{"id":1563,"date":"2011-05-11T15:36:07","date_gmt":"2011-05-11T13:36:07","guid":{"rendered":"http:\/\/empreintesdigitales.wordpress.com\/?p=1563"},"modified":"2021-06-13T18:48:11","modified_gmt":"2021-06-13T16:48:11","slug":"jacques-alain-miller-cours-du-11-mai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/05\/jacques-alain-miller-cours-du-11-mai\/","title":{"rendered":"XII.  un regard en arri\u00e8re &#8211; 11 mai"},"content":{"rendered":"<p>Je ne veux pas aujourd&rsquo;hui faire un pas en avant, mais plut\u00f4t regarder en arri\u00e8re pour situer le point o\u00f9 j&rsquo;en suis.<\/p>\n<p>Le point o\u00f9 j\u2019en suis dans ce que je pense, sans doute.<\/p>\n<p>Ce que je pense aujourd&rsquo;hui, au fond c\u2019est ceci : que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 form\u00e9 par l&rsquo;enseignement de Lacan \u00e0 concevoir<strong> le sujet comme un manque-\u00e0-\u00eatre, c\u2019est-\u00e0-dire non-substantiel.<\/strong> Et, cette pens\u00e9e, cette conception a des incidences radicales dans\u00a0 la pratique de la psychanalyse. Et, ce que je pense, c\u2019est que <strong>dans le dernier enseignement de Lacan<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire dans ses indications qui deviennent au cours du temps de plus \u00a0en plus parcellaires et \u00e9nigmatiques, qui demandent \u00e0 y mettre beaucoup du sien, <strong>le manque-\u00e0-\u00eatre, la vis\u00e9e du sujet comme manque-\u00e0-\u00eatre, s\u2019\u00e9vanouit, dispara\u00eet.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et, <strong>\u00e0 la place de cette cat\u00e9gorie ontologique<\/strong> \u00e0 proprement parler &#8211; il y est question d&rsquo;\u00eatre -, <strong>vient celle du trou<\/strong>.<\/p>\n<p>Qui n\u2019est pas sans rapport avec le manque-\u00e0-\u00eatre et qui pourtant <strong>est d\u2019un autre registre que l\u2019ontologie<\/strong>. Et donc, c\u2019est comme \u00e7a que je me retrouve oblig\u00e9 \u00e0 penser le rapport, la filiation et pourtant\u00a0 la diff\u00e9rence <strong>entre le manque-\u00e0-\u00eatre et le trou<\/strong> &#8211; par quoi Lacan voulait dans son dernier enseignement d\u00e9finir le symbolique lui-m\u00eame, le d\u00e9finir comme trou.<\/p>\n<p>Et, le fait qu\u2019il ait eu<strong> recours au n\u0153ud<\/strong> pour repr\u00e9senter ce que j\u2019appellerais (pour m\u2019amuser?) l&rsquo;\u00e9tat de sa pens\u00e9e n\u2019a fait que rendre d\u2019autant plus insistant cette cat\u00e9gorie du trou, puisque chacun des ronds de ficelle dont il s\u2019emparait peut \u00eatre dit, \u00eatre fil\u00e9 autour d\u2019un trou.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 ce que j&rsquo;entrevois, au point o\u00f9 j&rsquo;en suis.<\/p>\n<p><strong>Le renoncement \u00e0 l&rsquo;ontologie l&rsquo;a conduit du manque-\u00e0-\u00eatre au trou. <\/strong><\/p>\n<p>Et que cela reste \u00e0 penser.<\/p>\n<p>Et, le point o\u00f9 j\u2019en suis, c\u2019est aussi <strong>le point o\u00f9 j\u2019en suis dans ce que je pratique, dans mon exercice de la psychanalyse.<\/strong><\/p>\n<p>Et l\u00e0, je vois bien que j&rsquo;y ai \u00e9volu\u00e9.<\/p>\n<p><!--more--><strong><span style=\"color: #ff6600;\">Au fond, ma premi\u00e8re\u00a0 pratique s&rsquo;est r\u00e9gl\u00e9e sur le d\u00e9sir<\/span><\/strong>, entendu comme ce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;interpr\u00e9ter &#8211; et sans m\u00e9conna\u00eetre, instruit que j\u2019\u00e9tais par Lacan, qu\u2019<strong>i<span style=\"color: #ff6600;\">nterpr\u00e9ter le d\u00e9sir c\u2019est aussi bien le faire \u00eatre<\/span><\/strong>.\u00a0 <strong><span style=\"color: #ff6600;\">L\u2019interpr\u00e9tation, en cela, est cr\u00e9ationniste<\/span><\/strong>. Et si ma pratique a \u00e9volu\u00e9, ce n&rsquo;est pas d&rsquo;avoir abandonn\u00e9 l\u2019interpr\u00e9tation du d\u00e9sir, mais c\u2019est de <strong><em>ne pas<\/em> <\/strong>s\u2019y r\u00e9gler, de se<strong> r\u00e9gler sur un terme que l&rsquo;on ne <em>peut pas<\/em> se pr\u00e9valoir de<em> faire \u00eatre<\/em>. <\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff6600;\">Un terme au fond qui destitue l\u2019analyste de ce<\/span> pouvoir cr\u00e9ationniste<\/strong> que l&rsquo;interpr\u00e9tation du d\u00e9sir lui conf\u00e8re, et qui est une certaine puissance, puissance de la parole, de la sienne, qu\u2019il faut sans doute apprendre \u00e0 acqu\u00e9rir. C\u2019est ce qui s\u2019enseigne dans les contr\u00f4les, qui sont faits essentiellement pour lui passer, non pas l\u2019art du diagnostic, m\u00eame si \u00e7a fait le souci du d\u00e9butant qui veut savoir \u00e0 quel type de sujet il a affaire, <strong>mais la m\u00e9thode pour que sa parole acqui\u00e8re de la puissance, qu\u2019elle puisse \u00eatre cr\u00e9ationniste.<\/strong> M\u00e9thode qui, si on la r\u00e9sume, est \u00e9l\u00e9mentaire : c\u2019est qu\u2019il faut <strong>apprendre \u00e0 se taire.<\/strong> Il faut que la parole soit rare pour qu\u2019elle puisse porter, pour qu\u2019elle puisse retenir l\u2019attention du patient, et m\u00eame si cette attention qu\u2019il portera fera qu&rsquo;il sera \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qui a surgi pour lui comme formation de l\u2019inconscient.<\/p>\n<p>Comme le dit Lacan dans son dernier texte publi\u00e9, que vous avez dans les <em>Autres \u00c9crits<\/em>, p. 571, \u00ab <strong>il suffit que s\u2019y fasse attention pour qu\u2019on sorte de l\u2019inconscient\u00a0<\/strong>\u00bb [1]. Et c\u2019est pourtant ce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019obtenir par l\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff6600;\">Mais il y a, disais-je, un terme que vous ne pouvez pas vous pr\u00e9valoir de faire \u00eatre.<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff6600;\">Ce terme, c\u2019est celui de la jouissance. <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff6600;\">L\u00e0, vous devez vous d\u00e9sister de toute intention cr\u00e9ationniste, et vous faire plus humble.<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Interpr\u00e9ter\u00a0\u00bb, \u00a0le terme ici d\u00e9faille.<\/strong> Il faudrait lui substituer quelque chose comme <strong>\u00ab\u00a0cerner\u00a0\u00bb<\/strong>, <strong>\u00ab\u00a0constater\u00a0\u00bb<\/strong>.<\/p>\n<p>Je n\u2019en suis pas satisfait, de ce vocabulaire, je voudrais parvenir \u00e0 trouver le vocabulaire qui dirait mieux ce dont il s\u2019agit pour l\u2019analyste, <strong>au regard de ce terme qui outre-passe l\u2019ontologie. <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>\u00ab\u00a0J\u2019ai mon ontologie, dit Lacan, et il ajoute \u2013 pourquoi \u00a0pas\u00a0? &#8211; comme tout \u00a0le monde en a une, na\u00efve ou \u00e9labor\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je cite ici le S\u00e9minaire des<em> IV concepts fondamentaux<\/em>, page 69. Et, l\u2019enseignement de Lacan, celui qui s\u2019enseigne, se tient au niveau de l\u2019ontologie. C\u2019est lorsqu\u2019il s\u2019en est d\u00e9sist\u00e9 dans son dernier enseignement, qu\u2019en quelque sorte on a perdu les p\u00e9dales. C\u2019est pourquoi je veux demeurer sur ce point avant d\u2019essayer d\u2019avancer.<\/p>\n<p><strong>Son ontologie, Lacan l\u2019a inscrite dans la tentative de Freud de donner corps \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 psychique sans la substantifier.<\/strong><\/p>\n<p>Chacun de ces termes m\u00e9rite d\u2019\u00eatre interrog\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-full wp-image-1589\" style=\"border: 0 none; margin: 10px 18px;\" title=\"shema en oeuf inconscient freud premi\u00e8re topique\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/shema-inconscient-par-freud.jpg\" alt=\"\" width=\"83\" height=\"129\" \/>Ne pas substantifier la r\u00e9alit\u00e9 psychique, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ne pas la psychologiser. Aucun des sch\u00e9mas que Freud a pu proposer pour articuler la r\u00e9alit\u00e9 psychique &#8211; y compris le sch\u00e9ma en \u0153uf qui d\u00e9core sa seconde topique (le moi, le \u00e7a, le surmoi) &#8211; ne doit pr\u00eater \u00e0 une diff\u00e9renciation d\u2019appareil. L\u2019id\u00e9e qu&rsquo;ici il ne s\u2019agit <strong>pas de substance<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire<strong> d\u2019appareil diff\u00e9renci\u00e9 dans l\u2019organisme pour l\u2019incarner<\/strong>, conduit \u00e0 r\u00e9cuser les tentatives d\u2019asseoir la th\u00e9orie freudienne par une investigation du fonctionnement du cerveau. Il ne manque pas aujourd\u2019hui de chercheurs pour essayer de valider les intuitions de Freud en cherchant \u00e0 rep\u00e9rer l\u2019instance qu\u2019il a pu distinguer, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019imagerie \u00e0 laquelle leur donne acc\u00e8s la technologie qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans les d\u00e9cennies r\u00e9centes.<strong><span style=\"color: #800000;\">\u00a0 <\/span><\/strong><strong>\u00c7a c\u2019est une tentative de donner corps \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 psychique en la substantifiant.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Au contraire, Lacan dans son premier enseignement<\/strong> a essay\u00e9 d\u2019\u00e9laborer <strong>un \u00eatre sans substance<\/strong>.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que je veux dire par cette expression\u00a0?<\/p>\n<p>C\u2019est un <strong>\u00eatre qui ne postule aucune existence<\/strong>.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas s\u00fbr que le terme d\u2019existence soit plus clair que celui de substance.<\/p>\n<p>Alors, pr\u00e9cisons.<\/p>\n<p>Au fond, c\u2019est le concept <strong>d\u2019un \u00eatre sans r\u00e9el.<\/strong><\/p>\n<p>Ou disons, un \u00eatre, celui du sujet, <strong>qui ne s\u2019inscrit qu\u2019en se diff\u00e9renciant du r\u00e9el et en se posant au niveau du sens.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 ce niveau-l\u00e0 que se tient l\u2019ontologie de Lacan.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est une ontologie s\u00e9mantique.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Lacan est all\u00e9 chercher dans Freud de quoi soutenir le terme de l\u2019\u00eatre.<\/strong><\/p>\n<p>Il a d\u00fb compulser l\u2019\u0153uvre de Freud, qui n\u2019est pas prodigue de telles r\u00e9f\u00e9rences, et il l\u2019a trouv\u00e9 dans la <em>Traumdeutung<\/em>, au chapitre VII, quand Freud traite, dans la partie marqu\u00e9e E, du processus primaire et du processus secondaire, et aussi du refoulement. Et alors vient sous\u00a0 la plume de Freud l\u2019expression <strong>\u00ab\u00a0Kern unseres Wesen\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le noyau de notre \u00eatre\u00a0\u00bb<\/strong>. Lacan s\u2019en est empar\u00e9, s\u2019est empar\u00e9 de ce hapax, parce que \u00e7a n\u2019a jamais, \u00e0 ma connaissance, \u00e9t\u00e9 dit qu&rsquo;une fois par Freud. Il s\u2019en est empar\u00e9 pour dire que<strong> l\u2019action de l\u2019analyste va au c\u0153ur de l\u2019\u00eatre, et qu\u2019\u00e0 ce titre lui-m\u00eame y est impliqu\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignright size-medium wp-image-1569\" style=\"margin-left: 15px;\" title=\"L'interpr\u00e9tation des r\u00eaves - Jean-Pierre Lefebvre\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/9782021012514.jpg?w=382\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"288\" srcset=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/9782021012514.jpg 400w, https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/9782021012514-191x300.jpg 191w\" sizes=\"(max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/>Pour saisir de quoi il s\u2019agit, reportons-nous \u00e0 ce passage de Freud, que vous trouverez p. 631 de la derni\u00e8re traduction parue de la <strong><em>Traumdeutung<\/em> par Jean-Pierre\u00a0 Lefebvre, aux Editions du Seuil<\/strong>,\u00a0 traduction que pour avoir commenc\u00e9 \u00e0 la compulser, je trouve \u00e9minemment recommandable.<\/p>\n<p><strong>O\u00f9 s\u2019inscrit exactement cette expression de \u00ab\u00a0noyau de notre \u00eatre\u00a0\u00bb\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Elle s\u2019inscrit dans \u2013 j\u2019abr\u00e8ge\u00a0; il faudrait regarder, l\u2019ensemble du chapitre, l\u2019ensemble de cette partie E -, elle s\u2019inscrit dans la diff\u00e9rence, <strong>dans l\u2019\u00e9cart entre les 2 processus psychiques que distingue Freud, primaire et secondaire.<\/strong><\/p>\n<p>Et, au fond, peu importe comment il les d\u00e9finit.<\/p>\n<p>Il d\u00e9finit le processus primaire comme celui qui a pour but d\u2019\u00e9vacuer l\u2019excitation, etc. Et, il reconna\u00eet le caract\u00e8re fictif de sa construction. Un appareil psychique, dit-il, qui ne proc\u00e8derait que du processus primaire, cela n\u2019existe pas, c\u2019est une fiction th\u00e9orique. Mais le caract\u00e8re de fiction n\u2019emp\u00eache pas de penser que des processus secondaires se d\u00e9veloppent par apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Donc, il y a l\u2019id\u00e9e <strong>d\u2019orientation temporelle<\/strong>.<\/p>\n<p>Il y a d\u2019abord, et il y a ensuite.<\/p>\n<p>Et <strong>entre les deux, il y a une lacune, un \u00e9cart.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Les processus secondaires se d\u00e9veloppent par apr\u00e8s et ils inhibent, ils corrigent, ils dominent les processus primaires. <strong>Ne gardons que \u00e7a.<\/strong> L\u2019id\u00e9e qu\u2019il y a du primaire et que vient comme par dessus s\u2019implanter un appareil qui op\u00e8re sur cette donn\u00e9e premi\u00e8re &#8211; au fond, ce qui explique qu\u2019il y ait quelque chose comme l\u2019inconscient, que l\u2019inconscient ne soit pas \u00e0 livre ouvert.<\/p>\n<p><strong>Et c\u2019est alors qu\u2019il introduit l\u2019expression \u00ab\u00a0le noyau de notre \u00eatre\u00a0\u00bb<\/strong>,<strong> et il le situe au niveau primaire.<\/strong> C\u2019est-\u00e0-dire avant que n\u2019intervienne un appareil qui\u2026 une configuration susceptible de retenir ces processus, de les d\u00e9vier, de les orienter.<\/p>\n<p><strong>Le \u00ab\u00a0noyau de notre \u00eatre\u00a0\u00bb pour lui est au niveau primaire<\/strong>, en tant que ce niveau primaire serait constitu\u00e9, traduit Lef\u00e8bvre, de \u00ab\u00a0<span style=\"color: #ff6600;\"><strong>mouvements d\u00e9sirants inconscients<\/strong><\/span>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Freud pr\u00e9cise par la suite qu\u2019ils sont issus de l\u2019infantile.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 ce qui, disons si nous inventons une ontologie freudienne, voil\u00e0 ce qui (doit) la situer\u00a0:<span style=\"color: #ff6600;\"><strong> le noyau de notre \u00eatre est de l\u2019ordre du d\u00e9sir.<\/strong> Et d\u2019un d\u00e9sir qui reste <strong>impossible \u00e0 saisir et \u00e0 r\u00e9fr\u00e9ner en d\u00e9pit du secondaire<\/strong> <\/span>qui s\u2019implante. De telle sorte que, pour Freud, la r\u00e9alit\u00e9 psychique est oblig\u00e9e de se plier au d\u00e9sir inconscient. Il y a l\u00e0 comme une ma\u00eetrise impossible.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qui sera r\u00e9percut\u00e9 chez Lacan, incessamment, y compris dans ses sch\u00e9mas des 4 discours, o\u00f9 il viendra inscrire que le signifiant ma\u00eetre est impuissant \u00e0 dominer le savoir inconscient. Ma\u00eetrise impossible, il est seulement permis aux processus secondaires <strong>de le diriger, de faire d\u00e9vier<\/strong> les processus primaires vers ce qu\u2019il appelle des buts plus \u00e9lev\u00e9s. C\u2019est ce que plus tard, il appellera la sublimation.<\/p>\n<p>Je ne retiens que \u00e7a\u00a0: \u00a0que pour Freud, <strong>le noyau de notre \u00eatre est au niveau du d\u00e9sir inconscient. Et que ce d\u00e9sir ne peut jamais \u00eatre ma\u00eetris\u00e9, ni annul\u00e9, il peut seulement \u00eatre dirig\u00e9.<\/strong> Et au fond, c\u2019est ce que Lacan se proposait de faire quand il d\u00e9non\u00e7ait sa pens\u00e9e de sa pratique sous le titre \u00ab<strong>\u00a0La direction de la cure<\/strong>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Le premier enseignement de Lacan,<\/strong> je veux dire celui qui commence avec \u00ab\u00a0Fonction et champ de la parole et du langage\u00a0\u00bb, celui qui a marqu\u00e9 les esprits, qui a marqu\u00e9 l\u2019opinion, <span style=\"color: #ff6600;\"><strong>\u00a0culmine sur un enseignement qui porte sur le d\u00e9sir, comme constituant l\u2019\u00eatre du sujet. Et, j\u2019essaie pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019\u00e9branler cette ontologie lacanienne,<\/strong> <\/span>comme Lacan lui-m\u00eame l\u2019a fait, a \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 l\u2019outre(-)passer. J\u2019irais \u00e0 extraire de ces consid\u00e9rations une d\u00e9finition ontologique selon laquelle<strong> l\u2019\u00eatre c\u2019est le d\u00e9sir<\/strong>.<\/p>\n<p>C\u2019est bien pourquoi quand il ponctue l\u2019expression de Freud,\u00a0\u00ab\u00a0le noyau de notre \u00eatre\u00a0\u00bb,\u00a0 Lacan peut dire, comme en incise, <strong>\u00ab\u00a0qu\u2019on ne s\u2019inqui\u00e8te pas \u00e0 la pens\u00e9e que je m\u2019offre ici encore \u00e0 des adversaires toujours heureux de me renvoyer \u00e0 ma m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Au fond, ses adversaires, Lacan les brave, il les brave en paradant avec sa m\u00e9taphysique, et je retrouve la m\u00eame expression qui montre qu\u2019il assume sa m\u00e9taphysique, dans le discours par lequel il pr\u00e9sentait son rapport de Rome, pour \u00ab\u00a0Fonction et champ de la parole et du langage\u00a0\u00bb. <strong>Il \u00e9voquait alors l\u2019analyste d\u00e9butant que sa psychanalyse personnelle, dit-il &#8211; il employait cette expression -, ne lui rend pas plus facile qu\u2019\u00e0 quiconque de faire la m\u00e9taphysique de sa propre action.<\/strong><\/p>\n<p>Il faut entendre l\u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de son ambition,<strong> faire la m\u00e9taphysique de l\u2019action analytique.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est-\u00e0-dire d\u2019assigner l\u2019\u00eatre sur lequel porte cette action.<\/p>\n<p>Je dirais m\u00eame que le terme d\u2019action ici implique celui de cause.<\/p>\n<p>Comment, \u00e0 partir de ce que je fais comme analyste, puis-je \u00eatre cause d\u2019une mutation, d\u2019une transformation, d\u2019un effet efficace qui touche le noyau de l\u2019\u00eatre\u00a0? Et, il pr\u00e9venait d\u2019embl\u00e9e que s\u2019abstenir de faire la m\u00e9taphysique de l\u2019action analytique, ce serait scabreux, parce que \u00e7a veut dire <strong>la faire sans le savoir<\/strong>. \u00c7a ressemble \u00e0 l\u2019argument selon lequel il faut philosopher parce que s\u2019il ne faut pas philosopher, il faut encore philosopher pour montrer qu\u2019il ne faut pas philosopher. C\u2019est l\u2019argument selon lequel on n\u2019en sort pas, quand on situe cette dimension. Eh bien, c\u2019est ainsi que Lacan concevait, au d\u00e9part m\u00eame de son enseignement, ce qu\u2019il appelait m\u00e9taphysique\u00a0: <strong>c\u2019est qu\u2019on ne peut pas ne pas faire la m\u00e9taphysique de la psychanalyse.<\/strong><\/p>\n<p>Comment l\u2019entendre\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Quel est l\u2019\u00eatre sur lequel on pr\u00e9tend agir par l\u2019analyse\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Et c\u2019est dans la veine de cette interrogation qu\u2019on rencontre<strong> la fonction de la parole.<\/strong> La psychanalyse comporte qu\u2019on agit par la parole, mais l\u2019intensit\u00e9 avec laquelle Lacan a promu la fonction de la parole et le champ du langage, tient \u00e0 ce que pour lui cette <strong>assignation linguistique \u00e9tait inscrite dans le cadre de la m\u00e9taphysique de la psychanalyse.<\/strong><\/p>\n<p>On a voulu la r\u00e9duire \u00e0 une exploitation de la linguistique, alors que la question qui l\u2019animait dans ce qui est venu comme une r\u00e9ponse, la fonction de la parole et le champ du langage, c\u2019\u00e9tait la question m\u00e9taphysique : \u00e0 savoir quel est l\u2019\u00eatre sur lequel cette op\u00e9ration pr\u00e9tend agir\u00a0?<\/p>\n<p>Et c\u2019est alors qu\u2019il applique au fond <strong>un axiome<\/strong>, selon lequel il ne peut pas y avoir <strong>d\u2019action d\u2019un terme sur un autre, s\u2019ils ne sont pas homog\u00e8nes<\/strong>.<\/p>\n<p>Il doit y avoir homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 entre l\u2019action de l\u2019analyste et l\u2019\u00eatre auquel elle s\u2019applique &#8211; si l\u2019analyse est efficace; et qu\u2019elle le soit, au fond c\u2019est le pr\u00e9suppos\u00e9 empirique de son discours.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, il faut qu\u2019il y ait homog\u00e9n\u00e9it\u00e9, ce qui veut dire qu\u2019il faut que cette action et l\u2019\u00eatre auquel elle s\u2019applique soient du m\u00eame ordre, soient du m\u00eame ordre de r\u00e9alit\u00e9, soient du m\u00eame ordre ontologique.<\/p>\n<p><strong>Alors, quelle est cette action\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Lacan la centre, la r\u00e9duit \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation,<\/strong> c\u2019est-\u00e0-dire, \u00e0 la donation d\u2019un autre sens \u00e0 ce qui est dit.<\/p>\n<p>Et l\u00e0, si on isole <strong>l\u2019interpr\u00e9tation comme le noyau de l\u2019action analytique<\/strong> alors, on doit dire qu\u2019elle op\u00e8re dans l\u2019ordre du sens, et la m\u00e9taphysique analytique doit\u00a0 comporter que <strong>l\u2019\u00eatre, c\u2019est du sens. <\/strong>Autrement dit, que la psychanalyse implique une <strong>ontologie s\u00e9mantique<\/strong>. Et ce que Lacan appelle le sujet, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce corr\u00e9lat de l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0: <strong>un sujet qui n\u2019a d\u2019\u00eatre que par l\u2019interpr\u00e9tation, que par le sens<\/strong>. Et, un \u00eatre variable en fonction de \u00e7a, ce rien-l\u00e0 qui soit de l\u2019ordre de la substance, rien-l\u00e0 qui est sa permanence.<\/p>\n<p><strong>Alors cet ordre du sens comment le penser\u00a0? Sinon comme distinct de l\u2019ordre du r\u00e9el\u00a0?<\/strong> Et, au fond, c\u2019est \u00e7a, on peut parler en terme d\u2019intuition,\u00a0 parler en terme d\u2019axiome, c\u2019est \u00e7a la position premi\u00e8re qui oriente Lacan, comme il le formule &#8211; vous trouverez \u00e7a dans les <em>Autres \u00c9crits<\/em>, p. 136 -, \u00a0<strong>\u00ab\u00a0qu\u2019il y a une distance entre le r\u00e9el et le sens qui lui est donn\u00e9\u00a0\u00bb<\/strong>.<\/p>\n<p>Cette distance, c\u2019est la distance de deux ordres\u00a0: \u00a0l\u2019ordre du r\u00e9el et l\u2019ordre du sens. Lacan commentera incessamment cette distance qui montre le hiatus qu\u2019il y a entre le r\u00e9el et le sens qu\u2019on veut lui donner. Qu\u2019il y a l\u00e0, pour utiliser un terme de Saussure, comme un arbitraire. A l\u2019occasion, il voudra m\u00eame y reconnaitre une libert\u00e9 du sujet. En tout cas, le r\u00e9el ne d\u00e9cide pas du sens. <strong>Il y a entre le r\u00e9el et le sens, une lacune, un hiatus,<\/strong> ce qui nous permet de reconna\u00eetre ce que nous appelons deux ordres, deux dimensions qui ne communiquent pas.<\/p>\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on que par Descartes, on pouvait distinguer l\u2019\u00e2me et le corps, et poser en plus leur union, <strong>ici, dans le premier enseignement de Lacan, il y a le r\u00e9el et le sens, et il n\u2019y a pas d\u2019union du r\u00e9el et du sens.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Et, le pivot de l\u2019action analytique, c\u2019est la donation de sens.<\/strong> \u00c7a suppose, une \u00e9coute du patient qui se fait dans ces termes : qui est cadr\u00e9e par l\u2019attention port\u00e9e au sens donn\u00e9 par le sujet \u00e0 la donne qui lui a \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9e de naissance, ainsi qu\u2019aux \u00e9v\u00e9nements qui ont scand\u00e9 son d\u00e9veloppement : &#8211;\u00a0 Quelles sont les modalit\u00e9s s\u00e9mantiques selon lesquelles il vous communique ce qu\u2019il vit\u00a0? &#8211; Et l\u2019attention aussi port\u00e9e aux variations de la donation de sens.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, \u00a0du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation, du c\u00f4t\u00e9 de ce que vous avez \u00e0 faire, c\u2019est aussi donner du sens. En cela, c\u2019est homog\u00e8ne \u00e0 la donation de sens qui est incessamment effectu\u00e9e par le patient.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est une donation de sens qui a pour but d\u2019accomplir<strong> une venue \u00e0 l\u2019\u00eatre,<\/strong> c&rsquo;est-\u00e0-dire de <strong>faire \u00eatre<\/strong> ce qui n\u2019\u00e9tait pas, mais dont vous pouvez inf\u00e9rez que \u00e7a voulait \u00eatre, que \u00e7a pouvait \u00eatre, et que \u00e7a cherchait \u00e0 \u00eatre, et que le sujet entre guillemets ne se l\u2019avouait pas. Donc, vous \u00eates comme analyste <strong>en rapport avec ce \u00ab\u00a0moins \u00eatre\u00a0\u00bb<\/strong> qui n\u2019est pas accompli et dont vous <strong>seriez l\u2019accoucheur<\/strong>, celui qui permet \u00e0 l\u2019\u00eatre de devenir. Et c\u2019est un \u00ab\u00a0faire \u00eatre\u00a0\u00bb qui passe par l\u2019action de la parole.<\/p>\n<p>Alors, \u00e9videmment Lacan retrouvait l\u00e0 tout ce qui avait pu \u00eatre \u00e9labor\u00e9 comme les pouvoirs po\u00e9tiques de la parole, pour les contraster avec sa valeur r\u00e9aliste &#8211; la mise en valeur au contraire de la cr\u00e9ation. Et Lacan, d\u2019embl\u00e9e \u00e9voquait cet \u00eatre comme pris dans l\u2019engrenage, dit-il, des lois du blablabla. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019il a ( \u2026 commenc\u00e9)<\/p>\n<p>Et puis apr\u00e8s, apr\u00e8s il a essay\u00e9 d\u2019\u00e9peler les lois du blablabla, en particulier en donnant un sch\u00e9ma (dit)(un sch\u00e9matisme?)\u00a0 de la m\u00e9taphore et de la m\u00e9tonymie, et donc tout un appareil, toute une m\u00e9canique des lois. Il a pr\u00e9sent\u00e9 avec\u00a0(des chiffres), la construction des + et des \u2013, il a articul\u00e9 comme l\u2019arborescence d\u2019un graphe, le graphe du d\u00e9sir, il a r\u00e9percut\u00e9 de diverses fa\u00e7ons, auxquelles on peut s\u2019attacher pour leur valeur propre, mais le fil conducteur, c\u2019est la doctrine de l\u2019inconscient qui est l\u00e0 sous-jacente, que l\u2019inconscient appartient \u00e0 l\u2019ordre du sens, en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne de sens, en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne s\u00e9mantique. Et dans son discours initial Lacan emploie ce terme de \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0\u00bb \u00e0 propos de l\u2019inconscient, un ph\u00e9nom\u00e8ne, j\u2019ajoute s\u00e9mantique.<\/p>\n<p>Encore une fois, moi-m\u00eame j\u2019ai pass\u00e9 du temps \u00e0 articuler, d\u00e9sarticuler, remonter les constructions de Lacan concernant ces engrenages linguistiques, et chacun m\u00e9rite de retenir pour ce qu\u2019il est. Mais l\u00e0, je vise un niveau plus \u00e9l\u00e9mentaire, une vis\u00e9e primaire, un abord comme imm\u00e9diat de ce dont il s\u2019agit dans la pratique. Et qu\u2019il faut bien, les constructions de Lacan tout du long, \u00a0et qu\u2019ils lui font au fond faire \u00e9quivaloir <strong>inconscient et sujet<\/strong>.<\/p>\n<p>C\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019inconscient comme le sujet, ou en tant que le sujet, a \u00e0 \u00eatre.<\/p>\n<p>Et \u00e9videmment, c\u2019est une intuition tr\u00e8s restreinte mais qui est de nature \u00e0 soutenir l\u2019exp\u00e9rience analytique dans sa succession, dans la suite mat\u00e9rielle des s\u00e9ances. Il s\u2019agit l\u00e0 de faire \u00eatre \u00e0 partir de ce qu\u2019il faut bien supposer \u00eatre un manque d\u2019\u00eatre. Et <strong>le d\u00e9sir freudien<\/strong>, qualifiant \u00a0le noyau de notre \u00eatre, prend ainsi le sens <strong>d\u2019un d\u00e9sir d\u2019\u00eatre, d\u2019un d\u00e9sir ontologique<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Et qu\u2019est-ce qui peut conf\u00e9rer l\u2019\u00eatre au d\u00e9sir d\u2019\u00eatre\u00a0?<\/strong> L\u2019une des r\u00e9ponses que Lacan a donn\u00e9es, <strong>c\u2019est la reconnaissance. <\/strong>Le d\u00e9sir, le d\u00e9sir comme d\u00e9sir d\u2019\u00eatre est un d\u00e9sir de reconnaissance, en tant que seule la reconnaissance peut lui conf\u00e9rer de l\u2019\u00eatre. La reconnaissance \u00e7a veut dire qu\u2019il soit ent\u00e9rin\u00e9 par l\u2019autre de la parole, qu\u2019il soit ent\u00e9rin\u00e9 par celui \u00e0 qui il s\u2019adresse, par celui qui l\u2019interpr\u00e8te. Et donc la reconnaissance &#8211; c\u2019est un terme \u00e9videmment que Lacan a tir\u00e9 de Hegel, \u00a0l\u00e0 je reconstitue une logique primaire qui soutient le premier enseignement de Lacan -, au fond <strong>la reconnaissance c\u2019est la satisfaction du sujet<\/strong>. On peut dire en ce sens quand la reconnaissance est accomplie, c\u2019est alors que l\u2019analyse peut trouver sa fin, et elle trouve sa fin dans une satisfaction, dans la satisfaction que procure la reconnaissance. Et Lacan bien plus tard, y compris dans le dernier \u00e9crit que j\u2019ai cit\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure, dira aussi que la fin de l\u2019analyse c\u2019est une affaire de satisfaction, certainement tr\u00e8s \u00e0 distance de celle que je pointe ici. Alors d\u00e9j\u00e0, dans le premier enseignement de Lacan, il y a une rupture, il y a un franchissement, il y a <strong>un au-del\u00e0 de la reconnaissance<\/strong>.<\/p>\n<p>Et \u00e7a se fait en un <strong>point tr\u00e8s pr\u00e9cis <\/strong>qu\u2019on peut noter dans son \u00e9crit de la \u00ab\u00a0<strong>Direction de la cure<\/strong>\u00a0\u00bb, o\u00f9 il \u00e9voque la reconnaissance et aussi pourquoi il s\u2019en d\u00e9leste et il s\u2019en d\u00e9leste au moment o\u00f9 i<strong>l distingue d\u00e9sir et demande<\/strong>. Et o\u00f9 il s\u2019aper\u00e7oit que <strong>la reconnaissance, c\u2019est ce que le d\u00e9sir demande et que pr\u00e9cis\u00e9ment le d\u00e9sir porte au-del\u00e0 de la demande, et qu\u2019aucune satisfaction de la demande, y compris de la demande de reconnaissance n\u2019est susceptible de satisfaire le d\u00e9sir.<\/strong><\/p>\n<p>Et c\u2019est alors que se produit <strong>un d\u00e9placement qui va de la reconnaissance du d\u00e9sir \u00e0 sa cause<\/strong>. Et la promotion par Lacan du terme \u00ab\u00a0cause\u00a0\u00bb vient \u00e0 la place du terme de \u00ab\u00a0reconnaissance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est un d\u00e9placement \u00e0 proprement parler ontologique. Au fond, c\u2019est le moment o\u00f9 Lacan ne se satisfait pas de d\u00e9finir le noyau de notre \u00eatre par le d\u00e9sir (<del>analytique<\/del> ontologique), au rebours de ce qu\u2019il avait p\u00each\u00e9 dans l\u2019un des premiers grands \u00e9crits de Freud, de la <em>Traumdeutung<\/em>.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9placement ontologique advient lorsqu\u2019il para\u00eet que le <strong>d\u00e9sir n\u2019est qu\u2019un effet,<\/strong> <strong>que le d\u00e9sir n\u2019est pas une raison derni\u00e8re, que ce n\u2019est pas une <em>ultima ratio<\/em> de l\u2019\u00eatre, mais que c\u2019est un effet de signifiant,<\/strong> pris dans les rails de la connexion du signifiant au signifiant. C\u2019est-\u00e0-dire pris dans <strong>les rails de la m\u00e9tonymie<\/strong>.<\/p>\n<p>Et, \u00e0 cet \u00e9gard, l\u2019\u00e9crit de <strong>\u00ab\u00a0l\u2019Instance de la lettre\u00a0\u00bb<\/strong>, et la d\u00e9finition du d\u00e9sir qui y est propos\u00e9e, s\u2019inscrit en faux par rapport au d\u00e9sir de la dialectique de la reconnaissance.<\/p>\n<p>Cette construction inscrit le d\u00e9sir au niveau de la signification avec sa valeur de renvoi, et Lacan la transcrit dans cette formule\u00a0:<\/p>\n<p align=\"center\">S (-) s<\/p>\n<p>Entre signifiant et signifi\u00e9, il n\u2019y a pas apparition, il n\u2019y a pas \u00e9mergence, il y a un signifi\u00e9 retenu, qu\u2019il \u00e9crit par un signe moins entre parenth\u00e8ses. Et dans cet effet m\u00e9tonymique &#8211; qu\u2019il distingue de l\u2019effet m\u00e9taphorique qui lui s\u2019inscrit de la m\u00eame fa\u00e7on mais avec un (+) qui indique l\u2019\u00e9mergence -, dans cet effet m\u00e9tonymique, au fond il retrouve le manque-\u00e0-\u00eatre par lequel il d\u00e9finissait le d\u00e9sir mais ici, si l\u2019on veut, c\u2019est un <strong>d\u00e9sir dont il dira qu\u2019il est incompatible avec la parole<\/strong>, pour dire qu&rsquo;il court sous tout ce qui est dit, et c\u2019est pour dire que c\u2019est un <strong>d\u00e9sir qui est incompatible avec la reconnaissance<\/strong>, <strong>qu\u2019aucune reconnaissance ne peut \u00e9teindre<\/strong>. C\u2019est un d\u00e9sir qui ne peut <strong>pas s\u2019interrompre en s\u2019avouant<\/strong>. C\u2019est comme un fant\u00f4me de la passe.<\/p>\n<p>Eh bien, <strong>en passant de la reconnaissance \u00e0 la cause<\/strong>, Lacan d\u00e9place aussi le point d\u2019application de la pratique analytique <strong>du d\u00e9sir \u00e0 la jouissance<\/strong>.<\/p>\n<p>Le premier enseignement repose sur le manque-\u00e0-\u00eatre et sur le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre, et prescrit un certain r\u00e9gime de l\u2019interpr\u00e9tation, disons <strong>l\u2019interpr\u00e9tation de reconnaissance.<\/strong> C\u2019est l\u2019interpr\u00e9tation qui reconna\u00eet le d\u00e9sir sous-entendu (\u2026) et il faut dire que chaque fois qu\u2019on <strong>s\u2019emploie \u00e0 interpr\u00e9ter un r\u00eave, en effet on pratique l\u2019interpr\u00e9tation de reconnaissance. <\/strong><\/p>\n<p>Mais il y a <strong>un <span style=\"color: #ff6600;\">autre r\u00e9gime de l\u2019interpr\u00e9tation<\/span> qui porte non sur le d\u00e9sir mais sur la cause du d\u00e9sir,<\/strong> et \u00e7a, c\u2019est une interpr\u00e9tation qui <span style=\"color: #ff6600;\"><strong>traite le d\u00e9sir comme une d\u00e9fense.<\/strong> <\/span>Qui traite <strong>le manque-\u00e0-\u00eatre comme <span style=\"color: #ff6600;\">une d\u00e9fense contre ce qui existe<\/span>.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Et ce qui existe,<\/strong> au contraire du d\u00e9sir qui est manque-\u00e0-\u00eatre, ce qui existe, c\u2019est ce que Freud a abord\u00e9 par les pulsions et \u00e0 quoi Lacan a donn\u00e9 le nom de <strong>jouissance<\/strong>. Alors, sans doute Freud a d\u00e9ni\u00e9 l\u2019existence aux pulsions en disant qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient que mythiques, que c\u2019\u00e9taient nos mythes, et on comprend que ce n\u2019est pas du r\u00e9el, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que Lacan d\u00e9ment, en interpr\u00e9tant Freud, que dire que les pulsions sont mythiques n\u2019est pas les renvoyer \u00e0 l\u2019irr\u00e9el, mais qu\u2019elles sont un mythe du r\u00e9el, qu\u2019il y a du r\u00e9el sous le mythe, et que <strong><span style=\"color: #ff6600;\">le r\u00e9el qu\u2019il y a sous le mythe pulsionnel, c\u2019est la jouissance<\/span><\/strong>.<\/p>\n<p>Cette cassure, Lacan lui a donn\u00e9 une formule que j\u2019avais jadis soulign\u00e9e\u00a0: \u00ab<strong>\u00a0le d\u00e9sir vient de l\u2019Autre, la jouissance est du c\u00f4t\u00e9 de la Chose<\/strong>\u00a0\u00bb [2], avec un grand C.<\/p>\n<p>\u00c7a veut dire : le d\u00e9sir tient au langage, et \u00e0 ce qui, dans le champ du langage, l\u00e0 o\u00f9 ce qui est communication fait appel \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>Et la Chose dont il est question, \u00e7a n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re, celle qui dit \u00ab\u00a0Moi, la v\u00e9rit\u00e9 je parle\u00a0\u00bb, c\u2019est le r\u00e9el \u00e0 quoi on donne sens. Et ce \u00e0 quoi, Lacan au-del\u00e0 de son premier enseignement est venu c\u2019est que le premier r\u00e9el qui se distingue de la donation de sens, et sur lequel s\u2019exerce la donation de sens, c\u2019est la jouissance, ce c\u00f4t\u00e9 de la Chose o\u00f9 s\u2019inscrit la jouissance, <strong>c\u2019est le sympt\u00f4me<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire <strong>ce qui reste<\/strong> quand l\u2019analyse finit au sens de Freud, et c\u2019est aussi <strong>ce qui reste<\/strong> apr\u00e8s la passe de Lacan, c&rsquo;est-\u00e0-dire apr\u00e8s le d\u00e9nouement du sens.<\/p>\n<p><strong>La m\u00e9taphysique de l\u2019action de l\u2019analyste,<\/strong> c\u2019est-\u00e0-dire celle que j\u2019appelais son ontologie s\u00e9mantique, vise comme noyau de l\u2019\u00eatre le d\u00e9sir, c\u2019est-\u00e0-dire un (fant\u00f4me)(semblant),\u00a0 et c\u2019est ce noyau qui est atteint par la passe, qui est essentiellement d\u00e9sign\u00e9e par l\u2019apparition d\u2019un manque-\u00e0-\u00eatre que Lacan appelle la castration, parce qu\u2019il interpr\u00e8te le terme freudien de castration dans le cadre de son ontologie. Et m\u00eame quand il indiquait, en proposant la passe, que ce noyau \u00e9tait susceptible d\u2019une autre notation, petit <em>a<\/em>, qui est une notation positive, il faut remarquer qu\u2019elle ne prenait pour lui sa fonction qu\u2019\u00e0 partir du manque-\u00e0-\u00eatre, comme un obturateur du manque-\u00e0-\u00eatre.<\/p>\n<p>Donc la passe est encore domin\u00e9e par l\u2019affaire du manque-\u00e0-\u00eatre.\u00a0 Domin\u00e9e par l\u2019affaire du manque-\u00e0-\u00eatre, elle est coup\u00e9e de l\u2019id\u00e9e de la reconnaissance. Parce qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 on d\u00e9finit le d\u00e9sir comme une m\u00e9tonymie, la reconnaissance du d\u00e9sir perd sa valeur \u2013 il ne peut pas y avoir une reconnaissance du d\u00e9sir d\u00e9fini comme une m\u00e9tonymie. \u00a0Et donc \u00e0 la place de la reconnaissance d\u2019un d\u00e9sir venu \u00e0 l\u2019\u00eatre, <strong>Lacan installait avec la passe, la reconnaissance du manque-\u00e0-\u00eatre, et sp\u00e9cialement la reconnaissance du manque-\u00e0-\u00eatre du d\u00e9sir.<\/strong> C\u2019est pourquoi il disait, on note dans la passe <strong>une d\u00e9flation du d\u00e9sir<\/strong>. C\u2019est-\u00e0-dire que dans la passe on finit par cerner ce moins entre parenth\u00e8se, (-), et <strong>\u00e0 lui donner valeur de castration<\/strong>, qui concerne aussi ce qui a permis de faire la soudure entre signifiant et signifi\u00e9, l\u2019objet petit <em>a<\/em>.\u00a0 Donc, ce que Lacan appelait la passe, m\u00eame travaill\u00e9 de tensions, est pris dans son ontologie, c\u2019est encore domin\u00e9 par la notion de l\u2019\u00eatre et du manque-\u00e0-\u00eatre.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est dans le dernier enseignement de Lacan, qu\u2019il y a un renoncement \u00e0 cette m\u00e9taphysique, \u00e0 cette ontologie.<\/strong> Et, disons, autant tout ce que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 ici &#8211; essay\u00e9 de ressaisir, \u00a0pour pouvoir plus tard avancer -, autant tout cela est domin\u00e9, peu ou prou, par les avatars du langage, <strong>quand Lacan franchit les limites de cette ontologie<\/strong> &#8211; au fond quand est-ce qu\u2019il les franchit\u00a0? il franchit ces limites quand il dit <strong>\u00ab\u00a0Ya de l\u2019Un\u00a0\u00bb<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0: <strong>\u00e7a n\u2019est pas un manque, tout au contraire,<\/strong> et \u00e7a n\u2019est pas de l\u2019\u00eatre,\u00a0on ne dit pas \u00ab\u00a0l\u2019Un est\u00a0\u00bb &#8211; , il va chercher ses r\u00e9f\u00e9rences \u00a0bien en-de\u00e7\u00e0 de Descartes, bien en de\u00e7\u00e0 de la m\u00e9taphysique moderne, il va chercher ses r\u00e9f\u00e9rences chez Platon, voire chez les n\u00e9o-platoniciens, et il s\u2019abstient de dire \u00ab\u00a0l\u2019Un est\u00a0\u00bb, comme eux-m\u00eames le font, il dit\u00a0: \u00ab<strong>\u00a0Il y a<\/strong>\u00a0\u00bb. Et m\u00eame, en faisant l\u2019apocope du \u00ab\u00a0il\u00a0\u00bb,\u00a0 de fa\u00e7on argotique\u00a0: \u00ab<strong>\u00a0Y a<\/strong>\u00bb. Et cette jaculation est une <strong>position d\u2019existence<\/strong>. Et si l\u2019on veut, c\u2019est une redite, <em>Y a de l&rsquo;Un<\/em> , c\u2019est la redite de la fonction de la parole et du champ du langage, r\u00e9duits \u00e0 leur racine, r\u00e9duits <strong>au fait pur du signifiant en tant que pens\u00e9 hors des effets de signifi\u00e9, et en particulier pens\u00e9 hors du sens de l\u2019\u00eatre<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Alors c\u2019est \u00e9norme<\/strong>, parce que tout ce que nous avons appris avec Lacan \u00e0 reconstituer comme l\u2019histoire du sujet, c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment les aventures du sens de son \u00eatre. Et, on n\u2019y coupe pas, je ne dis pas qu\u2019il y a un court-circuit, je ne dis pas qu\u2019on peut s\u2019en abstenir dans la pratique, mais que \u00e0 l\u2019horizon des avatars du sens de l\u2019\u00eatre, <strong>il y a un \u00ab\u00a0Y a\u00a0\u00bb, il y a le primat de l\u2019Un<\/strong>. <span style=\"color: #ff6600;\">Alors que ce qu\u2019on croit avoir appris de Lacan, c\u2019est le primat de l\u2019Autre, de l\u2019Autre de la parole, qui est si n\u00e9cessaire pour la reconnaissance du sens, l\u2019Autre, celui qui ent\u00e9rine le sens de ce qui est dit et du d\u00e9sir, eh bien, <strong>ici le d\u00e9sir passe au second plan,<\/strong> car le d\u00e9sir c\u2019est le d\u00e9sir de l\u2019Autre. Et au fond, la v\u00e9rit\u00e9 qui se d\u00e9prend de la passe de Lacan, <\/span><strong><span style=\"color: #ff6600;\">c\u2019est celle-l\u00e0, qui donne la cl\u00e9 de la d\u00e9flation qui s\u2019y produit du d\u00e9sir, que le d\u00e9sir n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 que le d\u00e9sir de l\u2019Autre.<\/span> <\/strong>Et c\u2019est par l\u00e0 que cet Autre, qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 que suppos\u00e9, qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;imagin\u00e9, s\u2019\u00e9vacue avec la consistance du d\u00e9sir.<\/p>\n<p><strong>Simplement, il y a un apr\u00e8s.<\/strong> On a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de constater qu\u2019il y avait un apr\u00e8s, et que l\u2019apr\u00e8s, c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment que le sujet se trouvait au prise avec le <em>Y a de l&rsquo;Un<\/em>\u00a0: une fois <strong>qu\u2019il avait la solution de son d\u00e9sir, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il ne s\u2019y int\u00e9ressait plus, <\/strong>qu\u2019il l\u2019avait d\u00e9sinvesti, <strong>n\u00e9anmoins persiste le <em>Y a de l&rsquo;Un<\/em><\/strong>. Et ce <em>Y a de l&rsquo;Un<\/em>, comme je le prends ici, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le nom de ce que Freud nous donnait comme des restes symptomatiques.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Avec le primat de l\u2019Un, c\u2019est la jouissance qui vient au premier plan, celle du corps qu\u2019on appelle le corps propre et qui est le corps de l\u2019Un.<\/strong> Il s\u2019agit d\u2019une jouissance qui est primaire, <\/span><strong>au sens o\u00f9 il n\u2019est que secondaire qu\u2019elle soit l\u2019objet d\u2019un interdit<\/strong>.<\/p>\n<p>Lacan est m\u00eame all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sugg\u00e9rer que c\u2019\u00e9tait la religion qui projetait sur la jouissance un interdit, que Freud avait ent\u00e9rin\u00e9. Il allait aussi jusqu\u2019\u00e0 penser que la philosophie avait paniqu\u00e9 devant cette jouissance, et que paniquant devant cette jouissance, elle l\u2019avait enseveli sous une masse de substances &#8211; faute de penser la substance jouissante, sa permanence, son existence, rebelle \u00e0 la dialectique qu\u2019introduit le signifiant quand il est pris avec ses effets de signifi\u00e9.\u00a0 <span style=\"color: #ff6600;\">Et que c\u2019\u00e9tait \u00e0 la psychanalyse de cerner cette jouissance.<\/span> Et Lacan a pu \u00e9crire cette phrase que je ne m\u2019explique que maintenant dans ce retour en arri\u00e8re, <em>Autres \u00c9crits<\/em>, p. 507, \u00ab<a title=\"\u00ab\u00a0l\u2019existence, soit ce dont seul le dire est\u00a0t\u00e9moin\u00a0\u00bb\" href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/05\/lexistence-soit-ce-dont-seul-le-dire-est-temoin\/\">\u00a0<\/a><strong><a title=\"\u00ab\u00a0l\u2019existence, soit ce dont seul le dire est\u00a0t\u00e9moin\u00a0\u00bb\" href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/05\/lexistence-soit-ce-dont-seul-le-dire-est-temoin\/\">la jouissance vient \u00e0 causer ce qui se lit comme le monde<\/a>\u00a0<\/strong>\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c7a veut dire que la jouissance, au fond, c\u2019est le secret de l\u2019ontologie. C\u2019est <strong>la cause derni\u00e8re de ce qui se pr\u00e9sente comme l\u2019ordre symbolique dont la philosophie a fait le monde.<\/strong><\/p>\n<p>Alors, il y a une opposition entre ontologie et jouissance. <strong>L\u2019ontologie fait sa place \u00e0 ce qui <em>peut<\/em> \u00eatre,<\/strong> et au fond elle implique, elle comporte aussi bien le <strong>possible<\/strong>, alors que la jouissance elle est du registre de l\u2019existant. Et, c\u2019est pourquoi Lacan \u00a0avait pu dire, dans son dernier enseignement, que la psychanalyse contredit le fantasme sur lequel repose la m\u00e9taphysique &#8211; non, c\u2019est peut-\u00eatre moi qui ajoute \u00e7a\u00a0? &#8211; <strong>contredit le fantasme qui consiste \u00e0 faire passer l\u2019\u00eatre avant l\u2019avoir<\/strong>, <a title=\"LOM\u00a0cahun\u2026.\" href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/05\/lom-cahun\/\"><em>Autres \u00c9crits<\/em>, p. 565<\/a>, et j\u2019ajoute\u00a0: c\u2019est le fantasme sur lequel repose la m\u00e9taphysique, \u00a0pour autant que<strong> l\u2019avoir c\u2019est avant tout l\u2019avoir un corps.<\/strong><\/p>\n<p>Le sujet lacanien, au fond est-ce qu\u2019on peut dire qu\u2019il n\u2019avait pas de corps? Non, il n\u2019avait qu\u2019un corps visible, r\u00e9duit \u00e0 sa forme, \u00e0 la pr\u00e9gnance de sa forme, et le \u00a0d\u00e9sir \u00e9tait index\u00e9 sur la forme du corps. Est-ce qu&rsquo;avec la pulsion, avec la castration, avec l\u2019objet <em>a<\/em>, le sujet retrouvait un corps\u00a0? Il ne retrouvait un corps que sublim\u00e9, que transcendentalis\u00e9 par le signifiant. Le corps, avant le dernier enseignement, le corps du sujet c\u2019\u00e9tait un toujours un corps signifiantis\u00e9, port\u00e9 par le langage. Il en va tout autrement \u00e0 partir de la jaculation <em>Y a de l&rsquo;Un<\/em>, parce que le corps apparait alors comme l\u2019Autre du signifiant, en tant que marqu\u00e9, en tant que le signifiant y fait \u00e9v\u00e9nement. Et alors &#8211; il y faut cet \u00e9v\u00e9nement -, <strong>cet \u00e9v\u00e9nement de corps qu\u2019est la jouissance appara\u00eet comme la v\u00e9ritable cause de la r\u00e9alit\u00e9 psychique<\/strong>. J\u2019emploie cette expression, non, sans m\u2019\u00eatre demand\u00e9 depuis quand nous avons une r\u00e9alit\u00e9 psychique. Ce n\u2019est pas du tout clair que pr\u00e9cis\u00e9ment au temps auquel se rapporte Lacan pour donner sens \u00e0 son <em>Y a de l&rsquo;Un <\/em> &#8211; d\u2019abord Platon, Plotin, je crois qu\u2019il est clair qu\u2019ils avaient \u00e0 leur \u00e9poque une r\u00e9alit\u00e9 psychique, par contre les scolastiques, \u00e7a n\u2019existait pas du tout les id\u00e9es du sujet, ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir, \u00e0 proprement parler, de Descartes que les id\u00e9es du sujet se sont mises \u00e0 exister, et \u00e0 partir du moment o\u00f9 il a \u00e9tendu la causalit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 penser ensemble l\u2019\u00eatre et l\u2019existence comme \u00e9quivalents au regard de la causalit\u00e9. Eh bien, c\u2019est \u00e0 ce titre que je crois qu\u2019il faut revenir \u00e0 cette causalit\u00e9 pour donner un sens \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 psychique.<\/p>\n<p>\u00c7a laisse en suspens <strong>comment d\u00e9finir le d\u00e9sir de l\u2019analyste<\/strong>.<\/p>\n<p>Lacan, le d\u00e9sir de l\u2019analyste quand il l\u2019invoquait, c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019amener l\u2019\u00eatre, l\u2019\u00eatre comme inconscient, c\u2019est-\u00e0-dire qui est refoul\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9tat accompli. <strong>Le refoul\u00e9 comme ce qui veut \u00eatre, comme \u00eatre virtuel, seulement \u00e0 l\u2019\u00e9tat de possible, faisait appel au d\u00e9sir de l\u2019analyste comme x pour venir \u00e0 exister.<\/strong> Et alors on peut dire que par rapport au patient, l\u2019analyste avait sa place marqu\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment de soutenir le d\u00e9sir de l\u2019Autre comme question, pour le faire advenir.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>La position de l\u2019analyste quand il se confronte au <em>Y a de l&rsquo;Un<\/em> dans l\u2019outre-passe, n\u2019est plus marqu\u00e9e par le d\u00e9sir de l\u2019analyste, mais par une autre fonction qu\u2019il nous faudra \u00e9laborer par la suite, et nous nous y attacherons plus tard.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>*<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*\u00a0 *<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Notes:<\/strong><\/p>\n<p>[1] \u00ab\u00a0Quand l\u2019esp d\u2019un laps, soit puisque je n\u2019\u00e9cris qu\u2019en fran\u00e7ais\u00a0: l\u2019espace d\u2019un lapsus, n\u2019a plus aucune port\u00e9e de sens (ou interpr\u00e9tation), alors seulement on est s\u00fbr qu\u2019on est dans l\u2019inconscient. On le sait, soi.<br \/>\nMais il suffit que s\u2019y fasse attention pour qu\u2019on en sorte. Pas d\u2019amiti\u00e9 n\u2019est l\u00e0 qui cet inconscient le supporte.<br \/>\nResterait que je dise une v\u00e9rit\u00e9. Ce n\u2019est pas le cas\u00a0: je la rate. Il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9 qui, \u00e0 passer par l\u2019attention, ne mente.<br \/>\nCe qui n\u2019emp\u00eache pas qu\u2019on courre apr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong><br \/>\n<\/strong>[2]\u00a0 \u00a0\u00bb <strong>Les pulsions sont nos mythes, a dit Freud. Il ne faut pas l&rsquo;entendre comme un renvoi \u00e0 l&rsquo;irr\u00e9el.<\/strong> C&rsquo;est le r\u00e9el qu&rsquo;elles mythifient, \u00e0 l&rsquo;ordinaire des mythes : ici qui fait le d\u00e9sir en y reproduisant la relation du sujet \u00e0 l&rsquo;objet perdu.<\/p>\n<p><strong>Les objets<\/strong> \u00e0 passer par profits et pertes <strong>ne manquent pas<\/strong> pour en tenir la place. Mais c&rsquo;est en <strong>nombre limit\u00e9<\/strong> qu&rsquo;ils peuvent tenir un r\u00f4le que symboliserait au mieux l&rsquo;automutilation du l\u00e9zard, sa queue largu\u00e9e dans la d\u00e9tresse. M\u00e9saventure du d\u00e9sir aux haies de la jouissance, que guette un dieu malin.<\/p>\n<p>Ce drame n&rsquo;est pas l&rsquo;accident que l&rsquo;on croit. Il est d&rsquo;essence : <strong>car le d\u00e9sir vient de l&rsquo;Autre, et la jouissance est du c\u00f4t\u00e9 de la Chose.<\/strong><\/p>\n<p>Ce que le sujet en re\u00e7oit d&rsquo;\u00e9cart\u00e8lement pluralisant, c&rsquo;est \u00e0 quoi s&rsquo;applique la seconde topique de Freud. Occasion de plus \u00e0 ne pas voir ce qui devrait y frapper, <strong>c&rsquo;est que les identifications s&rsquo;y d\u00e9terminent du d\u00e9sir sans satisfaire la pulsion.<\/strong><\/p>\n<p>Ceci pour la raison que la pulsion divise le sujet et le d\u00e9sir, lequel d\u00e9sir ne se soutient que du rapport qu&rsquo;il m\u00e9conna\u00eet, de cette division \u00e0 un objet qui la cause. Telle est la structure du fantasme.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors quel peut \u00eatre le d\u00e9sir de l&rsquo;analyste? Quelle peut \u00eatre la cure \u00e0 laquelle il se voue?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jacques Lacan, <em>\u00c9crits<\/em>, \u00ab\u00a0Du &lsquo;Trieb&rsquo; de Freud et du d\u00e9sir du psychanalyste\u00a0\u00bb, Le Seuil, Paris, 1966,\u00a0 p.\u00a0853.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne veux pas aujourd&rsquo;hui faire un pas en avant, mais plut\u00f4t regarder en arri\u00e8re pour situer le point o\u00f9 j&rsquo;en suis. 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