique. (elle qui omet d’épingler le vide, de l’objet le vide, de l’étiquette de sa particularité – son nom propre, qui préfère le donner comme absolument quelconque, relatif, identique pour masquer ce qu’il comporte d’effroyable. comporterait d’effroyable. enfin, il faut bien que ça le soit, effroyable, puisqu’à ce point il faut l’éviter. )) (le mutisme est du sujet, le silence, de l’objet. c’est pq l’on dit que la pulsion est silencieuse.)

la pulsion est cela qui relativise. la pulsion est jouissance de l’affinité du réel et du signifiant. leurs accointances. « S barré poinçon grand D » écrit d’abord Lacan parlant d’elle. sujet barré poinçonné à la demande. la demande c’est le signifiant. il n’y aurait pas eu jouissance de la pulsion s’il n’y avait eu le signifiant. impossibilité du ferla jouissance de la pulsion est celle de ce qui récupère après la perte de la jouissance initiale, après la perte de la Chose. c’est le plus-de-jouir. la pulsion se satisfait du plus-de-jouir, se passe de la perte. il y a plus-de-jouir tant tant qu’existe la potentialité, la possibilité du dire. (ainsi, la pensée procède-t-elle du plus-de-jouir dans la mesure où elle procède de la possibilité du dire.) le dire sort de la potentialité et rentre dans l’impossibilité. lacan dit : faire entendre qu’il s’agit d’un impossible et non pas d’impuissance. il dit ça à un moment, je ne sais plus où. (et il ne s’agit pas non plus de ramener l’interdit, ajoute-t-il, il s’agit de trouver son chemin pour aller vers, à la rencontre de l’impossible.) le dire est un faire. qui se fait dans l’écriture, qui se fait dans l’art, qui se fait sur le divan, qui se fait dans la vie.

impossibilité du ferle faire est impossible (ce qui à duchamp fait parler, et il faudra que je revienne là dessus, de « l’impossibilité du fer ».

lacan : il n’est d’éthique que du bien-dire. un dire qui vise en même temps qu’il touche à l’impossible. (un compte-rendu de jouissance, un moment, une passe).

Dans la pulsion, le sujet poinçonné à l’universalité, faisant corps avec elle.
Dans le fantasme, le sujet poinçonné à la particularité faisant corps avec elle.

11 février 2006 - 13:21 / le n'importe quoi, psychanalyse /

musique

on n’entend pas du tout de la même manière le disque qu’on a soi-même mis.

21 février 2006 - 10:40 / d'1 don (qui n'aurait pas) /

donc ce don

donc ce don qui n’aurait pas (été fait), (l’impossible), on peut l’écrire Sbarré –> S1 (mathème de l’hystérie) quand on l’attendrait du père (entendre ici du signifiant dans son ensemble, si ce n’est que le S1, ça n’est pas du tout le signifiant dans son ensemble)
mais on l’écrit comment, quand c’est de la mère, que c’est attendu, quand c’est attendu de celle qui a « tout » donné.

ou est-ce que ça s’écrit exactement de la même façon?

Champ du sujet Champ de l’Autre
 Sbarré   –>  S1
a // S2

ce don donc, qui a directement à voir avec ce que j’écrivais (délire) ici : qui est bien ce don qu’il s’agit de ne pas cesser d’attendre et de ne surtout pas recevoir / rester pauvre démunie / et de cet aphrodisiaque dénuEment ne pas cesser d’accuser l’autre (le doigt vengeur, les humeurs, la rumination – saloperies) .

sur le discours de l’hystérique, on trouvera ça, aussi.

(dit comme ça, on pourrait croire que tout se tient, c’est ça, l’ivresse de l’analyse, livresque de l’analyse, or, il doit bien y avoir un endroit, où justement, ça ne tient pas.)

21 février 2006 - 12:01 / d'1 don (qui n'aurait pas) /

voir / être vu . lire / être lu . voir / se faire voir . lire / se faire lire

Souvenirs du Séminaire XI, Les 4 concepts fondamentaux de la psychanalyse – Questions sur la pulsion, son éthique.

De ce séminaire, XI, lu il y a probablement 10 ans, je me souviens d’une phrase qui ressemble à ceci : Il est nouveau qu’un sujet soit là. Après que la pulsion ait fait son tour, son tour de l’objet, advient un nouveau sujet.

Sur base donc de mes seuls souvenirs, je me demande : de quel sujet s’agit-il? Quel est donc ce sujet que la pulsion, son mouvement d’aller et retour, d’entour, autour de l’objet – que Freud observe à partir de voir/se faire voir – non, cette formule-là est de Lacan : voir/être vu, telle est la formulation de Freud. Le se faire voir est de Lacan. Met le doigt sur le travail dont la pulsion prend la charge. La passivité de l’être vu de Freud prise en charge par un sujet qu’il est nouveau de voir apparaître.

entour objet pulsion de voir

Que le voir l’Autre implique d’alors avoir à être vu en retour de lui. Et que dans ce mouvement de rétorsion, le tour se fait de l’objet – en l’occurrence, dans la pulsion scopique, de l’objet regard.

Mon idée donc, mon idée autrefois, lorsque je lisais ce Séminaire, XI, c’était que l’éthique de la pulsion s’attachait, tenait à ce second temps, ce mouvement de retour de la pulsion, depuis l’Autre vers le sujet, terminant de circonscrire l’objet.

(On aura toujours tendance à chercher l’éthique, ou plutôt j’aurai toujours tendance à chercher l’éthique, du côté du devoir , ici, « devoir se faire voir en retour ». Mais enfin bon, on n’en jamais loin, de là : chercher à savoir ce qu’il faut faire. On verra si de cette contrainte du devoir on peut se passer pour définir une éthique. Or ça, d’ores et déjà, on observera qu’il n’y a pas de décision prise dans la pulsion, elle ne doit pas, elle veut. En quoi, elle sera éventuellement empêchée. Ou forcée à des détours. C’est moi, qui crois de mon devoir de la rendre au parcours sans détour de son supposé-initial vœu/désir/volonté.)

Et ce, dans la mesure même ou c’est ce second mouvement que me paraissait difficile – et que l’éthique devait forcément tenir à ce qui me semblait hors de portée :

Oui :
Je voyais
Mais je supportais assez mal d’être vue en retour.
Oui : je lisais
Mais je supportais mal d’être lue en retour
Oui : j’entendais
Mais je supportais mal d’être entendue en retour

(Evidemment cette observation, je trouvais plus difficile à la faire appliquer au chier/se faire chier que donne également en exemple Lacan quand il parle du « se faire » de la pulsion. )

voir // être vu / se faire voir
lire // être lu / se faire lire
parler // être parlé / se faire parler
écrire // être écrit / se faire écrire

5 mars 2006 - 14:05 / autour des tours de la pulsion /

pulsion / faire et se faire

alors, le « se faire »* de la pulsion, son mouvement naturel. et pouvoir en finir avec le devoir (et ses listes à rallonges.

tandis que par ailleurs, aussi je me dis « si voir alors faire voir ». si je vois, alors /devoir/ faire voir.

5 mars 2006 - 15:55 / autour des tours de la pulsion /

voir / être vu . lire / être lu . voir / se faire voir . lire / se faire lire (2)

DELiRES (suite)

voir // être vu / se faire voir voir, je fais // être vue / me faire voir : à la condition d’avoir rejoint une certaine image (impossible)
lire // être lu / se faire lire lire, je fais // être lue, je suis, par moi-même, en analyse / me faire lire, par l’autre, je ne fais pas (ou je commence à le faire ici, ou je l’ai fait en analyse)
écrire // être écrit / se faire écrire écrire : parfois je fais //être écrite, je suis / me faire écrire, que l’on m’écrive : cela m’arrive
parler // être parlé / se faire parler parler : je ne fais pas // être parlée, que je sois parole de l’Autre ou que l’on me parle : oui / me faire parler, je fais, en analyse – et puis tout ce que j’entreprends ici, en fait, l’effort actuel.

Cependant que l’on observe déjà, ici, que c’est toujours l’un où l’autre des deux mouvements qui est privilégié, au détriment de l’autre.

les demi-tours d
le tour complet

Or, on n’a jamais entendu parler de demi-tour, de tour à moitié fait de la pulsion. De demi-tour et retour sur ses propres pas (essence de la répétition), plutôt que de retour qui emprunte un nouveau chemin qui contourne l’objet (dans l’autre sens, par un autre bord). A l’époque, pour m’expliquer ces demi-tours, je pensais que c’était le fantasme qui coinçait, qui détournait/kidnappait la pulsion. Et ça n’est pas loin de se voir, sur ces deux schémas : l’arrêt, le moment d’arrêt, de retour, c’est au niveau de l’Autre qu’il se fait. Plutôt que de revenir sur le sujet avec ce qu’elle a pêché dans l’Autre, la pulsion revient sur elle-même, on sera tenté de dire : laissant l’Autre, le grand Autre intact. Comme si, c’était d’en passer par lui, qui le barrait. Et que ni l’A (le grand) ni l’a (le petit) ne soient plus le même, une fois le tour accompli.

(la suite plus tard : j’ai égaré le carnet où j’avais pris ces notes…)

8 mars 2006 - 14:52 / autour des tours de la pulsion /

de la pulsion donc, le nouveau sujet

Avant que de poursuivre, j’ai retrouvé la citation dont je suis partie mais dont je n’étais pas plus sûre que ça, à propos du « nouveau sujet » qui advient une fois le tour accompli de la pulsion – et ce malgré que je ne sois pas sûre que ce soit le temps pour moi d’être exacte dans mes citations, que je ne sois pas loin ici de raconter un rêve et que mon souvenir, ce que je peux en dire, compte davantage que ce qu’il en est à l’origine.

Freud nous introduit maintenant à la pulsion par une voie des plus traditionnelles, faisant usage à tout moment des ressources de la langue, et n’hésitant pas à se fonder sur quelque chose qui n’appartient qu’à certains systèmes linguistiques, les trois voies, active, passive et réfléchie. Mais ce n’est qu’une enveloppe. Nous devons voir qu’autre chose est cette réversion signifiante, autre chose ce qu’il en habille. Ce qui est fondamental, au niveau de chaque pulsion, c’est l’aller et retour où elle se structure.

Il est remarquable que Freud ne puisse désigner ces deux pôles qu’en usant de ce quelque chose qui est le verbe. Beschauen und beschaut werden, voir et être vu, quälen et gequält werden, tourmenter et être tourmenté. C’est que dès l’abord, Freud nous présente comme acquis que nulle part du parcours de la pulsion ne peut être séparée de son aller-et-retour, de sa réversion fondamentale, de son caractère circulaire.

De même, il est remarquable que, pour illustrer la dimension de cette Verkehrung, il choisisse la Schaulust, la joie de voir, et ce qu’il ne peut désigner autrement que par l’accollement de ces deux termes, le sado-masochisme. Quand il parlera de ces deux pulsions, et plus spécialement du masochisme, il tiendra à bien marquer qu’il n’y a pas deux temps dans ces pulsions, mais trois. Il faut bien distinguer le retour en circuit de la pulsion de ce qui apparaît – mais aussi bien de ne pas apparaître, – dans un troisième temps. A savoir l’apparition d’ein neues Subjekt qu’il faut entendre ainsi – non pas qu’il y en aurait déjà un, à savoir le sujet de la pulsion, mais qu’il est nouveau de voir apparaître un sujet. Ce sujet, qui est proprement l’autre, apparaît en tant que la pulsion a pu fermer son cours circulaire. C’est seulement avec son apparition au niveau de l’autre que peut être réalisé ce qu’il en est de la fonction de la pulsion.

Jacques Lacan, Le séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, p. 162.

13 mars 2006 - 10:53 / autour des tours de la pulsion /

Il n’y a pas de demi-tours de la pulsion

Que ce soit au moment où le tour se fait de l’objet, dans l’aller-retour, lire/se faire lire à son tour, que l’épreuve se fait du manque dans l’Autre au cœur de soi.

C’est clair ?

C’est à se faire lire, c’est dans cette épreuve, que son propre manque s’avère, manque que le fantasme préfère occulter. (N’être ni vu, ni lu, permet de faire croire à une perfection possible. « Perfection » est le mot qui me vient sous la plume, qui certainement convient – dans la mesure où c’est mon dit « perfectionnisme » qui toujours m’a empêchée de considérer une chose comme finie.)

Il n’en reste pas moins que j’ai difficile à croire à ce demi-tour de la pulsion, difficile à croire qu’elle pût se faire empêcher – et j’opterais donc à croire que son tour, complet, elle le fait. Mais comment, mais lequel.

Pour l’exercice, appelons ce tour qu’elle ferait, qui offre l’apparence d’un demi-tour, son faux-tour.

Une pulsion à faux-tour donc, ça serait une pulsion obstinée sur un objet toujours même – une pulsion qui ne se contenterait pas, elle, de n’importe quel objet. En quoi elle serait faussée.

Je lisais et ne-me-faisais-pas-lire. No retour donc, apparemment. Où donc le tour se faisait-il « faussement »? (Compliquée, moi?)

On a posé deux choses : qu’une pulsion à faux-tour est une pulsion où l’Autre n’est pas barré, qu’une pulsion à faux-tour est une pulsion où l’objet (n’est pas celui de la pulsion dans la mesure où il) n’est pas indifférent, est privilégié. Implicitement donc, on a posé qu’une pulsion à faux-tour, c’est le fantasme.

On aura également avancé que la pulsion tiendrait de l’épreuve, qu’à faire son tour, la pulsion, c’est elle qui troue l’Autre. Que voudrait dire trouer l’Autre? Et que signifierait que ce trou dans l’Autre pût faire qu’un objet pût « indifféremment » en remplacer un autre. D’ores et déjà, on avance ceci, on rectifie : ce n’est pas la pulsion qui troue, c’est le fantasme qui bouche. Troué, ça l’est, dès le départ.

13 mars 2006 - 12:34 / autour des tours de la pulsion /

demi-tour (rêve)

Fort empêchée, d’écrire, en ce moment (par le travail).

Il y a deux ou trois jours : rêve.

1.
D’abord seule

Pendant longtemps, de plusieurs façons, je cherche à arriver à l’une ou l’autre piscine.

2.
Plutôt à plusieurs

Finalement, il est décidé que nous y irons, à la piscine, à plusieurs. Nous partons du château (enfance).

3.
Un nouveau chemin

Plutôt que d’aller vers l’une de celles que j’avais déjà repérées, il est décidé, par le groupe, que nous irons vers une autre, dont je n’ai pas souvent fait l’épreuve du trajet.

4.
A droite, le connu, le château de mon père (titre de livre). A gauche, la ville de ma mère, l’inconnu

Celles que je connais, c’est plutôt vers la droite – le chemin qui descendait du château, vers le village, à travers les prairies – et puis, des routes, et des chemins, un chemin toujours le même, déjà souvent parcourus en rêve. La direction que nous prenons, c’est plutôt vers le fond à gauche. Impression de Poperinge (ville de ma mère).

5.
Bloquée côté spectateur. Impossibilité de se déshabiller. Noir

Arrivons à la piscine. Diverses tentatives pour arriver jusqu’à la piscine même, l’eau. Cela paraît impossible (en fait, ça le restera pour moi, jusqu’à la fin). Le genre d’obstacle que nous rencontrons, c’est par exemple que les vestiaires sont plongés dans le noir ou introuvables ou ressemblent plutôt à une salle de spectacle, côté spectateurs. Nous sommes dans les fauteuils des spectateurs, la salle est plongée dans le noir, il n’est pas facile, ou plutôt il ne m’est pas facile de trouver ma place, une fois que j’en trouve une, comment me déshabiller en présence de tous ces gens. Comment font les autres? Ils le font.

D’autres donc, les autres, parviennent à l’eau. J’ai à un moment un aperçu de la piscine, du bain, de haut.

6.
Coulisse, courant, mécanisme – au cœur de pulsion…

Je m’engage finalement dans quelque chose qui devrait me mener vers la piscine. J’ai un doute. Je me demande si je ne suis pas embarquée sur le côté, sur le côté du chemin. En effet, je suis plutôt dans la coulisse. Je suis très exactement dans la, les coulisse(s). Couchée à plat ventre, encagée, sans aucune possibilité de me dégager. Je suis dans l’eau d’une roue qui entraîne l’eau de la piscine, qui entraîne le mécanisme de la piscine. Le courant est fort, inéluctable.

7.
Le tour, la roue, la chute

Pour le moment, je suis dans le mouvement ascendant. Mais à un moment, je passerai forcément dans le mouvement descendant – la chute. Je suis dans le premier demi-tour de la roue. Dans son deuxième demi-tour, je ne pourrai que tomber, et la chose paraît aussi dangereuse que de tomber, par exemple, du haut du Niagara.

8.
L’angoisse

Quelqu’un m’aperçoit prise dans ce mécanisme. La question c’est : est-ce qu’on arrivera à l’arrêter, le bloquer à temps? L’angoisse me réveille.

Difficile de ne pas retrouver trace ici de mes élucubrations autour de la pulsion. Traces en forme de confirmation. La pulsion est un mécanisme, duquel on se dégage difficilement, dans lequel on est pris comme dans le tour d’un supplice, dont le mouvement est celui d’un aller-retour, et dont le retour, le deuxième demi-tour, est difficile, angoissant.


Piscine, mettons la jouissance :

1. D’abord seule

2. Ensuite, plutôt à plusieurs

3. Du coup, n’est plus la même, de jouissance.

4. Plus vraiment du côté du père (fantasme), mais de la mère (autre chose).

5. Bloquée un temps dans le fantasme (corrélé à l’objet du père) : l’impossible objet regard. Qui rend impossible le déshabillage. (A ce point devoir être l’objet du regard, mais l’objet d’un regard impossible, objet qui incarnerait le regard même et saurait à la fois occulter tout ce qu’il comporte d’angoissant, qu’il en devient impossible de s’offrir comme tel : ce n’est jamais ça – un objet dont la beauté puisse définitivement faire voile sur l’au-delà du regard – histoire de ma vie, jusqu’à un certain moment de mon analyse. L’incarnation de cet objet empêche certainement tout rapport amoureux (le déshabillage) puisqu’il cherche à incarner le point d’impossibilité même de ce rapport. Devoir être belle au point que ce voile, en quoi consiste la beauté, puisse occulter tout de qu’il en est du désir, de l’angoisse donc, que cette beauté même, sa vue, le regard, provoque. La beauté est re-présentation du regard. Mais si le regard est pris au sérieux, c’est-à-dire pris dans ce qu’il comporte de réel, c’est-à-dire de jouissance et de désir, de trou à la re-présentation justement, il s’avère impossible (à l’incarner, à tout le moins, le montrer, le faire voir, c’est un des objets, de l’art). D’où, mon impossibilité, pendant des années, à me montrer. Voir, oui, du haut de ma tour – être vu – impossible – quels que soient les compliments quand j’y étais forcée, à sortir. Quand j’acceptais de faire illusion. (On en est encore là, du côté du point 1, du D’abord seule)

6. Prise dans la coulisse… les coulisses de l’inconscient ou la glissière de la pulsion. C’est l’eau de la piscine, mais une eau sur laquelle je n’ai aucun contrôle, qui s’avère même mortifère.

Sometimes martyrs were bound to the circumference of great wheels, and so hurled from a height over stony places.Ce tour, cette roue, je l’ai déjà rêvée, presque sous cette forme. C’est la roue attachée à mon nom. La roue de mon nom. Roue des supplices/délices. Mon nom, Müller, Meunier, et puis de son moulin sa roue, au pied duquel je ne dors pas.

Müller, de la rue comme une roue de supplices/délices. (Mais la rue est à mon père, son martyr à ma mère.)

[Non, non. Il n’y a pas d’auto-analyse, de même qu’il n’y a pas d’auto-publication. Et évidemment l’Autre du transfert analytique n’et pas l’Autre du transfert public. L’analyste, je le vois demain. Pour ce qui est du transfert public, je continuerai de me contenter, de me réjouir, des mots-clés qui vous mènent à mes pages.]

 

21 mars 2006 - 11:10 / autour des tours de la pulsion, rêves /

la neuvième heure

Quand on vient de passer huit heures devant un ordinateur, on souhaiterait ne pas y passer la neuvième. Aussi, lis-je, Ethique et pulsion de Ph. De Georges. Arrêtée par cette phrase:

Le discours capitaliste moderne n’a rien à voir avec ce que notre gauchisme sexuel d’antan appelait la morale bourgeoise. Son impératif catégorique en matière d’éthique est : Jouis!

Toutes choses connues s’il en est, si ce n’est « l’impératif catégorique » pour ce qui me concerne et qui me rappelle au texte de Thierry de Duve « Fais n’importe quoi ». Texte auquel déjà souvent j’ai fait allusion ici et dont je dois m’excuser ce soir encore de ne l’avoir point encore relu – relu vraiment. Ouvert cependant, me demandant si lui oui ne parlait pas d’impératif catégorique moderne en terme de « n’importe quoi ». (Non, je ne sais pas ce que c’est « l’impératif catégorique » : mais c’est sur lui que j’ai buté – cela n’empêche donc qu’il puisse faire borne dans mon esprit, aussi bornée que je m’en trouve.)

[ Impératif catégorique (capitaliste) : Jouis ! – Impératif catégorique (moderne, selon TdD) : N’importe quoi ! ]

Alors, je rouvre, le livre. Le livre qui s’appelle Au nom de l’art, je le rouvre au chapitre « Fais n’importe quoi ». Et, je trouve p. 129 :

Fais n’importe quoi. Point. Sans conditions. Fais absolument n’importe quoi.

(Et je me dis, tu vois, Véronique : ta mémoire te joue des tours on s’en fout bien de la mémoire mais : donc : je n’avais rien compris*. On recommence.)

Je recommence = je continue, p. 138.

L’impératif catégorique, c’est l’impératif du jugement. Faire de l’art, c’est juger de l’art, trancher, choisir. « Faire quelque chose – dit Duchamp – c’est choisir un tube de bleu, un tube de rouge, en mettre un peu sur sa palette, et toujours choisir la qualité du bleu, la qualité du rouge, et toujours choisir la place sur laquelle on va la mettre sur la toile, c’est toujours choisir… Le choix est la chose principale, dans la peinture, même normale ».

Et avant ça, pp. 133-134 :

Il y va, disais-je il y a un instant, de l’universalité de la loi, de l’universalité de l’art, de l’universalité de l’impératif catégorique « fais n’importe quoi ». […] Il est entendu également que l’impératif catégorique kantien n’énonce aucun contenu de la loi, mais qu’il prescrit la conformité de la maxime à l’universalité d’une loi en général. Comme le dit Jean-Luc Nancy : « La loi prescrit de légiférer selon la forme de la loi, c’est-à-dire selon la forme universelle. Mais – ajoute-t-il – l’universalité n’est pas donnée » (Jean-Luc Nancy, L’impératif catégorique, Flammarion, Paris, 1938, p. 24). Si, comme je le soutiens, « fais n’importe quoi » est bien un impératif catégorique, alors il faut aller plus loin et dire que l’universel est impossible, ou que l’impossible est aujourd’hui la modalité de l’universel.

La phrase « fais n’importe quoi » ne donne pas le contenu de la loi, seulement le contenu de la maxime. Et encore ce contenu est-il quelconque et ne devient-il déterminé que par l’action qui met la maxime en pratique. Cela ne prescrit qu’une forme conforme à l’universel dans les conditions radicales et finales de la finitude. Et cela signifie : conforme à l’impossible.

(Oui, j’ai rêvé. D’un homme qui me demandait ma voix. Oui, j’ai rêvé encore. Ou plutôt non, une voix, la nuit, est venue m’a expliqué cette lettre que je m’étais adressée et que mon père m’avait donnée, m’a expliqué comment cette lettre tournait autour de mon père, ou plutôt comment mon père était venu se placer là, par hasard, au lieu du retour de cette lettre vers moi. Mais je n’ai pas bien retenu et ça n’a pas beaucoup d’importance. C’est juste un peu drôle (ces explications théoriques qui me viennent la nuit, poursuivent mes élucubrations). Il y a deux nuits, je n’ai pas du tout dormi trop inquiète à propos de tout ce travail que j’ai. La nuit passé, j’ai pris un somnifère. Entre les deux, il y a eu nous, je veux dire lui et moi. Tout autour des hormones inquiètes qui voletaient. Il y a trois jours, je me suis dit, non, je ne me plaindrai pas auprès d’eux, il faudra qu’à l’avenir que je fasse en sorte de n’avoir plus à me plaindre. A d’autres moments, je pense que voilà, maintenant, c’est comme ça, il faut que je fasse, tête baissée tous ces boulots, que je les termine, et un jour, ce sera fini. Dans un avenir probablement pas proche, mais, on n’y peut plus rien. )

(* J’avais retenu : « n’importe quoi à condition » et m’étais interrogée, ici-même, sur les conditions de cette condition.)

28 mars 2006 - 23:01 / le n'importe quoi, rêves /

1 faux-blog. (1) – 2 rêves : les analystes blancs, le bouillon de jules

Trop de rêves ces jours-ci, alors que vient mercredi peut-être de ma dernière séance, et cette nuit, quel cauchemar, au point que je ne sache si je peux le raconter ici.

L’événement lacan

Hier, une bizarrerie. J’arrive quelque part pour un événement autour de Lacan, grand événement. Salle. Attente. Spectateurs, attendent. Je suis dans le fond de la salle, du côté des grandes portes en bois, blanches à moulure dorées. Je remarque que les premiers rangs sont occupés par des chemises blanches. Certaines pas si blanches que d’autres, mais blanches quand même. Je trouve ça un peu ridicule, étrange, qu’ils soient tous comme ça en uniforme, les psychanalystes. Je pense que je distingue mon propre ex-analyste, chemise blanche. Et puis aussi, comment s’appelait-il, ah oui, JC, Jean Claude, chemise blanche.

Peu de monde. Trouve facilement à m’asseoir, mais décidément, il est trop tôt. Me relève, vais faire un tour. Le monde commence à affluer. On me pique ma place (!). Je me dis qu’il faut que je m’en retrouve une. J’en repère une entre deux gus, psychanalystes. J’hésite un peu, j’y vais. Celui à ma gauche tient un bébé dans les bras, très petit. 4 mois, me dit-il quand je l’interroge. Je lui dis « Ah ! 4 mois, c’est drôle, à ce moment-là, le temps paraît infini, on ne sait pas du tout ce qu’il y a devant, dans quoi on est ». Je dis ça en pensant à Jules, aux sentiments que j’éprouvais quand il est arrivé, au début, y a pas si longtemps et dont je me rends compte que je n’arrive plus à dire grand chose. C’était relativement dur, par certains côtés, et oui, j’aurais bien aimé qu’on me dise combien de temps ça allait durer, comme ça. Ces trucs si compliqués avec le sein à donner – le lait qui venait, se tarissait – , plus tard tout le travail avec les biberons. La proximité constante dans laquelle il fallait rester avec lui, qui ne dormait jamais le jour, dont le trop petit poids alarmait les soignants. Vraiment, à ce moment-là, on ne sait pas dans quoi on est. M’aurait-on dit, ça va se clarifier à partir du neuvième, dixième mois, j’en aurais été rassurée. Lui, le psychanalyste, me répond de façon très antipathique. Genre « Ah oui. » Genre, je n’en ai rien à foutre. Ca m’est insupportable, je me lève, m’en vais. Ça n’a toujours pas commencé. Découvre ce qui retarde. Dans la salle, sur la droite, espace s’agrandit, devient énorme, quelque chose n’a pas été démonté, je crois. C’est la foire, en fait, on est dans quelque chose de l’ordre de la foire commerciale.

Au réveil, je me dis qu’est-ce que c’est que ce rêve. Je pense que je dois le noter, l’analyser. Puisqu’il a été question, lors de mon dernier rendez-vous que le prochain pourrait être le dernier. Je me dis, alors c’est comme ça que je les vois/voyais les psychanalystes. C’est l’uniforme surtout, les chemises blanches, l’identification, à Lacan, qui me frappe. Ou est-ce que j’en suis par rapport à ça ? Et puis, la foire, le commerce, ça m’est très étranger, me semble-t-il, cette éventuelle façon de voir le monde analytique, le monde des écoles analytiques.

Jules ébouillanté

Voilà, entre-temps j’ai oublié le cauchemar de cette nuit. Je crois que Jules était plongé, vivant, dans une casserole d’un liquide bouillant. Comme c’était trop atroce, « ça » essayait de faire croire qu’il ne s’agissait pas de Jules, mais d’un légume. Or, le légume criait (un fagot d’haricots?) Je disais, mais il crie. Oui, oui, il crie, me répondait son père. Ses peaux tombaient, des feuilles se détachaient, s’envolaient. J’étais là avec son père, et c’était nous qui le faisions. Et c’était trop tard, pour revenir en arrière.

7 mai 2006 - 8:17 / rêves /

1 faux-blog. (2) – l’événement camp

à vrai dire – à quoi ça correspond ça, de dire à vrai dire -, à dire vrai l’arrivée d’1 enfant, ça constitue un événement autrement plus que n’importe quel « événement lacan ».

j’ai appris récemment comment l’événement constitue pour les _ 1 signifiant _ (voir la LEL)

ici, il faudrait la définition du mot « événement« , pour ça il faudrait que je me lève.

à la naissance de jules, j’ai dit que ça, la naissance, le moment de la naissance, quand il est sorti de moi, avait constitué le plus gros événement que mon corps ait connu. le plus important événement de corps.

après, je me suis dit que j’avais été débile d’avoir dit ça. repensant à la définition du symptôme comme « d’1 événement de corps ». vous voyez, là, il faudrait faire des recherches, sur ce que ça pourrait bien vouloir dire, in fine, cette expression, « événement de corps ». i take it for granted but.

l’événement naissance comparé à n’importe quel événement lacan (pardon pour lui, toujours je l’aime, rien à voir) – on se trouve alors dans quelque chose à quoi ne convient, auquel n’accoler aucune chemise blanche aucun uniforme, ni uniforme ni porte – c’est hors identification, hors signifiant (sauf qu’il doit certainement être là pour soutenir, sinon, ça serait insupportable).

chemise blanche (tu en portais une vendredi) ou porte blanche (les grandes portes blanches de l’entrée de « l’événement », à moulures dorées, très XVII°), les chemises de l’identification, les chemises du signifiant (la porte, par excellence « représentante » du signifiant).

l’événement naissance, si c’est une entrée, si c’est un avènement, c’est l’avènement avant la chemise, ça vous arrive, c’est sans comparaison, et ça arrive au corps, au corps d’abord. et j’aurais même tendance à dire, je voudrais dire au corps essentiellement. d’a d’a je parle pour moi.

et qu’elles fussent blanches les chemises les portes, blanches du sang blanc, du semblant.

 

petit jules petit jules et les « inquiétudes de l’éducation ».

l’éducation, on a beau dire on ne croirait pas, ça existe – il semble, difficile d’y couper.

la dernière fois que j’ai rêvé d’un « fagot », c’était il y a très très très longtemps, mon père toujours vivant, je lui avais raconté, c’était au moment des événements de timisoara (ça n’existe pas ça), le nom me revient /

bien, on dira, par rapport à ça, timisiora, qu’on tient là un de ces événements qui ont eu lieu la veille, l’avant-veille du rêve, puisque vendredi, ici même est venue M. et M. pour moi, c’est aussi, la roumanie, qui connut des événements insensés. ça s’était donc avant-hier.

et hier, allongée, fatiguée, je lis le magazine PATATE dont la couverture rose, avec son enfant qui porte un uniforme des camps dits de la mort, m’impressionne, me poursuit en pensée-images, me revient en pensée-images, tout au long de ma lecture, mon feuilletage de pages.
patate n° 2 et vers la fin du mag, il y a deux trois pages qui m’enthousiasment, des images, photos, des murs de l’appartement de p. doury, je ne pense pas grand chose : « papier peint », l’image de la couverture, les couleurs, et puis ce sentiment d’un possible.

dans le magazine, il y a aussi, tellement étrange, poignant, le journal tenu d’un vieil homme de ce qu’il a mangé ou pas, ses argents, toilettes, par une/les aide(s)-soignante(s), et sa/ses enfant(s).

voilà donc, ça, c’est pour les souvenirs de la veille. le rapport? en tout cas celui de l’enfant à uniforme des camps de la mort.

jules et l’enfant à l’uniforme des camps de la mort.

bon, « fagot ». puisque c’est parti de là, le « fagot de haricots ». je ne me souviens plus exactement du rêve. je lance une recherche sur mon ordinateur. mais je ne suis pas sûre que le terme était bien « fagot ». repartons à partir de « fascisme », « fascisme », le terme, ça vient de où, encore? faisceau. non, c’est pas ça. il s’agit de brindilles ramassées liées. comment on appelle ça? fagot.

je trouve une définition du fascisme:

(sc se prononce ch ou ss) n. m. XXe siècle. Emprunté de l’italien fascismo, de même sens, dérivé de fascio, « faisceau », du latin fascis, « fagot, faisceau ». 1. HIST. Nom donné à un mouvement politique italien fondé en 1919 par Benito Mussolini, et dont l’emblème était le faisceau des licteurs romains ; doctrine sur laquelle s’appuyait ce mouvement ; régime politique de l’État italien de 1922 à 1943. 2. POLIT. Doctrine ou régime politique d’inspiration totalitaire et nationaliste, comparable au fascisme italien ou qui s’en inspire. Le fascisme espagnol, portugais, hongrois.

et puis aussi:

Le mot fascisme vient des groupes appelés fasci (faisceaux) qui eux mêmes désignaient les faisceaux des licteurs dans l’ancienne Rome. Ces insignes étaient formés de baguettes autour d’une hache.

et encore:

« Fascisme » vient de l’italien fascio « faisceau de licteurs romains ». Les licteurs romains dans l’Antiquité étaient des officiers publics qui marchaient devant les grands magistrats en portant une hache placée dans un faisceau de verges

donc, voilà, je retrouve le rêve, je le retrouve sur ma machine, je recopie:

C’est un rêve. « Je me promène dans une maison, je parle avec quelqu’un. « On » m’injecte du sang N. On me vide de mon sang et on me transfuse du sang N. Quand je suis pleine de sang N, je suis toute de N, je vais sur la terrasse, c’est la nuit, tout est N. Je suis aussi N que la nuit, puisque je suis aussi N que la nuit, je passe la balustrade, je vais me coucher dans le N. Mais je tombe. Je suis morte. Après ma mort, on découvre un scandale, un scandale comme la découverte d’un charnier. Je vois, l’on découvre, dessus les armoires dont je m’amusais à sauter quand j’étais petite, des fagots, des liasses liées de chambres à air vides, mortes – ce sont des restes de N.« 
Pendant tout le rêve, je sais que le N est là pour Noir. C’est du sang Noir qu’on m’injecte; et les fagots de chambres à air, ce sont des restes de noirs, tués, génocidés.
Le sang noir opposé au sang blanc. Je le sais. Quelques jours auparavant, cette conversation. « Black and White » lui avais-je dit, à quoi il avait doucement souri. Et la veille, la nuit, Blanchot, « L’ami qui ne m’accompagnait pas », endormie possédée par cet « ami qui ne m’accompagnait pas ». La nuit a voulu l’N, le jour devait choisir le blanc.
Le sang noir opposé au semblant, je le sais. Il s’emplit le corps du chiffre de la jouissance, je meurs, si je le laisse, si je me laisse inonder, alors, je meurs, sang N dans le sang N. Il faut choisir. Il faut accepter le sang blanc. Ne pas mourir N.

enfin, comment le dire, que vivre, rentrer dans la vie, c’est un peu, rentrer dans le camp de la mort. c’est ce que je ressens. et que ce camp de la mort, l’uniforme, pardon, je demande là qu’on prenne la distance qu’il me semble que l’on peut prendre, je demande que l’on voit les choses du point de vue où l’inconscient ne se gêne pas lui pour les voir, je ne veux pas ici « manquer à la mémoire des camps », mais il est un endroit, où, du point de vue actuel, de mon point de vue actuel, rentrer dans les camps, c’est aussi rentrer dans la vie. pardon. métaphoriquement, il y a un endroit où « ça s’est inversé ». (c’est compliqué, pas clair, « ça s’est inversé », les camps, c’est devenu la vie, le sang noir, c’est devenu le sang blanc.) ce que l’inconscient ne peut appréhender il ne peut appréhender, il le réinvente.

durant ses derniers mois, mon père, entre la vie et la mort, je ne vais pas m’étendre, mais il pensait que nous étions juifs. quand je dis entre la vie et la mort, ça veut dire, aux moments où il sortait de ses comas. c’était une période où il n’y avait pas moyen de savoir s’il allait mourir ou pas.

que la vie est du côté du signifiant, même si c’est le camp de la mort, que la vie est du côté de l’identification, de l’uniforme.

je parle da la naissance, ici, de jules, je dis, événement en soi hors signifiant. oui, mais, j’ajoute, s’il n’y avait pas eu le discours les discours, de longues dates, ça aurait été insupportable.

s’agissant de jules. jules pleure. est un enfant pleure crie. n’a pas encore beaucoup d’autre termes moyens d’expressions.

il y a un endroit chez moi où ça nous a pensé « tous juifs ».

bon, j’arrête, c’est trop compliqué, il faut y revenir, mais c’est trop compliqué.

pleurs d’un enfant. l’inquiétude. dans le rêve, j’observe : mais ça lui fait mal. oui oui. et des feuilles s’échappent de lui. vous l’aurez noté, ça. des feuilles. quelque chose va, se feuilletant. s’envole. se « dé-livre » – ce « délivre » en quoi consiste aussi le reste de placenta, délivré, expulsé après la naissance. est-ce que le corps est la victime, oui. ça doit être ce que je ressens.

le paradoxe. ce qui essaie de se penser dans ce « tous juifs », c’est à la fois, la lachose, le reste, le déchet, cela qui ne rentre pas dans l’ordre du signifiant, le réel. à quoi les nazis ont essayé de ramener les juifs. les bouter hors du signifiant. qu’ils n’aient jamais ex-sisté. enfin, cette chose, ce reste, lequel d’entre nous n’en est ? ça n’est pas la même chose d’en être passé par et, mais, pourquoi dans l’inconscient ce qui du corps pâtit du signifiant, ne s’identifierait pas à ça, ces victimes-là ? pourquoi le drame du « parlêtre » ne trouverait pas son conte là ? et à la fois le signifiant, le semblant, le sang blanc opposé au sang n, c’est la vie.

suffit.

7 mai 2006 - 11:55 / rêves /

1 faux-blog. (3) – le camp scientifique des travailleurs, suivi de l’esthétique jouet

PATATE, patate jules, l’enfant en uniforme, le rose – j’ai oublié de parler des jouets.

7 mai 2006 - 15:14 / rêves /

1 faux-blog. (4) – après-coup et de l’analyste comme déchet

bon voilà, maintenant je suis devenue un peu plus morte.

tout de même, y a rien de plus éloigné de l’identification qu’un analyste, alors?

je fais comment maitenant pour que vous oubliiez tout ça?

7 mai 2006 - 15:21 / rêves /

rêve, le cargo demi-tour

/ de la nuit again / il y a l’urgence, il y a mercredi, bientôt /
peu de souvenirs , pas un cauchemar en tous cas. un truc affairé, ce que j’en écris déjà ré- inventé:

immense bateau immense peut-être cargo
il avance il doit faire demi-tour (il le doit vraiment, c’est probablement une question de vie ou de mort, une question cruciale)
il fait demi-tour une première fois manoeuvres gigantesques
en fait, état de guerre, désordre total, insurrections, je ne trouve pas le mot. guerre n’est pas le mot. guerre civile, guerilla, guerilla urbaine. feux, saccages, rues,
demi-tour avorté,
repart sur route première
des jeunes, comment est-ce qu’on les a appelés, pendant les « événements récents en france », canaille? racaille? non, je ne sais plus. canaille, c’est une terme pour moi devenu lacanien qui ne peut pas du tout désigner ces personnes. enfin, eux dont j’oublie le mot qui les a désignés qui les désignent essaient de me fourguer vendre sommes dans salle de machine – avez-vous vu récemment à la télévision le film, c’est ça, un bateau coulait, nombreuses personnes enfermées, allaient essayer de s’en sortir, circulaient dans le bateau, rencontraient partout où ils allaient mort et désolation, le bateau était renversé -, les jeunes donc essaient de me vendre des fringues de magasins qu’ils en ont profité pour piller. je leur réponds vêtement par vêtement, très calmement, décide de prendre leurs offres au sérieux, fais comme si aurais pu être intéressée si ça m’avait convenu, rejette un à un tous les vêtements. à la fin, leur explique, à ceux qui sont restés avec moi, le dramatique de la situation, mais, je ne me souviens plus de quoi il s’agit, de quelque chose de vraiment grave, qu’ils ne savaient pas. s’en vont, savent. je remonte. tout est désert. le bateau fait demi-tour, demi-tour immense, manoeuvre immense. je suis furieuse. folle furieuse. seule et folle furieuse. je ne sais pas qui comment quoi a décidé de ça, comment ça s’est fait. je veux arrêter ça. ce n’est pas du tout que je sois contre le demi-tour, mais pas de cette façon. pas que ça se fasse et que ça soit décidé par d’obscurs dirigeants que je décide de débusquer. je devine où ils se cachent, probablement. ils sont dans les machines, et les machines sont disposées en profondeur, cachées, en demi-cercle autour de moi. je suis au centre d’une immense plate-forme ronde, déserte, au bord de laquelle, dans un demi-cercle, accrochés au bord, dans des cabines (blanches et bleues), sont donc cachés « les maîtres » (c’est-à-dire ceux qui ont ordonnés en secret, secrètement, sans en rien dire à personne) que je dois débusquer.
l’image en fait c’est celle de « l’agrafe du nom-du-père » ou bien plutôt « l’agrafe du sinthome » (ce truc greffé, qui fait tenir les bords ensemble).

voilà, c’est tout,

8 mai 2006 - 10:20 / autour des tours de la pulsion, rêves /

rêve, le cargo demi-tour (2)

bon, je n’ai pas encore trouvé sur internet d’image de l’agrafe par le sinthome
mais:

L’oeuvre (de Joyce) avait-elle besoin d’être publiée ? Pas nécessairement. Le sinthome oui, le nécessitait. Que Joyce ait voulu sa publication, c’est une question qui a pu rendre perplexe Lacan. Dès lors, elle est une agrafe ( elle fait le quatrième) qui épingle le symptôme comme social, lui laissant enfin une entrée. C’est ce que Joyce appelle son tour de farce. Son dire magistral est plutôt pour Lacan tour d’écrou qui libère et serre en ses tours la réserve, montrant ainsi qu’un nouage est possible sans père, à cette condition bien sûr de s’en être chargé. A la force du dénouage et renouage, le sinthome (écrivons-le de sa dernière écriture), élève la condition d’artiste à ce paradigme: se faire fils nécessaire.

et de marie-hélène roch, encore :


L’intérêt maintenant est d’examiner ce qui lui a permis de rabouter en place de cette fêlure, de réduire et tasser le glissement de l’imaginaire, c’est-a-dire du rapport au corps. Il n’est pas Joyce qui, lui, produit une écriture comme sinthome pour réparer le détachement de l’ego, mais il pourra prendre congé du lien à l’analyste sans que cela se dénoue pour autant, avec une agrafe (pur produit de l’analyse).

Du fait même qu’il m’en propose le plastron, parmi les autres, au cours de sa dérive, et que je m’en saisisse rapidement, le lui désignant comme un enjeu, il va se dire et se faire *maverick*. Ce mot anglais désigne, au sens propre, un animal non marqué au fer, c’est-a-dire détaché du troupeau, comme pourrait l’être un veau ou un cheval ; au sens figuré, il signifie anticonformiste. Maverick, c’est l’homme libre. Ce plastron est un peu plus souple que les autres, et présente l’avantage (je l’apprendrai dans le recueil de ses effets) de rassembler une série métonymique et de nommer sa jouissance avec un mot de la langue anglaise (langue de la branche paternelle de sa famille). Il marque sa position de sujet libre. Il va même s’en tatouer. Une façon, dira-t-il, de tatouer la mort et de trouver le mors, le frein dans la langue. Il s’en fait un blason sur une chevalière qu’il porte au doigt, de sorte que lorsqu’il la tourne d’un certain côté, c’est le signe pour les jeunes femmes qu’il est à prendre (il est ainsi chevalier de la dame) ; retournée de l’autre côté, principe de mesure, cela signifie qu’il est déjà pris. Ce blason dont il invente lui-même le dessin, fait contrepoids entre un père déclassé et une famille maternelle d’origine noble. C’est un S1 qui agrafe réel et symbolique, liant l’imaginaire. C’est un capiton dans le texte de lalangue. Il va se dire, se faire maverick, et il ne sera plus fou.

A partir de ce nom qui fixe sa jouissance et sa position de sujet libre, il va pouvoir rassembler les faits de son histoire, sa dispersion ; ce nouveau nom va borner l’instabilité du signifiant. Il va se maintenir dans un lien social, non plus en chassant les reflets, mais en devenant surveillant dans un lycée privé. Ce nouveau nom a l’avantage de l’inclure tout en le laissant libre puisque c’est son choix insondable. Il lui permet de désamorcer la pulsion de mort, la jouissance qui insiste jusque dans son patronyme (il est compose de deux syllabes paradoxales, l’une évoquant la mort, l’autre (anglaise), la fuite, la liberté) qui restera toujours son nom social, mais débarrassé du réel de l’impératif. Avec maverick, il trouve le jeu de pouvoir continuer à être cheval sans identification rigide, sans licou puisque c’est le sujet libre, mais il n’est plus sans mors, sans principe d’arrêt. D’un sans marque, il a fait sa marque. C’est pourquoi je dis que maverick est une invention, un pur produit de l’analyse qui l’a amène à se passer du lien a l’analyste, au bout de sept ans d’efforts.

maintenant, chercher l’image.

8 mai 2006 - 12:08 / rêves /

rêve, le cargo demi-tour (3) – par le sinthome l’agrafe

en voilà une d’image l agrafe par le sinthome – dans mon rêve donc, je m’y situe, dernière scène, selon celle-là d’image, au coeur ici du rond R, tandis que les « dirigeants », ceux à l’a-ttaque/ssaut – charge desquels je vais partir, ceux qui sont à l’origine du mouvement de retour, mais qu’ils ont lancé de façon absolument anti-démocratique, à tout le moins sans s’en être concerté avec moi, sont dissimulés dans les cabines (bleues et blanches) du sinthome.

en fin bien sûr, il reste, fin du mois …

Soirée AMP
Troisième commentaire du Scilicet du Nom du Père« De l’agrafe par le Nom du Père à l’athéisme radical »
Le mercredi 31 mai aura lieu la troisième soirée de présentation et de commentaires du volume préparatoire du Congrès de l’AMP organisée par l’ECF.

… qu’on ne saurait trop recommander

[à part ça je ferais mieux, d’y aller, et de m’y rompre, à ces fichus noeuds]

8 mai 2006 - 14:37 / rêves /

1 faux-blog. (5) – délivre naissance lamelle. aux armes, etc.

à propos du délivre mais oui mais oui, celui-là qui s’envole s’échappe s’élève par dessus petit jules, quand il est dans la marmite chaudron et bouillonne bout – avec les feuilles qui s’élèvent au dessus de lui :

À propos du mot  »
délivre « , Le Petit Larousse le signale comme un nom masculin.
De même placenta et arrière-faix sont des termes masculins désignant le
même objet. […] Cet ensevelissement du placenta revenait
au père qui, s’il n’assistait pas à l’accouchement, avait cependant un
certain nombre de tâches à remplir. […] La pratique d’ensevelissement des matières issues de la
délivrance relevait des relations entre hommes et femmes à propos de la
naissance.
Le placenta était un peu l’ombre du nouveau-né, trace
de l’univers intra-utérin, aussitôt renvoyé au destin final du corps
humain dans la tradition occidentale, la terre.

et puis, vous voyez bien aussi, que ce délivre, c’est cette même lamelle, c’est la libido, largement décrite ici :

Chaque fois que se rompent les membranes de l’oeuf d’où va sortir le foetus en passe de devenir un nouveau-né, imaginez un instant que quelque chose s’en envole, qu’on peut faire avec un oeuf aussi qu’un homme, à savoir l’hommelette, ou la lamelle.
[…]
Le sein – comme équivoque, comme élément caractéristique de l’organisation mammifère, le placenta par exemple – représente bien cette part de lui-même que l’individu perd à la naissance, et qui peut servir à symboliser le plus profond objet perdu. Pour tous les autres objets, je pourrais évoquer la même référence.

14 mai 2006 - 8:55 / rêves /

ECF – Séminaire d’Étude 1

Séminaire d’Étude 1

Commentaire du texte de Jacques Lacan sur “Les noms du père”
Animé par Marie-Hélène Brousse

La soirée sera consacrée à la deuxième partie de cette séance unique du
séminaire. Elle porte toute entière sur les objets tels que Lacan les
formalise dans leur relation à l’Autre. Ce sera l’occasion d’envisager
la modernité de la clinique psychanalytique lacanienne, telle qu’elle
se déduit de la place donnée aux objets, donc aux modes de jouissance,
ancrant le sujet qui, représenté de signifiant en signifiant, reste
pris dans une fuite du sens infinie.

Ce soir, au local de l’ECF, 1, rue Huysmans, Paris 6°, à 21h15.

15 mai 2006 - 8:08 / psychanalyse /

SOUVENIR DU SEMINAIRE DE MARIE-HELENE BROUSSE


Notes prises au séminaire du 15 mai 2006.
Séminaire d’Étude 1 de l’ECF, animé par Marie-Hélène Brousse.
Commentaire du texte de Jacques Lacan sur “Les noms du père”

Question de Marie-Hélène Brousse: pourquoi faut-il que Lacan doive ramener l’Eglise quand il en vient à parler des Noms-du-Père? Quel est le lien, le rapport de cet Autre qui est Dieu au Nom-du-Père? Comment, pourquoi l’objet a va-t-il le faire retourner aux Pères de l’Eglise?

Néanmoins, quels que soient les prestiges de la dialectique hégélienne – quels que soient ses effets, via Marx, par lequel elle est entrée dans le monde, achevant ainsi ce dont Hegel était la signification, à savoir la subversion d’un ordre politique et social fondé sur l’Ecclesia, l’Eglise – quelle que soit ici sa réussite – quelle que soit la valeur de ce qu’elle soutient dans les incidences politiques de sa réalisation, la dialectique hégélienne est fausse. Elle est contredite par l’attestation des sciences de la nature que par le progrès historique de la science fondamentale, à savoir les mathématiques.
Jacques Lacan, Des Noms-du-Père, Editions du Seuil, Collection Champ freudien, janvier 2005, pp. 74-75.

Pourquoi Lacan dit-il qu’elle est fausse, la dialectique hégélienne, alors que tout de même, c’est "rentré dans le monde", ça fonctionne bien, c’est solide – thèse/antithèse/synthèse. Alors pourquoi Lacan dit-il qu’elle est contredite par les avancée de la science et en particulier des mathématiques? Parce que de synthèse, il n’y en a pas, et que la science, elle, s’en passe parfaitement, de la synthèse. Ce n’est pas par la synthèse que progresse le savoir scientifique. Une thèse s’avère-t-elle fausse, elle est jetée, ça devient un déchet. 1 démonstration mathématique n’espère pas de synthèse dialectique : y a de la perte. Et le fonctionnement de petit a, c’est pareil, il n’est pas dialectique.

Discours, lui, obéit à la dialectique hégélienne. Il y a tout un pan du désir qui est fondamentalement dialectique.

Hegel pense qu’à un moment donné, à force de 1, 2,3, de thèse/antithèse/synthèse, tout sera intégré, on atteindra le savoir absolu. Marx s’en foutait du prolétariat, mais pensait que le prolétariat allait pouvoir faire la synthèse définitive. L’Eglise elle aussi récupère, fait la synthèse, quand elle promet, par exemple, la vie éternelle.

Ce Lacan des Noms-du-père et du séminaire l’Angoisse, c’est du « Lacan contre Lacan », qui se prononce contre la dialectique, qui oppose Kierkegaard à Hegel.

Comme l’a vu tout aussitôt le contemporain du système de Hegel, qui était alors le Système tout court, comme l’a vu, chanté, marqué Kerkegaard, l’angoisse est ici le signe ou le témoin d’une béance existentielle. J’apporte le témoignage que la doctrine freudienne est celle qui en donne l’éclaircissement.
Ibid., p. 75

Pourquoi cette opposition ? C’est qu’il y a l’angoisse : la perte est définitive, Lacan y insiste, et c’est tant mieux pour vous. (C’est d’ailleurs quand l’objet revient, l’objet perdu réapparaît, qu’il y a l’angoisse, que l’angoisse émerge, l’objet doit rester perdu). Hors de la perte, point de salut. La science (qui laisse la perte à la perte, qui n’essaie pas de la récupérer, de la faire entrer dans aucun travail de synthèse) a sonné le tocsin du savoir absolu, du rêve des Lumières.

Aujourd’hui, ce qui est venu remplacer l’Encyclopédie, ce sont les moteurs de recherche. Seulement là, de thèse / antithèse / synthèse, il n’y en a pas. Voilà le tout, démerdez-vous. Le savoir en ligne, en réseau ne fait pas ordre, c’est le contraire du savoir absolu. Et il n’y a pas de subversion pas de désir sur le net : tout y est.

Kierkegaard est opposé à Hegel, parce que lui prend en considération l’angoisse, l’angoisse en tant qu’elle fait signe d’une béance existentielle. La dialectique ne laisse pas place à la béance, ça marche ça roule, on ne peut pas l’arrêter, sauf avec l’angoisse.

La dialectique, la rhétorique, procède éminemment de la métaphore. La science pas du tout, c’est un discours sans métaphore (éventuellement, procède d’une nomination). MHB se réfère à un livre de Bachelard, dont je n’ai pas noté le titre, qui montre, en long et en large qu’avec la métaphore, la science n’approche pas le réel. Tant qu’elle en est passée par des métaphores, elle a loupé le réel (exemple de la queue de comète, de l’éponge).

Situationnistes avaient fait film : La dialectique peut-elle casser des briques?

 

Freud nous ramène là au coeur de ce qui était pour lui l’illusion. Il l’appelait selon le mode de son temps, qui est celui d’un alibi, la religion. Je l’appelle, quant à moi, l’Eglise.
Ibid., p. 75

Freud parlait de religion (l’avenir d’une illusion) et ici, Lacan parle de l’Eglise. Question de MHB, pourquoi ce changement de terme ? Ça ne peut être sans raison.

C’est que Lacan sort de la problématique de Freud, sort du père. Petit a vient faire concurrence, concurrence épistémologique au père. L’Eglise, c’est la religion sans le père. C’est la police sans le nom.

Aujourd’hui discours ordonne un mode de jouissance qui ne relève pas du père. Le signifiant-maitre n’est pas forcément le père.
(On peut dire de petit a qu’il concoure au discours)

Rien que le capitalisme ne puisse récupérer. (Aucune subversion possible à la télévision, rien qu’elle ne puisse avaler). Souvenir de MHB, s’était promenée à Londres pendant soldes, entrée dans magasin, frappée par grandes banderoles qui affichaient ces textes, auxquels personne d’ailleurs ne prêtait attention:

"I shop, therefore I am", "Buy me, I’ll change your life", et puis quelque chose qui disait "Tu peux m’acheter, de toutes façons, ce n’est rien, IT’S NOTHING !"

L’objet petit a est devenu rentable. (Note de moi-même, oui, mais est-ce que ce n’était pas de sa nature même, est-ce ce qu’il n’était pas prédestiné à ça, enfin, de toujours, à être récupéré, à être rentable. c’est bien de là qu’il vient, non, de l’objet de Marx, de la plus-value ?)

L’Eglise, elle, elle tient contre Marx, elle tient contre le capitalisme, contre la consommation. Le capitalisme n’a écorné en rien le pouvoir des Eglises. (Terroristes produits du capitalisme).

La question c’est : que devient le père quand on a comme boussole l’objet a.

Oblativité, mode de défense contre demande la mère.

Orgasme – moment de séparation, de clivage, où se révèle le clivage entre la jouissance et le désir. Que la jouissance et le désir n’ont rien à voir ensemble. Moment de cette béance, où se révèle qu’il n’y a pas de lien dialectique entre le désir et la jouissance.

Par contre, c’est un niveau génital que l’enseignement de Freud, et la tradition qui s’en conserve, nous situent la béance de la castration.
Les psycho-physiologistes contemporains de Freud en réduisent l’obstacle à ce qu’ils ont appelé le mécanisme de la détumescence fausse, tandis que Freud, lui, depuis le début de son enseignement, articule ce qui, de l’orgasme, représente exactement la même fonction que l’angoisse, quant au sujet. J’ai cru devoir vous le montrer l’année dernière. L’orgasme est en lui-même angoisse, pour autant que le désir est à jamais séparé de la jouissance par une faille centrale.
Qu’on ne nous objecte pas ces moments de paix, de fusion du couple, où chacun peut même se dire, de l’autre, bien content. Nous analystes, allons y regarder de plus près, pur voir ce qu’il y a, dans ces moments, d’alibi fondamental, d’alibi phallique, où la femme se sublime, en quelque sorte, dans sa fonction de gaine, mais où quelque chose qui va plus loin reste infiniment au-dehors.
Jacques Lacan, Ibid., pp. 79-80

[… à compléter, donc]

16 mai 2006 - 8:47 / psychanalyse /

de l’angoisse et du non-dialectisable

Comme je relis, me demandant qu’en faire, ces notes prises, là au séminaire de MHB, le 15 de ce mois, je reprends en main, ce séminaire des Noms-du-Père, je lis, p. 70:

Dans l’angoisse, vous ai-je dit, le sujet est affecté par le désir de l’Autre, d(A) ici au tableau. Il en est affecté d’une façon immédiate, non dialectisable. C’est en cela que l’angoisse est, dans l’affect du sujet, ce qui ne trompe pas.
Jacques Lacan, Des Noms-du-Père, Editions du Seuil, Collection Champ freudien, janvier 2005, p. 70

Et je rapprocherai seulement cette note, de celle sur l’orgasme, déjà reprise ici:

[…] Freud, lui, depuis le début de son
enseignement, articule ce qui, de l’orgasme, représente exactement la
même fonction que l’angoisse, quant au sujet. J’ai cru devoir vous le
montrer l’année dernière. L’orgasme est en lui-même angoisse, pour
autant que le désir est à jamais séparé de la jouissance par une faille
centrale.

Jacques Lacan, Ibid., p. 80

Etre affecté par le désir de l’Autre, en être affecté de façon non-dialectisable, en tant qu’au-delà de ce désir, toujours peut venir à danser, à s’apercevoir le spectre de cette béance, de cette faille qui sépare désir et jouissance, creusée par le désir de l’Autre lui-même quand il vient à se dire (chute où rien ne tombe). et en tant qu’à se dire le désir de l’Autre creuse lui-même le gouffre de ce qui ne trouve pas sa place dans son énoncé.

22 mai 2006 - 8:55 / psychanalyse /

N

Je pensais que c’était un rêve, mais non. N est bien la lettre qui m’arrive au corps quand. La triste ou l’horrible qui me prend toute, dont le sang s’infiltre en mes veines, me sépare et du reste du monde. La lettre du moment où mon corps prend possession de moi.

30 mai 2006 - 14:12 / disparates, rêves /

des suites (et son double)

Je cherche une double lettre. Je ne sais plus très bien pourquoi, comment, je me dis, il faut chercher la double lettre. A cause du double L de mon nom. Ma mère disait ” Double L, E, R.” Double L. Il faut chercher 2 N.

double L, double meurtre

31 mai 2006 - 12:11 / rêves /

Je vois que je suis seule au milieu du grenier et que n’ai pas de culotte.

Je monte, je monte, je monte, et finalement j’arrive dans un grenier. Là, je me rends compte que Vincent ne m’a pas suivie, que je suis seule, qu’il m’a abandonnée une fois de plus. Qu’il est resté dans les étages en dessous, qu’il est resté plus bas, qu’il ne m’a pas suivie jusque-là.

Je vois que je suis seule au milieu du grenier et que n’ai pas de culotte.

Une longue barre traverse horizontalement le grenier, à deux mètres du sol environ. Le grenier n’a pas de limites, pas de murs, ou du moins, je ne les vois pas, la barre également est infinie.

1 juin 2006 - 16:03 / rêves /

pas top, des règles de la circulation et de la jouissance des biens matériels

L’OMS a défini la santé mentale comme l’absence de trouble. Le DSM qui permet la mondialisation du traitement hygiéniste des masses humaines décline quatre catégories de troubles de la conduite : conduite agressive, fraude et vol, violation des règles établies, destruction des biens matériels. Avec cette définition du trouble, la santé mentale devient le respect des règles établies de la circulation et de la jouissance des biens matériels. Ces catégories sont celles des experts français lorsque, à l’occasion, ils publient un rapport sur la santé de l’enfant et de l’adolescent. L’utilisation de la génétique y fait sa triste réapparition : des populations dites à risque montreraient une « susceptibilité génétique » au TOP (Trouble Oppositionnel de Provocation). S’y ajoute le formatage rééducatif qui aujourd’hui inclut l’utilisation d’images de synthèse. On prétend qu’elles donneraient un support pour reconditionner non seulement les conduites mais la pensée : récemment un congrès à Laval était censé montrer l’universalité sans reste des TCC, capables de tout normaliser par déconditionnement puis reconditionnement. Exemple était donné de cas de vétérans US de la guerre d’Irak poursuivis par l’idée de la réalisation imminente de l’apocalypse. Leur pensée aurait été reformatée après qu’ils aient été reconditionnés à trouver non dangereuses pour eux-mêmes des images de missions guerrières. Peut-être aurons-nous bientôt, grâce aux images de synthèse, un protocole de traitement pour gaulois phobique que le ciel ne lui tombe sur la tête ?
Pascal Pernot, Lettre ouverte à Sigmund Freud, La lettre mensuelle 249

3 juin 2006 - 8:10 / psychanalyse /

rêve

Je crois que nous sommes devant la mer. J’ai déjà, en cachette, peut-être dans l’autocar, avalé, pris, à moins que je ne les tienne encore en main, les 5 cachets avec lesquels je compte me suicider. Je ne sais pas si je commence mon suicide, si ce sont les premiers cachets de mon suicide, ou si ce sont les premiers et derniers, les seuls. Je ne sais pas si je commence alors à mourir. Toujours est-il que les cachets que je prends et que je ne vais cesser de reprendre à partir de là vont commencer à faire leur effet.

Il y a une chose que nous allons faire deux fois, devoir faire deux fois. C’est une épreuve, un exercice difficile – c’est lié au devoir de suicide, ou au fait que nous postposons le suicide, à la situation dans laquelle nous sommes. La première fois, ça se passe sans trop de difficultés, nous arrivons à le faire. La deuxième fois, ça va devenir si difficile, l’épreuve, que, moi qui suis partie devant, qui mène les autres, vais finir par abandonner, ce qui entraînera mon réveil.. J’avalerai au cours de cette épreuve plusieurs fois des cachets. A la fin, les autres s’en apercevront, le « chef » aussi. Qui se demande également s’il va le faire, si c’est le moment de le faire, qui ne sait pas quoi me dire. Personne ne sait quoi me dire par rapport à mon suicide.

Je ne sais plus exactement en quoi consiste l’épreuve. Je crois qu’il y a des armoires dans la mer. Nous devons grimper sur ces armoires, au dessus desquelles il y a des chaussures, chaussures que nous enfiler les unes après les autres. L’épreuve consiste à avancer d’une armoire à l’autre en ayant successivement passé son pied dans chacune des chaussures. Les chaussures sont toutes différentes, ce sont, je crois des chaussures de femmes, à talon, des escarpins. Elles deviennent de plus en plus nombreuses. Elles sont en fait assez petites. On saurait, en fait, à peine y glisser un orteil. Il ne s’agit pas de les mettre, il s’agit d’y glisser l’orteil ou le bout du pied et puis de passer à la suivante, mais de les faire toutes, sans exception. Les armoires deviennent de plus en plus difficiles à escalader et de plus en plus encombrées de chaussures. C’est parce que la dernière est vraiment trop haute, que je pleure et renonce à en sauter, comme je le devrais. Je me retrouve sur la terre ferme, je suis très triste, le désarroi est complet, je veux prendre les derniers médicaments, les autres s’en aperçoivent. Tout le monde a abandonné, en fait, ils ne savent pas quoi dire. Je me réveille.

Ce qui a poussé au suicide. Quelqu’un, que j’appelle le chef, mais qui est en fait une personne très forte, tue tout le monde. Cette personne en a plusieurs à son service. Des gens qui l’aiment et veulent tout faire pour elle, tout faire pour son service. L’une de ces personnes est un jeune homme blond, a l’air doux, avec des lunettes. Que rien ne prédestine à devenir un assassin. Il va pourtant aller jusqu’à tuer deux personnes. Ces personnes qu’il tue sont des connaissances à lui, qu’il aime peut être, mais cela n’importe pas pour lui, à cause du chef. Ses crimes accomplis, ses devoirs accomplis, il revient auprès du chef et le chef, qui a déjà tué beaucoup de monde, après un moment d’hésitation, et parce qu’il a déjà tué tellement de monde et que rien n’a plus vraiment de sens, le tue également, d’un coup de revolver, lui et une autre personne qui se trouve plus loin. Je crois qu’il y a du sang, c’est très violent. L’ensemble du rêve est très violent, réaliste. C’est à la suite de ces meurtres que le chef, et puis moi-même, se demande s’il ne doit pas se suicider. Le décide. Puis, il y a les armoires dans la mer, avec les chaussures.

21 août 2006 - 9:26 / disparates, rêves /

séances 1 & 2

la semaine dernière, séance 1 :
– Vous trouvez que j’ai l’air soûl?

je reprends la dessus hier, séance 2.

être l’alcool de l’autre. et c’est comme si c’était reparti pour un tour. que je revienne sur ces histoires m’étonne. reparti pour un tour, des accents différents, des échos différents, mais dans ce que je raconte j’entends toute une série de signifiants qui sont toujours présents dans ma vie, délestés aujourd’hui d’une bonne part de leur poids dramatique. il y a la rue, fille de rue, mon nom, le travail, travail de rue, fille de joie. cette rue où je n’arrive toujours pas à aller aujourd’hui – mais qui encore m’enchante exalte dès que j’y descends. il y a gangster, bandit, mon oncle – cet oncle même, encore, qui régulièrement, ici, aussi, dans les blogs veut revenir -ma « méchanceté »? mon « goût pour la mort »?

je parle de l’inhibition, l’inhibition étendue à toutes choses, tant qu’il ne s’agit pas de l’amour, c’est le mot que j’utilise, qui n’est pas le bon, le bon, c’est celui qui désignerait le « faire l’amour » (voir l’article ici sur la petite cuisinière de freud).

je parle des rendez-vous que je ne sais pas prendre (mais bon sang, tout de même, pourquoi faut-il qu’à tout prix je me maintienne ici, à l’intérieur, qui veux-je incarner à rester enfermée?)

je parle du rêve que je viens de faire, de la présence de ma mère, elle est là, elle vient à ma deuxième séance, tout tourne autour d’elle, la séance tourne à la réunion de travail pour elle. je déclare alors à l’analyste qui reste muet, bienveillant mais muet, que l’analyse ne peut pas reprendre dans ces conditions. je lui en veux qu’il ne la chasse pas (et le chasse lui – qui est une femme, en fait, dans le rêve – une de celles avec qui je travaille).

(il y avait un numéro de quarto très bien sur la solitude des femmes, il faudrait que je le retrouve.)

17 novembre 2006 - 10:16 / rêves, séances /

séances 1 & 2 (des suites)

à delphes, j’avais dit « je m’aime prisonnière » – je me l’étais formulé ainsi le jour où je m’étais aperçue que je ressortais régulièrement « la prisonnière » de proust. j’avais ajouté : « et f. est un excellent gardien. un excellent protecteur. » du moins est-ce ainsi que je me le concocte, ainsi qu’il me le faut imaginer.

« protecteur », le mot m’avait quelque peu dérangée.

(l’homme que mon oncle a tué était un « proxénète », un ami à lui, mais qu’il s’est mis à soupçonner de vouloir mettre à la rue, « protéger », « soutenir », une femme, « sa petite rose des champs », dont il était platoniquement amoureux.)

(fantasmatiquement, dans la relation proxénète/prostituée quelque chose s’arrange pour les femmes. quelque chose se voit fixé, retourne au commerce_des_hommes. le rapport sexuel, cet impossible cesse de ne plus s’écrire, il a un prix, il passe à la marchandise. ce qui manquait à la valeur (l’inestimable secret) la retrouve, s’en soulage, tandis qu’à sa vérité d’objet, d’objet perdu, vient se substituer la valeur de déchet, d’être-pour-le-déchet, de toute marchandise. )

17 novembre 2006 - 12:59 / séances /

des suites

demi-sommeil, des suites encore et encore… révélation: mais non, ça ne tient pas, cette idée que dans les relations amoureuses je m’inscrirais moi comme celle mise à la rue et l’autre comme le souteneur, protecteur. non, même si à presque tous les coups, ou presque toutes les femmes , ça leur fantasmatiquement fait qq chose, ces histoires de putes/maquereau – là j’invente, écoutez , c’est ce que j’imagine, moi, cela fait très longtemps que je cherche à leur trouver des universaux aux femmes , pour le moment j’en suis pratiquement à devoir me contenter de « il n’est pas une femme qui jouisse comme une autre femme » soit « toutes les femmes jouissent différemment les unes des autres » (universel : pour aucune femme il n’y a d’universel de la jouissance.)

cette histoire donc ébauchée ici qui voudrait que je veuille d’un homme qui me protège parce que mon oncle a tué un proxénète, ne tient pas la route, at all, du tout : puisque ce n’est qu’en 1996 que j’ai appris cette histoire.

oui oui bien sûr, mais bon, cela faisait des lustres que je savais ce que je n’étais pas censée savoir, des lustres que ça me travaillait, et n’avais pas des années à l’affilée rencontré des jean-marc, non, des marc et des jean-marc pour alors apprendre, en 1996, que l’homme tué par mon oncle se prénommait jean-marc. les secrets de famille, n’y a-t-il que ça qui se sache.

mais l’important n’est pas là.

cette histoire fait écran. c’est de la petite histoire, de la branlette. et vraiment, comment le dire, mais de tout ça, cette histoire d’oncle que je ramène ces derniers temps sur le devant de la scène, je m’en fous. je m’en fous complètement, c’est même comme si ce n’était plus mon histoire, que ça ne l’avait jamais été. je la raconte, parce que justement, elle se laisse raconter. je la raconte parce qu’il est évident qu’elle comporte des signifiants importants pour moi, et parce que qu’elle comporte tous les éléments d’un roman – je peux vous assurer qu’il est bien des choses qu’ici je me retiens d’avoir la faiblesse de relater.

je pense que le personnage important, et encore, là, c’est purement utilitaire, de parler de personnage, c’est utilitaire en ce sens que ça permet des choses, ça n’est d’abord qu’un moyen, un moyen d’aborder ce qui probablement pourrait s’aborder autrement. que je parle de personnage, c’est aussi qui parle de ma façon de vouloir faire de ma vie un roman ; bref, comme mes moyens sont limités, je continue ma phrase et je dis : je pense que le personnage important ce n’est pas mon oncle, mais c’est ma mère – elle qui vient, qui est présente dans le rêve de la « deuxième séance », elle pour qui je travaille et dont je regrette que l’analyste, présent dans le rêve, ne la chasse pas.< /p>

si donc on délaisse la notion de personnage on retiendra que je vis dans la présence d’un grand Autre, féminin, qui me fait travailler – et par là m’empêche de faire ce que je veux.

les questions alors deviennent : pourquoi faut-il qu’il soit féminin et, mais c’est secondaire, qu’est-ce que c’est que je veux ? de quoi cet autre interdicteur me protège-t-il ?

à brûle-pourpoint on répondra, féminin, maternel, il l’est parce que ce n’est pas le grand autre du désir, barré celui-là, c’est le grand autre du besoin, du besoin assouvissable, par la mère éventuellement, et dont l’assouvissement même entretient l’inassouvissement, c’est l’Autre de la satisfaction pulsionnelle, qui jouit en silence. l’Autre qui ressemble, vachement, à l’Autre de l’obsessionnel.

j’en arrêterai là.

ou j’en profite encore pour noter ceci je lisais récemment une interview de sloterdijk parlant de ce qu’il appelle le « désirisme » en france. il n’y a pas à confondre le désir et le besoin. quand je parle de besoin, je ne parle pas du besoin auquel se référait marx par exemple, je ne parle pas de ce dont on a (tout juste besoin) pour vivre, je veux parler je veux parle du manque éprouvé dont la satisfaction est possible, du manque comblable dans un moment de consommation d’un bien, d’un objet.

19 novembre 2006 - 10:45 / disparates, séances /