{"id":1660,"date":"2011-05-18T18:16:55","date_gmt":"2011-05-18T16:16:55","guid":{"rendered":"http:\/\/empreintesdigitales.wordpress.com\/?p=1660"},"modified":"2022-05-20T14:05:37","modified_gmt":"2022-05-20T12:05:37","slug":"cours-de-jacques-alain-miller-18-mai-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/05\/cours-de-jacques-alain-miller-18-mai-2011\/","title":{"rendered":"XIII. tripartition de la cause lacanienne &#8211; 18 mai"},"content":{"rendered":"<div style=\"float: left; width: 198px; margin-bottom: 25px; margin-right: 25px;\"><img loading=\"lazy\" style=\"margin-bottom: 25px;\" title=\"ren\u00e9 descartes\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/descartes.jpg\" alt=\"\" width=\"198\" height=\"200\" \/><img title=\"la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 par la lumi\u00e8re naturelle\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/la-recherche-de-lavc3a9ritc3a9-par-la-lumic3a8re-naturelle.jpg?w=198\" alt=\"\" width=\"198\" \/><\/div>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>lumi\u00e8re naturelle<\/em><\/p>\n<p>J\u2019ai fait r\u00e9sonner \u00e0 la fin de ma derni\u00e8re causerie le mot de \u00ab\u00a0cause\u00a0\u00bb,\u00a0 en faisant r\u00e9f\u00e9rence, r\u00e9f\u00e9rence allusive, \u00e0 Descartes. C\u2019est en effet dans la troisi\u00e8me M\u00e9ditation que l\u2019on\u00a0 trouve formul\u00e9 le<strong> principe de causalit\u00e9<\/strong> suivant, attribu\u00e9 par <a title=\"Ren\u00e9 Descartes, Recherche de la v\u00e9rit\u00e9 par les lumi\u00e8res\u00a0naturelles\" href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/05\/recherche-de-la-verite-par-les-lumieres-naturelles\/\">Descartes \u00e0 ce qu\u2019il appelle <strong>la lumi\u00e8re naturelle<\/strong>.<\/a><\/p>\n<p>Cette expression a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9e, il l\u2019utilise plus qu\u2019il ne la th\u00e9matise, qu\u2019il ne la d\u00e9finit. <strong>La \u00ab\u00a0lumi\u00e8re naturelle\u00a0\u00bb implique une \u00e9vidence<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire, un \u00e9nonc\u00e9, une proposition, une phrase qui n\u2019est pas r\u00e9sultat, qui n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019une d\u00e9duction, mais qui pr\u00e9c\u00e8de et conditionne tout raisonnement. <strong>Cette \u00e9vidence est de l\u2019ordre de l\u2019axiome<\/strong>, si l\u2019on entend par l\u00e0 que cette proposition n\u2019est pas arbitraire, n\u2019est pas choisie, qu\u2019elle est primordialement n\u00e9cessaire, n\u00e9cessaire \u00e0 ce qu\u2019on puisse discourir &#8211; exactement penser. <strong>C\u2019est en quelque sorte la condition pour pouvoir penser.<\/strong> Une condition absolue. L\u2019absolu a toujours affaire avec l\u2019impossible, en l\u2019occurrence faute de cet axiome, il serait impossible de penser, et donc m\u00eame de m\u00e9diter, au sens o\u00f9 Descartes emploie ce terme. Cet axiome, pr\u00e9tendument naturel, c\u2019est qu\u2019il doit y avoir pour le moins <strong>autant de r\u00e9alit\u00e9 dans la cause efficiente<\/strong>, et Descartes ajoute \u00ab\u00a0<strong>et totale<\/strong>\u00ab\u00a0, <strong>que dans son effet<\/strong>.<\/p>\n<p>C\u2019est un axiome <strong>quantitatif<\/strong>, qui concerne\u00a0 et ordonne la quantit\u00e9 de r\u00e9alit\u00e9. Mais en de\u00e7\u00e0, il repose sur ce qui serait <strong>l\u2019\u00e9vidence de la scission de deux entit\u00e9s, la cause et l\u2019effet<\/strong>. Et donc, <strong>en de\u00e7\u00e0 de cet axiome il y a la position d\u2019une discontinuit\u00e9<\/strong>. Mais, c\u2019est ce que Lacan souligne quand il utilise ce terme de cause auquel il reste fid\u00e8le tout au long de son enseignement, ce trait de discontinuit\u00e9 et il lui sert \u00e0 opposer la cause et la loi. Parce que la loi prescrit sans scission. Chez Descartes, cette scission s\u2019inscrit dans la <strong>pr\u00e9valence de la cause dite efficiente<\/strong>, la cause consid\u00e9r\u00e9e par rapport \u00e0 son effet &#8211; \u00e7a n\u2019est que l\u2019une des causes distingu\u00e9es par Aristote. Aristote, lui, ordonnait 4 causes, 4 types de cause, et, c\u2019est le pas de Descartes que d\u2019avoir isol\u00e9 la cause efficiente en effa\u00e7ant les autres, en les r\u00e9sorbant, les autres qui sont\u00a0 la cause finale, la cause mat\u00e9rielle et la cause formelle.\u00a0 Lacan, \u00e9minemment causaliste, et qui a r\u00e9nov\u00e9 le sens de la cause, si je puis dire au XX\u00e8me si\u00e8cle, en un temps o\u00f9 la r\u00e9f\u00e9rence en \u00e9tait devenue d\u00e9su\u00e8te, Lacan n\u2019a pas m\u00e9connu du tout les causes aristot\u00e9liciennes. Et il s\u2019y est r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<p><!--more-->Par exemple est aristot\u00e9licienne la distinction dont il s\u2019est empar\u00e9e et qu\u2019il a introduite dans la psychanalyse, \u00e0 l\u2019occasion du <em>s\u00e9minaire des 4 concepts fondamentaux<\/em>, entre <strong><em>automaton<\/em> et <em>tuch\u00e9<\/em><\/strong> qui sont, au moins dont il a fait, deux modes de la r\u00e9p\u00e9tition. La r\u00e9p\u00e9tition qui se poursuit comme gouvern\u00e9e par le m\u00eame algorithme dans <em>l\u2019automaton<\/em>, o\u00f9 c\u2019est le m\u00eame que l\u2019on voit revenir, et qui est associ\u00e9 par lui \u00e0 l\u2019hom\u00e9ostase, au maintien d\u2019un \u00e9quilibre. Et puis, la r\u00e9p\u00e9tition comme <em>tuch\u00e9<\/em>, qui elle n\u2019a pas d\u2019algorithme, n\u2019a pas de loi, et qui fait irruption avec une valeur de rencontre, la rencontre d\u2019un \u00e9l\u00e9ment h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne qui introduit une alt\u00e9rit\u00e9 et qui d\u00e9range l\u2019harmonie hom\u00e9ostatique qui se soutient de l\u2019algorithme automatique.<\/p>\n<p>Eh bien, dans cette opposition, Lacan exploite le savoir compos\u00e9, mis en place dans la physique aristot\u00e9licienne. Et cette opposition, il a r\u00e9ussi \u00e0 en faire un outil conceptuel qui demeure, et dont on a pu constater qu\u2019il \u00e9tait le recours des praticiens quand ils essaient d\u2019\u00e9laborer leur exp\u00e9rience. De m\u00eame le dernier des \u00e9crits, recueilli dans le volume qui porte ce titre, et qui est intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<strong>La science et\u00a0la v\u00e9rit\u00e9<\/strong>\u00a0\u00bb, fait appel aux r\u00e9partitoires aristot\u00e9liciens des quatre causes.<\/p>\n<p>Vous y trouvez, si vous voulez bien vous y r\u00e9f\u00e9rer, vous y trouvez les quatre causes d\u2019Aristote assign\u00e9es \u00e0 quatre discours, et ceux-ci ne sont pas ceux que Lacan mettra en place plus tard, et qui sont rest\u00e9s comme les 4 discours &#8211; le discours du Ma\u00eetre, le discours de l\u2019hyst\u00e9rique, le discours de l\u2019Universit\u00e9, le discours de l\u2019analyste -, mais c\u2019en est comme un <strong>essai pr\u00e9liminaire<\/strong> dont on doit constater d\u2019ailleurs que lui, cet essai, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 repris. \u00a0Il est rest\u00e9 enseveli dans ces pages, et il est comme une pr\u00e9figuration de l\u2019effort de Lacan pour inscrire la psychanalyse dans une combinatoire de termes qui permutent. Et en l\u2019occurrence, on a un r\u00e9partitoire o\u00f9<strong> la cause efficiente est affect\u00e9e \u00e0 la magie<\/strong>, et Lacan lui fera une place dans son dernier\u00a0 enseignement, \u00e0 cette magie, pr\u00e9cis\u00e9ment quand il se demandera si la psychanalyse va au-del\u00e0, o\u00f9 si elle se r\u00e9duit \u00e0 une magie o\u00f9 la cause signifiante passe dans l\u2019effet signifiant. <strong>La cause finale<\/strong>, Lacan la retrouve &#8211; la cause <em>en vue de laquelle<\/em>, la fin <em>en vue de laquelle &#8211;<\/em>, la cause agit, Lacan l\u2019affecte sans surprise \u00e0 la <strong>religion<\/strong>, c\u2019est \u00e0 la <strong>science<\/strong> qu\u2019il attribue la <strong>cause formelle,<\/strong> tandis qu\u2019il r\u00e9serve \u00e0 la <strong>psychanalyse la cause mat\u00e9rielle<\/strong>. Et le mat\u00e9riel de la cause, \u00e0 cette date, il le reconna\u00eet comme le signifiant. Et \u00e0 cet \u00e9gard, la cause mat\u00e9rielle, c\u2019est \u00e0 proprement parler l\u2019\u00eatre de la cause, l\u2019\u00eatre de la cause \u00e9tant le signifiant.<\/p>\n<p>Et si nous revenons \u00e0<strong> Descartes, son axiome,<\/strong> que j\u2019ai dit, conditionne une d\u00e9duction imm\u00e9diate, et dont on peut dire qu\u2019elle est <strong>ce qui rend impossible toute dialectique<\/strong>, c\u2019est vraiment la d\u00e9duction dont Hegel devra faire liti\u00e8re pour introduire dans la pens\u00e9e un autre r\u00e9gime, c\u2019est la d\u00e9duction de la proposition selon laquelle <strong>le n\u00e9ant ne saurait produire aucune chose. <\/strong><\/p>\n<p>\u00c7a, si on croit \u00e7a, il n\u2019y a pas de dialectique, <strong>dialectique qui repose au contraire sur la possibilit\u00e9 que, entre guillemets le n\u00e9ant puisse avoir des effets<\/strong>. Et Descartes ajoute, comme \u00e9tant pour lui de la m\u00eame veine, que <strong>le plus parfait, ce qui contient plus de r\u00e9alit\u00e9, ne peut \u00eatre une suite et d\u00e9pendre du moins parfait.<\/strong> Mais c\u2019est de poser ces principes <strong>au nom de la lumi\u00e8re naturelle<\/strong> qui lui permet ensuite de d\u00e9duire de \u00ab\u00a0l\u2019id\u00e9e de Dieu que j\u2019ai\u00a0\u00bb, \u00a0\u00bb la n\u00e9cessit\u00e9 que Dieu existe hors de moi\u00a0\u00bb. Le pivot de la d\u00e9monstration, c\u2019est l\u2019introduction de cet axiome de lumi\u00e8re naturelle. C\u2019est par ce biais que le sujet, enferm\u00e9 dans la bulle de sa cogitation, peut affirmer <strong>qu\u2019il y a quelque chose hors de lui,<\/strong> d\u2019abord ce Dieu dont il a l\u2019id\u00e9e comme \u00e9tant le plus parfait et attenant \u00e0 cette existence, celle du monde, et puis celle de v\u00e9rit\u00e9 &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire retrouver tout ce dont il avait suspendu l\u2019existence dans sa croyance pour isoler ce r\u00e9sidu de l\u2019<em>ego cogito<\/em>.<\/p>\n<p>Alors \u00e7a, \u00e7a suppose que on <strong>applique l\u2019axiome de causalit\u00e9 aux id\u00e9es<\/strong>.<\/p>\n<p>Et on peut voir dans ce fait m\u00eame, dans l\u2019application de l\u2019axiome de causalit\u00e9 aux id\u00e9es, <strong>l\u2019acte de naissance de la r\u00e9alit\u00e9 psychique<\/strong>\u00a0: c\u2019est une causalit\u00e9 qui vaut aussi pour ma cogitation, et qui soustrait ma cogitation \u00e0 la mal\u00e9diction de l\u2019hallucination.<\/p>\n<p>La causalit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e par Lacan, telle que je vais la pr\u00e9senter ou l\u2019ordonner, selon un r\u00e9partitoire que je dirais levistraussien. En effet, au fil de ce qu\u2019il a \u00e9labor\u00e9, on voit se d\u00e9tacher trois assignations, trois instances de la cause: la cause imaginaire, la cause symbolique et la cause r\u00e9elle. Et, il n\u2019est pas impossible de consid\u00e9rer que ces trois causes <strong>ne se substituent pas l\u2019une \u00e0 l\u2019autre<\/strong>, mais qu\u2019elles <strong>marquent aussi bien des temps diff\u00e9renci\u00e9s dans le cours de l\u2019exp\u00e9rience analytique<\/strong>. Bien s\u00fbr on peut les pr\u00e9senter en terme de progression th\u00e9orique, que Lacan a abandonn\u00e9 la causalit\u00e9 imaginaire pour la causalit\u00e9 symbolique, jusqu\u2019\u00e0 ce que lui apparaisse la causalit\u00e9 r\u00e9elle. Mais, je pr\u00e9sente cette progression autrement en y retrouvant l\u2019occasion d\u2019y ordonner la dynamique de l\u2019exp\u00e9rience jusqu\u2019au point o\u00f9 elle franchit le moment de la passe, pour d\u00e9boucher sur cet espace non balis\u00e9 encore qui est celui de l\u2019outre-passe, tel qu\u2019il m\u2019est venu de le nommer.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><em>causalit\u00e9 imaginaire<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La causalit\u00e9 imaginaire\u00a0 d\u2019abord.<\/p>\n<p>La, je vous r\u00e9f\u00e8re comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0\u00a0 fait, \u00e0 cet \u00e9crit de Lacan qui s\u2019intitule \u00ab\u00a0Propos sur la causalit\u00e9 psychique\u00a0\u00bb. C\u2019est une conf\u00e9rence par laquelle apr\u00e8s le silence qu\u2019il dit s\u2019\u00eatre impos\u00e9 pendant l\u2019occupation du territoire fran\u00e7ais au cours de la seconde guerre mondiale, \u00a0il rompait avec sa r\u00e9serve pour commencer une nouvelle p\u00e9riode de son existence comme psychanalyste, et psychanalyste doctrinant. Donc, ce texte marque un commencement. Un commencement qui sera repris lorsque Lacan pr\u00e9sentera son \u00ab\u00a0Rapport sur fonction et champ de la parole et du langage\u00a0\u00bb en \u00a01953, commen\u00e7ant son enseignement, son enseignement de s\u00e9minaire. Mais, \u00ab\u00a0Propos sur la causalit\u00e9 psychique\u00a0\u00bb en 1946 marque, pr\u00e9figure\u00a0 le commencement de 1953, en quelque sorte une origine en-de\u00e7\u00e0 de\u00a0 ce commencement. Et, en terme d\u2019origine, plus loin, nous avons le premier texte que Lacan a \u00e9crit sur la psychanalyse, texte qui s\u2019intitule \u00ab\u00a0Au-del\u00e0 du principe de r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, et o\u00f9 il pr\u00e9sente une ph\u00e9nom\u00e9nologie de l\u2019exp\u00e9rience analytique qui lui permet d\u2019embl\u00e9e d\u2019isoler comme centrale l\u2019instance de la parole, en ne s\u2019attachant qu\u2019\u00e0 la description de ce qui a lieu.<\/p>\n<p>J\u2019aurais pu pr\u00e9senter ces 3 moments, ces 3\u00a0 commencements, celui qui est marqu\u00e9 par \u00a0\u00ab\u00a0Au-del\u00e0 du principe de r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb en 1935, les \u00ab\u00a0Propos sur la causalit\u00e9 psychique\u00a0\u00bb de 1946 et \u00ab\u00a0Fonction et \u00a0champ de la parole et du langage\u00a0\u00bb en\u00a0 1953.<\/p>\n<p>Et, j\u2019ai renonc\u00e9 \u00e0 cette pr\u00e9sentation, je vous invite \u00e0 v\u00e9rifier que c\u2019est d\u00e8s le moment d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Au-del\u00e0 du principe de r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb que Lacan oppose la fonction du r\u00e9el et de la fonction du vrai, il laisse la fonction du r\u00e9el \u00e0 la science pour \u00e9tablir la psychanalyse proprement dite dans la dimension du vrai. Et ce tissage du r\u00e9el et du vrai continue tout au long de son enseignement, il est d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9 d\u2019embl\u00e9e, mais je laisse \u00e7a de c\u00f4t\u00e9 pour souligner, lorsque Lacan rompt le silence qu\u2019il s\u2019\u00e9tait imposer pour para\u00eetre de nouveau sur la sc\u00e8ne enseignante, c\u2019est pour poser que concernant la r\u00e9alit\u00e9 psychique la cause est d\u2019ordre imaginaire, pour poser l\u2019image comme cause. Certes il s\u2019agit d\u2019une image qui plonge dans l\u2019inconscient, dont le fondement est inconscient et dont le sujet conscient n\u2019a pas la cl\u00e9, c\u2019est pourquoi il rappelle \u00e0 cette occasion le terme freudien d\u2019imago\u00a0: l\u2019<em>imago<\/em>, c\u2019est image en tant que charg\u00e9e de causalit\u00e9.<\/p>\n<p>Et le nom de la causalit\u00e9 imaginaire, c\u2019est l\u2019identification, l\u2019image comme <em>imago<\/em> \u00a0a la puissance de capter, de capturer le psychisme en cause, qui est alors ce que Freud appelle le moi et dont Lacan rend compte pr\u00e9cis\u00e9ment par le stade du miroir, c\u2019est-\u00e0-dire par une construction qui est appareill\u00e9e \u00e0 l\u2019image. Il apporte \u00e0 l\u2019appui de cette assignation de la causalit\u00e9 \u00e0 l\u2019imaginaire des donn\u00e9es \u00e9thologies, qui ressortissent du comportement animal, et ces donn\u00e9es viennent \u00e0 l\u2019appui du stade du miroir, qui est l\u00e0 comme la mise en sc\u00e8ne de la causalit\u00e9 imaginaire. De fa\u00e7on tr\u00e8s singuli\u00e8re &#8211; il faudrait l\u2019\u00e9tudier dans le d\u00e9tail, si c\u2019\u00e9tait \u00e7a notre objet -, en m\u00eame temps qu\u2019il y a une r\u00e9f\u00e9rence au comportement animal, on a une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fonction de la libert\u00e9 qui elle est emprunt\u00e9e, dirais-je, \u00a0\u00e0 l\u2019existentialisme le plus \u00e9chevel\u00e9, contemporain de ce texte, celui que un Jean-Paul Sartre met en \u0153uvre alors, en d\u00e9montrant cette fonction de la libert\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la construction de son destin par Baudelaire, puisque c\u2019est dans la biographie dans l\u2019\u0153uvre de Baudelaire qu\u2019il puise, \u00a0pour montrer la contingence d\u2019un choix originel qu\u2019il r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la libert\u00e9. Et donc tr\u00e8s singuli\u00e8rement, Lacan conjugue ici le sublime de la libert\u00e9 humaine avec le comportement de l\u2019insecte et du pigeon. On a du mal quand on le lit \u00e0 ne pas y voir une certaine ironie.<\/p>\n<p>Tout \u00e7a donc \u00e0 l\u2019appui d\u2019une causalit\u00e9 qui est appuy\u00e9e \u00e0 l\u2019imaginaire et \u00a0qui ns fait voir le processus analytique comme une catharsis du narcissisme, catharsis, terme pr\u00e9cis\u00e9 aristot\u00e9licien non pas la physique mais dans la po\u00e9tique. Une catharsis du narcissisme. Et il y a en effet, dans une analyse un moment imaginaire, on peut m\u00eame admettre que c\u2019est son moment initial, o\u00f9 la question \u00ab\u00a0Qui suis-je\u00a0\u00bb\u00a0trouve des r\u00e9ponses en terme d\u2019images. \u00ab\u00a0Je me d\u00e9cris\u00a0\u00bb, au fond, je crie et puis je crie pour entrer en analyse et puis je me d\u00e9cris, et cette auto-description en effet passe par l\u2019inventaire des ressemblances et des dissemblances \u00e0 travers lesquelles je situe ma position et je dessine les contours de mon \u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><em>causalit\u00e9 symbolique<\/em><\/strong><\/p>\n<p>De l\u00e0, distinguons la causalit\u00e9 symbolique.<\/p>\n<p>La causalit\u00e9 symbolique Lacan ne cessera pas de s\u2019y r\u00e9f\u00e9rer jusqu\u2019\u00e0 son tout dernier enseignement, dans la mesure o\u00f9 en effet dans l\u2019exp\u00e9rience analytique, en m\u00eame temps que je ressemble et que je dissemble, j\u2019isole les paroles qui m\u2019ont marqu\u00e9es. Et \u00e0 l\u2019occasion sans doute le sais-je depuis toujours, c\u2019est dans l\u2019analyse que je v\u00e9rifie l\u2019\u00e9cho qu\u2019elles ont prises et la profondeur des effets qu\u2019elles ont pu avoir, ces phrases. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019inventaire des ressemblances, succ\u00e8de ou se conjugue l\u2019inventaire des dits, des \u00e9v\u00e9nements de parole qui ont eu valeur de v\u00e9rit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 valeur d\u2019oracle.<\/p>\n<p>Je dis \u00ab\u00a0inventaire\u00a0\u00bb, parce qu\u2019il n\u2019y a pas l\u00e0 de syst\u00e8me. Il y a au contraire, comme s\u2019exprimait Lacan, une extraordinaire contingence des accidents. C\u2019est bien l\u00e0 qu\u2019est destitu\u00e9e la cause finale. C\u2019est bien ce que au moins on peut ressortir croyant d\u2019une analyse\u00a0? En tous cas, une analyse rend difficile \u00a0de croire \u00e0 la Providence, et si votre foi en Dieu repose sur \u00e7a, sur la croyance \u00e0 la Providence, elle est certainement mise \u00e0 mal, parce que l\u2019inventaire des dits met en valeur au contraire la contingence de ce qui survient et qui donne \u00e0 l\u2019inconscient ce que Lacan en un temps appelait sa figure, son dessin. C\u2019est aussi son armature signifiante &#8211; les termes dans lesquels vous condensez et pensez, je ne dirais pas votre vie, mais ce qui vous arrive. Ces accidents, ce sont des accidents de signifiants, en tant qu\u2019ils causent des effets de sens, et ils tissent autour de ce qui vous arrive, ils tissent une structure de fiction v\u00e9ridique, c\u2019est-\u00e0-dire de v\u00e9rit\u00e9 menteuse \u00e0 laquelle vous vous accordez pour int\u00e9grer \u00e0 votre survie, \u00e0 votre hom\u00e9ostase, ces <em>tuch\u00e9<\/em> successives. La causalit\u00e9 symbolique montre comment la succession et l\u2019accumulation des \u00e9v\u00e9nements de parole comme accidents, c\u2019est-\u00e0-dire relevant de la contingence, se cristallisent et s\u2019articulent en structure et en structure de fiction v\u00e9ridique ou de v\u00e9rit\u00e9 menteuse. S\u2019agissant de la causalit\u00e9 symbolique, \u00a0Lacan a toujours mis l\u2019accent sur cette contingence. Et il pouvait dire \u00ab\u00a0l\u2019instance du signifiant imprime dans l\u2019inconscient la contingence\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette contingence est double. Il y a d\u2019abord la contingence\u00a0 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, et bien entendu la contingence de l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e7a ne cesse pas, \u00e7a ne cesse pas, nous nous occupons de cette contingence en tant qu\u2019elle donne figure \u00e0 l\u2019inconscient, il y a un moment o\u00f9 cet inconscient a pris sa figure. La contingence de l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui fait signifiant. Ca c\u2019est un premier niveau de contingence. Le deuxi\u00e8me \u00e9tant la contingence du sens, qui s\u2019effectue \u00e0 partir de l\u2019\u00e9v\u00e9nement signifiant. Et m\u00eame si, Lacan s\u2019\u00e9tait efforc\u00e9 de formuler des lois \u00a0qui lient le signifiant \u00e0 l\u2019effet de sens sous les esp\u00e8ces de la m\u00e9taphore et de la m\u00e9tonymie, il n\u2019emp\u00eache que l\u2019identit\u00e9 du sens reste marqu\u00e9e de contingence par rapport \u00e0 la cause signifiante.<\/p>\n<p>La causalit\u00e9 symbolique a un r\u00e9sultat, un effet majeur que Lacan a appel\u00e9 le fantasme. Disons qu\u2019il a reconnu dans le fantasme isol\u00e9 par Freud l\u2019effet majeur de la causalit\u00e9 symbolique, le fantasme comme une entit\u00e9 imaginaire, mais articul\u00e9 par le signifiant. C\u2019est \u00e0 partir du fantasme qu\u2019il a pens\u00e9 que se d\u00e9chiffrait la cause, il a d\u00e9plac\u00e9 sur le fantasme les puissances qu\u2019il attribuait \u00e0 l\u2019<em>imago<\/em>. De l\u2019<em>imago<\/em> au fantasme, si je puis dire.<\/p>\n<p>Et, on voit l\u00e0 comme Lacan s\u2019est trouv\u00e9 attach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9ment imaginaire v\u00e9hicul\u00e9 dans le discours, comment pour lui la pr\u00e9sence de l\u2019imaginaire dans la r\u00e9alit\u00e9 psychique fait poids. Et\u00a0 c\u2019est bien pour cette\u00a0 raison, en corr\u00e9lation avec elle, que son enseignement th\u00e9orique lui aussi s\u2019est incessamment appuy\u00e9 sur des images, et qu\u2019il est scand\u00e9 par des sch\u00e9mas, des mises en sc\u00e8ne imaginaire, jusqu\u2019au n\u0153ud borrom\u00e9en, en passant par et pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par des figures de topologie, des graphes, le sch\u00e9ma du miroir&#8230; Cet \u00e9l\u00e9ment imaginaires loin \u00a0qu\u2019on puisse le disqualifier \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re et penser qu\u2019il est d\u00e9pass\u00e9, au contraire son enseignement lui-m\u00eame montre comment il n\u2019a jamais cess\u00e9\u00a0 de faire poids, c\u2019est le poids m\u00eame de la r\u00e9alit\u00e9 psychique, celle qu\u2019on a dans sa t\u00eate, et qui n\u2019a pas forc\u00e9ment de corr\u00e9lat dans la r\u00e9alit\u00e9 de tout le monde. Donc m\u00eame lorsque sa vue est command\u00e9e par la causalit\u00e9 symbolique, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9ment imaginaire demeure centrale. Et, rien ne le montre mieux que le fait que l\u2019\u00e9preuve m\u00eame o\u00f9 il voyait la conclusion de l\u2019analyse, il la situait au niveau du fantasme, en terme de travers\u00e9e d\u2019un voile ou accession \u00e0 une fen\u00eatre. Autrement dit le voir, l\u2019ordre de la vision, avec son corr\u00e9lat antinomique du regard, est l\u00e0 pour lui, enfin dans la fa\u00e7on dont il a attrap\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience analytique, centrale.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em><strong>causalit\u00e9 r\u00e9elle<\/strong><\/em><\/p>\n<p>J\u2019avance jusqu\u2019\u00e0 troisi\u00e8mement la causalit\u00e9 r\u00e9elle.<\/p>\n<p>\u00c7a c\u2019est une <strong>causalit\u00e9 nettoy\u00e9e de l\u2019image comme du sens<\/strong>, c\u2019est une causalit\u00e9 dont l\u2019effet central n\u2019est pas image, n\u2019est pas fantasme, n\u2019est pas <em>imago<\/em>, n\u2019est pas de l\u2019<em>imago<\/em> captur\u00e9, mais <strong>est sinthome<\/strong>.<\/p>\n<p>Donc, je fais la s\u00e9rie imago &#8211; fantasme &#8211; sinthome.<\/p>\n<p>Et si le sinthome est si difficile \u00e0 cerner, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que nous n\u2019en n\u2019avons pas de rep\u00e8re dans l\u2019imaginaire et pas non plus dans le sens, sinon n\u00e9gativement. C\u2019est quelque chose qui n\u2019est pas une repr\u00e9sentation, qui n\u2019est pas une <em>imago<\/em>, qui n\u2019est pas un fantasme, je dirais m\u00eame plus g\u00e9n\u00e9ralement, en employant le terme grec, qui n\u2019est pas de l\u2019ordre de l\u2019<em>idea<\/em> &#8211; de l\u2019id\u00e9e, de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>J\u2019ai dit \u00a0<em>idea<\/em> pour pouvoir l\u2019opposer \u00e0 ce qui est l\u2019<em>energeia<\/em>, ce n\u2019est pas <em>idea<\/em> mais <em>energeia<\/em>, et l\u2019<em>energeia<\/em> grecque trouve ici son nom lacanien de jouissance. L\u2019<em>idea<\/em>, c\u2019est ce qui, transpos\u00e9 en latin, et dans le mot fran\u00e7ais inspir\u00e9 du latin, est la quiddit\u00e9. L\u2019<em>idea<\/em>, c\u2019est ce par quoi on peut dire ce que c\u2019est. <em>Quid<\/em>. On peut dire ce que c\u2019est, on peut dire son identit\u00e9. On peut en faire le dessin, comme une image, on peut lui donner sa d\u00e9finition dans le sens. C\u2019est ce qu\u2019on a appel\u00e9 aussi bien l\u2019essence. L\u2019<strong><em>energeia<\/em><\/strong> est pr\u00e9cis\u00e9ment sans quiddit\u00e9. C\u2019est une quoddit\u00e9, <strong>on ne peut pas dire ce que c\u2019est, on peut dire seulement que c\u2019est.<\/strong><\/p>\n<p>Et si je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 cette distinction traditionnelle, c\u2019est parce qu\u2019elle me permet de poser, par rapport \u00e0 ce qui de l\u2019ordre imaginaire et symbolique, le niveau r\u00e9el du \u00ab\u00a0il y a\u00a0\u00bb. Et j\u2019ai dit que c\u2019\u00e9tait la porte du dernier enseignement de Lacan. \u00a0Le \u00ab y a \u00bb. Et si l\u2019on veut l\u2019appareiller \u00e0 l\u2019appareil traditionnel de la philosophie, le\u00a0 \u00ab y a \u00bb se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la quoddit\u00e9, \u00e0 l\u2019<em>energeia<\/em> pure, d\u00e9prise de l\u2019<em>idea<\/em>. Et le dernier enseignement de Lacan est pr\u00e9cis\u00e9ment ordonn\u00e9 par la donn\u00e9e pure de \u00ab\u00a0il y a\/ il n\u2019y a pas\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Et d\u2019abord \u00ab\u00a0Y a de l\u2019un\u00a0\u00bb.<\/strong> Formule qui constitue une r\u00e9duction sensationnelle du symbolique, et en particulier une r\u00e9duction sensationnelle de l\u2019articulation pour d\u00e9gager, comme son r\u00e9el essentiel, l\u2019it\u00e9ration. L\u2019it\u00e9ration comme noyau, comme centre, comme ce qui reste de l\u2019articulation\u00a0 et que Lacan formule quand il dit que \u00ab\u00a0le sinthome, c\u2019est un etc.\u00a0\u00bb Le \u00ab\u00a0y a de l\u2019un\u00a0\u00bb r\u00e9duit le symbolique \u00e0 l\u2019etc. C\u2019est une sensationnelle r\u00e9duction de toute la dimension du blablabla dont entre-temps il avait pu montrer tous les mirages et parcourir le labyrinthe.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est aussi \u00ab\u00a0il n\u2019y pas de rapport sexuel\u00a0\u00bb<\/strong> qui est corr\u00e9latif du \u00ab\u00a0y a de l\u2019un\u00a0\u00bb et qui veut dire \u00ab\u00a0il n\u2019y pas de deux\u00a0\u00bb. Le deux n\u2019est pas au m\u00eame niveau du \u00ab\u00a0y a de l\u2019un\u00a0\u00bb, le 2 est d\u00e9j\u00e0 au niveau du d\u00e9lire, il n\u2019y a pas de deux, il n\u2019y a que le Un qui se r\u00e9p\u00e8te dans l\u2019it\u00e9ration.<\/p>\n<p><strong>Et j\u2019ajouterais encore une troisi\u00e8me formule, \u00ab\u00a0il y a le corps\u00a0\u00bb<\/strong>, ce corps\u00a0 qui d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent dans le titre <em>Encore<\/em>, si vous voulez bien l\u2019\u00e9crire d\u2019une fa\u00e7on qui le d\u00e9voile \u2013 c\u2019est possible et j\u2019imagine m\u00eame que c\u2019est conforme \u00e0 l\u2019intention de Lacan, que \u00ab\u00a0encore\u00a0\u00bb s\u2019entende \u00ab\u00a0en corps\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et, \u00e0 ce niveau reste \u00ab\u00a0vis-\u00e0-vis\u00a0\u00bb, reste en \u00ab\u00a0rapport \u00e0 penser\u00a0\u00bb les 2 \u00ab\u00a0il y a\u00a0\u00bb qui ne sont pas les 2 sexes, qui sont le Un et le corps.<\/p>\n<p>Et c\u2019est \u00e0 niveau-l\u00e0 que le corps appara\u00eet comme l\u2019Autre du signifiant, et c\u2019est ce que Lacan laissait entendre d\u00e9j\u00e0 quand il disait \u00ab\u00a0l\u2019Autre, c\u2019est le corps\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 se diriger vers ce registre du r\u00e9el, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 (dire) que l\u2019Autre du signifiant ce n\u2019est pas l\u2019Autre de la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est l\u2019Autre de la v\u00e9rit\u00e9 seulement dans la fiction. L\u2019Autre de la v\u00e9rit\u00e9 est seulement virtuel, lorsque le signifiant est pris dans ses effets de sens. Mais au niveau de l\u2019<em>energeia<\/em>, l\u2019Autre du signifiant, c\u2019est l\u2019Autre du corps et de sa jouissance. Une fois le discours nettoy\u00e9, au niveau du r\u00e9el, une fois nettoy\u00e9 du rapport sexuel, ce qui se d\u00e9nude, c\u2019est la conjonction du Un et du corps.<\/p>\n<p>En ce sens, Lacan a pu dire que la v\u00e9rit\u00e9 est la petite s\u0153ur de la jouissance, que la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est une forme ext\u00e9nu\u00e9e de la jouissance, la v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est un masque de la jouissance. c\u2019est une formation de la jouissance qui est faite pour la masquer, comme par un ph\u00e9nom\u00e8ne mim\u00e9tique. Quand la jouissance est d\u00e9plac\u00e9e de l\u2019<em>energeia<\/em> \u00e0 l\u2019<em>idea<\/em> la v\u00e9rit\u00e9 nomme la jouissance et en \u00a0m\u00eame temps la masque. C\u2019est chez Lacan apr\u00e8s tout donner toutes ses cons\u00e9quences aux clivages que Freud introduit entre l\u2019inconscient et le \u00e7a. Entre l\u2019inconscient, affaire de\u00a0 refoulement et de v\u00e9rit\u00e9 qui demande \u00e0 se dire et qui se renie et qui s\u2019avoue, et le \u00e7a o\u00f9 il situe les pulsions.<\/p>\n<p>Au niveau de la causalit\u00e9 r\u00e9elle, nous sommes \u00e0 donner ses cons\u00e9quences \u00e0 l\u2019existence du \u00e7a.<\/p>\n<p>L\u2019inconscient c\u2019est un lieu d\u2019\u00eatre, alors que nous d\u00e9signons le \u00e7a avec Freud comme lieu de jouissance. Et, nous l\u2019incarnons, le \u00e7a, nous l\u2019incarnons dans le corps. Ce que Lacan appelle le corps, c\u2019est l\u2019incarnation du \u00e7a freudien, le corps en tant qu\u2019il se jouit. Et, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019inconscient, nous longeons les fictions v\u00e9ridiques qui ne d\u00e9couvrent jamais qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 menteuse tandis que \u00a0du c\u00f4t\u00e9 du \u00e7a, nous avons affaire \u00e0 une existence o\u00f9 nous ne pouvons pas isoler de manque-\u00e0-\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em><strong>passe, outre-passe et\u00a0<\/strong> <strong>\u00e9v\u00e9nement de corps<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Ce que Lacan a appel\u00e9 la passe, il le dit, c\u2019est le moment o\u00f9 une analyse livre au psychanalysant son \u00eatre. C\u2019est-\u00e0-dire\u00a0 au moment o\u00f9 une fois parcourus les effets de la causalit\u00e9 symbolique, s\u2019obtient une r\u00e9duction de la fiction qui se parle ou qui s\u2019\u00e9tablit en terme de manque, de manque-\u00e0-\u00eatre, c\u2019est ce qui en termes freudiens s\u2019appelle la castration, ou en terme de bouchon du manque \u00e0 \u00eatre, et c\u2019est ce que les post-freudiens ont investigu\u00e9 comme l\u2019objet pr\u00e9g\u00e9nital, Abraham entre-autres.<\/p>\n<p>Donc, c\u2019est un moment de l\u2019analyse, c\u2019est le moment<strong> o\u00f9 on passe de l\u2019inconscient au \u00e7a<\/strong>. Et o\u00f9 on n\u2019a encore du \u00e7a freudien que sa fonction de bouchon de manque \u00e0 \u00eatre, on n&rsquo;a du \u00e7a encore que son approche du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00eatre et o\u00f9 on peut dire \u00e7a fait bouchon.<\/p>\n<p><strong>Et une fois franchi ce moment au-del\u00e0 de la passe se d\u00e9nude l\u2019existence<\/strong>, au-del\u00e0 du manque-\u00e0-\u00eatre persiste l\u2019existence &#8211; une fois que s\u2019est produite la d\u00e9flation du d\u00e9sir, c\u2019est-\u00e0-dire que s\u2019est d\u00e9gonfl\u00e9e la fiction dont le d\u00e9sir se soutient dans son rapport \u00e0 l\u2019Autre. Le d\u00e9sir se soutient dans la fiction de son rapport \u00e0 l\u2019Autre de la v\u00e9rit\u00e9, parce que [\u2026 ]<\/p>\n<p>V\u00e9rit\u00e9 et d\u00e9sir sont faits du m\u00eame bois. Et Freud savait bien qu\u2019au-del\u00e0, il y avait des <strong>restes<\/strong>, qu\u2019il appelait les restes symptomatiques, il savait bien qu\u2019au-del\u00e0 du d\u00e9sir, au-del\u00e0 de l\u2019\u00eatre du d\u00e9sir et de sa solution, il y a pr\u00e9cis\u00e9ment<strong> la jouissance, la conjonction du Un et du corps, l\u2019\u00e9v\u00e9nement de corps.<\/strong><\/p>\n<p>Et donc,<strong> l\u2019outre-passe<\/strong> \u00e0 affaire avec <strong>l\u2019\u00e9v\u00e9nement de corps<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec <strong>la jouissance qui se maintient<\/strong> au-del\u00e0 de la r\u00e9solution du d\u00e9sir.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>aplatir la jouissance sur le d\u00e9sir<\/em><\/p>\n<p>Cette jouissance se maintient au-del\u00e0 du p\u00e8re, du p\u00e8re \u0153dipien et du sens qu\u2019il propose pour la r\u00e9soudre et c\u2019est toujours un leurre parce qu\u2019il aplatit la jouissance sur le d\u00e9sir. Lacan \u00e9voque \u00e0 un moment<strong> la fin plate sur laquelle une analyse peut d\u00e9boucher<\/strong>. Cette fin plate c\u2019est une fin qui a toujours affaire avec un interdit, <strong>un interdit de jouissance dont il s\u2019agit d\u2019accomplir l\u2019assomption<\/strong>. <strong>Et l\u2019assomption de l\u2019interdit<\/strong>\u00a0 &#8211; \u00a0ou la danse autour de l\u2019interdit, parce que l\u2019assomption peut se renier sans doute -,<strong> laisse un reste<\/strong> dont la nature, on le constate dans l\u2019exp\u00e9rience avec les sujets de l\u2019outre-passe, on constate que ce reste n\u2019est ni m\u00e9taphore ni m\u00e9tonymie, qu\u2019il n\u2019est pas de l\u2019ordre de l\u2019effet de sens, qu\u2019il est <strong>du registre de l\u2019existenc<\/strong>e, il est du registre de \u00ab\u00a0il y a\u00a0\u00bb\u00a0 ou m\u00eame \u00ab\u00a0 y a\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit de savoir comment le sujet s\u2019accommode de ce \u00ab\u00a0il y a\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Autrement dit, il y a un itin\u00e9raire de l\u2019inconscient au r\u00e9el, pour reprendre le titre que j\u2019ai cru pouvoir donner \u00e0 l\u2019avant-dernier chapitre du <em>s\u00e9minaire du Sinthome<\/em>.<\/p>\n<p>Sans doute Freud a-t-il situ\u00e9 le r\u00e9el au niveau de ce qui \u00e9tait un r\u00eave pour lui, l\u2019\u00e9nerg\u00e9tique psychique faite de r\u00e9seaux o\u00f9 circulent un certain nombre de nombres et o\u00f9 se maintient une valeur constante. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il avait l\u2019id\u00e9e tout de m\u00eame qu\u2019il fallait \u00e0 l\u2019op\u00e9ration analytique un fondement de r\u00e9el qui soit hors sens, et qu\u2019il l\u2019avait trouv\u00e9 dans le neurone. Et ce r\u00e9el, on ne peut rien en dire sinon par diff\u00e9rence avec le sens, \u00e0 savoir qu\u2019il n\u2019en n\u2019a pas.<\/p>\n<p>Lacan, a propos\u00e9 au fond, une autre id\u00e9e du r\u00e9el. Le mot id\u00e9e bien s\u00fbr lui faisait difficult\u00e9, que ce soit une id\u00e9e c\u2019est d\u00e9j\u00e0 de trop, ce doit donc \u00eatre une id\u00e9e qui se renie elle-m\u00eame, et <strong>il a repr\u00e9sent\u00e9 cette id\u00e9e comme le n\u0153ud borrom\u00e9en<\/strong>. Et m\u00eame comme les variations sur le n\u0153ud borrom\u00e9en, appelant r\u00e9el \u00e0 la fois le n\u0153ud minimal et un des trois ronds de ce n\u0153ud &#8211; donc, marqu\u00e9 d\u2019une amphibologie de d\u00e9part. Ce r\u00e9el se pr\u00e9sente donc sous une face comme une articulation, comme une cha\u00eene, c\u2019est la triplice des 3 ronds, comme une cha\u00eene donc comme un savoir \u2013 car il vous suffit pour dire savoir d\u2019y reconna\u00eetre une articulation. En m\u00eame temps, il appelle <strong>r\u00e9el un rond entre les trois &#8211; l\u00e0, \u00e7a n\u2019est pas une articulation, c\u2019est une entit\u00e9 trou\u00e9e<\/strong>, et il s\u2019acharne \u00e0 montrer<strong> que le trou a des propri\u00e9t\u00e9s, que c\u2019est la propri\u00e9t\u00e9 essentielle du rond de ficelle<\/strong>, [le trou a des propri\u00e9t\u00e9s, ] le trou par diff\u00e9rence avec le n\u00e9ant cart\u00e9sien que j\u2019ai appel\u00e9 d\u2019abord.<\/p>\n<p>Alors que le manque autour de quoi tourne le d\u00e9sir est au niveau de l\u2019\u00eatre, <strong>le trou est au niveau du r\u00e9el. Et du trou, il fait l\u2019effet majeur du signifiant, le signifiant comme tel fait trou, et le tout denier enseignement contient une exaltation du trou, dont il faut voir qu\u2019elle vient \u00e0 la place de la fonction \u0153dipienne de l\u2019interdit et de toutes les significations aff\u00e9rentes.<\/strong> L\u00e0, il s\u2019agissait pour lui de [\u2026] donner existence au pur \u00ab\u00a0Il n\u2019 y a pas\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Eh bien c\u2019est ce qui nous aide \u00e0 nous rep\u00e9rer dans l\u2019espace de l\u2019outre-passe.<\/p>\n<p>Dans la passe, le sujet rapporte ce qu\u2019il a pu faire avec le manque-\u00e0-\u00eatre auquel il a acc\u00e9d\u00e9. <strong>Tandis que dans l\u2019outre-passe, c\u2019est au trou qu\u2019il a affaire,<\/strong> une fois r\u00e9duite la question de l\u2019Autre, ce dont il s\u2019agit, au-del\u00e0 de la passe, <strong>c\u2019est de la question de l\u2019UN<\/strong>. Et elle se r\u00e9percute en ceci, et c\u2019est au fond ce qui est au plus proche du crit\u00e8re qu\u2019on y est dans l\u2019outre-passe, c\u2019est que le sujet <strong>se sait parler tout seul<\/strong>. C\u2019est-\u00e0-dire <strong>se sait avoir r\u00e9duit le d\u00e9lire par quoi il pensait communiquer<\/strong> avec l\u2019Autre de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Le paradoxe, c\u2019est que <strong>s\u2019il pr\u00e9sente cette outre-passe dans les formes de la passe<\/strong>, il lui faut bien consentir \u00e0 la <strong>fiction de l\u2019Autre de la psychanalyse,<\/strong> alors que l\u2019outre-passe l\u2019a pr\u00e9cis\u00e9ment cern\u00e9 lui comme sujet dans sa solitude.<\/p>\n<p>Mais il est<strong> d\u2019autant plus vital<\/strong> qu\u2019il consente \u00e0 cette fonction puisque c\u2019est bien celle qu\u2019il devra mettre en \u0153uvre lui, comme psychanalyste, dans sa pratique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai fait r\u00e9sonner \u00e0 la fin de ma derni\u00e8re causerie le mot de \u00ab\u00a0cause\u00a0\u00bb,\u00a0 en faisant r\u00e9f\u00e9rence, r\u00e9f\u00e9rence allusive, \u00e0 Descartes. C\u2019est en effet dans la troisi\u00e8me M\u00e9ditation que l\u2019on\u00a0 trouve formul\u00e9 le principe de causalit\u00e9 suivant, attribu\u00e9 par Descartes \u00e0 ce qu\u2019il appelle la lumi\u00e8re naturelle.<\/p>\n<p>Cette expression a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9e, il l\u2019utilise plus qu\u2019il ne la th\u00e9matise, qu\u2019il ne la d\u00e9finit. La \u00ab\u00a0lumi\u00e8re naturelle\u00a0\u00bb implique une \u00e9vidence, <a href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/05\/cours-de-jacques-alain-miller-18-mai-2011\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":"","jetpack_publicize_message":"cours de Jacques-Alain Miller, 18 mai 2011 - partie I: http:\/\/wp.me\/pULXi-qM","jetpack_is_tweetstorm":false},"categories":[4],"tags":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p2zPSJ-qM","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":2800,"url":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/01\/avec-les-philosophes-des-suites-de-la-representation-du-monde-terreur-du-doute-reve-ou-reel\/","url_meta":{"origin":1660,"position":0},"title":"II. 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