{"id":1121,"date":"2011-03-22T15:10:15","date_gmt":"2011-03-22T14:10:15","guid":{"rendered":"http:\/\/empreintesdigitales.wordpress.com\/?p=1121"},"modified":"2021-06-13T18:47:19","modified_gmt":"2021-06-13T16:47:19","slug":"du-zero-au-septieme-million","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/du-zero-au-septieme-million\/","title":{"rendered":"\u00ab Si je suis de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration et mes parents (les survivants) de la premi\u00e8re, qu\u2019est-ce qu\u2019il y avait avant ?  \u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"border-bottom-width: 1px; border-bottom-style: dashed; margin-bottom: 65px; padding-bottom: 15px;\"><em>Je publie ici, avec l&rsquo;aimable autorisation de son auteur, relu et corrig\u00e9 par elle, dans le cadre de ma lecture du cours de Jacques-Alain Miller cette ann\u00e9e et <a title=\"7\u00b0 cours de jacques-alain miller \u2013 16 mars\u00a02011\" href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/jacques-alain-miller-notes-du-cours-du-16-mars-2011-partie-i-alors-faut-que-j%e2%80%99vous-prenne-par-la-main\/\">plus particuli\u00e8rement de son dernier cours<\/a>, un article de <strong>Rivka Warshawsky<\/strong> publi\u00e9 dans Quarto n\u00b0 66\u00a0\u00a0<\/em>(\u00a0Les conditions d&rsquo;une transmission, novembre 1998)<em> et intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<strong>Du z\u00e9ro au septi\u00e8me million : Isra\u00ebl et l\u2019Holocauste<\/strong>\u00ab\u00a0. Cet article se r\u00e9f\u00e8re, entre-autres, \u00e0 celui de Jacques-Alain Miller, \u00ab<a title=\"Jacques-Alain Miller \u2013 La suture (El\u00e9ments de logique du signifiant)\" href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/jacques-alain-miller-la-suture-elements-de-logique-du-signifiant\/\"> La suture (\u00e9l\u00e9ments de la logique du signifiant<\/a><a title=\"Jacques-Alain Miller \u2013 La suture (El\u00e9ments de logique du\u00a0signifiant)\" href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/jacques-alain-miller-la-suture-elements-de-logique-du-signifiant\/\">)<\/a>\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">DU Z\u00c9RO AU SEPTI\u00c8ME MILLION : ISRA\u00cbL ET L&rsquo;HOLOCAUSTE<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">RIVKA WARSHWAZKY<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019Holocauste, hors sens, hors discours, hors temps, hors cr\u00e9ation. <\/strong>M\u00eame Dieu n\u2019est plus le m\u00eame apr\u00e8s Auschwitz. C&rsquo;est une rupture dans l\u2019existence. Et pour la clinique psychanalytique, la naissance d\u2019<strong>une nouvelle forme d&rsquo;incurable. <\/strong><\/p>\n<p>Comment l\u2019Holocauste peut-il \u00e0 la fois \u00eatre en dehors du temps et constituer un nouveau point de d\u00e9part pour notre temps ? La pratique de la psychanalyse en Isra\u00ebl r\u00e9v\u00e8le d\u2019\u00e9tranges sauts dans le discours des analysants.<\/p>\n<p><em>SILENCE<\/em><\/p>\n<p>Une analysante demande : \u00ab Si je suis de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, et mes parents (\u00a0les survivants) de la premi\u00e8re, qu\u2019est-ce qu\u2019il y avait avant ? Est-ce que c\u2019\u00e9tait la g\u00e9n\u00e9ration z\u00e9ro ? Qu\u2019est-ce qu\u2019il y avait avant le z\u00e9ro? Est-ce que le temps s\u2019est arr\u00eat\u00e9 pour recommencer \u00e0 nouveau ? <strong>Pourquoi est-ce qu\u2019on ne compte pas les g\u00e9n\u00e9rations d\u2019avant la Shoah ?<\/strong> \u00bb<\/p>\n<p><!--more-->Cette femme avait men\u00e9 jusque-l\u00e0 une vie toute de frigidit\u00e9 et d\u2019inhibitions, se consumant corps et \u00e2me dans des douleurs et des angoisses \u00e9tranges qui n\u2019avaient pour elle ni sens ni signification dont elle puisse parler. Elle souffrait <strong>comme sa m\u00e8re,<\/strong> qui avait surv\u00e9cu au traitement du Dr Mengele, <strong>p\u00e9trifi\u00e9e dans l\u2019identification au signifiant<\/strong> \u00absurvivant de l\u2019Holocauste\u00bb. Sa demande \u00e9tait que tout, y compris son analyste, soit rendu compatible avec ce signifiant. Ainsi s\u2019\u00e9pargnait-elle la peine et la peur de la parole, de la d\u00e9couverte. Son partenaire sympt\u00f4me \u00e9tait ce que Lacan appelle l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus primaire du sympt\u00f4me : le mutisme. \u00ab <strong>Le sympt\u00f4me est d\u2019abord le mutisme dans le sujet suppos\u00e9 parlant<\/strong>. \u00bb (( Lacan J., <em>S\u00e9minaire XI<\/em>, p. 16. )) C\u2019est une formulation tr\u00e8s forte et tr\u00e8s surprenante. Lacan ne dit pas \u00ab le mutisme est un sympt\u00f4me \u00bb, il dit \u00ab le sympt\u00f4me est d\u2019abord le mutisme \u00bb.<\/p>\n<p>Nous savons qu\u2019il y a un <strong>noyau de silence<\/strong> absolu dans l\u2019Holocauste. Peut-\u00eatre la meilleure image de ce silence est-elle celle de la chambre \u00e0 gaz. La chambre \u00e0 gaz est l\u2019une des \u00ab preuves \u00bb avanc\u00e9es par ceux qui d\u00e9nient que l\u2019Holocauste ait eu lieu.<\/p>\n<p>Personne ne peut en t\u00e9moigner, ni de l\u2019int\u00e9rieur ni de l\u2019ext\u00e9rieur. La chambre \u00e0 gaz est si absolument silencieuse qu\u2019on peut en dire tout ce qu\u2019on veut. Elle ne vous r\u00e9pond pas, ne discute pas avec vous.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 <strong>la question de Lyotard dans son essai sur l\u2019Holocauste,<\/strong> <em>Le Diff\u00e9rend, <\/em>\u00ab Qu\u2019est-ce qui prouve que ces chambres n\u2019\u00e9taient pas juste des douches ou des chambres de d\u00e9sinfection du camp de travail. Les ouvertures pour le gaz pouvaient n\u2019\u00eatre que des \u00e9vacuations d\u2019air. Est-ce que quiconque peut dire qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la chambre \u00e0 gaz, apr\u00e8s que les portes se sont referm\u00e9es, et qu\u2019il a vu ce qui se passait ? \u00bb On ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00e9voquer ici la fameuse exp\u00e9rience de pens\u00e9e propos\u00e9e par le physicien viennois Erwin Shroedinger, en 1935, pour montrer \u00ab l\u2019\u00e9trange nature du monde de la m\u00e9canique quantique \u00bb, l\u2019exp\u00e9rience dite du <em><strong>chat <\/strong><strong>de Schroedinger<\/strong>.<\/em> ((\u00a0Dans cette exp\u00e9rience de pens\u00e9e, on fait d\u00e9pendre l\u2019ouverture de la capsule de cyanure, et donc la mort du chat, de l\u2019envoi dans la bo\u00eete d\u2019une particule qui a deux \u00e9tats possibles ( + ou \u2013), l\u2019un de ces \u00e9tats d\u00e9clenchant l\u2019ouverture de la capsule. L\u2019\u00e9tat de cette particule est ind\u00e9termin\u00e9 au sens de la m\u00e9canique quantique. Il s\u2019ensuit donc que la mort du chat est ind\u00e9termin\u00e9e tant que la bo\u00eete est ferm\u00e9e (NdT). )) Pour la conduire, il suffit d\u2019imaginer qu\u2019un chat est enferm\u00e9 dans une bo\u00eete avec une capsule de cyanure. Quel que ce soit le moment o\u00f9 l\u2019on se trouve avant qu\u2019on n\u2019ouvre la bo\u00eete et qu\u2019on ne regarde r\u00e9ellement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, il n\u2019est ni \u00ab vrai \u00bb que le chat soit mort, ni qu\u2019il soit vivant. Cette ind\u00e9termination de la m\u00e9canique quantique \u00e9voque \u00e9trangement <strong>l\u2019impossible souvenir inh\u00e9rent \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition<\/strong>. <strong>La r\u00e9p\u00e9tition et la m\u00e9moire s\u2019excluent<\/strong> l\u2019une l\u2019autre. T\u00e9moigner de la Shoah est impossible pr\u00e9cis\u00e9ment parce le syst\u00e8me contient une \u00abpart \u00e9gale de chat mort et de chat vivant\u00bb. (( Blackburn S. (Ed.), Oxford Dictionary of Philosphy. ))<\/p>\n<p>La demande d\u2019amour identificatoire de l\u2019analysante s\u2019exprimait d\u2019abord comme une impasse : \u00ab \u00c7a ne sert \u00e0 rien. Je dois arr\u00eater l\u2019analyse. Vous n\u2019\u00eates pas capable de comprendre mes souffrances ineffables, vous ne vous mettez pas \u00e0 ma place. Vous me poussez \u00e0 parler, plut\u00f4t que de respecter ma peine comme le font tous mes proches. C\u2019est parce que vous n\u2019avez pas fait l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019Holocauste ou parce que vous ne venez pas d\u2019une famille de survivants. \u00bb C\u2019\u00e9tait l\u00e0 imputation d\u2019ignorance et demande d\u2019amour sous les auspices de l\u2019identification et de la dualit\u00e9. C\u2019\u00e9tait impasse dans le transfert, mais aussi question portant sur le sujet suppos\u00e9 savoir : <strong>\u00abQu\u2019est-ce que le savoir au sens analytique ?\u00bb A quoi il pouvait seulement \u00eatre r\u00e9pondu, non pas par plus de compr\u00e9hension, mais par le d\u00e9sir de l\u2019analyste<\/strong> \u2013 d\u00e9sir de l\u2019analyste que Lacan pointe de la diff\u00e9rence et m\u00eame de la diff\u00e9rence absolue. \u00abIl semble que vous vouliez dire par l\u00e0 que tout analyste, pour comprendre les souffrances de son patient, se devrait d\u2019\u00eatre exactement comme lui, qu\u2019il f\u00fbt grand ou petit, noir ou blanc, maniaque ou d\u00e9pressif, homosexuel ou h\u00e9t\u00e9rosexuel\u2026\u00bb Cette r\u00e9ponse eut un effet rassurant sur elle. C\u2019\u00e9tait une affirmation de sens : dans une analyse, il y a \u00e0 parler m\u00eame de l\u2019Holocauste, ce n\u2019est pas quelque chose \u00ab qui va sans dire\u00bb.<\/p>\n<p>Deux nouvelles voies pouvaient s\u2019ouvrir :<\/p>\n<ol>\n<li>L\u2019acc\u00e8s au symbolique au moment de la plus grande impasse, le moment de la castration. Immense risque et possibilit\u00e9 de grand gain.<\/li>\n<li>Le sujet-suppos\u00e9-savoir pouvait \u00eatre situ\u00e9. Savoir qui ne soit pas savoir d\u2019expert sur l\u2019Holocauste mais savoir \u00e0 venir, d\u00e9sir inconscient.<\/li>\n<\/ol>\n<p>La r\u00e9ponse de l\u2019inconscient \u00e0 l\u2019intervention analytique r\u00e9sida dans la question qui vint alors, <strong>\u00e0 propos des trois g\u00e9n\u00e9rations de l\u2019Holocauste, la g\u00e9n\u00e9ration z\u00e9ro, la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration<\/strong> (faisant maintenant valoir le 0, le 1 et le 2 en tant qu\u2019<strong>ordinaux<\/strong>). Cette question introduisait le \u00ab <strong>trois<\/strong> \u00bb, soit le minimum requis pour former un n\u0153ud borrom\u00e9en ou produire une n\u00e9vrose. Tout comme \u00e0 l\u2019introduction d\u2019un point de perspective dans une peinture, c\u2019est le sujet lui-m\u00eame qui est inclus dans la question.<\/p>\n<p>Sa question \u00e9tait celle d\u2019un traitement du r\u00e9el par le symbolique, une op\u00e9ration de Frege.\u00a0 <strong>Du z\u00e9ro manque au z\u00e9ro nombre, se conceptualise le non-conceptualisable.<\/strong>\u00bb (( Miller J.-A., <em>Cahiers pour l\u2019analyse, <\/em>n\u00b01\/2, La v\u00e9rit\u00e9, \u00ab La suture (\u00e9l\u00e9ments de la logique du signifiant) \u00bb, 1972, p. 44. )) Le silence tenu jusque-l\u00e0 par cette analysante signait l\u2019\u00e9chec de la symbolisation du r\u00e9el de son histoire familiale \u2013 travail de symbolisation qui, avec l\u2019apparition du nombre, pouvait commencer.<\/p>\n<p><em>LE Z\u00c9RO<\/em><\/p>\n<p>Une identit\u00e9 collective concentr\u00e9e dans le \u00ab z\u00e9ro \u00bb, c\u2019est tout ce qui reste des 6 millions de juifs annul\u00e9s et sortis de l\u2019histoire par l\u2019Holocauste.<\/p>\n<p>Primo Levi parle du ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019\u00ab identit\u00e9 concentr\u00e9e \u00bb pour les r\u00e9sidents des camps de concentration qui n\u2019\u00e9taient plus que des num\u00e9ros, un nom m\u00eame ne leur ayant pas \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9. Pendant toutes les ann\u00e9es qui lui restaient, Primo Levi s\u2019est senti appel\u00e9 \u00e0 aider ces \u00ab\u00a0sujets concentr\u00e9s\u00bb \u00e0 se red\u00e9ployer, \u00e0 retrouver leurs traits pour un moment. Ils frappaient constamment \u00e0 la porte de ses r\u00eaves et le suppliaient d\u2019\u00e9crire sur eux.<\/p>\n<p>\u00ab<strong>\u00a0Quant \u00e0 cette place, dessin\u00e9e par la subsomption, o\u00f9 l\u2019objet manque, rien ne saurait y \u00eatre \u00e9crit, et s\u2019il y faut tracer un 0, ce n\u2019est que pour figurer un blanc, pour rendre visible le manque<\/strong>\u00bb. ((\u00a0<em> Ibid.<\/em> )) Quel est l\u2019objet qui manque absolument ? La Shoah elle-m\u00eame. Une certaine scorie que le z\u00e9ro essaie de traiter comme reste. Qu\u2019est-ce qu\u2019une scorie ? La scorie est ce que Lacan appelle \u00ab\u00a0le reste \u00e9teint\u00bb qui, dans la destin\u00e9e humaine, n\u2019est plus f\u00e9cond. (( Lacan J., <em>op. cit., <\/em>p. 122. )) Trop de \u00ab concentration \u00bb peut cr\u00e9er un trou, un trou noir.<\/p>\n<p><em>T\u00c9MOIGNAGE<\/em><\/p>\n<p>Comme acte, le t\u00e9moignage se situe au-del\u00e0 de la simple survie, il peut m\u00eame y contredire, au sens o\u00f9 le choix est forc\u00e9 : survivre ou t\u00e9moigner.<\/p>\n<p>Cependant, \u00e0 certaines conditions, <strong>la r\u00e9p\u00e9tition peut \u00ab passer \u00bb au t\u00e9moignage<\/strong>. Ces conditions impliquent le signifiant du trauma. <strong>Le signifiant traumatique est le trait unaire de l\u2019inhibition<\/strong>. Dans la vie de l\u2019analysante dont je parle, cet \u00ab un \u00bb trait de l\u2019inhibition se r\u00e9p\u00e9tait \u00e0 l\u2019infini, souffrance et frustration s\u2019\u00e9taient faits mode de vie. Que fallait-il qu\u2019il arrive au sujet pour qu\u2019il soit soulag\u00e9 ? \u00ab <strong>Pour que le nombre passe de la r\u00e9p\u00e9tition du 1 de l\u2019identique \u00e0 sa succession ordonn\u00e9e, pour que la dimension logique gagne d\u00e9cid\u00e9ment son autonomie, il faut que sans nul rapport au r\u00e9el le z\u00e9ro apparaisse<\/strong>. \u00bb (( Miller J.-A., <em>op. cit., <\/em>p. 43. )) Le t\u00e9moignage a le pouvoir de mettre un terme \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition. ((\u00a0<em>Cf. <\/em>Gallano C., <em>Seminar of the Freudian Field in Israel, <\/em>1998 (\u00e0 para\u00eetre \u00e0 Machbarot Freudianot). ))<\/p>\n<p>Souvenons-nous aussi de ce que Lacan disait de Freud. Le t\u00e9moignage de Freud est bas\u00e9 sur la r\u00e9duction de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e0 la fonction de purs signifiants, alors seulement peut appara\u00eetre le moment de conclure, \u00ab\u00a0un moment o\u00f9 il sent qu\u2019il a le courage de juger et de conclure. C\u2019est l\u00e0 ce qui fait partie de ce que j\u2019ai appel\u00e9 son t\u00e9moignage \u00e9thique.\u00bb (( Lacan J., <em>op. cit.<\/em>, p. 40.))<\/p>\n<p><em>L\u2019AUTRE<\/em><\/p>\n<p>Notre travail nous a men\u00e9s \u00e0 une conclusion qui nous a surpris ; <strong>l\u2019Autre d\u2019Isra\u00ebl n\u2019est pas le nazi pers\u00e9cuteur, mais les six millions de juifs qui ont \u00e9t\u00e9 extermin\u00e9s<\/strong>. Tom Segev dans son livre sur l\u2019Holocauste et ses effets sur l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl, intitul\u00e9 Le <em>septi\u00e8me million<\/em> (( Segev T., <em>Le septi\u00e8me million, <\/em>trad. de l\u2019anglais et de l\u2019h\u00e9breu par Eglal Errera, Ed. Lialana Levi, 1993. )), d\u00e9veloppe l\u2019id\u00e9e d\u2019<strong>une nation isra\u00e9lienne prenant la place d\u2019un septi\u00e8me million<\/strong>, dans la continuation directe de la g\u00e9n\u00e9ration an\u00e9antie.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 un autre d\u00e9r\u00e8glement \u00e9trange dans le comptage, l\u2019ordre des g\u00e9n\u00e9rations et la fabrique du temps. Une prise \u00e0 rebours du m\u00e9canisme de la perspective et un saut dans l\u2019espace\/temps qui donnent \u00e0 Isra\u00ebl une curieuse forme anamorphique.<\/p>\n<p>Les cinq millions de citoyens d\u2019Isra\u00ebl, y compris ceux qui sont d\u2019origine y\u00e9m\u00e9nite, marocaine, \u00e9thiopienne, etc., et y compris m\u00eame les citoyens Arabes d&rsquo;Isra\u00ebl, sont \u00ab<strong> concentr\u00e9s \u00bb<\/strong> en un million, le septi\u00e8me.\u00a0 La \u00abdiff\u00e9rence\u00bb et la \u00absuccession\u00bb, axiomes si importants pour le bon ordonnancement des nombres naturels, ont disparu. De ce fait, les g\u00e9n\u00e9rations cessent d\u2019\u00eatre bien ordonn\u00e9es, \u00e0 moins qu\u2019elles n\u2019acqui\u00e8rent un mode diff\u00e9rent d\u2019ordonnancement, ayant sa logique propre commen\u00e7ant par la Shoah. Le septi\u00e8me million, comme \u00c9tat et comme Nation, r\u00e9pond au silence et \u00e0 l\u2019annulation des six millions.<\/p>\n<p>Ces six millions sont non seulement notre partenaire, notre Autre, mais \u00e9galement notre pers\u00e9cuteur.<\/p>\n<p>Notre partenariat avec eux est \u00e9norme et cause de gigantesques pressions identificatoires, tant imaginaires que symboliques, sur tous les citoyens d\u2019Isra\u00ebl. Notre dette nationale est de survivre, ce qui n\u2019est pas la m\u00eame chose que de t\u00e9moigner.<\/p>\n<p><em>UNE CURE SCIENTIFIQUE<\/em><\/p>\n<p>L\u2019Holocauste se diff\u00e9rencie d\u2019autres horreurs en raison de l\u2019immensit\u00e9 du projet rationnel dans lequel il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u. Une gigantesque et syst\u00e9matique bureaucratie de la mort mise en place par le d\u00e9sir d\u00e9termin\u00e9 de Hitler de gu\u00e9rir. II s\u2019agissait, selon sa m\u00e9taphore biologique, <strong>de \u00ab curer \u00bb le corps politique allemand de la pire maladie au monde : \u00ab le bacille juif toxique \u00bb<\/strong>. Cette op\u00e9ration requ\u00e9rait une solution syst\u00e9matique dont l\u2019issue soit finale. \u00ab La d\u00e9couverte du <strong>virus juif<\/strong> est l\u2019une des plus grandes r\u00e9volutions\u2026 au monde. Le combat dans lequel nous sommes engag\u00e9s aujourd\u2019hui est de la m\u00eame sorte que celui men\u00e9 par Pasteur et Koch. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0, et l\u00e0 seulement, que Primo Levi place les camps de concentration, \u00e0 la fin d\u2019une cha\u00eene d\u2019une implacable logique, \u00e0 la fin d\u2019un syllogisme aristot\u00e9licien. A quel point pr\u00e9cis Lacan introduit-il la question de l\u2019Holocauste\u00a0? A la fin du <em>S\u00e9minaire XI, <\/em>quand il parle de <strong>l\u2019objectivation du sujet par la science<\/strong>.<\/p>\n<p>La psychanalyse quant \u00e0 elle n\u2019est pas une cure finale impos\u00e9e \u00e0 un sujet. Le sujet ne doit jamais \u00eatre trahi par la gu\u00e9rison de ses sympt\u00f4mes. Freud laisse \u00e0 ses patients le choix \u00ab de d\u00e9cider d\u2019un chemin ou de l\u2019autre \u00bb. Et il n\u2019y a pas de sujet gu\u00e9ri \u00e0 la fin d\u2019une analyse, mais bien incurable, puisque identifi\u00e9 \u00e0 son sympt\u00f4me.<\/p>\n<p><em>SINTHOME<\/em><\/p>\n<p>Je pense, au sens d\u2019une assomption de base toujours \u00e0 v\u00e9rifier et \u00e0 \u00e9laborer, <strong>que l\u2019Holocauste doit, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, \u00eatre reli\u00e9 au sinthome<\/strong> \u2013 cette derni\u00e8re identification avec le sympt\u00f4me \u00e0 la fin de l\u2019analyse, dont le sujet n\u2019est plus curable. Lacan dit que <strong>le sinthome comporte un \u00e9l\u00e9ment de relation.<\/strong> (( Je remercie Franz Kaltenbeck pour cette r\u00e9f\u00e9rence importante.)) II peut cr\u00e9er de nouveaux liens symboliques et de nouvelles relations, de nouveaux \u00ab\u00a0partenariats\u00a0\u00bb pourrait-on dire, avec le r\u00e9el. Il ne s\u2019agit pas ici de totale symbolisation du r\u00e9el, qui est une affaire tout \u00e0 fait diff\u00e9rente. Je pense que ce lien, particulier dans l\u2019enseignement de Lacan, n\u2019est possible qu\u2019au travers du sinthome \u2013 <strong>\u00ab Il n\u2019y a rapport que l\u00e0 o\u00f9 il y a sinthome.<\/strong> \u00bb<\/p>\n<p><strong>L\u2019Holocauste est le Sinthome d\u2019Isra\u00ebl.<\/strong> Et, semblable au complexe de castration, impasse du travail analytique mais aussi moment privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ordre symbolique, tel doit \u00eatre pour nous le \u00ab\u00a0complexe de concentration\u00bb en Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>* Texte retravaill\u00e9 de l\u2019intervention du 23 mars 1998 \u00e0 Bruxelles. Traduction pour <em>Quarto <\/em>de V\u00e9ronique M\u00fcller \u00e0 partir de l\u2019anglais<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sa question \u00e9tait celle d\u2019un traitement du r\u00e9el par le symbolique, une op\u00e9ration de Frege. \u00ab Du z\u00e9ro manque au z\u00e9ro nombre, se conceptualise le non-conceptualisable.\u00bb Le silence tenu jusque-l\u00e0 par cette analysante signait l\u2019\u00e9chec de la symbolisation du r\u00e9el de son histoire familiale \u2013 travail de symbolisation qui, avec l\u2019apparition du nombre, pouvait commencer. <a href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/du-zero-au-septieme-million\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"aside","meta":{"spay_email":"","jetpack_publicize_message":"\u00ab Du z\u00e9ro manque au z\u00e9ro nombre, se conceptualise le non-conceptualisable \u00bb:","jetpack_is_tweetstorm":false},"categories":[6,242],"tags":[233,240,241,235,231,87,243,230,228,234,229,180,232],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p2zPSJ-i5","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":2238,"url":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/08\/lire-un-symptome\/","url_meta":{"origin":1121,"position":0},"title":"Lire un sympt\u00f4me","date":"1 ao\u00fbt 2011","format":"quote","excerpt":"Je soutiendrais volontiers que le bien dire dans la psychanalyse n'est rien sans le savoir lire, que le bien dire propre \u00e0 la psychanalyse se fonde sur le savoir lire. 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