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Lettres & messages #85

Laura Sokolowsky, Du désir pour l’inconscient

Ce qui nous occupe depuis Lacan, c’est le désir d’une école qui ne soit pas gouvernée par les deux types d’identifications, verticale au leader et horizontale aux semblables, décrites par Freud dans son étude sur la psychologie des foules. Dans le groupe, nous nous posons moins de questions, nous nous sentons plus forts. Jacques-Alain Miller est venu nous rappeler à temps que le confort trouvé dans un esprit de corps ne pouvait pas convenir à une école de psychanalyse. C’est évidemment une question très sérieuse. Une école de psychanalyse digne de ce nom doit accueillir le produit d’une désidentification.

Je suis membre de l’École de la Cause freudienne depuis bientôt trois ans. Ce qui m’avait décidé à vouloir y prétendre, ce n’était ni les titres ni les travaux, ni les encouragements ou les publications acceptées. Un état subjectif particulier, un instant de lucidité et de volonté, m’avait décidé à ne pas reculer devant ce que je désirais. Je voulais faire partie d’une école où l’on ne pense pas comme son voisin, où l’on n’agit pas comme son semblable. Une école vivante. Pas une école où l’on s’abrite du monde car, décidément, le monde est bien hostile et un tel abri ne suffit pas. Je savais que cette école – il faut bien le dire à ceux qui témoignent de leur découragement de ne pas pouvoir y entrer facilement – est exigeante, qu’elle attend beaucoup pour donner beaucoup.

Il y a un siècle exactement, Freud énonçait sa politique du symptôme. Il affirmait que les symptômes ont une raison d’être sociale, qu’ils assurent une fonction de régulation au niveau collectif, que les symptômes sont un moindre mal au niveau de la civilisation. Il lui semblait à la fois techniquement impossible et critiquable en théorie de vouloir les éradiquer de la civilisation. Les partisans actuels du bien-être à la française et de la santé mentale positive canadienne devraient lire Freud, mais leurs statistiques et leurs évaluations les éloignent toujours davantage de la raison. Lire Freud, de ce point de vue, est un exercice de la raison qui fait consentir au réel.

Freud prédisait que la pénétration du savoir psychanalytique produirait un effet dans la culture. Il pensait que la diffusion du secret des névroses rendrait impossible le refuge dans la maladie. C’est précisément ce point que Lacan a commenté en expliquant que Freud prévoyait que la diffusion à l’échelle sociale de la psychanalyse se traduirait par une fermeture de l’inconscient. Lacan précisait que l’inconscient se ferme pour autant que l’analyste ne porte plus la parole, parce qu’il sait déjà ou croit savoir d’avance ce qu’elle a à dire. Plus la psychanalyse se diffuse comme savoir exposé, déjà su et digéré, plus l’inconscient a des chances de se fermer. En effet, que peut dire l’analyste au sujet qui en sait tout autant que lui ? C’est la raison pour laquelle l’opération consistant à insérer le discours analytique dans la civilisation aboutit immanquablement à la nécessité de penser avec rigueur la question de la formation du psychanalyste au-delà de la thérapeutique.

Je suis devenue membre de l’École de la Cause Freudienne car je ne désire pas que l’inconscient se ferme.

3 réponses sur « Laura Sokolowsky, Du désir pour l’inconscient »

Bonjour Laura, l ami de votre Père.
il me citait parfois cette phrase,
 » il fait beau aujourd hui, dit l hameçons à l asticot  »
Votre papa parlait d accompagnement des souvenirs,
avait un complexe de pygmalion à mon égard,
Il est très présent en ma mémoire,
comme il disait, « la vie ne rend pas son crédit »,
Néanmoins je lui dois beaucoup, même encore maintenant,
À ce présent.
Bien à vous

Bonjour, la psychanalyse demande en effet un engagement au long cours. Cordialement, Laura Sokolowsky

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