{"id":1220,"date":"2011-03-25T14:44:40","date_gmt":"2011-03-25T12:44:40","guid":{"rendered":"http:\/\/empreintesdigitales.wordpress.com\/?p=1220"},"modified":"2020-03-02T00:15:14","modified_gmt":"2020-03-01T22:15:14","slug":"8-cours-jam-23-mars-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/8-cours-jam-23-mars-2011\/","title":{"rendered":"VIII. \u2013 23 mars 2011"},"content":{"rendered":"\n<h2><strong>D\u00e9nivellation de l\u2019\u00eatre et de l\u2019existence<\/strong> <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>J\u2019ai eu depuis la derni\u00e8re fois quelques t\u00e9moignages, trop nombreux <\/strong>pour que je puisse y r\u00e9pondre et je m&rsquo;en excuse, t\u00e9moignant de ce que un pas a \u00e9t\u00e9 franchi la derni\u00e8re fois dans &#8211; pour ne pas dire \u00ab\u00a0la compr\u00e9hension\u00a0\u00bb &#8211; ce dont il s\u2019agit dans l\u2019enseignement de Lacan en tant qu\u2019il nous oriente dans la pratique et sp\u00e9cialement donc \u00e0 partir de ce que je vous ai manifest\u00e9 comme la <strong>d\u00e9nivellation de l\u2019\u00eatre et de l\u2019existence.<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pris appui sur des r\u00e9f\u00e9rences qui ne sont pas famili\u00e8res \u00e0 la plupart de ceux qui sont ici et qui ressortissent \u00e0 la tradition philosophique. Je crois m\u2019\u00eatre retenu d\u2019en abuser afin que vous puissiez percevoir que j\u2019entendais ici vous donner<strong> l\u2019appareil qui vous permette de cadrer ce qu\u2019on peut appeler votre \u00e9coute<\/strong> dans la mesure o\u00f9 cette plupart d\u2019entre vous est praticienne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019est un appareil qui <em>compl\u00e9mente<\/em> l\u2019appareil n\u00e9o-saussurien<\/strong> qui vous a appris \u00e0 distinguer le signifiant et le signifi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Lacan l\u2019avait simplifi\u00e9 sous les esp\u00e8ces d\u2019une \u00e9criture m\u00e9morable :<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/gdssurpts.gif\"><img loading=\"lazy\" width=\"51\" height=\"86\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/gdssurpts.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-1230\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>grand S pour signifiant<br>sur<br>petit s, le signifi\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9criture qu\u2019il utilise, et fait varier ensuite, d\u00e9veloppe pour construire les formules sym\u00e9triques de la m\u00e9taphore et de la m\u00e9tonymie, dans son \u00e9crit de \u00ab l\u2019Instance de la lettre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet appareil, je le crois tr\u00e8s largement en usage, bien au-del\u00e0 de la sph\u00e8re dite lacanienne. Je crois qu&rsquo;on trouve ses incidences dans toute la psychanalyse. Et que ceux qui se d\u00e9corent du titre de psychoth\u00e9rapeute &#8211; titre qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment officialis\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 norm\u00e9 par un discours du ma\u00eetre -, ceux donc qui se d\u00e9corent du titre de psychoth\u00e9rapeute n\u2019en sont pas rest\u00e9s indemnes.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, pour m\u2019y r\u00e9f\u00e9rer, je pourrais dire que<strong> l\u2019\u00eatre dont je vous ai parl\u00e9 est au niveau du signifi\u00e9 <\/strong>tandis que <strong>l\u2019existence est au niveau du signifiant. P<\/strong>ourquoi ne pas dire cela en premi\u00e8re approximation, \u00e0 condition de r\u00e9server tout de m\u00eame <strong>une inversion de position <\/strong>:<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/etre-sur-existence.gif\"><img loading=\"lazy\" width=\"167\" height=\"88\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/etre-sur-existence.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-1232\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9cris \u00ab<strong>\u00eatre<\/strong>\u00bb au-dessus de la barre o\u00f9 je place \u00abl\u2019<strong>existence<\/strong>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En effet, dans l\u2019\u00e9coute ce qui se pr\u00e9sente d\u2019abord ce sont des significations, ce sont elles qui vous captent, qui vous p\u00e9n\u00e8trent, qui vous impr\u00e8gnent. <\/strong>Et, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup dans la pratique que de parvenir \u00e0<strong> s\u2019en d\u00e9tacher suffisamment pour en isoler les signifiants<\/strong> et, \u00e0 l\u2019occasion, d\u2019interpr\u00e9ter, \u00e0 ce niveau-l\u00e0 &#8211; non pas \u00e0 partir de la signification, mais, par exemple, <strong>de la simple <\/strong>homophonie, non <strong>pas du sens, mais du son<\/strong>; et, \u00e0 l\u2019occasion, cette interpr\u00e9tation peut se r\u00e9duire \u00e0 faire r\u00e9sonner un son, sans plus. Bien. D\u00e9j\u00e0 pour \u00e7a et pour \u00eatre convaincu que ce peut \u00eatre efficace, <strong>il y faut une discipline qui s\u2019acqui\u00e8re et \u00e9ventuellement qui se contr\u00f4le. <\/strong>Faut parfois que quelqu\u2019un rappelle \u00e0 celui qui \u00e9coute de ne pas se laisser flatter par la rutilance des significations<\/p>\n\n\n\n<p>Puis-je amener mon appareil de l\u2019\u00eatre et de l\u2019existence au m\u00eame degr\u00e9 d\u2019usage que l\u2019appareil que j\u2019appelais n\u00e9o-saussurien ?<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, consid\u00e9rons successivement ces deux termes de l\u2019\u00eatre et de l\u2019existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, s\u2019il y a eu la derni\u00e8re fois une trou\u00e9e de compr\u00e9hension, j\u2019entends l\u2019exploiter.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00eatre d\u00e9borde de beaucoup l\u2019existence. Et on n\u2019a pas attendu la psychanalyse pour s\u2019apercevoir qu\u2019on peut parler de ce qui n\u2019existe pas. Et m\u00eame que parler, faire entrer quelque chose dans le langage, \u00e7a a plut\u00f4t tendance \u00e0 le faire <strong>inexister<\/strong>. \u00c9ventuellement \u00e7a le tue. C\u2019est l\u2019exemple que Lacan prenait d\u00e8s son <em>S\u00e9minaire I<\/em> en donnant l\u2019exemple des <strong>\u00e9l\u00e9phants <\/strong>prosp\u00e8res tant qu\u2019ils ne rencontrent pas l\u2019\u00eatre parlant, et en difficult\u00e9 \u00e0 partir du moment o\u00f9 cet \u00eatre parlant se pique, avec un peu trop de chaleur humaine, de r\u00e9cup\u00e9rer sur la b\u00eate l\u2019ivoire dont il fait commerce.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, la liste depuis lors s\u2019est allong\u00e9e des esp\u00e8ces animales qui ont tout lieu de se plaindre de l\u2019\u00eatre parlant, sauf qu\u2019\u00e9videmment ils n\u2019ont pas la parole (\u00e7a arrange bien). Sauf que, il y des \u00eatres parlants qui ont entrepris de parler en leur nom et qui ont jusqu\u2019\u00e0 la fantaisie de les transformer, ces esp\u00e8ces animales, enfin ces exemplaires de l\u2019esp\u00e8ce animale, en sujets de droit.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de la d\u00e9claration des droits de l\u2019homme, <strong>on m\u00e9dite ces temps-ci l\u2019id\u00e9e de la d\u00e9claration des droits de l\u2019animal. <\/strong>Et pourquoi pas, on peut faire \u00e7a aussi avec la parole, on peut parfaitement faire \u00eatre les droits de l\u2019animal. Apr\u00e8s tout, pourquoi n\u2019y aurait-il que les \u00eatres parlants \u00e0 en avoir, des droits. On pourrait \u00e9tendre \u00e7a aux \u00eatres parl\u00e9s\u2026 mais, faudrait un nombre assez consid\u00e9rable de tribunaux pour dire leurs droits \u2026 les avocats\u2026 \u00ab Je parle au nom des sardines. \u00bb (<em>rires<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, toujours dans la m\u00eame veine, <strong>les \u00eatres qui ne s\u2019instituent que de la litt\u00e9rature, trouvent aussi \u00e0 plaider.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand on veut donner une suite aux aventures de personnage notoires, eh bien on a constat\u00e9 que \u00e7a pose des probl\u00e8mes juridiques. On ne peut pas faire n\u2019importe quoi avec D\u2019Artagnan ou avec Mme Bovary, sans qu&rsquo;il n&rsquo;y aient au moins des h\u00e9ritiers, d\u00e9fendeurs de droit moral, qui peuvent attaquer en justice, pour suspendre les plumes trop actives.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9, tous ces proc\u00e8s qui se sont curieusement multipli\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es et y a pas de raison que \u00e7a ne continue pas.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" width=\"500\" height=\"377\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/much-ado-about-nothing-8.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1287\" srcset=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/much-ado-about-nothing-8.jpg 500w, https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/much-ado-about-nothing-8-300x226.jpg 300w, https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/much-ado-about-nothing-8-397x300.jpg 397w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Bon, donc, il y a tout lieu de poser que <strong>la parole n\u2019est pas du tout contrainte par des consid\u00e9rations d\u2019existence.<\/strong> Et qu\u2019elle peut s\u2019activer \u00e0 propos de ce qui au niveau de l\u2019existence n\u2019est rien du tout. C\u2019est ce que formule apr\u00e8s tout le titre de Shakespeare, que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 analys\u00e9 avec vous, \u00ab <strong>Much ado about nothing <\/strong>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Beaucoup de bruit pour rien. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et, c\u2019est, apr\u00e8s tout, une parole qui peut vous soutenir dans votre rapport \u00e0 la biblioth\u00e8que universelle, \u00e0 la biblioth\u00e8que de Babel, et vous conforter dans une position que Lacan a qualifi\u00e9 de passion de l\u2019ignorance (\u00e7a ne conforte pas tout le monde, y en a qui sont plut\u00f4t accabl\u00e9s de savoir qu\u2019ils ne pourront jamais avoir acc\u00e8s qu\u2019\u00e0 un tout petit canton de cet univers.)<\/p>\n\n\n\n<p>Mais enfin, quoi qu\u2019il en soit, quoiqu\u2019il soit, <strong>l\u2019\u00eatre qui tient \u00e0 la parole<\/strong>, nous l\u2019appelons <strong>\u00ab l\u2019\u00eatre de langage \u00bb<\/strong>, <strong>on peut lui donner le nom qu\u2019il tient de Bentham,<\/strong> \u00e0 quoi Lacan a fait r\u00e9f\u00e9rence dans l\u2019indication sur Jakobson, de <strong>fictions<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les fictions,<\/strong> et Bentham s\u2019est avant tout int\u00e9ress\u00e9<strong> pr\u00e9cis\u00e9ment au discours juridique<\/strong>, cr\u00e9ateur de droit et aussi de devoirs&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a c\u2019est le probl\u00e8me, quand on veut transformer les animaux en sujets de droit, comment les transformer en sujets de devoir ? On peut tr\u00e8s bien, on peut m\u00eame dire qu&rsquo;il s\u2019impose de prot\u00e9ger l\u2019esp\u00e8ce des tigres, parce qu\u2019on les a d\u00e9j\u00e0 beaucoup tir\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, quand vous pouvez leur donner des droits, essayez de leur donner des devoirs. \u00ab Tu ne mangeras pas de b\u00eate sans plume \u00bb. C\u2019est bien parce qu\u2019on a l\u2019id\u00e9e, on aimerait beaucoup leur instiller le respect des 10 commandements de l\u2019animal, qu&rsquo;on pr\u00e9voit seulement de ne pas se pr\u00e9senter devant eux sans d\u00e9fense. Faut dire qu&rsquo;on peut assurer leur survie, \u00e0 condition de les affamer, ou au moins \u00e0 condition de leur soustraire ce qu\u2019on on peut imaginer \u00eatre ce dont ils se d\u00e9lectent. Les gens qui r\u00eavent de les prot\u00e9ger, en fait ils expriment ce fantasme <strong>de ma\u00eetriser leur jouissance inconnue,<\/strong> c\u2019est-\u00e0-dire en d\u00e9finitive<strong> faire des animaux des sujets de droit,<\/strong> c\u2019est le r\u00eave d\u2019une <strong>domestication universelle<\/strong>. Et, en premier lieu d\u2019ailleurs, la domestication du fameux \u00eatre parlant qui se r\u00e9v\u00e8le toujours, \u00e0 la surprise des bonnes \u00e2mes, un tout petit plus sauvage qu\u2019on esp\u00e9rait. \u00ab Comment c\u2019est possible au XXI\u00e8 si\u00e8cle\u2026 \u00bb (<em>dr\u00f4le de petite voix fluette de gentille petite dame <\/em><em>&#8211; rires<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>L<strong>es fictions sont des entit\u00e9s qui ne tiennent leur \u00eatre que d\u2019\u00eatre \u00e9nonc\u00e9es<\/strong>, on peut dire \u00ab\u00a0d\u00e9finies\u00a0\u00bb quand il s\u2019agit du discours juridique, on peut dire \u00ab\u00a0d\u00e9crites\u00a0\u00bb quand il s\u2019agit de la litt\u00e9rature. Parfois il suffit d\u2019un nom. Et, dans cette veine on peut dire \u00ab tout est litt\u00e9rature \u00bb. Ce qui veut dire \u00abtout ne parle que de rien \u00bb. \u00ab Much ado about nothing\u00bb dans l\u2019histoire humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Et quand Lacan nous disait que la v\u00e9rit\u00e9 a structure de fiction, c\u2019\u00e9tait pour dire qu\u2019elle ne tient son \u00eatre que du discours. Sans discours pas de v\u00e9rit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Qui fait na\u00eetre des fictions ?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle na\u00eet du langage quand il est mani\u00e9 par un ma\u00eetre. Un ma\u00eetre qui \u00e9nonce ce qui est.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ontologie, c\u2019est une \u00e9laboration de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Et Lacan la d\u00e9finit par <strong>l\u2019accentuation dans le langage de l\u2019usage de la copule isol\u00e9e comme signifiant<\/strong> (voir p. 37 dans <em>Encore)<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Bon. L\u2019usage dans le fil du discours du verbe \u00eatre, l&rsquo;usage le plus commun, quand on ne fait pas de la philosophie l\u00e0-dessus, c\u2019est de servir \u00e0 relier un nom \u00e0 une propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on dit \u00ab Le Roi de France est chauve \u00bb, l\u2019adjectif d\u00e9signe le pr\u00e9dicat. Le point de vue ontologique, c\u2019est de dire \u00ab Le roi de France est.\u00bb En laissant tomber le \u00ab chauve \u00bb qu\u2019on lui assigne comme propri\u00e9t\u00e9. Et voil\u00e0 l\u2019\u00eatre, la question de l\u2019\u00eatre qui surgit tr\u00e8s exactement de ce que Lacan appelle la section du pr\u00e9dicat. Vous enlevez \u00ab chauve \u00bb et vous vous trouvez devant la splendeur de l\u2019\u00eatre du Roi de France. Splendeur du Roi de France qui n\u2019a comme seul d\u00e9faut en 1905 que de ne pas exister.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, au fond l\u2019ontologie, op\u00e9rer la section du pr\u00e9dicat pour isoler la copule \u00ab \u00eatre \u00bb, du verbe \u00eatre comme signifiant, signifiant qui de plus n\u2019existe pas dans toutes les langues, c\u2019est un choix, \u00e7a rel\u00e8ve du choix. C\u2019est le choix qui est fondateur de notre tradition de pens\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dis un choix, c\u2019est plut\u00f4t une combinaison de choix successifs, <em>a priori<\/em> improbables, contingents, entre l\u2019ontologie grecque et ce qui est venu comme discours du c\u00f4t\u00e9 du juda\u00efsme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le discours de l\u2019\u00eatre, en son fond, c\u2019est un discours de ma\u00eetre. C\u2019est ce que Lacan indique. \u00ab Toute dimension de l\u2019\u00eatre, dit-il, se produit dans le courant du discours du ma\u00eetre\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La cr\u00e9ation de fiction fait ressortir ce pr\u00e9dicat du signifiant d\u2019\u00eatre <strong>imp\u00e9ratif<\/strong>. Y a une tension entre le \u00ab tout est litt\u00e9rature \u00bb, qui fait ressortir le caract\u00e8re po\u00e9tique du signifiant, ses effets po\u00e9tiques, et le signifiant comme imp\u00e9ratif.<\/p>\n\n\n\n<p>Le discours philosophique \u00e0 cet \u00e9gard, s\u2019inscrit comme une simple variante, sp\u00e9cialement raffin\u00e9e, sophistiqu\u00e9e si je puis dire, du discours du ma\u00eetre,<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 la derni\u00e8re fois Brentano, et son ouvrage sur les significations de l\u2019\u00eatre, et ce que Lacan y ajoute, c\u2019est que<strong> l\u2019\u00eatre est une signification<\/strong> \u2013 et c\u2019est \u00e0 ce titre qu\u2019il se d\u00e9robe, qu\u2019il est m\u00eame selon Lacan ce qui dans le langage se d\u00e9robe le plus. Et, ce que Freud appelle <strong>refoul\u00e9<\/strong>, sert bien encore d\u2019appareil \u00e0 \u00e9coute, est de cet ordre. <strong>Le refoul\u00e9, c\u2019est un \u00eatre qui surgit dans la surprise, <\/strong>c\u2019est un <strong>\u00eatre <\/strong>qui est, comme le dit Lacan dans le <em>S\u00e9minaire XI<\/em>, <strong>non-r\u00e9alis\u00e9<\/strong>, qui peut venir \u00e0 l\u2019\u00eatre ou qui peut ne pas y venir. C\u2019est donc, un moindre \u00eatre. Qui peut venir \u00e0 l\u2019\u00eatre dans la parole.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce dont il s\u2019agit \u00e0 l\u2019occasion dans l\u2019exp\u00e9rience. C\u2019est ce dont on se dit \u00e0 l\u2019occasion qu\u2019\u00ab un peu plus, ce refoul\u00e9, il allait \u00eatre, il allait se manifester \u00bb. Et c\u2019est en quoi d\u00e9j\u00e0 dans notre usage du terme <strong>\u00ab refoul\u00e9 \u00bb que je place ici au niveau de l\u2019\u00eatre, au niveau \u00e9quivoque de l\u2019\u00eatre, <\/strong>on peut apercevoir la l<strong>iaison de l\u2019\u00eatre et du manque<\/strong>, qui est mise en valeur dans l\u2019expression neo-sartrienne de Lacan, de \u00ab <strong>manque-\u00e0-\u00eatre<\/strong> \u00bb. Il joue sur un \u00eatre qui est \u00ab manque-\u00e0-\u00eatre \u00bb, il fait du sujet un \u00eatre qui est \u00ab manque-\u00e0-\u00eatre \u00bb. Au niveau de l\u2019\u00eatre, on peut faire \u00e7a, on peut distinguer des degr\u00e9s de l\u2019\u00eatre. Pour ce que \u00e7a vaut.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que Mme Bovary <em>est<\/em> plus ou moins que vous-m\u00eames, \u00e7a se discute. Elle est en tout cas beaucoup plus connue.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, la liaison de l\u2019\u00eatre et du manque, et ces degr\u00e9s de l\u2019\u00eatre, sont tout \u00e0 fait rep\u00e9rables quand il s\u2019agit de la <strong>v\u00e9rit\u00e9<\/strong>. De la v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est ainsi qu\u2019elle se d\u00e9coupe dans l\u2019exp\u00e9rience analytique de la fa\u00e7on la plus certaine : la v\u00e9rit\u00e9 est variable, elle est instable. Celle qui appara\u00eet \u00e0 un moment donn\u00e9, dispara\u00eet, s\u2019\u00e9clipse <em>un peu plus tard<\/em>, la fois suivante. Et quand on se retourne sur les v\u00e9rit\u00e9s dont on s\u2019est d\u00e9lest\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion, c\u2019est avec le plus grand \u00e9tonnement. <strong>Donc, l\u00e0 le destin de la v\u00e9rit\u00e9 suit celui de l\u2019\u00eatre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><a href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/15-enluminure-m-d-aragon-le-buisson-ardent.jpg\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/15-enluminure-m-d-aragon-le-buisson-ardent.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1191\" width=\"335\" height=\"433\" srcset=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/15-enluminure-m-d-aragon-le-buisson-ardent.jpg 447w, https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/15-enluminure-m-d-aragon-le-buisson-ardent-232x300.jpg 232w\" sizes=\"(max-width: 335px) 100vw, 335px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Alors l\u00e0, \u00e7a vous permet d\u2019op\u00e9rer un court-circuit pour saisir le paradoxe qu\u2019il y a, \u00e0 ce qu\u2019on ait invent\u00e9 un \u00eatre \u00e9ternel, et que Lacan, dans son S\u00e9minaire sur le <em>Sinthome<\/em>, le XXIII, insiste, en passant, sur la n\u00e9cessit\u00e9 que l\u2019analyste soit <strong>en garde contre l\u2019\u00e9ternit\u00e9<\/strong>, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que l\u2019\u00eatre varie avec le temps. Et l\u2019arracher au temps, l\u2019arracher \u00e0 la fonction du temps, pour le projeter dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9, c\u2019est pour l\u2019analyste une erreur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Grecs, qui ont accouch\u00e9 de notre tradition de pens\u00e9e, \u00e9taient plus prudents, et Lacan, qui pratiquait Aristote, souligne qu\u2019Aristote lui-m\u00eame faisait de l\u2019\u00eatre un usage plus temp\u00e9r\u00e9 que ce \u00e0 quoi on s\u2019est adonn\u00e9 par la suite. Si l\u2019\u00eatre a pris, si je puis dire, le mors aux dents, jusqu\u2019\u00e0 se pavaner d\u2019\u00e9ternit\u00e9, on peut le poser avec Lacan que c\u2019est sous l\u2019influence de la parole biblique, attribu\u00e9e au Dieu du buisson ardent : \u00ab<strong>Je suis ce que je suis<\/strong>\u00bb. L\u00e0 c\u2019est un usage intemp\u00e9rant de l\u2019\u00eatre. Il nous en propose une version absolue. \u00c9videmment c\u2019est un \u00eatre qui sans doute se supporte d\u2019une section du pr\u00e9dicat, mais, pour combler ce trou, <strong>d\u2019un pr\u00e9dicat qui redouble le verbe \u00eatre.<\/strong> Alors l\u00e0 \u00e9videmment, vous \u00eates ficel\u00e9. Et la m\u00e9taphysique d\u2019Aristote + le buisson ardent de la bible, \u00e7a a donn\u00e9 l\u2019incroyable exaltation de l\u2019\u00eatre dans la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, quel est le fondement de cette illusion d\u2019\u00e9ternit\u00e9, si on en cherche un ?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sans doute <strong>une sublimation de la routine<\/strong>, de la routine de tous les jours, qui fait que le signifi\u00e9, comme le dit Lacan, garde en fin de compte toujours le m\u00eame sens, plus ou moins \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il a une stabilit\u00e9 approximative. Et c\u2019est <strong>de cette stabilit\u00e9 des routines des significations dont on peut imaginer qu\u2019on ait fait l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, quand on y regarde de plus pr\u00e8s, on voit bien que les Anciens n\u2019avaient pas du tout du m\u00eame mot le m\u00eame usage. \u00c7a n\u2019avait de m\u00eame signification, que si on regarde de tr\u00e8s loin. D\u00e8s qu\u2019on regarde de pr\u00e8s, on s\u2019aper\u00e7oit de d\u00e9calages, voire que \u00e7a n\u2019a rien \u00e0 voir. Et quand on regarde d\u2019encore un peu plus pr\u00e8s, on s\u2019aper\u00e7oit que tout est idiosyncrasie. <strong>Que les significations, dans leur intimit\u00e9, sont propres \u00e0 chacun.<\/strong> En tout cas, l\u2019exp\u00e9rience analytique porte \u00e0 \u00e7a, devrait porter \u00e0 \u00e7a. A cette m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019endroit de la compr\u00e9hension. Elle peut \u00e9videmment porter tout \u00e0 fait au contraire, \u00e0 titre de d\u00e9fense. Et donc quand je dis \u00e7a, faut prendre le discours \u00e0 la grosse.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, <strong>l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre \u00e9ternel,<\/strong> s\u2019applique dans <strong>toute une cosmologie imaginaire<\/strong> parce qu\u2019elle supporte aussi la notion de \u00ab <strong>monde <\/strong>\u00bb. D\u2019un monde qui persisterait, qui durerait et dans lequel il y aurait, ou a, quelqu\u2019un qui<em> pourrait en prendre connaissance<\/em>. Une partie du monde pourrait venir \u00e0 le conna\u00eetre. Et cette cosmologie imaginaire, elle n\u2019est pas d\u00e9mentie, elle est au contraire isol\u00e9e, cern\u00e9e quand Heidegger qualifie ce qu\u2019il isole comme le <em>Dasein<\/em>, de \u00eatre-dans-le-monde. <em>Der \u00ab\u00a0in-der-Welt-sein\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La psychanalyse r\u00e9cuse la notion d\u2019un \u00eatre \u00e9ternel au profit de l\u2019\u00eatre discursif, inexorablement li\u00e9 \u00e0 la fonction du temps. Et en m\u00eame temps \u2013vous pourriez vous imaginer qu\u2019il suffirait d\u2019\u00eatre ath\u00e9e pour \u00eatre \u2026 c\u2019est pas du tout de \u00e7a qu\u2019il s\u2019agit. Ce dont il s\u2019agit, c\u2019est d\u2019<strong>abandonner la notion de la persistance d\u2019un monde<\/strong>. Et du sujet, de l\u2019\u00eatre parlant, comme \u00eatre-dans-le-monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Le penser comme \u00eatre-dans-le-discours, interdit de lui transf\u00e9rer les propri\u00e9t\u00e9s que l\u2019on attribuait \u00e0 son \u00eatre-dans-le-monde. Et \u00e7a, pour acc\u00e9der \u00e0 \u00e7a, <strong>\u00e7a demande une discipline pratique<\/strong>. <strong>\u00c7a demande de penser au rebours de la routine de son petit monde. <\/strong>Et aussi d\u2019ailleurs au grand. \u00c7a demande de se rompre \u00e0 ce que comporte, si elle est s\u00e9rieuse, la pratique de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019existence ne nous fait pas sortir du langage. <\/strong>Seulement, pour y acc\u00e9der, il faut prendre le langage \u00e0 un autre niveau que celui de l\u2019\u00eatre. Il faut <strong>le prendre, <\/strong>c&rsquo;est la le\u00e7on de Lacan, <strong>au niveau de l\u2019\u00e9criture<\/strong>. Y a ceci, que l\u2019\u00e9crit dans le langage peut, je dirais, <strong>s\u2019autonomiser<\/strong>. Et en particulier, l\u2019\u00e9crit fonctionne comme autonome dans la math\u00e9matique. \u00c7a n\u2019emp\u00eache pas qu\u2019il faille parler autour, donner du sens, pour introduire cette \u00e9criture. Mais n\u00e9anmoins, l\u2019\u00e9crit apparait comme un isolat. C\u2019est \u00e9crit l\u00e0 (tableau), comme un isolat dans le langage.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors. Je m\u2019oblige \u00e0 de la simplicit\u00e9 pour que \u00e7a reste, pour que \u00e7a fasse trace.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien entendu, la parole peut \u00eatre \u00e9crite. Cette parole comme je le disais, a des affinit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00eatre, elle peut \u00eatre \u00e9crite. Dans ce cas-l\u00e0, l\u2019\u00e9crit appelons-le <strong>l\u2019\u00e9crit-de-parole<\/strong>, l\u2019\u00e9crit qui note la parole. Il y a la st\u00e9nographie, qu\u2019il faut encore ensuite d\u00e9chiffrer pour la mettre en langage courant, mais cette parole peut \u00eatre aussi enregistr\u00e9e, communiqu\u00e9e par des pulsations \u00e9lectroniques, tout \u00e7a ce sont des modes de capture de la parole, mais par des instruments qui sont \u00e0 son service.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que j\u2019\u00e9voque, c\u2019est autre chose, c\u2019est <strong>l\u2019\u00e9criture que j\u2019appellerais d\u2019existence<\/strong>, c\u2019est l\u2019\u00e9criture <strong>qui n\u2019est pas \u00e9criture de la parole.<\/strong> Je dis qu\u2019on peut la dire <strong>\u00e9criture pure<\/strong>, maniement de la lettre, de la trace. Il ne s\u2019agit pas de penser qu\u2019il n\u2019y a de lettre que de l\u2019alphabet, les chiffres \u00e0 cet \u00e9gard sont de lettre&nbsp; aussi. L\u00e0, le signifiant en effet op\u00e8re coup\u00e9 de la signification. Et c\u2019est \u00e0 ce niveau-l\u00e0 qu\u2019on peut saisir <strong>une existence sans monde<\/strong>. C\u2019est l\u2019\u00e9criture dont se soutient le discours scientifique, au moins dans sa partie math\u00e9matique. Et, la science ruine le monde. Je veux dire que au niveau du discours scientifique, le monde dans lequel barbote le <em>Dasein<\/em>, le monde qu\u2019on croit conna\u00eetre, le monde avec lequel on conna\u00eet, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on na\u00eet en m\u00eame temps que lui, au niveau du discours scientifique, ce monde-l\u00e0 se d\u00e9compose. Dans la science, et m\u00eame si les scientifiques ne s\u2019en aper\u00e7oivent pas, il n\u2019y a pas de monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Voyez ce qu\u2019\u00e9nonce Lacan, toujours dans <em>Encore<\/em>, p. 37 :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab<em> A partir du moment o\u00f9 vous pouvez ajouter aux atomes ce truc qui s&rsquo;appelle le quark<\/em> \u2013 la d\u00e9couverte \u00e9tait relativement r\u00e9cente \u00e0 l\u2019\u00e9poque &#8211; ,<em> vous devez quand m\u00eame vous rendre compte qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;autre chose que d&rsquo;un monde. <\/em>\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Avec la science, vous devez tout de m\u00eame vous rendre compte qu\u2019il s\u2019agit d\u2019autre chose que d\u2019un monde.\u00a0\u00bb \u00c7a n\u2019a plus de rapport avec une totalit\u00e9 harmonieuse, plus question d\u2019un macrocosme qui serait refl\u00e9t\u00e9 par un microcosme, ce n\u2019est pas non plus d\u2019un spectacle du monde qui s\u2019\u00e9talerait pour le b\u00e9n\u00e9fice du sujet de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici l\u2019existence se r\u00e9duit au<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2203 x &nbsp; |&nbsp; <em>f(x)<\/em><\/strong>,<br>il existe x tel que fonction de x<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, bien entendu, j\u2019en parle, j\u2019en parle pour introduire, mais ce dont il s\u2019agit <strong>c\u2019est d\u2019encha\u00eener une \u00e9criture qui se d\u00e9veloppe selon sa propre n\u00e9cessit\u00e9<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ne squeezons pas trop vite.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a se lit, je vous le lis, eh bien pr\u00e9cis\u00e9ment ici, il s\u2019agit de lecture, il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00e9coute. Ce qu\u2019on \u00e9coute, ce sont des significations, et elles \u00e9voquent en vous de la compr\u00e9hension parce qu\u2019il y a toujours l\u00e0 une jouissance qui est incluse. Et comme je l\u2019ai dit, il faut faire effort pour en s\u00e9parer le signifiant.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, quand il s\u2019agit d\u2019\u00e9coute, on part du petit s, pour simplifier, et on tente d\u2019en isoler le signifiant<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9coute<br>s \u2192 S<\/p>\n\n\n\n<p>La lecture c\u2019est autre chose. La lecture \u00e7a part du signifiant et \u00e9ventuellement \u00e7a peut donner lieu \u00e0 des significations<\/p>\n\n\n\n<p>Lecture<br>S \u2192 s<\/p>\n\n\n\n<p>Et il y a \u00e9cart entre \u00e9coute et lecture. Et pour passer de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, il faut en passer par l\u2019\u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors plut\u00f4t que de se gargariser de son \u00e9coute, occupons-nous de <em>votre<\/em> lecture. L\u2019interpr\u00e9tation, c\u2019est une lecture.<strong> L\u2019interpr\u00e9tation ne porte qu\u2019\u00e0 condition d\u2019\u00eatre une lecture<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est pourquoi, Lacan peut dire que le sujet de l\u2019inconscient, vous le supposez savoir lire. Donc, que ceci soit clair : 2 statuts du signifiant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019usage de Lacan, il y a clairement une amphibologie de ce terme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il y a le signifiant qui note la parole <\/strong>et celui-l\u00e0 est second.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a <strong>le signifiant comme tel, celui qui se lit purement et simplement,<\/strong> et celui-l\u00e0 est premier par rapport au signifiable (?????) Alors, <strong>on peut l\u2019appeler la lettre<\/strong>, Lacan le fait \u00e0 l\u2019occasion, \u00e0 condition, je l\u2019ai dit, de ne pas se cantonner aux 26 lettres de l\u2018alphabet. <strong>Les nombres naturels, et puis les autres qui ne le sont pas,<\/strong> et qui s\u2019inventent tous les jours, si je puis dire, <strong>sont de cet ordre, et ils ne notent pas des significations.<\/strong> Et c\u2019est ce signifiant l\u00e0, premier, dont Lacan peut dire qu\u2019il est <strong>comme une substance<\/strong>. Il dit exactement : il y a \u00abune substance qui tout enti\u00e8re tient en ceci qu&rsquo;il y a du signifiant. \u00bb (<em>Encore<\/em>, p. 41)<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que on peut dire que les math\u00e9matiques se d\u00e9ploient au-del\u00e0 du langage, dans la mesure o\u00f9 ce que nous appelons le langage est fait de l\u2019union du signifiant et du signifi\u00e9. Mais, Lacan le dit \u00e0 l\u2019occasion dans ces termes, c\u2019est le langage qui nous impose l\u2019\u00eatre, l\u2019\u00eatre \u00e9ventuellement \u00e9ternel. Le langage donne naissance \u00e0 des \u00eatres qui sont variables, qui sont fragiles. Et dont la d\u00e9notation, pour parler comme Russel, dont la r\u00e9f\u00e9rence, la <em>Bedeutung<\/em>, pour employer le mot de Frege, leur \u00e9chappe.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que l\u2019\u00eatre appara\u00eet si fuyant, quand on parle, appara\u00eet incertain, qu\u2019on est conduit \u00e0 imaginer un \u00eatre en-de\u00e7\u00e0 du langage.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit \u00e0 cause pr\u00e9cis\u00e9ment de ce halo d\u2019\u00eatre qui entoure l\u2019usage du langage, on est justement conduit \u00e0 penser que nous<strong> n\u2019avons acc\u00e8s qu\u2019aux apparences,<\/strong> et que nous sommes s\u00e9par\u00e9s <strong>par le mur du langage <\/strong>de ce qui serait <strong>l\u2019\u00eatre<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"191\" height=\"168\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/mur-langage-apparence-etre.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-1414\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Eh bien c\u2019est ce \u00e0 quoi, tel que je l\u2019entends, tel que je le lis, Lacan nous invite \u00e0 renoncer. \u00c7a c\u2019est un appareil, \u00e9l\u00e9mentaire tel que je l\u2019ai dessin\u00e9 ici, mais c\u2019est un appareil tr\u00e8s pr\u00e9gnant dans notre tradition philosophique &#8211; avec les diff\u00e9rences qu\u2019on peut faire, d\u2019assimiler, de dire qu\u2019en fait l\u2019apparence c\u2019est l\u2019\u00eatre v\u00e9ritable, etc. La subversion nietzsch\u00e9enne qu\u2019on disait apte \u00e0\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La psychanalyse conduit \u00e0 autre chose, <\/strong>elle conduit non pas \u00e0 poser un \u00eatre en-de\u00e7\u00e0, mais dans les termes de Lacan poser <strong>un \u00eatre \u00e0-c\u00f4t\u00e9<\/strong>. <strong>Un \u00eatre para<\/strong>&#8211; qui est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que nous donne le langage.<\/p>\n\n\n\n<p>Et donc, ce qui se substitue \u00e0 ce sch\u00e9ma &#8211; je respecte provisoirement le dessin du mur du langage -, c\u2019est le <strong>par-\u00eatre<\/strong>, un \u00eatre qui est toujours <strong>\u00e0 c\u00f4t\u00e9<\/strong>; et derri\u00e8re le mur du langage, <strong>l\u2019existence<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"191\" height=\"168\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/mur-langage-par-eetre-existence.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-1415\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>A quoi, il faut ajouter cette diff\u00e9rence que <strong>pour nous, il n\u2019y a pas de mur du langage<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, seulement si nous arrivons \u00e0 concevoir <strong>que l\u2019\u00e9criture atteint et constitue l\u2019existence.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, il y a une conjonction du <strong>par-\u00eatre<\/strong> et de la <strong>parole<\/strong>, (qui est \u00e0 confondre quand on s\u2019exprime dans les termes de l\u2019\u00eatre parlant),<\/p>\n\n\n\n<p>Par-\u00eatre \u25ca Parole<\/p>\n\n\n\n<p>Existence \u25ca \u00c9criture<\/p>\n\n\n\n<p>et il y a une conjonction essentielle entre <strong>existence<\/strong> et <strong>\u00e9criture<\/strong>, \u00e9criture que j\u2019ai dite premi\u00e8re.<strong> C\u2019est un appareil qui est n\u00e9cessaire pour lire comme il convient qu\u2019il n\u2019y a pas de rapport sexuel, <\/strong>dont Lacan dit \u00e0 l\u2019occasion qu\u2019il ne peut pas \u00eatre \u00e9crit et qu\u2019il est inexistant. Et il le dit dans la mesure o\u00f9 l\u2019\u00e9criture est la mesure de l\u2019existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors,<strong> il y a des apparences qui suppl\u00e9ent au rapport sexuel. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des <strong>par-\u00eatres<\/strong>, qui ne tiennent leur \u00eatre que du langage, et ces par-\u00eatres sont appareill\u00e9s \u00e0 des fictions qui sont institu\u00e9es <strong>tant\u00f4t par le signifiant imp\u00e9ratif, <\/strong>c\u2019est-\u00e0-dire par la Loi, par ce qu\u2019on appelle la religion \u2013 comme s\u2019il s\u2019agissait l\u00e0 d\u2019un seul domaine, bien h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne \u2026 des cat\u00e9gories comme sacr\u00e9, \u2026. mais ne rentrons pas l\u00e0-dedans &#8211; des fictions institu\u00e9es par le signifiant imp\u00e9ratif et<strong> tant\u00f4t par la simple routine des significations,<\/strong> qui en mati\u00e8re de sexualit\u00e9 sont sp\u00e9cialement contradictoires.<\/p>\n\n\n\n<p>La fiction qui par excellence suppl\u00e9e \u00e0 ce qui ici n\u2019existe pas, c\u2019est l\u2019amour, dont je disais que c\u2019\u00e9tait une constante anthropologique.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tout homme sait qu\u2019il est mortel et est amoureux\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amour \u00e7a cr\u00e9e, \u00e7a fait \u00eatre un Un imaginaire. \u00c7a isole un seul \u00eatre, celui que quand il vous manque <strong>tout est d\u00e9peupl\u00e9.<\/strong> C\u2019est un vers de Lamartine, c\u2019est le seul vers de Lamartine que j\u2019aime, parce que c\u2019est un vers lacanien (et qui est vraiment, qui dit tr\u00e8s juste); et comme j\u2019aime bien d\u2019ailleurs le titre d\u2019un roman de Mauriac qui est le \u00ab <strong>Le d\u00e9sert de l\u2019amour<\/strong> \u00bb, qui consonne avec Lamartine. <strong>L\u2019amour a cette propri\u00e9t\u00e9 d\u2019isoler un Un<\/strong>, \u00e9videmment c\u2019est un ersatz du Un vraiment int\u00e9ressant, le signifiant Un. Enfin de celui-l\u00e0, vous n\u2019en n\u2019\u00eates pas amoureux. Vous, mais y en a d\u2019autres qui ont pu en \u00eatre amoureux, comme <strong>Plotin <\/strong>par exemple. Lui, il \u00e9tait amoureux du signifiant Un comme vous l\u2019\u00eates de tel ou telle, un ou une imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le transfert analytique <\/strong>\u00e0 cet \u00e9gard, est fait de la m\u00eame \u00e9toffe que cet amour-l\u00e0, que l\u2019amour vrai &#8211; pour ce que vaut la v\u00e9rit\u00e9. Il est fait de la m\u00eame \u00e9toffe, c\u2019est-\u00e0-dire il est fait d\u2019une \u00e9toffe de par-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amour ne vous donne pas acc\u00e8s \u00e0 l\u2019existence, elle ne vous donne acc\u00e8s qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00eatre et c\u2019est pourquoi on s\u2019imagine que l\u2019\u00eatre \u00e9ternel exige votre amour.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a vous donne le soup\u00e7on que <del>vous \u00eates, <\/del>(?) si vous l\u2019aimiez un peu moins, il serait un peu moins \u00e9ternel.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors le lieu de l\u2019Autre, du grand Autre, qu\u2019on appelle le lieu de la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est le lieu des par-\u00eatres et <strong>l\u2019analyste au lieu de l\u2019Autre<\/strong>, dans cette logique il faut dire qu\u2019il est de la m\u00eame \u00e9toffe, <strong>ni plus ni moins que Dieu.<\/strong> [C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui fondait Freud \u00e0 consid\u00e9rer que la religion, d\u2019ailleurs il faut \u00eatre psychanalyste pour penser que la religion \u00e9tait une ???] Alors, le Un imaginaire que d\u00e9gage et que suppose et que cr\u00e9e l\u2019amour, (c\u2019est que vous corr\u00e9lat son corr\u00e9lat ?) c\u2019est ce qui justifie qu\u2019on lui attribue un statut narcissique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alors le Un d\u2019amour est tout \u00e0 fait distinct de l\u2019Un d\u2019existence. <\/strong>L\u2019un d\u2019existence tient \u00e0 un effet d\u2019\u00e9crit et non pas \u00e0 un effet de signification.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est la valeur de l\u2019indication que donne Lacan, quand il formule que c\u2019est dans le jeu-m\u00eame de l\u2019\u00e9crit que nous avons \u00e0 trouver le point d\u2019orientation de la pratique. Et \u00e7a veut dire qu\u2019alors dans l\u2019\u00e9coute, ce qui compte c\u2019est la lecture.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce qu\u2019il vise, c\u2019est l\u2019\u00e9crit primaire <\/strong>non pas l&rsquo;\u00e9crit notant la parole. Cet \u00e9crit primaire que j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019\u00e9crire <a title=\"7\u00b0 cours de jacques-alain miller \u2013 16 mars 2011\" href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/jacques-alain-miller-notes-du-cours-du-16-mars-2011-partie-i-alors-faut-que-j%e2%80%99vous-prenne-par-la-main\/\">la derni\u00e8re fois<\/a> par un I majuscule, de forme latine, auquel j\u2019ai conjoint ce rond suppos\u00e9 indiquer un manque, le manque de cette premi\u00e8re marque et dont je vous ai dit qu\u2019il valait comme l\u2019ensemble vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Lacan tout au long de son enseignement a insist\u00e9 sur un point classique de <strong>la diff\u00e9rence de la th\u00e9orie des classes et de la th\u00e9orie des ensembles. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la th\u00e9orie des classes, <strong>il n\u2019y a que des \u00eatres.<\/strong> Et dans la th\u00e9orie des ensembles on arrive <strong>\u00e0 manier l\u00e0 sans \u00eatre<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la th\u00e9orie des classes, il n\u2019y a que des \u00eatres qui sont ceci ou cela, <strong>qui ont des pr\u00e9dicats<\/strong>, et dans une classe ces \u00eatres sont rassembl\u00e9s en fonction de leur pr\u00e9dicat &#8211; enfin, selon le grand principe logique \u00ab qui se rassemble s\u2019assemble \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, entre les \u00e9l\u00e9ments d\u2019un ensemble,<strong> il n\u2019y a pas de ressemblance.<\/strong> Ce qu\u2019on met ensemble, c\u2019est \u00e7a leur seul point commun, c\u2019est ce qui se compte pour Un \u2013 du moins dans une perspective qu\u2019on appelle extensionnelle. On met ensemble, et Lacan le souligne, des choses qui n\u2019ont entre elles strictement aucun rapport, qui ne se ressemblent pas, qui ne se ressemblent par aucune propri\u00e9t\u00e9, par aucune forme, par aucune donn\u00e9e imaginaire, par aucune signification. <strong>Tout ce que les \u00e9l\u00e9ments ont de commun, c\u2019est d\u2019\u00eatre des Uns et d\u2019appartenir \u00e0 tel ensemble, marqu\u00e9 de telle lettre.<\/strong> Et apr\u00e8s on op\u00e8re avec la ? logique ?<\/p>\n\n\n\n<p>Seulement dans la th\u00e9orie des ensembles,<strong> en plus, on compte l\u2019ensemble vide.<\/strong> Il n\u2019appara\u00eet pas quand on compte les \u00e9l\u00e9ments, mais quand on compte ce que qu\u2019on appelle<strong> les parties de l\u2019ensemble<\/strong>, les sous-ensembles. Il appara\u00eet comme par miracle, et comme un Un en plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, le Un, comment est-ce que il est venu dans notre monde ? Il est venu dans le monde par le signifiant. Par le fait qu\u2019il y a du langage et ce qu&rsquo;il rencontre pr\u00e9cis\u00e9ment il le d\u00e9compose. Et dire qu\u2019il y a une <strong>substance signifiante<\/strong>, dire \u00ab yad\u2019lun \u00bb, cet Un, on ne peut pas le d\u00e9duire, il est premier, il arrive au monde avec le langage, oblige \u00e0 en faire <strong>comme une substance<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, le Un, comment est-ce qu\u2019il est venu dans notre monde&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il est venu dans le monde par le signifiant.<\/p>\n\n\n\n<p>Par le fait qu\u2019il y a du langage.<\/p>\n\n\n\n<p>Et une fois introduit dans le monde, &nbsp;pr\u00e9cis\u00e9ment il le d\u00e9compose.<\/p>\n\n\n\n<p>Et dire qu\u2019il y a une substance signifiante, c&rsquo;est&nbsp; dire \u00ab&nbsp;y a de l&rsquo;un\u00bb, cet Un qu&rsquo;on ne peut pas d\u00e9duire, premier, il arrive au monde avec le langage, oblige \u00e0 en faire comme une substance &#8211; substance veut dire, <strong>ici pas de gen\u00e8se<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est dans la mesure o\u00f9 on pose,&nbsp; comme une donn\u00e9e premi\u00e8re, qu\u2019il y a de l\u2019Un, qu\u2019on est conduit \u00e0 isoler la substance (&nbsp;?) comme une autre jouissance. On a glos\u00e9, moi le premier, sur la substance jouissante que Lacan am\u00e8ne dans son S\u00e9minaire <em>Encore<\/em>.&nbsp; Cette substance jouissante est strictement corr\u00e9lative de la notion je dirais approximative de la substance signifiante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Substance jouissante, <\/strong>alors on est ici dans un tout autre registre &#8211;&nbsp; puisqu&rsquo;elle au fond assign\u00e9e au corps. Mais \u00e0 condition dit Lacan que cette substance se d\u00e9finisse seulement de ce qui se jouit. Alors, \u00e7a veut dire que le corps dont il s\u2019agit ici ne se d\u00e9finit pas par l\u2019image, il ne se d\u00e9finit pas par la forme, et il ne se d\u00e9finit pas, m\u00eame, par le Un. Un corps.&nbsp; Et&nbsp; il ne se d\u00e9finit pas m\u00eame comme ce qui jouit mais <strong>comme ce qui se jouit<\/strong>. Donnons-lui d\u2019abord la valeur d&rsquo;un ?, sa connexion \u00e0 la substance, un corps qui jouit de lui-m\u00eame. C\u2019est pas le corps de ce qui serait le rapport sexuel. <strong>Le corps qui est l\u00e0 vis\u00e9, c\u2019est un corps au niveau de l\u2019existence. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u00e0 nous avons au fond d\u00e9gag\u00e9 comme un dualisme de la substance. La substance signifiante et la substance jouissance. A l\u2019oppos\u00e9 de ce qui est le monisme d\u2019un Spinoza, avec sa substance unique de Dieu ou de la nature. Chez Spinoza, on peut dire que la substance est purement signifiante. Elle se laisse, \u00e7a c\u2019\u00e9tait l\u2019id\u00e9al, int\u00e9gralement math\u00e9matiser &#8211; ce qui pour lui voulait dire g\u00e9om\u00e9triser, euclidianiser. On peut proc\u00e9der par th\u00e9or\u00e8mes et d\u00e9monstrations parce qu\u2019il n\u2019est question que de signifiant.&nbsp; Alors que, dans l\u2019itin\u00e9raire o\u00f9 il essaie de faire passer le sujet, celui-ci devrait rencontrer \u00e0 son culmen l\u2019amour. L\u2019amour qui est soigneusement \u00e9tiquet\u00e9 \u00ab&nbsp;l\u2019amour intellectuel de Dieu&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qui est cens\u00e9 se tenir au niveau du signifiant, mais qui n\u2019en serait pas moins source de b\u00e9atitude, c\u2019est-\u00e0-dire de jouissance infinie. Et comment retrouver ici, au terme d\u2019un parcours d\u00e9monstratif tout entier au niveau du signifiant, comment retrouver la jouissance sans poser \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la substance signifiante une substance jouissance,<\/p>\n\n\n\n<p>Chez Lacan, on voit se mouvoir <strong>2 substances ext\u00e9rieures l\u2019une \u00e0 l\u2019autre<\/strong>. La&nbsp;signifiante est la jouissance qui r\u00e9percute la diff\u00e9rence freudienne de l\u2019inconscient et du \u00e7a. Sauf que quand il&nbsp;l\u2019\u00e9bauche Lacan indique aussit\u00f4t une satisfaction au niveau de l\u2019inconscient. Et apr\u00e8s avoir li\u00e9 la substance et le corps apparemment de fa\u00e7on indissoluble, il am\u00e8ne contradictoirement une satisfaction qui se supporte du langage, la jouissance du blablabla.<\/p>\n\n\n\n<p><em>impression du Un sur le corps = castration (F) = perte de J <\/em><em> (F)<\/em><em> = trop de sens = d\u00e9r\u00e9glement (L)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et on peut dire qu\u2019<em><strong>ici <\/strong><\/em>le <strong>langage est \u00e0 saisir au niveau <em>de ce qui s\u2019imprime<\/em> sur le corps<\/strong>, avec effet de jouissance.<\/p>\n\n\n\n<p><em>langage s&rsquo;imprime s\/ corps&nbsp; =&gt; langage = appareil de J<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le <strong>Un s\u2019imprime sur le corps,<\/strong> et c\u2019est dans cette mesure que le langage peut \u00eatre dit un appareil de la jouissance.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au fond, <\/strong>c\u2019est ce que Freud avait d\u00e9couvert, ce qu\u2019il avait d\u00e9couvert sous les esp\u00e8ces de la <strong>castration<\/strong>. Il avait d\u00e9couvert qu\u2019avec le langage s\u2019introduisait une <strong>perte<\/strong>, une perte de jouissance, qui se trouvait r\u00e9percut\u00e9e pour lui comme faute, comme culpabilit\u00e9. <strong>Mais <\/strong>il y a l\u00e0, si je puis dire, <strong>trop de sens. <\/strong>Lacan, dans le sillage de cette d\u00e9couverte, ne dit pas \u00ab&nbsp;castration&nbsp;\u00bb &#8211; il le dit de temps en temps, pour rappeler ses racines -, Lacan dit simplement <strong>\u00ab&nbsp;d\u00e9r\u00e8glement&nbsp;\u00bb<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Un introduit un <strong>trouble <\/strong>de jouissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, c\u2019est <strong>supposer que la jouissance du corps, comme telle, est hom\u00e9ostatique<\/strong>. Et c\u2019est ce qu\u2019on imagine, pr\u00e9cis\u00e9ment de la jouissance de l\u2019animal, voire celle de la plante, <strong>qu\u2019elle est r\u00e9gul\u00e9e<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Et le langage introduit, dans ce registre de la jouissance &#8211; Freud disait la castration, Lacan dit autre chose, qui englobe la castration -, <strong>le langage introduit dans la jouissance la r\u00e9p\u00e9tition du Un. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Du Un qui comm\u00e9more une irruption de jouissance inoubliable.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>addiction<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet se trouve d\u00e8s lors li\u00e9 <strong>\u00e0 un cycle de r\u00e9p\u00e9tition&nbsp; dont les instances ne s\u2019additionnent pas et dont les exp\u00e9riences ne lui apprennent rien. C\u2019est ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui l\u2019addiction<\/strong>. Et on l\u2019appelle l\u2019addiction pr\u00e9cis\u00e9ment parce que ce n\u2019est pas une addition. Parce que les exp\u00e9riences ne s\u2019additionnent pas.<\/p>\n\n\n\n<p><em>hors sens<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette r\u00e9p\u00e9tition de jouissance elle est tout \u00e0 fait hors sens,<\/strong> et on s\u2019en plaint. C\u2019est aussi par l\u00e0 que Lacan a pu g\u00e9n\u00e9raliser l\u2019instance de cette jouissance muette qu\u2019il d\u00e9couvrait dans la sexualit\u00e9 f\u00e9minine. Au fond il l\u2019a \u00e9tendue, dans un second temps, au m\u00e2le aussi pour dire que c\u2019est elle qui donne le statut fondamental de la jouissance, comme opaque au sens.<\/p>\n\n\n\n<p><em>sinthome<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il a d\u00fb inventer de revenir \u00e0 <strong>l\u2019\u00e9criture du sinthome, qui se distingue du sympt\u00f4me.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le sympt\u00f4me, freudien pr\u00e9cis\u00e9ment,&nbsp; fait sens. Alors que le sinthome, lui, purement et simplement, se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p><em>constat<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le sympt\u00f4me freudien contient une v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019on peut r\u00eaver de r\u00e9v\u00e9ler. <strong>Le sinthome n\u2019est pas corr\u00e9latif d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation mais d\u2019un constat<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ce qu\u2019on peut dire, c\u2019est qu\u2019il est <strong>susceptible de se d\u00e9nuder<\/strong>, de quitter l\u2019habillage que lui donnent des par-\u00eatres. Et le petit <em>a<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui de la jouissance fait sens, le petit <em>a<\/em> c\u2019est aussi un par-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>La jouissance r\u00e9p\u00e9titive, la jouissance qu\u2019on dit de l\u2019addiction \u2013 <strong>et pr\u00e9cis\u00e9ment ce que Lacan appelle le sinthome est au niveau de l\u2019addiction -, <\/strong>cette jouissance r\u00e9p\u00e9titive, elle n\u2019a de rapport <em>qu\u2019avec<\/em> le signifiant Un.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec le S1.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a veut dire qu\u2019elle n\u2019a pas de rapport avec le S2, qui repr\u00e9sente le savoir. Cette jouissance r\u00e9p\u00e9titive est hors savoir. Elle est auto-jouissance du corps par le biais du S1 sans S2. Ce qui fait fonction de S2 dans la mati\u00e8re, ce qui fait fonction d\u2019<strong>Autre de ce S1, c\u2019est le corps lui-m\u00eame<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette jouissance inconnue, c\u2019est l\u2019\u00e9tude de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine qui a permis \u00e0 Lacan de lever un coin du voile sur elle. C\u2019est ce qu\u2019il d\u00e9veloppe dans le S\u00e9minaire <em>Encore<\/em>, mais de l\u00e0, par apr\u00e8s, bien s\u00fbr il l\u2019a trouv\u00e9e aussi chez le m\u00e2le, o\u00f9 elle est encore plus cach\u00e9e, sous les rodomontades de la jouissance phallique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a se trouve, \u00e7a se manifeste en clair chez les hommes, chez ceux qui choisissent de ne pas passer par la jouissance phallique. C\u2019est le r\u00e9sultat d\u2019un asc\u00e8se. Chez les hommes mystiques par exemple ou dans un cas comme celui de Joyce. Chez ceux qui installent \u00e0 la place de l\u2019Autre <strong>autre chose que le corps de la femme<\/strong>, ceux qui installent <strong>\u00e0 cette place Dieu ou Lalangue<\/strong> et qui entreprennent d\u2019en jouir.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est au moins la marque que <strong>la jouissance comme telle<\/strong> n\u2019a pas le moindre rapport avec le rapport sexuel.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a,&nbsp; il faut dire, \u00e7a nous m\u00e8ne au r\u00e9el qui est \u00e0 ce niveau o\u00f9 &nbsp;l\u2019existence se conjugue \u00e0 l\u2019\u00e9criture, hors sens. Et c\u2019est ce que cherchait Freud lui-m\u00eame quand il essayait de fonder ce qui se d\u00e9couvrait dans l\u2019analyse au niveau des neurones et ce que poursuivent les neurosciences, qui poursuivent la recherche d\u2019un r\u00e9el hors sens, mais avec la biologie, du sens il s\u2019en introduit toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce r\u00e9el, Lacan le trouve d\u00e9nud\u00e9 de tout sens au niveau des math\u00e9matiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Je disais 2 substances,<strong> le signifiant et la jouissance. En fait le r\u00e9el, c\u2019est la conjonction <\/strong>des 2.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que \u2026 c\u2019est toujours une conjonction contingente. C\u2019est ce qui se raconte en analyse. <strong>La contingence de la rencontre entre le signifiant et la jouissance. <\/strong>Et les voies sp\u00e9ciales, toujours tordues, impr\u00e9visibles, et qui apparaissent apr\u00e8s coup n\u00e9cessaires, par lesquelles cette conjonction s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e. Et c\u2019est \u00e0 ce niveau l\u00e0, que bien s\u00fbr on peut formuler le r\u00e9el sans loi. Le r\u00e9el qui est sans loi c\u2019est celui de la conjonction du signifiant et de la jouissance. Et on le voit par le mode d\u2019entr\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience de jouissance inoubliable, de jouissance qui sera comm\u00e9mor\u00e9e par la r\u00e9p\u00e9tition. Son mode d\u2019entr\u00e9e <strong>c\u2019est toujours l\u2019effraction, <\/strong>dans tous les cas, dans tous les cas auxquels on a acc\u00e8s par l&rsquo;analyse,&nbsp; c\u2019est-\u00e0-dire pas la d\u00e9duction, pas l\u2019intention, pas non plus l\u2019\u00e9volution, mais la rupture, la disruption par rapport \u00e0 un ordre pr\u00e9alable qui \u00e9tait <em>ou <\/em>de la routine du discours, par lequel tiennent les significations,&nbsp; <em>ou <\/em>de la routine qu\u2019on imagine du corps animal .&nbsp; Et cette rupture se traduit dans tous les cas par un d\u00e9r\u00e8glement. Ce d\u00e9r\u00e8glement que Freud a captur\u00e9 dans la signification de la castration et dans le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019interdiction \u0153dipienne. &nbsp;Ce th\u00e9\u00e2tre, il faut le dire, a aujourd\u2019hui p\u00e2li parce que l\u2019ordre symbolique n\u2019est plus ce qu\u2019il \u00e9tait, aujourd\u2019hui, au XXI\u00e8 si\u00e8cle. Et c\u2019est donc dans le fil o\u00f9 nous conduit Lacan, que nous avons \u00e0 orienter notre pratique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9nivellation de l\u2019\u00eatre et de l\u2019existence J\u2019ai eu depuis la derni\u00e8re fois quelques t\u00e9moignages, trop nombreux pour que je puisse y r\u00e9pondre et je m&rsquo;en excuse, t\u00e9moignant de ce que un pas a \u00e9t\u00e9 franchi la derni\u00e8re fois dans &#8211; &hellip; <a href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/8-cours-jam-23-mars-2011\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1181,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"templates\/template-cover.php","format":"standard","meta":{"spay_email":"","jetpack_publicize_message":"8\u00b0 cours, partie IV, fin.: http:\/\/wp.me\/pULXi-jG","jetpack_is_tweetstorm":false},"categories":[4],"tags":[12,44,52,25,26,109,180,198],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/tigre03.jpg","jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p2zPSJ-jG","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":937,"url":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/jacques-alain-miller-notes-du-cours-du-16-mars-2011-partie-i-alors-faut-que-jvous-prenne-par-la-main\/","url_meta":{"origin":1220,"position":0},"title":"VII. 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