XI . l’outrepasse – 3 mai

L’être et l’existence, cela fait deux.Voilà ce que j’enseigne cette année à partir du dernier enseignement de Lacan.

outre-passe

Cette bipartition, cette dénivellation, est nécessaire à penser ce qui s’impose de notre pratique et qui est l’espace d’un au-delà de la passe, l’outre-passe, dont nous sommes comme analystes appelés à répondre aujourd’hui. Nous y sommes appelés à répondre parce que nombreux sont ceux qui, au-delà de l’épreuve de la passe, réussie ou non, poursuivent l’analyse.

Il y a, c’est une constatation, l’outre-passe. Et de ce fait, elle conditionne l’expérience analytique dès le moment où celle-ci s’instaure.

vérité

En effet, l’expérience analytique s’inaugure comme une recherche de la vérité. Cette recherche prend la forme d’une demande, d’une demande  de l’analyste : « Dis-moi la vérité ». Cette demande, qu’elle soit explicitée ou non, déclenche, favorise, se nourrit de ce que le patient livre ce qui lui vient à l’esprit. Et donc la demande de vérité s’énonce, implicitement ou non, comme un « Dis-moi sans fioritures ce que tu penses, sans ménagement, de façon brute, en quelque sorte sauvage. Et ce que tu me diras ainsi, sera ta vérité. »  C’est une vérité du moment, de l’instant. L’analyste sait par avance qu’elle n’est pas définitive, qu’elle est éminemment variable, sait « que tu diras autre chose plus tard, qui ne sera pas le même ». Et donc, il y a du côté de l’analyste ce savoir « qu’en disant la vérité, tu mens, et même que tu ne peux que mentir. C’est ce qu’on appelle le réel ».

On appelle réel ce dont on ne peut dire la vérité qu’en mentant. Le réel, c’est la raison de la vérité menteuse, ne serait-ce que parce que variable. Qu’est-ce qu’on appelle le réel ? C’est ce qu’on ne peut dire qu’en mentant, ce qui est rétif au vrai, au dire que c’est vrai.

présentation de malades

J’enseigne ici, mais je n’enseigne pas qu’ici.  Je fais aussi une présentation de malades, comme on dit. C’est une pratique qui s’inscrit dans la suite de Lacan, qui lui-même prenait le relais d’une pratique qui était traditionnelle parmi les psychiatres de son temps. Ça consiste à interroger devant un public des patients qui sont hospitalisés et dont on est supposé démontrer la structure au cours d’un entretien, pour le bénéfice d’apprentis. C’est une pratique qui a été critiquée, en effet, elle s’inscrit dans le discours psychiatrique.  Lacan a récusé les objections qu’on avait formulées au titre d’une certaine rébellion contre les institutions, et dans le Champ freudien, après lui, cette pratique a été maintenue.

père universel

Et donc, j’ai l’occasion régulièrement de m’entretenir avec des sujets qui sont hospitalisés, qui sont sélectionnés, qui sont prêts à cet exercice, qui souvent le désirent et qui sont le plus souvent, sinon toujours, épinglés comme psychotiques. Et je dois constater, après de nombreuses années où je fais cet exercice, que je suis, dans la pratique, irrité par ce diagnostic, parce qu’il se réfère au complexe d’Oedipe, c’est-à-dire à la fonction du père considéré dans son universalité. Et c’est bien la question.

L’universalité en tant que telle se soutient au niveau de l’être, c’est l’universalité d’une définition qui n’assure en aucune façon qu’une existence en réponde.

L’existence est d’un autre registre que celui de l’universalité.

Le père est-il à penser à partir de l’universel? Comme celui qui dit non, comme la fonction qui érige la castration en loi générale et qui s’en excepte? C’est ce que Lacan a interrogé en conjoignant le complexe d’Œdipe à la construction freudienne de Totem et tabou, et il  y est revenu à de nombreuses reprises.

Le dernier enseignement de Lacan en tire la conséquence, en arrachant le père à l’universel, le père dont la mention-même, au singulier, l’érige en totem de l’universalité.

Lacan a fait beaucoup dans son enseignement préalable pour universaliser la fonction du père, on en a même fait un trait distinctif du lacanisme. De cette érection universelle du père, comme celui qui dit non, celui qui libère le sujet de sa sujétion à la relation à la mère et à la jouissance que cette relation comporte. C’est même par ce biais que couramment on enseigne Lacan. Comme celui qui, de Freud, a réussi à extraire l’universalité de la fonction paternelle. Eh bien, tout au contraire  le dernier enseignement de Lacan arrache le père à l’universel et il l’établit, non point dans son universalité, mais dans sa singularité. Et il faut là-même récuser, au nom de cette  singularité, le singulier universalisant du père.

singularité perverse

Ce qui fait un père, le vôtre, c’est ce qui singularise son désir, à l’endroit d’une femme entre toutes les autres. Il n’est normatif que si ce désir est singulier. C’est ce que Lacan a appelé, et le mot a couru, sans qu’on en comprenne la logique, c’est ce que Lacan a appelé sa « père-version ». Et ce qu’il dénommait tel, c’était la singularité de chaque père par rapport à l’universalité du père. Signalant que pour un père s’identifier à la fonction universelle du père ne pouvait avoir que des effets psychotiques.

Au niveau universel, celui du « pour tout x », pour le dire dans les termes de la logique de la quantification, on obtient certes une vérité universelle, mais elle n’est pas opérante en ceci qu’elle ne garantit aucune existence. Au niveau de l’universel vous pouvez sans doute établir l’être du père, mais l’existence d’un père, fonctionnant comme tel, c’est autre chose, c’est au niveau de la singularité. Et c’est cette singularité qui mérite d’être qualifiée de perverse, en ceci qu’elle dément, qu’elle récuse toute norme, tout standard, tout « pour tout x ».  Et c’est là qu’il convient de se régler sur la différence entre l’être et l’existence.

L’être est au niveau de l’universel, et ce niveau est comme tel indifférent à l’existence. Une définition est valable même si aucun être ne vient s’inscrire sous cette définition. C’est ce que la logique qu’on appelle moderne a mis en relief par rapport à Aristote, et Lacan s’y est accroché parce qu’elle répondait à ce que l’expérience lui indiquait.

L’existence, elle, est au niveau de la singularité.

Et donc  je dois constater que quand je fais cette présentation de malades, je m’efforce de ne pas me régler sur le diagnostic de psychose.  Ce n’est pas que je le récuse, je peux l’admettre bien entendu si j’entre dans les coordonnées qui s’en prescrivent par la clinique universalisante qui trace une démarcation infranchissable entre psychose et névrose. Mais je m’efforce de déjouer l’inscription du cas dans l’universalité. Je fais néant de l’universel pour qu’on se focalise sur la singularité, voire sur l’invention originale dont fait preuve le sujet en question.

Si à un moment donné, ce sujet s’est trouvé confondu, perdu, suicidaire, éperdu jusqu’à, à l’occasion, demander l’hospitalisation, d’être accueilli par l’institution, mais qui jusqu’alors avait inventé quelque chose de singulier qui soutenait la fonction paternelle pour lui. Et qui lui permettait d’ordonner son expérience, celle du monde. Et dans les faits, il n’y en a pas deux pareils. Et pour  l’apercevoir, il faut effacer le savoir que nous prenons de l’universel.

Ce que Lacan au dernier terme  appelle le père, c’est ce qui fait exception et existence par rapport à l’universel. Le père n’est pas l’universel.  C’est ce qui se tient hors de l’universel, comme le singulier.

L’universel est au niveau de la fonction, mais elle ne s’incarne, elle  n’opère que dans la forme de la singularité . Et cela veut dire qu’il convient de ne pas noyer l’existence par notre croyance au tout, –  « cela vaut pour tous » –  mais au tout,  au point de vue du tout, substituer celui du Un.  Et c’est  l’indication que nous donne la jaculation de Lacan, Yad’lun.  Je la prends ici, au niveau clinique, comme une invitation à sacrifier le totalitarisme de l’universel à la singularité du Un.

symptôme

Considérer le père, avec cet article défini qui le porte à l’essence, au niveau du Un, le replace au niveau du symptôme.

L’enseignement de Lacan, qui s’inaugure avec son écrit « Fonction et champ de la parole et du langage » culmine dans le fantasme, et il prescrit à l’analyse une fin qui se traduit par  la notion d’une traversée de ce fantasme.  C’est au niveau du fantasme  qu’est censé se dénouer la question de l’être pour le sujet,  son « qui suis-je? » et même son « que suis-je? »  Et l’être se présente essentiellement sous les espèces d’une question, qui appelle des réponses, qui sont éminemment variables et convergent sur un certain « rien » ou sur ce quelque chose qui s’appelle l’objet petit a et qui est une certaine modalité d’être, encore un semblant.

Le dernier enseignement de Lacan a une autre boussole qui est celle du symptôme et qui s’inaugure avec cette jaculation YAD’LUN.

Le symptôme n’est pas une question, le symptôme c’est la réponse de l’existence du Un qu’est le sujet. Et je dis que ceci, du côté de l’analyste, conditionne sa façon de faire dans l’analyse depuis le début. Ce n’est pas la même chose de s’orienter sur le fantasme, sur la question de l’être,  ou de s’orienter sur le symptôme comme réponse de l’existence.

Ça ne veut pas dire qu’on peut faire le court-circuit au niveau du fantasme.

Il y a à résoudre la question des significations de l’être qui sont supportées par le désir. Les significations sont susceptibles d’une résolution qui dans tous les cas –  là,  je fais dans l’universel,   je partialiserais en disant « dans tous les cas » = c’est un fantasme -, dans  tous les cas où il y a question de l’ être, dans tous les cas où le sujet se pense seul  à y répondre, cette résolution tend au néant, à ce que Lacan appelle dans ces termes :  le désêtre.

La question de l’être dans tous les cas où elle se pose débouche sur le désêtre, c’est une résolution ontologique.

Elle a été perçue telle très largement au-delà du cercle lacanien, on a perçu cette [capacité]… de réduction, de concentration,  au point qu’on l’a qualifiée de shrinkage, qu’on a vu dans l’analyste comme un réducteur de tête. Soit une façon d’exprimer cette résolution ontologique. Et quand on a affaire à un névrosé à qui on ouvre la possibilité de dire tout ce qui lui passe par la tête, d’une façon générale il suffit d’attendre, il suffit d’attendre pour arriver au désêtre.

Et au niveau du symptôme, précisément, il n’y a pas de résolution par le désêtre.

Le désêtre ne touche pas à l’existence. Et la voie que nous indique Lacan dans  les dernières années de son enseignement, précisément se centre sur le symptôme, c’est-à-dire sur l’existence, et non pas sur l’être.

écriture

Le symptôme n’est pas une formation de parole, si je puis dire, il est corrélatif d’une inscription en ceci qu’il est permanent et ça le distingue en effet du rêve, des mots d’esprit, du lapsus, de l’acte manqué.

Et par là, il oblige à aller au-delà de la fonction de la parole dans le champ du langage. C’est le symptôme qui oblige à introduire dans le champ du langage l’instance de l’écriture, en raison de la permanence, et c’est bien ce qui a conduit Lacan à ne pas se satisfaire de dire de l’inconscient que c’était le discours de l’Autre, mais d’en faire aussi un savoir. C’est bien ce qui l’a détourné de concevoir l’inconscient seulement en termes de vérité, qui est vérité du moment, qui est vérité qui se renie, voix qui se refoule, et on peut longuement parler de l’inconscient en termes de vérité, mais le symptôme fait objection à ce qu’on puisse dire que tout de l’inconscient est au niveau de la vérité. Freud l’a essayé et donc il a rencontré comme des objections la permanence du symptôme une fois interprété. Et il a dû inventer la réaction thérapeutique négative pour en rendre compte, pour rendre compte de la résistance du symptôme à s’évaporer une fois que sa vérité est éclairée.

savoir

Le dernier enseignement de Lacan, au contraire, prend son départ de cette résistance-là, et nous invite à repenser la psychanalyse à partir de là. Et d’abord l’inconscient n’en faire non pas seulement le discours de l’Autre, mais un savoir.

En quel sens? Ça… On peut l’entendre, et c’est ainsi d’ailleurs que Lacan l’introduit, comme  ce savoir qui donne sens, qui complète un signifiant, S1, par un S2, un signifiant de savoir, qui donne sens au premier. Mais, il y a une autre définition du savoir qui ne passe pas par cette donation de sens. Cette donation de sens qui s’avère impuissante à résorber ce que Freud appelle les restes symptomatiques. Et c’est ce qui oblige à définir aussi le savoir comme la seule itération de S1 –  l’identité de soi à soi qui se maintient et qui constitue le fondement même de l’existence.

lettre

Et, c’est ici que Lacan nous a invité à penser l’inconscient non pas à partir de ce qui donne sens, non pas à partir de la vérité, mais comme ce qui consiste en un signifiant qui peut s’inscrire d’une lettre. Oh!  il a varié là-dessus, il n’a pas donné ça d’emblée, il a cherché comment s’en arranger, il y a passé des années avant de choisir, contre ce qui était son enseignement le plus reconnu, que l’inconscient était à penser à partir de l’itération, de l’itération brute, et non pas à partir de la donation de sens. S’il a pu dire dans son dernier écrit recueilli dans le recueil que j’ai intitulé des Autres Écrits, que l’inconscient est réel, c’est parce qu’il a choisi, c’est parce qu’il a choisi de placer l’inconscient au niveau du symptôme, et du symptôme qui reste après interprétation, du symptôme qui reste après vérité.

Freud, au début de sa pratique n’avait jamais été confronté à ça, c’est lorsque les analyses ont commencé à s’allonger dans la durée, qu’il en a eu la notion. Et cela l’a forcé à remanier sa topique, à en inventer une seconde, pour essayer de rendre compte de cette existence du symptôme outre-interprétation –  le symptôme itération.

semelfactif, traumatisme

Lacan a cueilli dans la bouche d’un de ses patients une formule qu’il a adopté, qui faisait du symptôme l’équivalent de points de suspension, qui faisait du symptôme un etcaetera. C’est une façon d’exprimer à partir d’un signe de ponctuation de l’écriture, que la parole, celle que l’analyste demande, celle qu’on lui donne dans l’expérience, dépend d’une écriture, s’articule à la permanence d’un symptôme qui itère.  Une itération c’est une action qui répète un processus, et, une fois évanouis les mirages qui se dissipent dans le désêtre, au-delà du désêtre, il reste l’itération, et l’itération du symptôme (implique), au moins est référable à ce qu’on appelle un semelfactif semel ça veut dire en latin « une fois » -, un événement singulier, unique, qui a valeur, dirons-nous, de traumatisme.

Et, le dernier enseignement de Lacan nous incite précisément à cerner au-delà du fantasme ce semelfactif qui est appelé en clinique le traumatisme, la rencontre avec la jouissance. C’est ça qui fait d’ailleurs la différence entre la jouissance au sens de Lacan et la libido freudienne, c’est que la jouissance est à rapporter dans tous les cas à une rencontre, à un semelfactif.  Et il se maintient intouché, comme en arrière de toute dialectique, ce semelfactif de la jouissance.

Le symptôme, ce qui en reste une fois qu’il est interprété, une fois que le fantasme est traversé, une fois que le désêtre est conquis, le symptôme n’est pas dialectique, il représente, il répercute le « une seule fois« , et lorsqu’il est fermé, lorsque dans l’expérience, et dans la parole bien entendu, il est saisi dans sa forme la plus pure, alors il apparaît qu’il est, comme on dit en mathématiques, auto-similaire (n’écrivez pas ça « S -I-M-I- 2 L – E- R » … )  Il est auto-similaire, c’est-à-dire qu’on s’aperçoit que la totalité est semblable à l’une des parties, et c’est en quoi il est fractal.

Au-delà de la passe quand on s’occupe de ce qui reste, c’est ça qu’on rencontre, le symptôme comme auto-similaire, et qui permet d’apercevoir en quoi tout ce qu’on a parcouru répercutait cette même structure.

Alors ça a des conséquences pour l’écoute, comme on dit, de l’analyste.

Il y a une écoute au niveau de la dialectique. Elle (s’écoule et ) suit les variations de l’ontologie du discours du patient,  de ce qui se prend sens pour lui. Et puis ce sens blanchit, s’étiole, s’évanouit, et d’une façon générale se dirige vers le désêtre avec les effets qui s’ensuivent et qui sont à la fois de dépression, pour n’avoir désiré que du vent, mais qui sont aussi d’enthousiasme, pour s’être libéré de ce qui pesait sur sa vie libidinale. Et certes l’analyste peut alors précipiter cette interprétation par une intervention qui la favorise et qui sont toujours des interprétations de désêtre.

Mais il y a une seconde écoute, qui est l’écoute de l’itération et qui se dirige vers l’existence.

Et entre ces deux écoutes, l’analyste circule.

Parce qu’il y a là deux dimensions, deux dimensions qui ne sont raccordées que par un hiatus. Une dimension où le sujet, comme dit Lacan, dans son avant-dernier écrit « Joyce le Symptôme« ,  où le sujet vit de l’être, et il équivoque avec « vide l’être » : il vit de l’être et en même temps il le vide, il est promis au vidage, et nous l’accompagnons dans ce vidage. Mais il y a une autre dimension.

avoir un corps

Celle où il A UN CORPS.

Et, il faut en passer par la différence de l’être et de l’existence pour donner sa valeur à la différence de l’être et de l’avoir. L’avoir, l’avoir un corps est du côté de l’existence. C’est un avoir qui ne se marque qu’à partir du vide du sujet. Et c’est pourquoi, quand il a au fond abandonné le terme de sujet, de sujet de la parole essentiellement, Lacan a forgé celui de parlêtre. Il a dégagé ici la racine de ce qu’il appelait le sujet comme manque-à-être : marquer par le terme de parlêtre que ce sujet n’a d’être que ce qui tient à la parole – mais qu’il ne peut se poser comme tel, au moins est-ce ce qu’il a impliqué , qu’à partir du corps, de son « A UN CORPS ».

Qu’est-ce qu’il fait de ce corps qu’il a?  Ce corps est essentiellement marqué par le symptôme. Et c’est en cela que le symptôme peut être défini comme un événement de corps, ça suppose que ce corps est marqué par le signifiant.  Par le signifiant, c’est-à-dire quoi? Par la parole en tant qu’elle s’est inscrite, en tant qu’elle peut être représentée par une lettre. Et c’est cette inscription qui mérite d’être qualifiée de l’inconscient freudien. Et tout ceci, je vous le ferais remarquer, procède précisément de la jaculation Ya de l’Un.

Y a de l’Un, veut dire : il y a du symptôme.

Au-delà du désêtre, il reste l’événement de corps.

Et le Yad’Lun, c’est une formulation qui constitue le premier pas de « il n’y a pas de rapport sexuel ».  Il n’y a pas de rapport sexuel au fond c’est la conséquence de la primauté de l’Un, en temps qu’il marque le corps d’un événement de jouissance. Cet Un, vous le savez, ce n’est pas le Un de la fusion, celui qui ferait du deux l’Éros, auquel Freud s’est référé, mais il a bien fallu qu’il fasse surgir à côté de l’Eros, Thanatos, pour contrarier la fusion. Et au fond, l’émergence de Thanatos à côté d’Éros, c’est ce dont Lacan rend compte en disant Y a de l’un, c’est-à-dire, pas de deux. Pas de rapport sexuel.

Et c’est donc sur la solitude de l’Un tout seul que prend son départ le dernier enseignement de Lacan. L’Un tout seul, ou par le seul. Dans l’analyse, il y a le deux, on lui restitue du deux, c’est parce que simplement on y ajoute l’interprétation. On ajoute à ce Un tout seul, le temps qu’il faut, le S2 qui lui permet faire sens. Et précisément pour faire l’expérience de ce que ça ne résout pas, on l’inscrit dans un savoir, on lui donne du sens. Et précisément pour parvenir au désavoir et au dé-sens.

Il y a dans le symptôme un Un opaque. Une jouissance qui en tant que  telle n’est pas de l’ordre du savoir, et pour l’isoler il faut passer par les détours que promet la dialectique et la sémantique. Et il arrive que l’analyse satisfasse par le sens qu’elle délivre. C’est une forme de duperie.

Il s’agirait précisément que l’Outre-passe, et l’épreuve qu’elle sanctionnerait, à la fois retrace les méandres de ce que Lacan appelait la vérité menteuse, de l’accession au désêtre,  mais pour culminer dans l’assomption de ce qui fait le réel rebelle au vrai. On peut appeler ça le destin. En tout cas, ce serait une autre façon d’habiter l’épreuve que Lacan a laissé à ses élèves sous le nom de la passe. Ce serait de l’habiter, cette passe, comme l’outre-passe, au-delà du fantasme.

L’assomption du non-sens de ce Un qui dans le symptôme itère, si je puis dire, sans rime ni raison.

A la semaine prochaine.

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