LOM, LOM de base, LOM cahun corps et nan-na Kun. Faut le dire comme ça : il ahun… et non : il estun…

En passant

Je donne ici une référence du 12ème cours de Jacques-Alain Miller, le cours du 11 mai.

« LOM, LOM de base, LOM cahun corps et nan-na Kun. Faut le dire comme ça : il ahun… et non : il estun… (cor/niché). C’est l’avoir et pas l’être qui le caractérise. Il y a de l’avoiement dans le qu’as-tu ? dont il s’interroge fictivement d’avoir la réponse toujours. J’ai ça, c’est son seul être. Ce que fait le f…toir dit épistémique quand il se met à bousculer le monde, c’est de faire passer l’être avant l’avoir, alors que le vrai, c’est que LOM a, au principe. Pourquoi ? ça se sent, et une fois senti, ça se démontre.

Il a (même son corps) du fait qu’il appartient en même temps à trois… appelons ça, ordres. En témoignant le fait qu’il jaspine pour s’affairer de la sphère dont se faire un escabeau.

Je dis ça pour m’en faire un, et justement d’y faire déchoir la sphère, jusqu’ici indétronable dans son suprême d’escabeau. Ce pourquoi je démontre que l’S.K.beau est premier parce qu’il préside à la production de sphère.

L’S.K.beau c’est ce que conditionne chez l’homme le fait qu’il vit de l’être (= qu’il vide l’être) autant qu’il a – son corps : il ne l’a d’ailleurs qu’à partir de là. D’où mon expression de parlêtre qui se substituera à l’ICS de Freud (inconscient, qu’on lit ça) : pousse-toi de là que je m’y mette, donc. Pour dire que l’inconscient dans Freud quand il le découvre (ce qui se découvre c’est d’un seul coup, encore faut-il après l’invention en faire l’inventaire), l’inconscient c’est un savoir en tant que parlé comme constituant de LOM. La parole bien entendu se définissant d’être le seul lieu, où l’être ait un sens. Le sens de l’être étant de présider à l’avoir, ce qui excuse le bafouillage épistémique.

L’important, de quel point – il est dit « de vue », c’est à discuter ? Ce qui importe donc sans préciser d’où, c’est de se rendre compte que de LOM a un corps – et que l’expression reste correcte, – bien que de là LOM ait déduit qu’il était une âme – ce que, bien entendu, « vu » sa biglerie, il a traduit de ce que cette âme, elle aussi, il l’avait.

Avoir, c’est pouvoir faire quelque chose avec. Entre autres, entre autres avisions dites possibles de « pouvoir » toujours être suspendues. La seule définition du possible étant qu’il puisse ne pas « avoir lieu » : ce qu’on prend par le bout contraire, vu l’inversion générale de ce qu’on appelle la pensée.

Aristote, Pacon contrairement au B de même rime, écrit que l’homme pense avec son âme. En quoi se trouverait que LOM l’a, elle aussi, ce qu’Aristote traduit du []. Je me contente moi de dire : nœud, moins de barouf. Nœud de quoi à quoi, je ne le dis pas, faute de le savoir, mais j’exploite que trinité, LOM ne peut cesser de l’écrire depuis qu’il s’immonde. »

Jacques Lacan, Autres Écrits, » Joyce le Symptôme », p. 565-566.

« l’existence, soit ce dont seul le dire est témoin »

En passant

Ceci, en complément cours du 11 mai (un regard en arrière)

« Lacan est même allé jusqu’à suggérer que c’était la religion qui projetait sur la jouissance un interdit que Freud avait entériné. Il allait aussi jusqu’à penser que la philosophie avait paniqué devant cette jouissance, et que paniquant devant cette jouissance, elle l’avait enseveli sous une masse de substances – faute de penser la substance jouissante, sa permanence, son existence, rebelle à la dialectique qu’introduit le signifiant quand il est pris avec ses effets de signifié, et que c’était à la psychanalyse de cerner cette jouissance. Lacan a pu écrire cette phrase que je ne m’explique que maintenant dans ce retour en arrière, Autres Écrits, p. 507, « la jouissance vient à causer ce qui se lit comme le monde ».Ça veut dire que la jouissance, au fond, c’est le secret de l’ontologie. C’est la cause dernière de ce qui se présente comme l’ordre symbolique dont la philosophie a fait le monde. »
JAM, 11 mai 2011

« Rappelons pour nous qui nous écroyons moins qu’au Japon, ce qui s’impose du texte de la Genèse, c’est que d’ex nihilo rien ne s’y crée que du signifiant. Ce qui va de soi puisqu’en effet ça ne vaut pas plus. L’inconvénient est qu’en dépende l’existence, soit ce dont seul le dire est témoin.

Que Dieu s’en prouve eût dû depuis longtemps le remettre à sa place. Soit celle dont la Bible pose que ce n’est pas mythe, mais bien histoire, on l’a marqué, et c’est en quoi l’évangile selon Marx ne se distingue pas de nos autres.

L’affreux est que le rapport dont se fomente toute la chose, ne concerne rien que la jouissance et que l’interdit qu’y projette la religion faisant partage avec la panique dont procède à cet endroit la philosophie, une foule de substances en surgissent comme substituts à la seule propre, celle de l’impossible à ce qu’on en parle, d’être le réel.

Cette « stance-par-en-dessous » ne se pourrait-il qu’elle se livrât plus accessible de cette forme pour où l’écrit déjà du poème fait le dire le moins bête ?

Ceci ne vaut-il pas la peine d’être construit, si c’est bien ce que je présume de terre promise à ce discours nouveau qu’est l’analyse ?

Non pas que puisse s’en attendre jamais ce rapport dont je dis que c’est l’absence qui fait l’accès du parlant au réel.

Mais l’artifice des canaux par où la jouissance vient à causer ce qui se lit comme le monde, voilà, l’on conviendra, ce qui vaut que ce qui s’en lit, évite l’onto-, Toto prend note, l’onto-, voire l’ontotautologie.

Pas moins qu’ici.

Le 1er janvier 1973″

Jacques Lacan, Autres Écrits, « Postface au séminaire XI », Paris, Seuil 2001, p. 506 & 507.

Lacan, Encore, « Le savoir et la vérité » (10 avril 1973), Extrait, p. 85, 86

En passant

Cet extrait de Encore vient ici en complément de mes notes du 6° cours de Miller , « quand Lacan baisse les bras s’agissant de l’objet a » :

« Autre chose encore nous ligote quant à ce qu’il en est de la vérité, c’est que la jouissance est une limite. Cela tient à la structure même qu’évoquaient au temps où je les ai construits pour vous mes quadripodes – la jouissance ne s’interpelle, ne s’évoque, ne se traque, ne s’élabore qu’à partir d’un semblant.

L’amour lui-même, ai-je souligné la dernière fois, s’adresse au semblant. Et, s’il est vrai que l’Autre ne s’atteint qu’à s’accoler, comme je l’ai dit la dernière fois, au a, cause du désir, c’est aussi bien au semblant d’être qu’il s’adresse. Cet être-là n’est pas rien. Il est supposé à c’est objet qu’est le a.

Ne devons-nous pas retrouver ici cette trace, qu’en tant que tel il répond à quelque imaginaire? Cet imaginaire, je l’ai désigné expressément de l »I, ici isolé du terme imaginaire. Ce n’est que de l’habillement de l’image de soi qui vient envelopper l’objet cause du désir, que se soutint le plus souvent – c’est l’articulation même de l’analyse – le rapport objectal.

L’affinité du a à son enveloppe est un de ces joints majeurs à avoir été avancé par la psychanalyse. C’est pour nous le point de suspicion qu’elle introduit essentiellement.

C’est là que le réel se distingue. Le réel ne saurait s’inscrire que d’une impasse de la formalisation. C’est en quoi j’ai cru pouvoir en dessiner le modèle à partir de la formalisation mathématique en tant qu’elle est l’élaboration la plus poussée qu’il nous ait été donné de produire de la signifiance. Cette formalisation mathématique de la signifiance se fait au contraire du sens, j’allais presque dire à contre-sens. Le ça ne veut rien dire concernant les mathématiques, c’est ce que disent, de notre temps, les philosophes des mathématiques, fussent-ils mathématiciens eux-mêmes, comme Russell.

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Lacan, « La science et la vérité », Ecrits, p. 870-871

En passant

Cet extrait des Écrits vient en complément de lecture de mes notes du cours 6 – « Comment méconnaître que là il évoque bien la ‘Chose qui parle’, mais cette fois c’est pour la récuser. »

« Vous voyez le programme qui ici se dessine. Il n’est pas près d’être couvert. Je le vois même plutôt bloqué.

Je m’y engage avec prudence, et pour aujourd’hui vous prie de vous reconnaître dans des lumières réfléchies d’un tel abord. C’est-à-dire que nous allons les porter sur d’autres champs que le psychanalytique à se réclamer de la vérité.

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Lacan, « La chose freudienne », Extrait – Wo Es war’ soll Ich werden

En passant

Cette distinction de fait est la même qui se retrouve de l’a de l’inconscient freudien en tant qu’il est séparé par un abîme des fonctions préconscientes, à l’w du testament de Freud en la 31è de ses Neue Vorlesungen :  » Wo Es war’ soll Ich werden. »

Formule où la structuration signifiante montre assez sa prévalence.

Analysons-la. Contrairement à la forme que ne peut éviter la traduction anglaise : « Where the id was, there the ego shall be », Freud n’a pas dit : das Es, ni das Ich, comme il le fait habituellement pour désigner ces instances où il a ordonné alors depuis dix ans sa nouvelle topique, et ceci, vu la rigueur inflexible de son style, donne à leur emploi dans cette sentence un accent particulier. De toute façon, – sans même avoir à confirmer par la critique interne de l’œuvre de Freud qu’il a bien écrit Das Ich und das Es pour maintenir cette distinction fondamentale entre le sujet véritable de l’inconscient et le moi comme constitué en son noyau par une série d’identifications aliénantes, – il apparaît ici que c’est au lieu : Wo, où Es, sujet dépourvu d’aucun das ou autre article objectivant, war, était, c’est d’un lieu d’être qu’il s’agit, et qu’en ce lieu : soll, c’est un devoir au sens moral qui là s’annonce, comme le confirme l’unique phrase qui succède à celle-ci pour clore le chapitre, Ich, je, là dois-je (comme on annonçait : ce suis-je, avant qu’on dise : c’est moi), werden, devenir, c’est-à-dire non pas survenir, ni même advenir, mais venir au jour de ce lieu même en tant qu’il est lieu d’être.

C’est ainsi que nous consentirions, contre les principes d’économie significative qui doivent dominer une traduction, à forcer un peu en français les formes du signifiant pour les aligner au poids que l’allemand reçoit mieux ici d’une signification encore rebelle, et pour cela de nous servir de l’homophonie du es allemand avec l’initiale du mot : sujet. Du même pas en viendrons-nous à une indulgence au moins momentanée pour la traduction première qui fut donnée du mot es par le soi, le ça qui lui fut préféré non sans motif ne nous paraissant pas beaucoup plus adéquat, puisque c’est au das allemand de : was ist das ? qu’il répond dans das ist, c’est. Ainsi le c’ élidé qui va apparaître si nous nous en tenons à l’équivalence reçue, nous suggère-t-il la production d’un verbe : s’être, où s’exprimerait le mode de la subjectivité absolue, en tant que Freud l’a proprement découverte dans son excentricité radicale « Là où c’était, peut-on dire, là où s’était, voudrions-nous faire qu’on entendît, c’est mon devoir que je vienne à être. »

Jacques Lacan, Ecrits, « La chose freudienne », p. 416, 417, 418

Lacan, l’Étourdit, Extrait – la « référence »

En passant

[ Complément de lecture du  cours de jacques-alain miller du 2 février 2011]

bon, j’ai éclairci cet extrait du cours de jam du texte exact de lacan, que j’ai un peu honte d’avouer n’avoir lu qu’hier, c’était nécessaire… (la « référence » de l’Étourdit)

« Ce développement est à prendre comme la référence – expresse, je veux dire déjà articulée – de mon discours où j’en suis : contribuant au discours analytique.

Référence qui n’est en rien métaphorique. Je dirais : c’est de l’étoffe qu’il s’agit, de l’étoffe de ce discours, – si justement ce n’était pas dans la métaphore tomber là.

Pour le dire, j’y suis tombé ; c’est déjà fait, non de l’usage du terme à l’instant répudié, mais d’avoir, pour me faire entendre d’à qui je m’adresse, fait-image, tout au long de mon exposé topologique.

Qu’on sache qu’il était faisable d’une pure algèbre littérale, d’un recours au vecteurs dont d’ordinaire se développe de bout en bout cette topologie.

La topologie, n’est-ce pas ce n’espace où nous amène le discours mathématique et qui nécessite révision de l’esthétique de Kant? »

Jacques Lacan, Autres Écrits, « L’Étourdit », p. 471, 472

le schème kantien selon Deleuze

En passant

[ Complément de lecture du  cours de jacques-alain miller du 2 février 2011]

Source : web deleuze : DELEUZE / KANT – Cours à Vincennes – 04/04/1978

[…]

Le centre de tout ce que je voudrais dire aujourd’hui c’est exactement ceci : si on s’en tient à la critique de la raison pure, livre célèbre de Kant, on voit bien, quant aux thèmes qui nous occupent concernant le temps, on voit bien qu’il y a deux grandes opérations. Ce qu’il y a de commun entre ces deux grandes opérations de la connaissance – puisque la raison pure s’occupe de la connaissance -, ce qu’il y a de commun entre ces deux grandes opérations de la connaissance c’est que dans les deux cas on fera correspondre, malgré leur hétérogénéité, malgré leur différence de nature, des déterminations conceptuelles et des déterminations spatio-temporelles.
Ces deux grandes opérations par lesquelles on fait correspondre – quelles que soient les difficultés de cette correspondance, une fois dit leur hétérogénéité -, déterminations spatio-temporelles et déterminations conceptuelles, ce sont toutes les deux des opérations synthétiques.

Elles sont synthétiques pour des raisons très simples, elles sont nécessairement synthétiques puisque, on l’a vu, déterminations spatio-temporelles d’une part et déterminations conceptuelles d’autre part, espace-temps et concept sont hétérogènes, donc l’acte qui les met en correspondance ne peut être qu’une synthèse d’hétérogènes. Ces deux opérations synthétiques ont un nom. Ces deux opérations ont aussi en commun d’être des actes de l’imagination. Évidemment imagination ne veut plus dire se faire des idées, ou imaginer quelque chose, puisque Kant donne un sens fondamentalement nouveau à l’acte d’imagination puisque c’est l’acte par lequel des déterminations spatio-temporelles vont être mises en correspondance avec des déterminations conceptuelles.

Vous me demanderez pourquoi est-ce qu’il appelle ça « imagination » ?

Comprenez qu’il en est déjà à un niveau où il saisit l’imagination à un niveau beaucoup plus profond que dans les philosophies précédentes; l’imagination ce n’est plus la faculté par laquelle on produit des images, c’est la faculté par laquelle on détermine un espace et un temps d’une manière conforme à un concept, mais qui ne découle pas du concept est d’une autre nature que la détermination de l’espace et du temps. C’est vraiment l’imagination productrice par opposition à l’imagination reproductrice. Lorsque je dis : j’imagine mon ami Pierre, c’est de l’imagination reproductrice. Pierre, je pourrais faire autre chose que de l’imaginer, je pourrais lui dire bonjour, aller chez lui, je pourrais me le rappeler, ce qui n’est pas la même chose que l’imaginer. Imaginer mon ami Pierre c’est de l’imagination reproductrice. En revanche, déterminer un espace et un temps conformément à un concept, mais de telle manière que cette détermination ne peut pas découler du concept lui-même, faire correspondre à un concept un espace et un temps, ça c’est l’acte de l’imagination productrice. Qu’est-ce que fait un mathématicien ou un géomètre ? Ou d’une autre manière que fait un artiste ? Ils vont faire des productions d’espace-temps.
Les deux opérations synthétiques qui établissent des mises en correspondance d’espace-temps à des concepts. Je dis que Kant leur donne des noms très stricts, et ce serait déjà très fâcheux de confondre ces deux opérations. L’une est désignée sous le nom de synthèse à proprement parler, la synthèse comme acte d’imagination productrice et l’autre – qui n’est pas moins synthétique -, Kant lui réserve un autre nom, celui de Schème. Un schème. C’est aussi une opération de l’imagination productrice. Continuer la lecture

Lacan, Séminaire IX, 28.2.1962, extrait 1 – de Kant à la cycloïde de Pascal

En passant

[ Complément de lecture du  cours de jacques-alain miller du 2 février 2011]

Rappelez-vous ce que je vous ai dit, de l’analogie frappante entre l’exigence totale de la liberté de la jouissance qui est dans Sade, avec la règle universelle de la conduite kantienne.

La fonction où se fonde le désir pour notre expérience rend manifeste qu’elle n’a rien à faire avec ce que  Kant distingue comme le Wohl, en l’opposant au Gut et au bien, avec le bien-être, avec l’utile. Cela va même plus loin et nous mène à nous apercevoir que cette fonction du désir n’a rien à faire avec ce que Kant appelle, pour le reléguer à un rang second dans les règles de la conduite, le pathologique.

Donc, pour ceux qui ne se souviennent pas bien dans quel sens Kant emploie ce terme, pour qui cela pourrait faire contre-sens, j’essaierai de le traduire en disant le protopathique* ou encore plus largement ce qu’il y a dans l’expérience d’humain trop humain, de limites liées au commode, au confort, à la concession alimentaire, cela va jusqu’à impliquer la soif tissulaire elle-même. N’oublions pas le rôle que je donne à l’anorexie mentale, comme à celui dans les premiers effets où nous puissions sentir cette fonction du désir, et le rôle que je lui ai donné à titre d’exemple pour illustrer la distinction du désir et du besoin.

Donc si loin de cette fonction du désir, commodité, confort, concession, n’irez-vous pas me dire que sans doute pas (sans?) compromis,  puisque tout le temps nous en parlons. Mais les compromis qu’elle a à passer sont d’un autre ordre que ceux liés par exemple à l’existence d’une communauté fondée sur l’association vitale, puisque c’est sous cette forme que le plus commodément nous avons à évoquer, à constater, à expliquer la fonction du compromis. Vous savez bien, qu’au point où nous en sommes, si nous suivons jusqu’au bout la pensée freudienne, ces compromis intéressent le rapport d’un instinct de mort  avec un instinct de vie, lesquels tous deux ne sont pas moins étranges à considérer dans leurs rapports dialectiques que dans leur définition.

Pour repartir, comme je fais toujours, à quelque point de chaque discours que je vous adresse hebdomadairement , je vous rappelle que cet instinct de mort n’est pas un ver rongeur, un parasite, une blessure, même pas un principe de contrariété, quelque chose comme une sorte de Yin opposé au Yang, l’élément d’alternance. C’est pour Freud nettement articulé : un principe qui enveloppe tout le détour de la vie, laquelle vie, lequel détour ne trouvent leur sens qu’à le rejoindre. Pour dire le mot, ce n’est pas sans motif de scandale que certains s’en éloignent ; car nous voilà bien sans doute retournés, revenus, malgré tous les principes positivistes, c’est vrai, à la plus absurde extrapolation à proprement parler métaphysique et au mépris de toutes les règles acquises de la prudence. L’instinct de mort dans Freud nous est présenté comme ce qui pour nous, je pense en sa place, se situe des séquelles de ce que nous appellerons ici le signifiant de la vie, puisque ce que Freud nous en dit c’est que l’essence de la vie, réinscrite dans ce cadre de l’instinct de mort, n’est rien d’autre que le dessein, nécessité par la loi du plaisir, de réaliser, de répéter le même détour toujours pour revenir à l’inanimé.

La définition de l’instinct de vie dans Freud – il n’est pas vain d’y revenir, de le réaccentuer – n’est pas moins étrange de ceci qu’il convient toujours de ressouligner  qu’il est réduit à l’Éros, à la libido. Observez bien ce que ça signifie. Je l’accentuerai par une comparaison tout à l’ heure avec la position kantienne,  mais d’ores et déjà vous voyez ici à quel point de contact nous sommes réduits concernant la relation au corps. C’est d’un choix qu’il s’agit, et tellement évident que ceci dans la théorie vient à se matérialiser en ces figures dont il ne faut point oublier qu’à la fois elles sont nouvelles et quelles difficultés, quelles apories, voire quelles impasses elles nous opposent à les justifier, voire à les situer, à les définir exactement. Je pense que la fonction du phallus, d’être ce autour de quoi vient s’articuler cet Éros, cette libido, désigne suffisamment ce qu’ici j’ entends pointer. Dans l’ensemble toutes les figures, pour reprendre le terme que je viens d’employer, que nous avons à manier concernant cet Éros, qu’est-ce qu’elles ont à faire, qu’est-ce qu’elles ont de commun par exemple pour en faire sentir la distance avec les préoccupations d’un embryologiste dont on ne peut tout de même pas dire qu’il n’a rien à faire avec lui, avec l’instinct de vie quand il s’interroge sur ce que c’est qu’un organisateur dans la croissance, dans le mécanisme de la division cellulaire, la segmentation des feuillets, la différenciation  morphologique ? On s’étonne de trouver quelque part, sous la plume de Freud, que l’analyse ait menée à une quelconque découverte biologique.[…] Je me demande quelle découverte biologique a été faite à la lumière de l’analyse ? Mais aussi bien, puisqu’il s’agit de pointer là la limitation, le point électif de notre contact avec le corps, en tant, bien sûr, qu’il est le support, la présence de cette vie, est-ce qu’il n’est pas frappant que, pour réintégrer dans nos calculs la fonction de conservation de ce corps, il faille que nous passions par l’ambiguïté de la notion du narcissisme, […] et l’équivalence qui y est mise à la liaison à l’objet suffisamment désignée, dis-je, par l’accent mis dès l’Introduction au Narcissisme sur la fonction de la douleur, et le premier article en tant que la douleur n’y est pas signal de dommage mais phénomène d’autoérotisme comme il n’y a pas longtemps je rappelais dans une conversation familière, et à propos d’une expérience personnelle, à quelqu’un qui m’écoute, l’expérience qu’une douleur en efface une autre, je veux dire qu’au présent on souffre mal de deux douleurs à la fois : une prend le dessus, fait oublier l’autre comme si l’investissement libidinal, même sur le propre corps, se montrait là soumis à la même loi que j’appellerai de partialité qui motive la relation au monde des objets du désir.

La douleur n’est pas simplement, comme disent les techniciens , de sa nature exquise, elle est privilégiée, elle peut être fétiche. Ceci pour nous mener à ce point […] de mettre en cause ce que veut dire l’organisation subjective que désigne le processus primaire, ce qu’ il veut dire pour ce qui est et ce qui n’est pas de son rapport au corps.

C’est là que, si je puis dire, la référence, l’analogie avec l’investigation kantienne va nous servir.

Dès lors, n’ai-je pas le droit de m’en tenir pour un instant à ceci qui, pour quiconque simplement aura lu une ou deux fois avec une attention éclairée ladite Critique de la Raison Pure, ceci d’ailleurs qui n’est contesté par aucun commentateur que les catégories dites de la Raison Pure exigent assurément de fonctionner comme le fondement de ce qui s’appelle intuition pure, laquelle se présente comme la forme normative, je vais plus loin, obligatoire, de toutes les appréhensions sensibles. Je dis de toutes quelles qu’elles soient. C’est en cela que cette intuition qui s’ordonne en catégories de l’espace et du temps, se trouve désignée par Kant comme [exclue??]  de ce qu’on peut appeler l’originalité de l’expérience sensible, de la Sinnlichkeit (sensorialité) , d’où seulement peut sortir, peut surgir quelque affirmation que ce soit de réalité palpable, ces affirmations de réalité n’en restant pas moins dans leur articulation soumises aux catégories de la dite Raison Pure, sans lesquelles elles ne sauraient, non pas seulement être énoncées, mais même pas être aperçues.

Dés lors, que tout se trouve suspendu au principe de cette fonction dite synthétique, ce qui ne veut dire rien d’autre qu’unifiante, qui est, si l’on peut dire aussi, le terme commun de toutes les fonctions catégorielles, terme commun qui s’ordonne et se décompose dans le tableau fort suggestivement articulé qu’en donne Kant, ou plutôt dans les deux tableaux qu’il en donne : les formes des catégories et les formes du jugement, qui saisit qu’en droit, en tant qu’elle marque dans le rapport à la réalité la spontanéité d’un sujet, cette intuition pure est absolument exigible.

Le schème kantien, on peut arriver à le réduire à la Beharrlichkeit [persévérance, ténacité],  à la permanence, à la tenue, dirais-je vide, mais à la tenue possible de quoi que ce soit, dans le temps.

Cette intuition pure en droit est absolument exigée dans Kant pour le fonctionnement catégoriel.

Mais après tout que l’ existence d’un corps, en tant qu’il est le fondement de la sensorialitéSinnlichkeit – , n’est pas exigible du toutsans doute, pour ce qu’on peut articuler valablement d’un rapport à la réalité – ça ne nous mènera pas loin puisque, comme le souligne Kant, l’usage de ces catégories de l’entendement ne concernera que ce qu’il appellera des concepts vides. Mais quand nous disons que ça ne nous mènera pas loin, c’est parce que nous sommes philosophes, et même kantiens, mais dès que nous ne le sommes plus, ce qui est le cas commun – chacun sait justement au contraire que ça mène très loin puisque tout l’effort de la philosophie consiste à contrer toute une série d’illusions de Schwärmereien comme on s’exprime dans le langage « philogophique » et particulièrement kantien,  de mauvais rêves – à la même époque, Goya nous dit :  » Le Sommeil de la  raison engendre des monstres » – dont les effets théologisants nous montrent bien tout le contraire, à savoir que ça mène très loin, puisque par l’intermédiaire de mille fanatismes cela mène tout simplement aux violences sanglantes qui continuent d’ailleurs fort tranquillement malgré la présence des philosophes à constituer, il faut bien le dire, une partie importante de la trame de l’histoire humaine.

C’est pour cela qu’il n’est point indifférent de montrer où passe effectivement la frontière de ce qui est efficace dans l’expérience malgré toutes les purifications théoriques et les rectifications morales. Il est tout à fait clair en tout cas qu’il n’y a pas lieu d’admettre pour tenable l’Esthétique Transcendantale de Kant ; malgré ce que j’ai appelé le caractère indépassable du service qu’il nous rend dans sa Critique, et j’espère le faire sentir justement de ce que je vais montrer qu’il convient de lui substituer. Parce que justement s’il convient de lui substituer quelque chose et que ça fonctionne, en conservant quelque chose de la structure qu’il a articulée, c’est cela qui prouve qu’il a au moins entrevu, qu’il a profondément entrevu ladite chose.

C’est ainsi,  que l’esthétique kantienne n’est absolument pas tenable, pour la simple raison qu’elle est pour lui fondamentalement appuyée d’une argumentation mathématique qui tient à ce qu’on peut appeler l’époque géométrisante de la mathématique. C’est pour autant que la géométrie euclidienne est incontestée au moment où Kant poursuit sa méditation, qu’il est soutenable pour lui qu’il y ait dans l’ordre spatio-temporel certaines évidences intuitives. Il n’ est que de se baisser, que d’ouvrir son texte, pour cueillir les exemples de ce qui peut paraître maintenant à un élève moyennement avancé dans l’initiation mathématique, d’immédiatement réfutable quand il nous donne comme exemple d’une évidence qui n’a même pas besoin d’être démontrée, que par deux points il ne saurait passer qu’une droite .

Chacun sait, pour autant que l’esprit s’est en somme assez facilement ployé à l’imagination, à l’intuition pure d’un espace courbe par la métaphore de la sphère, que par deux points, il peut passer beaucoup plus d’une droite, et même une infinité de droites. Quand il nous donne dans ce tableau des nichts, des riens, comme exemple du « leere Gegenstand ohne Begriff« , de l’objet vide sans concept, l’exemple suivant qui est assez énorme : l’illustration d’une figure rectiligne qui n’aurait que deux côtés, voilà quelque chose qui peut sembler peut-être à Kant – et sans doute pas à tout le monde à son époque – comme l’exemple même de l’objet inexistant et par-dessus le marché impensable ; mais le moindre usage je dirais même d’une expérience de géomètre tout à fait élémentaire, la recherche du tracé que décrit un point lié à une roulante, ce qu’on appelle une cycloïde de Pascal, vous montrera qu’une figure rectiligne, pour autant qu’elle met proprement en cause la permanence du contact de deux lignes ou de deux côtés est quelque chose qui est véritablement primordial , essentiel à toute espèce de compréhension géométrique, qu’il y a bel et bien là articulation conceptuelle et même objet tout à fait définissable.

*protopathique, adjectif

  • Se dit de la sensibilité cutanée déclenchée par une stimulation forte (température et douleur en particulier) et qui entraîne une réaction de défense de l’organisme, sans analyse fine du stimulus ou de sa localisation.]

Lacan, Séminaire IX, 28 février 1962, extrait 2 – le point d’étranglement

En passant

[ Complément de lecture du  cours de jacques-alain miller du 2 février 2011]

Aussi bien, même avec cette affirmation que rien n’est fécond sinon le jugement synthétique, peut-il encore après tout l’effort de logicisation de la mathématique, être considéré comme sujet à raison. La prétendue infécondité du jugement analytique a priori, à savoir de ce que nous appellerons tout simplement l’usage purement combinatoire d’éléments extraits de la position première d’un certain nombre de définitions, que cet usage combinatoire ait en soi une fécondité propre, c’est ce que la critique la plus récente, la plus poussée, des fondements de l’arithmétique, par exemple, peut assurément démontrer. Qu’il y ait au dernier terme, dans le champ de la création mathématique, un résidu obligatoirement indémontrable, c’est ce à quoi sans doute la même exploration logicisante semble nous avoir conduits (le théorème de Gödel) avec une rigueur jusqu’ici irréfutée, mais il n’en reste pas moins que c’est par la voie de la démonstration formelle que cette certitude peut être acquise et, quand je dis formelle, j’entends par les procédés les plus expressément formalistes de la combinatoire logicisante.

Qu’est-ce à dire ? Est-ce pour autant que cette intuition pure, telle que pour Kant aux termes d’un progrès critique concernant les formes exigibles de la science, que cette intuition pure ne nous enseigne rien ? Elle nous enseigne assurément de discerner sa cohérence et aussi sa disjonction possible de l’exercice justement synthétique de la fonction unifiante du terme de l’unité en tant que constituante dans toute formation catégorielle et, les ambiguïtés étant une fois montrées de cette fonction de l’unité, de nous montrer à quel choix, à quel renversement nous sommes conduits sous la sollicitation de diverses expériences.

La nôtre ici évidemment seule nous importe. Mais n’est-il pas plus significatif que d’anecdotes, d’accidents, voire exploits, au point précis où on peut faire remarquer la minceur du point de conjonction entre le fonctionnement catégoriel et l’expérience sensible dans Kant, le point d’étranglement, si je puis dire, où peut être soulevée la question si l’existence d’un corps, bien sûr tout à fait exigible, en fait ne pourrait pas être mise en cause dans la perspective kantienne. Qu’en fait qu’elle soit exigée en droit, est-ce que quelque chose n’est point fait ?