format standard

imp……. sort

incroyable difficulté donc à sortir, toujours elle, plus éclatante en ce moment que l’été revient et qu’il est question que nous partions en vacances. ce que je ne souhaite pas, redoute, peut-être, probablement, certainement, uniquement parce que je ne sais vraiment pas quoi prendre dans la valise, quels vêtements, aucun ne me semble convenir, pas le moindre, et alors comment faire, puisqu’en vacances, on n’est jamais chez soi, où l’on ne peut pas se retrancher quand on ne sait comment s’habiller, se montrer, sortir.

19 avril 2007 - 10:02 / disparates /

l’habit, le monde, et la séparation

ce qui me sépare du monde, c’est que je ne sais pas comment m’habiller. voilà, c’est tout. c’est terrible, et c’est tout.

18 avril 2007 - 15:09 / disparates /

journal (qu’on n’aille pas croire que)

je préférerais que f. ne s’aperçoive pas que je lis des choses sur florence, qu’il n’aille pas croire que je voudrais y aller, et que ça ne rende pas plus sûr encore notre départ. malheureusement, hier, il a vu que je lisais le guide. et ce soir, je crains qu’il ne découvre le livre que j’ai sorti, sur la renaissance. autant d’un signes qui pourraient donner à croire que j’aimerais y aller. je préférerais ne pas y aller.

16 avril 2007 - 13:07 / disparates /

le matin, il faudrait que je me lève plus t ôt.

dans l’ensemble, désœuvrée plutôt qu’ennuyée.

là, je vais essayer de me mettre au boulot: je déteste.

traîner, j’adore.

en une semaine, les arbres se sont couverts de feuilles. aussi le lierre sur le mur en face de moi.

16 avril 2007 - 11:18 / disparates /

journal

depuis samedi, jour où j’ai vu le dr. g., je ne prends plus de somnifère. ça a l’air ok. j’espérais me réveiller plus facilement le matin, mais ça n’est pas encore le cas. je rêve énormément le matin, des rêves très longs, qui se succèdent sans discontinuer. quand je me force à me lever vers 10heures, quand véritablement je m’arrache à l’un de ces rêves, il me faut une heure pour émerger.

j’ai remaigri… de 300 grammes… en réalité, je pèse moins en ce moment que ce que j’ai pesé en moyenne tout au long de ma vie. c’est après l’accouchement que j’ai beaucoup maigri.

je ne fume plus. évidemment, stan sera là, ces jours-ci, et je ne sais pas, si je fumerai de ses cigarettes ou si j’essaie de m’en empêcher. je pense que fumer un peu n’est pas grave.

c’est lundi, la fenêtre du bureau est ouverte, c’est très agréable.

je ne sais pas si nous irons florence. j’ai surmonté ma peur hier et commencé à lire le guide que frédéric a acheté.

les voyages m’angoissent terriblement.

une fois que je suis partie, c’est ok.

16 avril 2007 - 11:01 / disparates /

after

jeudi, treize heures, jules au lit malade, s’est recouché à midi, faut que je me remette au boulot, ça n’était pas facile du tout, olala, olala, de parler à l’analyste, ce matin. dû, n’ai pas pu faire autrement, faire l’aveu de ce que je me croyais « obsessionnelle ». j’avais passé 2 jours à déborder de tous côtés de toutes sortes de choses à lui dire, de révélations, etc. et là, subitement plus rien.

tout s’en est allé. et il y aurait eu moins encore, si je n’avais relu mes notes d’ici, juste avant la séance. ai-je tort, raison d’écrire, là n’est pas la question.

je lui ai dit que j’empêchais frédéric de parler, que je m’étais rendu compte, que c’était moi, non lui, qui empêchais. comme rien de plus ne me venait, j’ai ajouté donc que j’avais lu un article sur l’obsession, et que…

après ça, c’était fini, n’ai plus rien pu ajouter. bah.

12 avril 2007 - 12:11 / disparates, séances /

to be or not, obsessionnelle

10:30

[zut, j’ai grossi. pris 3 kg. en combien de temps exactement, je ne sais pas, devrais vérifier. nouvelle chaise dans bureau ; ça tire en de tous autres endroits dans mon corps – je ne sais pas si c’est bien, c’est étrange. fort occupée par aérophagie et constipation, ces 3 derniers jours !!! quelle honte, d’écrire ce genre de choses. il me manque du café. bon, cette semaine, je me surveille, poids, et on voit. dois vérifier aussi quand j’aurai mon prochain rendez-vous psychiatre. écris tout ceci parce que devrais écrire autre chose que je remets tous les jours d’écrire depuis vendredi passé.]

j’avais lu un texte, de serge cottet, sur la névrose obsessionnelle, qui m’avait fort découragée parce qu’il m’avait semblé y lire que je n’étais pas obsessionnelle. c’est idiot. c’est quelque chose dont je n’ai jamais parlé en analyse, cela fait des années maintenant que je me demande si je ne suis pas obsessionnelle, et qu’en réalité, je pense que je le suis – sans en parler à un analyste. le premier, YD, m’ayant un jour, il y a très longtemps, au tout début de mon analyse fait comprendre, signifié, que certainement, non, je n’étais pas obsessionnelle.

j’ai relu ensuite l’article, deux jours après, et me suis disputée à son propos avec frédéric. c’est la dispute qui est intéressante. c’est là que j’y ai compris, vu certaines choses. là que j’ai compris comment cet article malgré tout me disait obsessionnelle. mais la dispute qui est difficile à écrire. il faut que je fasse réparer mon vélo. au cours de cette dispute je me suis vu reprocher à frédéric d’empêcher la conversation pour un motif qui n’en constituait pas un du tout. je me demande si j’arriverai à expliquer ça à l’analyste, plus facilement que ce que je n’y arrive ici. il était mentionné dans l’article que l’obsessionnel faisait taire l’analyste, que l’obsessionnel ne supportait pas « le signifiant de l’Autre », et moi, qui pensais à ces choses, j’ai crié à frédéric de se taire – ce qui était à l’état brut, ce dont il s’agissait. et j’ai vu que ce qui s’était passé, c’était qu’en vérité, c’était moi qui avait empêché la conversation, arrêté la conversation, tout en l’en accusant. on hésite à mettre à plat certaines choses, parce qu’elle peuvent alors apparaître fort plates. il y a très peu de choses que je doive ajouter à ce que je viens d’écrire, qui paraitra fort court. pourtant je crois pouvoir dire que ma vie s’en est trouvé changée,

« […] l’affirmation par la patiente de la toute-puissance du phallus est tout à fait corrélée à son insurrection contre le savoir supposé de son analyste : elle le fait taire.
L’intolérance au signifiant de l’Autre, notamment à la volonté maternelle, masque en même temps une haine du père qui n’a rien de prégénital. »

que c’était quelque chose de central, dans ma vie : que l’autre se taise. ou dois-je écrire, devenu central. mais que l’angoisse vient de là, l’angoisse telle qu’elle s’est présentée, s’est montrée ces dernières années, les années avec frédéric.

je n’arrive pas à continuer.

15:11

Jules à la halte. Il fait très beau. Moi, faudrait que je me remette au boulot, et comme à chaque fois. Coincée sur la chaise, je me demande si je vais m’y faire.

16:08

misère, viens de manger tout mon hibou en chocolat. misère

10 avril 2007 - 10:34 / disparates /

« C’est toi même que tu détruis ; voilà ce qu’il aurait fallu lui faire reconnaître »

L’analyse de Bouvet ne repose que sur l’imaginaire de l’envie de pénis et de la castration masculine. Or ce cliché n’a rien de discriminant quand au choix de la névrose. À la place, Lacan fait pivoter la cure non pas sur l’envie de pénis et le désir d’être un homme, mais sur le désir de la mère et du phallus comme signifiant du désir. Dans l’enfance, la personne a été l’objet du désir de la mère : de nombreuses scènes décrivent sa dépendance à la fois vitale et passionnelle.
Ce qu’elle détruit, c’est cette dépendance à l’image phallique désirée par la mère. En effet, elle est en rivalité non avec le père, ni avec la mère, mais avec un désir d’au-delà d’elle qui est le phallus. Lacan applique la loi générale du désir obsessionnel : « Détruire les signes du désir de l’Autre » ; dans ce cas, c’est elle même qu’elle détruit en tant qu’identifiée à ces signes. « C’est toi même que tu détruis ; voilà ce qu’il aurait fallu lui faire reconnaître »
À propos de la névrose obsessionnelle féminine, Serge Cottet

3 avril 2007 - 14:38 / copie/colle, psychanalyse /

matinée dehors.

toujours cette fatigue.

2 avril 2007 - 12:30 / disparates /

rêve d’il y a deux jours

Je vais jouer dans une pièce de théâtre. Il y a une sorte d’audition dans un bureau sombre rempli de livres. Je suis assise à une bureau perpendiculaire à un autre bureau et plus bas, petit que lui, auquel est assise la personne qui m’auditionne. C’est un homme. Les bureaux sont couverts de livres. Je dois lire un texte dans un livre ancien – couverture en cuir, pages jaunies.
Les répétitions ont commencé. Nous sommes plusieurs acteurs. Je ne sais plus comment, mais petit à petit mon rôle dans la pièce s’amenuise. J’aide les autres acteurs. Au début, le metteur en scène, c’est Roger. Puis, ça devient mon père. Mon rôle est réduit à rien, à néant. Je m’en rends compte.
Nous sommes juste avant la représentation. Je pensais que j’allais me retirer, mais au lieu de ça, je me mets en colère contre mon père, je lui fonce dessus. Je lui raconte, démontre tout ce qui s’est passé, comment j’ai été éliminée. Je suis furieuse.
J’entends mon père expliquer qu’il n’avait jamais voulu de moi dans la pièce, et que pour se moquer de moi, au début, il m’avait fait lire dans un livre qui avait appartenu à un très bon acteur, très connu, pour que je me rende bien compte que je n’étais rien, risible.
Je me réveille.

En me réveillant, je suis étonnée du rôle de mon père. Comme cela lui ressemble peu, j’imagine que son personnage est là à la place d’une fonction, autre. Je vois vaguement que ça a un rapport avec l’idéal, avec un rôle que je me suis assignée, auquel j’aspire… et dont…. j’imagine que l’autre ne veut pas pour moi.
Tout ceci doit avoir un rapport avec l’écriture et le rôle de l’œuvre dans ma vie. Mon père évidemment aussi, qui, lui, a fait une œuvre. Mais pourquoi faut-il que ce soit mon père même qui m’en empêche.
Que je me mette en colère parle, je pense, de toutes ces colères qui sont les miennes.
(Je pense au père réel.)

Je ne pense pas que ce soit un rêve très important. Mais il se penche sur ce qui a fait l’objet de mes angoisses, ces jours derniers. Angoisse qui s’est apaisée, résolue depuis que j’ai revu l’analyste, et qu’il avait peut-être provoquée. Angoisse autour de l’œuvre, d’une certaine œuvre à laquelle j’ai renoncé, au moins à celle de l’écriture.

28 mars 2007 - 21:58 / rêves, séances /

(fumée)

10:53 – pas du tout facile d’arrêter de fumer. enfin, ça on le sait. d’après notice patch, si je ressens besoin, c’est que patch pas assez fort. pour ça, que j’ai acheté bonbons à la nicotine. pour compléter. or, bonbons à la nicotine sont tentants, pour ça que je n’ai pas acheté chewing gums qui le sont plus encore. pas pesée ce matin. bon. ai commencé à travailler. pas depuis très longtemps. stan est là, mais pas réveillé, malheureusement pour Jules. ai fait rêve cette nuit que je devrais noter, mais très long. lu hier soir, Ulysse. m’endors difficilement. après minuit. je ne sais pas comment fait Fred pour se lever.
14:22 – soleil éclatant, surprenant. jules à la halte. je suppose qu’il vaut mieux avoir envie de sucer un bonbon à la nicotine que d’avoir envie de fumer.
15:24 – bon, i must go (cher docteur g.)

27 mars 2007 - 9:57 / rêves /

petites notes au gré du jour

15:44 (je n’y arriverai pas, à faire ce boulot, les inscriptions, voilà, c’est trop compliqué.)

15:54 (je ne sais pas si c’est le fait que ce soit compliqué qui est en cause. je voudrais ne faire ce que j’ai envie de faire et rien d’autre. le week end que je viens de passer à ne rien faire d’autre que lire, parce que je ne n’avais pas d’autre envie, me convient parfaitement.)

16:04 (je viens de me faire envoyer le programme de bobigny, parce que j’ai envie d’aller au spectacle)

16:30 (en fait, je ferais mieux de foncer, au plus vite c’est fini, au mieux c’est)

16:58 (j’ai de la chance, jules dort. j’écoute la radio, émission documentaire sur les tous petits. mais ça vient de terminer.)

17:28 (ça roule. jules dort)

17:32 (julos le joli se réveille. fin du boulot).

20:08 (reprise boulot pour 5 minutes. j’ai acheté : des bonbons à la nicotine, des bonbons sans sucre, des pilules pour maigrir. indispensable pour commencer une nouvelle vie.)

21:59 (julos prend son bain avec son père, ses cheveux sont lavés. bonbon en bouche à la nicotine. stan va arriver (retour d’italie). musique joyeuse. demain, il faudrait que je me pèse. oh non.)

22:07 (stan est là. jules est heureux. c’est le moment de décider si je vais fumer ou non. hè hè)

26 mars 2007 - 19:07 / disparates /

aujourd’hui, jusqu’à présent, passé mon temps à ne rien faire, je crois.

vérifié qui était Télémaque, et pourquoi ce nom me dit qq. chose, je ne le sais toujours pas (Titre de la première partie du Ulysse de Joyce).

http://beauty.expertvillage.com/videos/pilates-video-1-leg-circle.htm

26 mars 2007 - 14:31 / disparates /

journal

donc, voilà, oui, heure d’été. très mauvaise idée que j’ai eue, d’arrêter de fumer. très. hier soir, mangé, à l’affilée, un cheese-cake au citron (j’avais oublié qu’il existait des choses aussi bonnes) et une glace. si manger ne faisait pas grossir, je n’aurais aucune difficulté à manger plutôt que de fumer. terminé hier le livre de Truman Capote. Pas sans regrets. il est long, il me paraissait tout le temps raconter la même chose, mais je m’y étais habituée. je déteste me détacher d’un livre, l’oublier. j’ai commencé Ulysse de Joyce.

C’est à cause de Lacan que je le lirais, enfin, cela va peut-être sans dire. J’ai imprimé une leçon de plus de L’insu, trouvée sur internet, mais les nœuds m’arrêtent. Me suis réveillée ce matin pensant que je pourrais faire un cartel, tout en rejetant cette idée avec horreur.

Je ne pense pas que je pourrais vraiment approcher ce que Lacan a vécu en lisant Joyce, qui le lisait probablement en anglais. Je me suis quant à moi acheté la nouvelle traduction.

En le lisant hier, je suis tombée sur le mot de cassonade, qui m’a mis l’eau à la bouche, dont je ne pensais plus qu’il existait encore.

Il faudrait travailler aujourd’hui.

26 mars 2007 - 9:30 / disparates /

journal

Passons, ce jour, à l’heure d’été. C’est mon ordinateur, que j’allume à l’instant, qui me l’apprend.

F. dormi jusqu’à maintenant. Moi, c’était hier. hier dormi jusqu’à midi. qui plus est, l’après-midi, encore dormi, endormie, lisant ce livre que je m’efforce de finir, de la correspondance de Truman capote, Un plaisir trop bref. Avons également fait des courses sous la pluie au Monoprix. Et c’est tout. S’il y avait eu la télé, aurais passé la journée, la soirée, à la regarder. C’est plus clair, plus net, sans télé. Je crois que je ne suis pas loin de l’ennui. Comme clarté, on peut mieux faire, mais c’est plus clair, ce possible ennui, qu’une journée de télé.

Je me demandais ce matin, si je pourrais faire ce qu’il faut pour « comprendre » ce qu’il en est de l’Un-Corps, ce que JAM avance avec sa notion de Un-Corps.

Moi, j’aimerais bien, encore des jours et des jours de congé.

Mais déjà demain, c’est lundi.

Ah.

Je me demande si demain je vois le psychiatre. J’ai décidé d’arrêter de fumer. Ca n’est pas facile. C’est à cause de Jules, petit Jules qui tousse le matin. Avoir la toux du fumeur à son âge, c’est précoce. Il faut changer l’heure de toutes les horloges. Et faire à manger à Julos.

Avons oublié de lui acheter de la crème pour les fesses, il a un peu de diarrhée, qui traîne depuis des jours et jours. Lui avons acheté un médicament, hier, mais pas de crème, or il n’y en a plus. Je mets des patchs de nicotine.

Je ne sais pas comment me mettre à l’étude des nœuds, des nœuds de Lacan. Il en est encore beaucoup question dans « L‘Insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre » auquel se réfère Jacques-Alain Miller pour le moment.

25 mars 2007 - 12:43 / disparates /

oui, décidemment ça va mieux. les jours gris sont loin. ça ne veut pas dire que ça ne reste pas difficile de travailler… est-ce que je devrais demander au psychiatre de diminuer les somnifères, est-ce que c’est ça, ce ne serait pas ça, qui me donne le sentiment d’être fatiguée comme ça, d’avoir à me réveiller, à boire une tasse de café en plus?

23 mars 2007 - 10:08 / disparates /

Séance et 10 heures 30 très précises

Ah, si c’était possible, aujourd’hui, je ne ferais rien, rien, rien, et ce serait pure paresse. Ennui aussi d’avoir à faire un travail difficile.

Séance

Je parle de mon coup de cafard. De ma solitude. Et de cette solitude avec certaines choses que j’ai lues sur la passe ainsi que le texte de Miller intitulé « L’interprétation à l’envers ». Ma solitude avec ces textes, depuis ces textes. Que rien ne semble pouvoir crever.
En vérité, je me souviens de peu de choses de ce que j’ai dit.
Si ce n’est que j’ai terminé en disant que je voudrais « que ça soit maintenant, tout de suite, pas tout à l’heure. » Mais je ne sais plus de quoi je parlais. Plus du tout.
Il a conclu en me donnant rendez-vous jeudi prochain, à « 10 heures 30 très précises« . Au moment où nous sommes séparés, m’a lancé un regard appuyé.

Si c’est possible, j’essaierai d’en écrire plus. Maintenant, j’essaie de me mettre au boulot. Julos dort, s’est endormi directement après la garderie.

Ah oui, j’ai parlé du cours de Miller. j’ai dit qu’il était possible que moi coup de cafard ait été lié à ce qui se disait là, en analyse, mais également à ce qui se dit au cours de Jacques-Alain Miller. Oui, tout cela est troublant. Ces choses et les textes dont je parlais plus haut sont liées.

J’ai parlé de ma mort aussi, comment je mourrais comme une « quelconque », les traces que je ne laisserais pas. Et puis aussi de ce que je m’étais dit, à la lecture de la correspondance de Truman Capote, à propos du fait que je ne me mettrais pas à écrire maintenant.

J’ai été obligée de boire un café avant la séance. J’ai alors relu mes notes prises hier, au cours. Contente qu’elles soient bonnes. Et maintenant, contente même de pouvoir l’écrire, que je suis contente.

22 mars 2007 - 13:34 / disparates /

adresse, auteur

http://www.inventaire-invention.com/index_auteurs/lacoste.htm
lire, un jour, voir

21 mars 2007 - 17:45 / disparates /

journal

ça va déjà mieux. hier soir, j’ai lu le résumé du cours de JAM, de L. Solano, et relu mes propres notes. relu aussi des cours de Lacan, de « L’insu-que-sait de l’une-bévue s’aile à mourre », en rapport avec ce cours. c’est un cours vraiment très bien, et il possible que ce soit ce cours, aussi, qui me bouleverse. tout y est chamboulé.

il y a encore cours aujourd’hui, tout à l’heure. patricia vient pour garder jules. et j’ai tout préparé pour son repas.

maintenant, il faut que je travaille. mais il faut encore que je m’habille, également.

21 mars 2007 - 10:14 / disparates /

plus simplement, peut-être que je n’aime plus mon travail… ce serait ennuyeux. ce serait curieux. parce qu’enfin bon, pourquoi? je pense que cela seulement qui est en cause, c’est d’avoir peur de ne pas arriver à faire ce que je dois faire. vraiment peur. est-ce qu’avant, je n’avais pas peur? est-ce que j’ai maintenant des choses plus difficles à faire qu’avant? ou est-ce que le fait d’être totalement dépendante, du point de vue du temps que je peux y consacrer, de jules? est-ce que le fait de pouvoir travailler plus, avant, m’aidait à aimer ce que je fais? moi, qui aime à être plongée dans quelque chose? plongée dans ce que je fais? alors que maintenant, je ne peux plus travailler que par à-coups. et alors, que le plsu difficle , c’est tout de même de s’y mettre. et que moi, je ne cesse pas de devoir m’y re-mettre?

d’ailleurs ai-je jamais vraiment aimé mon travail? n’ai-je pas plutôt aimé m’y absorber?

20 mars 2007 - 17:53 / disparates /

et puis, trop tard, maintenant, pour « apprendre » à écrire. vraiment, ça serait s’y mettre tard.

20 mars 2007 - 16:14 / disparates /

enfin, je sais que ça va passer. comme c’est étrange, tout de même, de devoir en passer par là. mais, je ne sais pas de quel côté les changements, les améliorations vont venir. puis-je compter sur l’analyse? est-ce sur l’analyse que je compte? j’essaie d’imaginer ce qui me ferait vraiment plaisir. et je pense que ce serait l’idée de voir des gens, des gens que j’aimerais bien. comment est-ce qu’on se fait des amis? est-ce que ce serait écrire, qui me ferait du bien. quand j’y pense, je pense tout de suite au temps que cela prendrait. et cela me paraît irréalisable. il ne me semble raisonnablement pas avoir le temps d’écrire. est-ce que c’est vrai. j’écris à frédéric que je dois faire des efforts pour tout. j’écris ici que c’est physique, parce que j’ai de drôles de moments, une sorte de nausée, d’asphyxie. est-ce que je sais, ce qui ne va pas? s’agit-il seulement du travail que j’ai à fournir? ou s’agit-il du changement de dose dans les médicaments? est-cil possible que çe soit ça? on a diminué le solian et le stillnox et augmenté le déroxat. s’il s’agit de ça, ça devrait aller mieux alors.

20 mars 2007 - 15:19 / disparates /

journal

tout de même, c’est curieux, ce coup de déprime. pourrais pleurer. préférerais dormir. comment est-ce que j’ai pu tenir, jusqu’ici? qu’est-ce qui m’a fait tenir? qu’est-ce qui a disparu? ce pourrait être physique. d’ailleurs, ça l’est. ce pourrait être de l’angoisse.

et puis pour jules, heureusement, une réserve de sourires et de rires conservée.

20 mars 2007 - 13:32 / disparates /

un petit coup de déprime

coup de déprime en ce moment. qui me donne à penser qu’éventuellement écrire un petit peu ici m’aiderait.

trop de routine. trop d’habitudes.

pas assez de lecture
pas assez d’écriture
pas assez d’étude
pas assez de sport
pas assez d’amis
pas assez de rencontres

trop de sommeil, trop de travail

difficile d’être seule, de travailler et de garder jules en même temps. et même si j’étais seule, sans jules, je pense que j’aurais ces jours de découragement, où je ne sais pas quoi faire, où j’ai seulement envie de dormir, et où je ne travaille pas.

20 mars 2007 - 10:38 / disparates /

acte, certitude, angoisse – rien

  • Angoisse constituée, angoisse constituante
    Nous distinguons deux statuts de l’angoisse que je pourrais appeler, pour simplifier, l’angoisse constituée et l’angoisse constituante. L’angoisse constituée, c’est l’angoisse dont les descriptions nourrissent ces traités de psychopathologie que l’on voudrait faire ingurgiter aux prétendants au titre de psychothérapeute. C’est l’angoisse labyrinthique, sans limites, dont le sujet se condamne à parcourir le cercle infernal qui le retient de passer à l’acte. C’est cette angoisse, me semble-t-il, que Lacan se proposait de symboliser par la lettre aleph, première de l’alphabet hébreu, et qui est précisément celle que Cantor avait choisie pour désigner l’infini, dont il montrait aux mathématiciens le bon usage dans leur discours. C’est une angoisse qui est répétition, avec vocation d’aller à l’infini. L’angoisse constituante, c’est l’angoisse productrice, elle soustraite à la conscience. Elle produit l’objet petit a, comme nous disons, dans son paradoxe essentiel, c’est-à-dire elle le produit comme objet perdu. C’est pourquoi on ne peut le désigner comme objet de l’angoisse, qu’en passant par la négation : « elle n’est pas sans objet ». Ce qu’il faut bien voir, c’est qu’il n’y a pas l’objet et puis sa perte, mais que l’objet a se constitue comme tel dans sa perte même.

    Si on admet une partition commode, on peut alors dire que c’est à situer l’angoisse constituante que s’attache le séminaire de l’angoisse, le Séminaire X. L’angoisse est la voie d’accès, privilégiée, à l’objet petit a comme rien. Disons que l’angoisse constituée correspond à la prise de cet objet rien dans le fantasme. A quoi le sujet se trouve alors suspendu, paralysé, dans un fading infini, où il fait l’expérience douloureuse de sa propre division. C’est ce qui a été décrit comme le phénomène de l’angoisse, dont je distingue ce que Lacan nous permet de reconstituer d’une structure. L’objet rien est ici dans le phénomène de l’angoisse la cause d’un désir mortel tourné vers le sujet. C’est le même objet rien qui peut devenir la cause de l’acte, acte qui comporte toujours un moment de suicide, un moment de mort du sujet. L’objet rien, autour duquel gravite le phénomène de l’angoisse, du moins dans cette construction, dicte le deuil qui est à faire de tous les objets, ce deuil où se creuse la place d’où le sujet pourra assumer l’acte analytique. (…)

  • C’est seulement l’action qui dans le sujet engendre la certitude. [Lac66a, p. 659]
  • Dans la structure de la méprise du sujet supposé savoir, le psychanalyste doit trouver la certitude de son acte, et la béance qui fait sa loi. [Lac68e, p. 40]

11 mars 2007 - 22:09 / copie/colle, psychanalyse /

médications

Je suis contente parce qu’aujourd’hui j’ai vu le docteur G. et qu’il pense que je ne devrais pas divorcer à cause du Stilnox. Je lui expliquais la situation en ce moment, comment je suis particulièrement « taiseuse », lui croit que c’est probablement un effet du Solian qui me fait prendre trop de distance. résultat, on change les doses. C’est bien. C’est ennuyeux de ne pas toujours savoir jusqu’où on est jouet des médicaments, mais en même temps, j’adore ça, les médicaments. Qui m’ont déjà bien aidée. Là, on diminue le Stilnox, le Solian, et on augmente le Deroxat. C’est bien, il me semble. Puis, je le revois dans dix jours.

De toutes façons, par ailleurs, l’analyse continue.

10 mars 2007 - 22:43 / disparates /

séance, 8 mars 2007

En arrivant, je reviens sur la séance précédente. Comment depuis cette séance, je ne me sens pas bien. Ce que j’y ai dit, ce qu’il a dit, sur quoi il revient. Dit qu’il n’aurait pas dû dire ça, n’aurait pas dû dire qu’il ne fallait « jamais en rabattre sur l’œuvre ». Que ça portait trop à l’idéalisation. J’explique que l’œuvre est pour moi un mot impossible. A cause du père que j’ai eu ( moi, justement, « artiste sans œuvre »). Peut-être qu’il y aurait moyen, dis-je, de le rendre un peu plus possible, ce mot. Il acquiesce

[père avec œuvre, moi sans.]

Je parle des sempiternels doutes mis sur tout. De Frédéric, sa façon de ne vouloir s’en tenir à rien d’établi, de toujours faire table rase, dénigrer systématiquement les canons (de la beauté, de l’art). J’explique. Il dit « C’est cartésien ».

Je parle du soulagement que j’ai éprouvé en semaine, me disant que cette position n’était pas tenable tout le temps, qu’on ne pouvait pas tout le temps savoir, que précisément il y avait toujours un temps pour savoir et que le reste du temps c’était du souvenir, du souvenir de savoir, du reste, que cela suffisait. (A l’instant où j’écris ceci, je ne comprends plus bien ce qui m’a soulagée là-dedans, ni quelle serait la nature de ce reste.)

Je cherche à donner un exemple pour parler de Frédéric, je n’en trouve qu’un, très mauvais. Je dis qu’il pourrait par exemple remettre en cause Picasso, je choisis cet exemple là, parce que c’est un nom très connu, ce qui à certains égards semble être ce que principalement Frédéric aurait à lui reprocher, ce qui le rendrait suspect à ses yeux, de n’être avant tout qu’un nom. Et qu’il faudrait alors pouvoir lui démontrer que Picasso, au delà de son nom, c’est très bien. Ce que je n’arrive pas à faire. Même s’il a pu m’arriver de me sentir proche de Picasso, d’avoir donc « su des choses de Picasso », que j’aurais pu dire, dont j’aurais pu témoigner. Ce qu’il m’en reste de ce « savoir », la seule chose qui m’en reste, au moment où Frédéric me demande de prouver que Picasso c’est bien, c’est le souvenir de l’avoir aimé. Un reste d’amour en guise de preuve.

(Est-ce que ce souvenir d’amour est suffisant? Il ne semble pourtant pas. Or, il y a au moins un endroit où me semble-t-il nous nous rejoignons, Frédéric et moi dans notre appréhension des choses : c’est l’ignorance. J’y pense, après-coup, après-coup de ce que j’ai dit en séance. Nous serions dans la même qualité d’approche des choses, le même manque. Un savoir qui ne parie que sur l’amour, la sensation immédiate, l’oubli. Un savoir acculturé, séparé de l’histoire ( une « façon de savoir » que ne s’occupe in fine que de l’inconscient). Et la certitude que j’essaie de lever ici ne saurait tenir qu’à une question de culture. Mais bien d’histoire. Il y aurait dans la certitude une main tendue à l’universel. Enfin, qu’est-ce qui ferait le lien de l’histoire et de l’universel? Le temps. Nous n’aimerions que trop le particulier. Comment faire pour qu’il se rejoignent, le particulier et l’universel?

J’explique que j’ai souvent pensé qu’il fallait, au moment où l’on sait une chose, en témoigner, d’une façon ou d’une autre, qu’il ne fallait pas laisser passer ce moment. J’ajoute qu’aujourd’hui, mon sentiment a évolué. Que je ne suis plus aussi affectée du fait que rarement je ne partage, témoigne de ce que je sais au moment où je le sais.

Il me dit que ce dont je parle ressemble évoque le fonctionnement de l’inconscient, par battement. Me dit que si ma position a changé par rapport à ca, c’est que peut-être ma position a changé par rapport à l’inconscient. Je lui dis que c’est possible, mais que je ne suis pas sûre que ce soit en bien. C’est ce qui me fera penser au sortir de la séance que je suis effectivement amoureuse de l’inconscient et que je « cède sur mon désir de l’inconscient ».

Je lui parle de la question qui m’a taraudée pendant la semaine, si je n’étais pas quelqu’un qui pourrait céder sur son désir. J’essaie d’expliquer le lien entre ça et mes doutes. Qui ne laisse la place à aucune certitude.

Dernière phrase : « Mais est-ce qu’on ne peut pas s’accorder plus de certitudes ? »

En sortant, je me dis : Je n’ai pas à ma portée d’autre savoir que l’inconscient. Vous, disposez d’une autre forme, de savoir, moi pas. Trop amoureuse de l’inconscient. Et je pense alors que c’est à cause, ce serait à cause, ce pourrait être à cause de ce trop grand amour de l’inconscient, désir de l’inconscient, que je n’ai pas d’accès à d’autres formes de savoir. Une forme de savoir de type plus universitaire qui me permettrait de répondre à Frédéric, de parler à Frédéric de Picasso.

Plus tard, je pense qu’il faut s’accrocher. Il faut s’accrocher.

[L’inconscient et le doute pourraient fort avoir à voir, à faire ensemble. Le sujet de l’inconscient est le sujet du doute. Céder sur son désir pourrait n’être pas la même chose que céder sur son désir de l’inconscient. Il y a cependant un point de certitude au cœur de l’inconscient, un point d’attraction, que je connais bien. Dont j’ai le souvenir.]

Tout ceci est trop embrouillé.

10 mars 2007 - 22:38 / disparates, séances /

ce qui est mal, c’est que je n’arrive plus à parler avec frédéric en ce moment. j’ai des tas de petites choses à lui dire, et, no way, ça ne sort pas. dès que je fais un petit effort, la situation se dégrade, je m’énerve. nous devrions partir en vacances bientôt, c’est peut-être ça qui est en cause, je ne sais pas. les vacances m’angoissent toujours.

(j’entendais baudrillard ce matin qui disait que les causes, c’était bien le moins intéressant, le plus trivial, et que les effets, par contre, quand il y en avait, ça, c’était étonnant. disait également que nous vivions une époque de cause, et que c’était parce qu’on s’occupait à ce point des causes, qu’on obtenait parfois des effets étonnants, dramatique (11 septembre). mais, je n’ai rien compris.)

séance très rassurante ce matin. je n’ai pas le courage d’en parler maintenant. (pris des notes en sortant.)

faut s’accrocher.

8 mars 2007 - 22:14 / disparates /

Tous télé-guidés

Le «Loft» vaut comme une métaphore universelle de l’être moderne, l’homme numérique devenu sa propre souris blanche.
Par Jean BAUDRILLARD
LIBERATION.FR : mardi 6 mars 2007
Ce texte est paru dans Libération du 7 septembre 2001
Avec Loft Story, la télévision a réussi une opération fantastique de consensualisation dirigée, un véritable coup de force, une OPA sur la société entière ­ formidable réussite dans la voie d’une télémorphose intégrale de la société. Elle a créé un événement (ou mieux, un non-événement) où tout le monde s’est trouvé pris au piège. «Un fait social total», dirait Mauss ­ sinon que dans d’autres cultures, cela signifiait la puissance convergente de tous les éléments du social, alors qu’ici, cela marque pour toute une société, l’élévation au stade parodique d’une farce intégrale, d’un retour image implacable sur sa propre réalité.
Ce que la critique la plus radicale, l’imagination la plus subversive, ce que nulle dérision situationniste n’aurait pu faire… c’est la télé qui l’a fait. Elle s’est révélée la plus forte dans la science des solutions imaginaires. Mais, si c’est la télé qui l’a fait, c’est nous qui l’avons voulu. Inutile de mettre en cause les puissances médiatiques, les puissances d’argent, voire la stupidité du public pour laisser espérer qu’il y ait une alternative. Le fait est que nous sommes engagés dans une socialisation intégrale, technique et expérimentale, qui aboutit à l’enchaînement automatique des individus dans des processus consensuels sans appel.

Société désormais sans contrat, sans règles ni système de valeurs autre qu’une complicité réflexe, sans autre logique que celle d’une contagion immédiate, d’une promiscuité qui nous mêle les uns aux autres dans un immense être indivisible.

Nous sommes devenus des êtres individués, c’est-à-dire non divisibles en eux-mêmes et virtuellement indifférenciés. Cette individuation dont nous sommes si fiers n’a donc rien d’une liberté personnelle, c’est au contraire le signe d’une promiscuité générale. Corollaire de cette promiscuité: cette «convivialité exclusive» qu’on voit fleurir partout, que ce soit dans le huis clos du Loft, ou celui des ghettos de luxe et de loisirs, ou de n’importe quel espace où se recrée comme une niche expérimentale où il ne s’agit pas tant de sauvegarder un territoire symbolique que de s’enfermer avec sa propre image et de vivre en complicité incestueuse avec elle, avec tous les effets de transparence et de réfraction qui sont ceux d’un écran total.

Ça bouge encore, mais juste assez pour se donner, au-delà de la fin, l’illusion rétrospective de la réalité, ou celle du social, mais réduite à une interaction désespérée avec soi-même. Cette promiscuité, faite d’implosion sociale, d’involution mentale et d’interaction «on line», ce désaveu profond de toute dimension conflictuelle, sont-ils une conséquence accidentelle de l’évolution moderne des sociétés ou bien une condition naturelle de l’homme, qui finalement n’aurait de cesse de renier son être social comme une dimension artificielle? L’être humain est-il un être social? Il serait intéressant de voir ce qu’il en sera dans le futur d’un être sans structure sociale profonde, sans système ordonné de relations et de valeurs, dans la pure continuité des réseaux, en pilotage automatique et en coma dépassé en quelque sorte, contrevenant ainsi à tous les présupposés de l’anthropologie. Mais n’a-t-on pas de l’homme, comme le dit Stanislaw Lec, une conception trop anthropologique? Promiscuité et enfermement se résument dans l’idée originale de soumettre un groupe à une expérience d’isolation sensorielle, afin d’enregistrer le comportement des molécules humaines sous vide, dans le dessein peut-être de les voir s’entre-déchirer dans cette promiscuité artificielle. On n’en est pas venu là, mais cette microsituation existentielle vaut comme métaphore universelle de l’être moderne enfermé dans son Loft personnel, qui n’est plus son univers physique et mental, mais son univers tactile et digital, celui du «corps spectral» de Turing, celui de l’homme numérique pris dans le dédale des réseaux, et devenu sa propre souris (blanche).

Le coup d’éclat, c’est de livrer au regard des foules cette situation proprement insupportable, de leur en faire savourer les péripéties dans une orgie sans lendemain. Bel exploit, mais qui ne s’arrêtera pas là. Bientôt viendront, comme une suite logique, les snuff movies et les supplices corporels télévisés. La mort doit, elle aussi, entrer en scène, non pas du tout comme sacrifice, mais comme péripétie expérimentale ­ partout niée et combattue techniquement ­ mais ressurgissant sur les écrans comme performance de synthèse (ainsi ce revival télévisuel, d’une cruauté infantile, de la guerre des tranchées ou des combats du Pacifique).

Mais, et c’est là l’ironie de toutes ces mascarades expérimentales, parallèlement à la multiplication de ces spectacles de violence, grandit l’incertitude quant à leur équivalent réel, et donc la suspicion quant à l’image. Plus on avance dans l’orgie de l’image et du regard, moins on peut y croire. Les deux paroxysmes, celui de la violence de l’image et celui de son discrédit, croissent selon la même fonction exponentielle. Du coup, toutes les images sont au fond déjà des images de synthèse. D’ailleurs, le Loft aurait aussi bien pu être fabriqué avec des images de synthèse ­ et il le sera plus tard. Les gestes, les discours, les acteurs répondent déjà à toutes les conditions de préfabrication, de figuration programmée. De même qu’on clonera plus tard biologiquement les être humains, qui, au fond, ont déjà mentalement et culturellement un profil de clones. Même isolation sensorielle, même curiosité abyssale dans l’activité sexuelle de Catherine Millet (1). Peut-on pénétrer plus avant, plus loin même que le sexuel? Peut-on posséder à fond et être possédée à fond? En poussant le sexe jusqu’à l’absurde, en l’arrachant au principe même de plaisir, elle l’arrache aussi à son principe de réalité, et force là aussi à poser la question: qu’en est-il de l’être sexuel? La sexualité ne serait-elle, contrairement à l’évidence naturelle, qu’une hypothèse? Vérifiée comme elle l’est ici jusqu’à l’épuisement, elle laisse songeur. Vérifiée au-delà de sa fin, elle ne sait tout simplement plus ce qu’elle est ni ce qu’elle signifie.

Même tentation abyssale dans le cas du Loft, mais cette fois, ouverte sur un autre abîme, celui du vide et de l’insignifiance. Aller toujours plus profond vers cette véritable scène primitive de la modernité ­ où est le secret de la banalité, de cette nullité surexposée, éclairée, informée de tous côtés et qui ne laisse plus rien voir à force de transparence? Le mystère devient celui de cet aveu forcé de la vie telle qu’elle est ­ objet d’effroi, mais en même temps vertige de plonger dans ces limbes d’une existence sous vide et dénuée de toute signification.

Le XXe siècle aura vu toutes sortes de crimes ­ Auschwitz, Hiroshima, génocides ­, mais le seul véritable crime parfait, c’est, selon les termes de Heidegger, «la seconde chute de l’homme, la chute dans la banalité». Violence meurtrière de la banalité qui justement, dans son indifférence et sa monotonie, est la forme la plus subtile d’extermination. Un véritable théâtre de la cruauté, de notre cruauté à nous, complètement dédramatisée et sans une goutte de sang. Crime parfait en ce qu’il efface ses propres traces, mais surtout en ce que, de ce meurtre, nous sommes à la fois les auteurs et les victimes. Tant que cette distinction existe, le crime n’est pas parfait. Or, dans tous les crimes historiques que nous connaissons, la distinction est claire. Il n’y a que dans le suicide que le meurtrier et la victime se confondent, et dans ce sens, l’immersion dans la banalité est bien l’équivalent d’un suicide de l’espèce. Quelque part au coeur de cette banalité et de son événement crucial, nous portons le deuil de cette existence résiduelle, de cette incertitude et de cette désillusion.

Il y a, dans toute cette histoire de Loft, quelque chose comme un travail de deuil collectif qui lie entre eux les criminels que nous sommes tous. Et là est notre vraie corruption, dans la consommation de ce deuil et de cette déception, source d’une jouissance contrariée. A la lumière de cette promiscuité, de cette convivialité truquée, de cette incertitude et de cette désillusion, tout est à revoir. Avec Loft Story: l’évidence de l’être humain comme être social. Avec Catherine Millet: l’évidence de l’être humain comme être sexuel. Avec le surcroît de transparence et d’information: l’évidence de la réalité tout court. Sexués, certes, nous le sommes (Catherine Millet aussi) mais sexuels? Socialisés, nous le sommes (et souvent de force), mais des êtres sociaux? C’est à voir. Réalisés, oui, mais réels? Rien n’est moins sûr.
Tout ceci serait catastrophique, s’il y avait une vérité du social, une vérité du sexuel, une vérité du réel. Heureusement, ce ne sont que des hypothèses et si elles prennent aujourd’hui des formes monstrueuses, elles n’en restent pas moins des hypothèses, à jamais invérifiables. La vérité, si elle existait, ce serait le sexe. Le sexe et le désir seraient le fin mot de l’histoire… mais il n’y en a pas. Autant dire que le danger d’une opération systématique du social, du réel et du sexuel n’est lui-même que virtuel.

D’où, l’autre question, en guise d’interrogation finale: QUI RIAIT DANS LE LOFT? Dans ce monde immatériel sans une trace d’humour, quel monstre pouvait bien rire dans les coulisses? Quelle divinité sarcastique pouvait bien rire dans son for intérieur? L’humain trop humain a dû se retourner dans sa tombe. Mais comme on sait, les convulsions des hommes servent à la distraction des Dieux… qui ne peuvent qu’en rire. Qui fut en d’autres lieux une forme de torture expérimentale. Mais ne sommes-nous pas en train d’explorer toutes les formes historiques de torture, servies à doses homéopathiques, en guise de culture de masse ou d’avant-garde? C’est un des thèmes principaux de l’art contemporain.

(1) Catherine Millet, La Vie sexuelle de Catherine M., Le Seuil, 2001, 104,5 francs (15,93 euros).
 

6 mars 2007 - 22:51 / disparates /

jean baudrillard

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6 mars 2007 - 22:04 / disparates /