LOM, LOM de base, LOM cahun corps et nan-na Kun. Faut le dire comme ça : il ahun… et non : il estun…

Je donne ici une référence du 12ème cours de Jacques-Alain Miller, le cours du 11 mai.

« LOM, LOM de base, LOM cahun corps et nan-na Kun. Faut le dire comme ça : il ahun… et non : il estun… (cor/niché). C’est l’avoir et pas l’être qui le caractérise. Il y a de l’avoiement dans le qu’as-tu ? dont il s’interroge fictivement d’avoir la réponse toujours. J’ai ça, c’est son seul être. Ce que fait le f…toir dit épistémique quand il se met à bousculer le monde, c’est de faire passer l’être avant l’avoir, alors que le vrai, c’est que LOM a, au principe. Pourquoi ? ça se sent, et une fois senti, ça se démontre.

Il a (même son corps) du fait qu’il appartient en même temps à trois… appelons ça, ordres. En témoignant le fait qu’il jaspine pour s’affairer de la sphère dont se faire un escabeau.

Je dis ça pour m’en faire un, et justement d’y faire déchoir la sphère, jusqu’ici indétronable dans son suprême d’escabeau. Ce pourquoi je démontre que l’S.K.beau est premier parce qu’il préside à la production de sphère.

L’S.K.beau c’est ce que conditionne chez l’homme le fait qu’il vit de l’être (= qu’il vide l’être) autant qu’il a – son corps : il ne l’a d’ailleurs qu’à partir de là. D’où mon expression de parlêtre qui se substituera à l’ICS de Freud (inconscient, qu’on lit ça) : pousse-toi de là que je m’y mette, donc. Pour dire que l’inconscient dans Freud quand il le découvre (ce qui se découvre c’est d’un seul coup, encore faut-il après l’invention en faire l’inventaire), l’inconscient c’est un savoir en tant que parlé comme constituant de LOM. La parole bien entendu se définissant d’être le seul lieu, où l’être ait un sens. Le sens de l’être étant de présider à l’avoir, ce qui excuse le bafouillage épistémique.

L’important, de quel point – il est dit « de vue », c’est à discuter ? Ce qui importe donc sans préciser d’où, c’est de se rendre compte que de LOM a un corps – et que l’expression reste correcte, – bien que de là LOM ait déduit qu’il était une âme – ce que, bien entendu, « vu » sa biglerie, il a traduit de ce que cette âme, elle aussi, il l’avait.

Avoir, c’est pouvoir faire quelque chose avec. Entre autres, entre autres avisions dites possibles de « pouvoir » toujours être suspendues. La seule définition du possible étant qu’il puisse ne pas « avoir lieu » : ce qu’on prend par le bout contraire, vu l’inversion générale de ce qu’on appelle la pensée.

Aristote, Pacon contrairement au B de même rime, écrit que l’homme pense avec son âme. En quoi se trouverait que LOM l’a, elle aussi, ce qu’Aristote traduit du []. Je me contente moi de dire : nœud, moins de barouf. Nœud de quoi à quoi, je ne le dis pas, faute de le savoir, mais j’exploite que trinité, LOM ne peut cesser de l’écrire depuis qu’il s’immonde. »

Jacques Lacan, Autres Écrits, » Joyce le Symptôme », p. 565-566.

Lacan, « La science et la vérité », Ecrits, p. 870-871

Cet extrait des Écrits vient en complément de lecture de mes notes du cours 6 – « Comment méconnaître que là il évoque bien la ‘Chose qui parle’, mais cette fois c’est pour la récuser. »

« Vous voyez le programme qui ici se dessine. Il n’est pas près d’être couvert. Je le vois même plutôt bloqué.

Je m’y engage avec prudence, et pour aujourd’hui vous prie de vous reconnaître dans des lumières réfléchies d’un tel abord. C’est-à-dire que nous allons les porter sur d’autres champs que le psychanalytique à se réclamer de la vérité.

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VI. De l’ontologie à l’ontique – 9 mars 2011

Bon. Aujourd’hui, je vais solder un vieux compte que j’ai avec Lacan depuis mes 20 ans. Quelque chose m’avait produit un certain déplaisir jadis, que je n’avais eu l’occasion d’aborder avec lui. M’enfin, c’est resté et ça s’inscrit bien dans ce que je trace cette année. Ça remonte à un moment très précis qui est indiquable dans le Livre  XI des Séminaires, les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse.

A la fin du chapitre II, à l’époque où Lacan laissait s’exprimer quelques auditeurs, vous verrez, par extraordinaire, que les questions et les réponses manquent. Ça n’a pas été transcrit  (peut-être que ça va réapparaître maintenant). C’était la première fois que je m’adressais à Lacan (en public, je l’avais vu une première fois rue de Lille, non, c’était après, donc, c’était la première fois que je m’adressais à lui).  Et il a fait une réponse à cette question que l’on peut trouver au début du chapitre III, la semaine suivante, on peut apercevoir de quoi il s’agissait. Il a été fort gentil avec moi. Ensuite,  il a même fait un petit mot à mon mentor, Althusser qui disait : « Plutôt bon, votre gars. » J’étais de ceux qui se dénommaient Althusseriens.

Lacan résume ma question dans ces termes (Jam lit) : Continuer la lecture

L’étude des structures de notre sensibilité permet à Kant de donner un fondement à la géométrie et à l’arithmétique. L’étude des stuctures de l’entendement coopérant avec la sensibilité lui permet de donner un fondement à la physique.

[ Complément de lecture du  cours de jacques-alain miller du 2 février 2011]

Comme j’éprouvais quelque difficulté avec cette phrase issue d’une transcription trouvée sur le net du Séminaire VII de Lacan : « C’est en cela que cette intuition qui s’ordonne en catégories de l’espace et du temps, se trouve désignée par Kant comme [exclue??]  de ce qu’on peut appeler l’originalité de l’expérience sensible, de la Sinnlichkeit (sensorialité) , d’où seulement peut sortir, peut surgir quelque affirmation que ce soit de réalité palpable, ces affirmations de réalité n’en restant pas moins dans leur articulation soumises aux catégories de la dite Raison Pure, sans lesquelles elles ne sauraient, non pas seulement être énoncées, mais même pas être aperçues.« , j’ai fait, sur le net encore, des recherches sur les termes « kant sinnlichkeit sensorialité intuition pure » et suis tombée sur cette publication,  Métamorphoses de la philosophie: Platon, Descartes, Kant, Nietzsche par Pierre Fougeyrollas, dont je donne ici quelques extraits, qui m’a paru éclairer de façon intéressante les propos de Lacan, ainsi qu’il donne quelques indices possible  sur ce que Lacan dénonce du rapport de Kant au corps :

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IV. – 9 février 2011

  • PARTIE I / lire ce qui n’est pas écrit, ce que l’écrit évite
  • PARTIE II / des dits-mensions (possibles) du fantasme
  • PARTIE III / de Saint Jean gratté au sinthome
  • PARTIE IV / Penisneid vs Sträuben, aspiration commune à la virilité, position de l’analyste et aspiration contemporaine à la féminité
  • PARTIE V / comment démontrer que « ça parle » dans la pulsion
  • PARTIE VI (fin) / vers la jouissance féminine

PARTIE I / lire ce qui n’est pas écrit, ce que l’écrit évite

J’avais dû musarder

Le développement que je comptais donner à mes remarques sur la fonction nodale du fantasme sur quoi vient converger selon Lacan toute la pratique de la psychanalyse, j’ai dû comprimer ça la dernière fois, parce que j’avais dû musarder avant, sans doute parce que je frétillais de reprendre avec vous mes anciennes amours de Kant, Fichte, Schelling, … Kant, le livre de Heidegger, Kant et le problème de la métaphysique, sur quoi j’étais au moment de ma rencontre avec Lacan, je ne vais pas reprendre ça tout de suite. Je crois que vous n’avez rien saisi – par ma faute. Il faut que j’y travaille encore pour simplifier. Je reprendrai ici par un autre bout, supposant avec vous pouvoir me promener dans Freud et Lacan, pouvoir vous faire part de mes progrès en lecture – progrès assez lents, pour paraphraser Paulhan.

Ça n’est pas tout de lire Lacan

Ça n’est pas tout de lire Lacan. Le plus intéressant c’est de lire ce qu’il ne dit pas, ce qu’il n’écrit pas, sinon, on se contente de reconstituer l’architectonique conceptuelle [ «Par architectonique j’entends l’art des systèmes. (…) L’architectonique est ce qu’il y a de scientifique dans notre connaissance en général » Kant, Architectonique de la raison pure » (avant dernier chapitre de la Critique de la raison pure).] – pour reprendre le terme que j’utilisais la dernière fois – d’un texte, d’un écrit, de la leçon d’un séminaire. Mais ça ne dit rien du pourquoi, de ce que ça écarte. Ça ne dit rien de ce que l’écrit écarte ou témoigne ne pas apercevoir.

Heidegger dit quelque chose d’approchant de sa lecture de Kant – il ne s’agit pas seulement d’entrer dans la puissante mécanique conceptuelle de la Critique de la raison pure, mais de saisir où porte l’accent et, précisément, ce que cette pensée s’évertue à éviter …

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Lacan, Séminaire IX, 28.2.1962, extrait 1 – de Kant à la cycloïde de Pascal

[ Complément de lecture du  cours de jacques-alain miller du 2 février 2011]

Rappelez-vous ce que je vous ai dit, de l’analogie frappante entre l’exigence totale de la liberté de la jouissance qui est dans Sade, avec la règle universelle de la conduite kantienne.

La fonction où se fonde le désir pour notre expérience rend manifeste qu’elle n’a rien à faire avec ce que  Kant distingue comme le Wohl, en l’opposant au Gut et au bien, avec le bien-être, avec l’utile. Cela va même plus loin et nous mène à nous apercevoir que cette fonction du désir n’a rien à faire avec ce que Kant appelle, pour le reléguer à un rang second dans les règles de la conduite, le pathologique.

Donc, pour ceux qui ne se souviennent pas bien dans quel sens Kant emploie ce terme, pour qui cela pourrait faire contre-sens, j’essaierai de le traduire en disant le protopathique* ou encore plus largement ce qu’il y a dans l’expérience d’humain trop humain, de limites liées au commode, au confort, à la concession alimentaire, cela va jusqu’à impliquer la soif tissulaire elle-même. N’oublions pas le rôle que je donne à l’anorexie mentale, comme à celui dans les premiers effets où nous puissions sentir cette fonction du désir, et le rôle que je lui ai donné à titre d’exemple pour illustrer la distinction du désir et du besoin.

Donc si loin de cette fonction du désir, commodité, confort, concession, n’irez-vous pas me dire que sans doute pas (sans?) compromis,  puisque tout le temps nous en parlons. Mais les compromis qu’elle a à passer sont d’un autre ordre que ceux liés par exemple à l’existence d’une communauté fondée sur l’association vitale, puisque c’est sous cette forme que le plus commodément nous avons à évoquer, à constater, à expliquer la fonction du compromis. Vous savez bien, qu’au point où nous en sommes, si nous suivons jusqu’au bout la pensée freudienne, ces compromis intéressent le rapport d’un instinct de mort  avec un instinct de vie, lesquels tous deux ne sont pas moins étranges à considérer dans leurs rapports dialectiques que dans leur définition.

Pour repartir, comme je fais toujours, à quelque point de chaque discours que je vous adresse hebdomadairement , je vous rappelle que cet instinct de mort n’est pas un ver rongeur, un parasite, une blessure, même pas un principe de contrariété, quelque chose comme une sorte de Yin opposé au Yang, l’élément d’alternance. C’est pour Freud nettement articulé : un principe qui enveloppe tout le détour de la vie, laquelle vie, lequel détour ne trouvent leur sens qu’à le rejoindre. Pour dire le mot, ce n’est pas sans motif de scandale que certains s’en éloignent ; car nous voilà bien sans doute retournés, revenus, malgré tous les principes positivistes, c’est vrai, à la plus absurde extrapolation à proprement parler métaphysique et au mépris de toutes les règles acquises de la prudence. L’instinct de mort dans Freud nous est présenté comme ce qui pour nous, je pense en sa place, se situe des séquelles de ce que nous appellerons ici le signifiant de la vie, puisque ce que Freud nous en dit c’est que l’essence de la vie, réinscrite dans ce cadre de l’instinct de mort, n’est rien d’autre que le dessein, nécessité par la loi du plaisir, de réaliser, de répéter le même détour toujours pour revenir à l’inanimé.

La définition de l’instinct de vie dans Freud – il n’est pas vain d’y revenir, de le réaccentuer – n’est pas moins étrange de ceci qu’il convient toujours de ressouligner  qu’il est réduit à l’Éros, à la libido. Observez bien ce que ça signifie. Je l’accentuerai par une comparaison tout à l’ heure avec la position kantienne,  mais d’ores et déjà vous voyez ici à quel point de contact nous sommes réduits concernant la relation au corps. C’est d’un choix qu’il s’agit, et tellement évident que ceci dans la théorie vient à se matérialiser en ces figures dont il ne faut point oublier qu’à la fois elles sont nouvelles et quelles difficultés, quelles apories, voire quelles impasses elles nous opposent à les justifier, voire à les situer, à les définir exactement. Je pense que la fonction du phallus, d’être ce autour de quoi vient s’articuler cet Éros, cette libido, désigne suffisamment ce qu’ici j’ entends pointer. Dans l’ensemble toutes les figures, pour reprendre le terme que je viens d’employer, que nous avons à manier concernant cet Éros, qu’est-ce qu’elles ont à faire, qu’est-ce qu’elles ont de commun par exemple pour en faire sentir la distance avec les préoccupations d’un embryologiste dont on ne peut tout de même pas dire qu’il n’a rien à faire avec lui, avec l’instinct de vie quand il s’interroge sur ce que c’est qu’un organisateur dans la croissance, dans le mécanisme de la division cellulaire, la segmentation des feuillets, la différenciation  morphologique ? On s’étonne de trouver quelque part, sous la plume de Freud, que l’analyse ait menée à une quelconque découverte biologique.[…] Je me demande quelle découverte biologique a été faite à la lumière de l’analyse ? Mais aussi bien, puisqu’il s’agit de pointer là la limitation, le point électif de notre contact avec le corps, en tant, bien sûr, qu’il est le support, la présence de cette vie, est-ce qu’il n’est pas frappant que, pour réintégrer dans nos calculs la fonction de conservation de ce corps, il faille que nous passions par l’ambiguïté de la notion du narcissisme, […] et l’équivalence qui y est mise à la liaison à l’objet suffisamment désignée, dis-je, par l’accent mis dès l’Introduction au Narcissisme sur la fonction de la douleur, et le premier article en tant que la douleur n’y est pas signal de dommage mais phénomène d’autoérotisme comme il n’y a pas longtemps je rappelais dans une conversation familière, et à propos d’une expérience personnelle, à quelqu’un qui m’écoute, l’expérience qu’une douleur en efface une autre, je veux dire qu’au présent on souffre mal de deux douleurs à la fois : une prend le dessus, fait oublier l’autre comme si l’investissement libidinal, même sur le propre corps, se montrait là soumis à la même loi que j’appellerai de partialité qui motive la relation au monde des objets du désir.

La douleur n’est pas simplement, comme disent les techniciens , de sa nature exquise, elle est privilégiée, elle peut être fétiche. Ceci pour nous mener à ce point […] de mettre en cause ce que veut dire l’organisation subjective que désigne le processus primaire, ce qu’ il veut dire pour ce qui est et ce qui n’est pas de son rapport au corps.

C’est là que, si je puis dire, la référence, l’analogie avec l’investigation kantienne va nous servir.

Dès lors, n’ai-je pas le droit de m’en tenir pour un instant à ceci qui, pour quiconque simplement aura lu une ou deux fois avec une attention éclairée ladite Critique de la Raison Pure, ceci d’ailleurs qui n’est contesté par aucun commentateur que les catégories dites de la Raison Pure exigent assurément de fonctionner comme le fondement de ce qui s’appelle intuition pure, laquelle se présente comme la forme normative, je vais plus loin, obligatoire, de toutes les appréhensions sensibles. Je dis de toutes quelles qu’elles soient. C’est en cela que cette intuition qui s’ordonne en catégories de l’espace et du temps, se trouve désignée par Kant comme [exclue??]  de ce qu’on peut appeler l’originalité de l’expérience sensible, de la Sinnlichkeit (sensorialité) , d’où seulement peut sortir, peut surgir quelque affirmation que ce soit de réalité palpable, ces affirmations de réalité n’en restant pas moins dans leur articulation soumises aux catégories de la dite Raison Pure, sans lesquelles elles ne sauraient, non pas seulement être énoncées, mais même pas être aperçues.

Dés lors, que tout se trouve suspendu au principe de cette fonction dite synthétique, ce qui ne veut dire rien d’autre qu’unifiante, qui est, si l’on peut dire aussi, le terme commun de toutes les fonctions catégorielles, terme commun qui s’ordonne et se décompose dans le tableau fort suggestivement articulé qu’en donne Kant, ou plutôt dans les deux tableaux qu’il en donne : les formes des catégories et les formes du jugement, qui saisit qu’en droit, en tant qu’elle marque dans le rapport à la réalité la spontanéité d’un sujet, cette intuition pure est absolument exigible.

Le schème kantien, on peut arriver à le réduire à la Beharrlichkeit [persévérance, ténacité],  à la permanence, à la tenue, dirais-je vide, mais à la tenue possible de quoi que ce soit, dans le temps.

Cette intuition pure en droit est absolument exigée dans Kant pour le fonctionnement catégoriel.

Mais après tout que l’ existence d’un corps, en tant qu’il est le fondement de la sensorialitéSinnlichkeit - , n’est pas exigible du toutsans doute, pour ce qu’on peut articuler valablement d’un rapport à la réalité – ça ne nous mènera pas loin puisque, comme le souligne Kant, l’usage de ces catégories de l’entendement ne concernera que ce qu’il appellera des concepts vides. Mais quand nous disons que ça ne nous mènera pas loin, c’est parce que nous sommes philosophes, et même kantiens, mais dès que nous ne le sommes plus, ce qui est le cas commun – chacun sait justement au contraire que ça mène très loin puisque tout l’effort de la philosophie consiste à contrer toute une série d’illusions de Schwärmereien comme on s’exprime dans le langage « philogophique » et particulièrement kantien,  de mauvais rêves – à la même époque, Goya nous dit :  » Le Sommeil de la  raison engendre des monstres » – dont les effets théologisants nous montrent bien tout le contraire, à savoir que ça mène très loin, puisque par l’intermédiaire de mille fanatismes cela mène tout simplement aux violences sanglantes qui continuent d’ailleurs fort tranquillement malgré la présence des philosophes à constituer, il faut bien le dire, une partie importante de la trame de l’histoire humaine.

C’est pour cela qu’il n’est point indifférent de montrer où passe effectivement la frontière de ce qui est efficace dans l’expérience malgré toutes les purifications théoriques et les rectifications morales. Il est tout à fait clair en tout cas qu’il n’y a pas lieu d’admettre pour tenable l’Esthétique Transcendantale de Kant ; malgré ce que j’ai appelé le caractère indépassable du service qu’il nous rend dans sa Critique, et j’espère le faire sentir justement de ce que je vais montrer qu’il convient de lui substituer. Parce que justement s’il convient de lui substituer quelque chose et que ça fonctionne, en conservant quelque chose de la structure qu’il a articulée, c’est cela qui prouve qu’il a au moins entrevu, qu’il a profondément entrevu ladite chose.

C’est ainsi,  que l’esthétique kantienne n’est absolument pas tenable, pour la simple raison qu’elle est pour lui fondamentalement appuyée d’une argumentation mathématique qui tient à ce qu’on peut appeler l’époque géométrisante de la mathématique. C’est pour autant que la géométrie euclidienne est incontestée au moment où Kant poursuit sa méditation, qu’il est soutenable pour lui qu’il y ait dans l’ordre spatio-temporel certaines évidences intuitives. Il n’ est que de se baisser, que d’ouvrir son texte, pour cueillir les exemples de ce qui peut paraître maintenant à un élève moyennement avancé dans l’initiation mathématique, d’immédiatement réfutable quand il nous donne comme exemple d’une évidence qui n’a même pas besoin d’être démontrée, que par deux points il ne saurait passer qu’une droite .

Chacun sait, pour autant que l’esprit s’est en somme assez facilement ployé à l’imagination, à l’intuition pure d’un espace courbe par la métaphore de la sphère, que par deux points, il peut passer beaucoup plus d’une droite, et même une infinité de droites. Quand il nous donne dans ce tableau des nichts, des riens, comme exemple du « leere Gegenstand ohne Begriff« , de l’objet vide sans concept, l’exemple suivant qui est assez énorme : l’illustration d’une figure rectiligne qui n’aurait que deux côtés, voilà quelque chose qui peut sembler peut-être à Kant – et sans doute pas à tout le monde à son époque – comme l’exemple même de l’objet inexistant et par-dessus le marché impensable ; mais le moindre usage je dirais même d’une expérience de géomètre tout à fait élémentaire, la recherche du tracé que décrit un point lié à une roulante, ce qu’on appelle une cycloïde de Pascal, vous montrera qu’une figure rectiligne, pour autant qu’elle met proprement en cause la permanence du contact de deux lignes ou de deux côtés est quelque chose qui est véritablement primordial , essentiel à toute espèce de compréhension géométrique, qu’il y a bel et bien là articulation conceptuelle et même objet tout à fait définissable.

*protopathique, adjectif

  • Se dit de la sensibilité cutanée déclenchée par une stimulation forte (température et douleur en particulier) et qui entraîne une réaction de défense de l’organisme, sans analyse fine du stimulus ou de sa localisation.]

Lacan, Séminaire IX, 28 février 1962, extrait 2 – le point d’étranglement

[ Complément de lecture du  cours de jacques-alain miller du 2 février 2011]

Aussi bien, même avec cette affirmation que rien n’est fécond sinon le jugement synthétique, peut-il encore après tout l’effort de logicisation de la mathématique, être considéré comme sujet à raison. La prétendue infécondité du jugement analytique a priori, à savoir de ce que nous appellerons tout simplement l’usage purement combinatoire d’éléments extraits de la position première d’un certain nombre de définitions, que cet usage combinatoire ait en soi une fécondité propre, c’est ce que la critique la plus récente, la plus poussée, des fondements de l’arithmétique, par exemple, peut assurément démontrer. Qu’il y ait au dernier terme, dans le champ de la création mathématique, un résidu obligatoirement indémontrable, c’est ce à quoi sans doute la même exploration logicisante semble nous avoir conduits (le théorème de Gödel) avec une rigueur jusqu’ici irréfutée, mais il n’en reste pas moins que c’est par la voie de la démonstration formelle que cette certitude peut être acquise et, quand je dis formelle, j’entends par les procédés les plus expressément formalistes de la combinatoire logicisante.

Qu’est-ce à dire ? Est-ce pour autant que cette intuition pure, telle que pour Kant aux termes d’un progrès critique concernant les formes exigibles de la science, que cette intuition pure ne nous enseigne rien ? Elle nous enseigne assurément de discerner sa cohérence et aussi sa disjonction possible de l’exercice justement synthétique de la fonction unifiante du terme de l’unité en tant que constituante dans toute formation catégorielle et, les ambiguïtés étant une fois montrées de cette fonction de l’unité, de nous montrer à quel choix, à quel renversement nous sommes conduits sous la sollicitation de diverses expériences.

La nôtre ici évidemment seule nous importe. Mais n’est-il pas plus significatif que d’anecdotes, d’accidents, voire exploits, au point précis où on peut faire remarquer la minceur du point de conjonction entre le fonctionnement catégoriel et l’expérience sensible dans Kant, le point d’étranglement, si je puis dire, où peut être soulevée la question si l’existence d’un corps, bien sûr tout à fait exigible, en fait ne pourrait pas être mise en cause dans la perspective kantienne. Qu’en fait qu’elle soit exigée en droit, est-ce que quelque chose n’est point fait ?