{"id":2099,"date":"2011-06-15T09:38:02","date_gmt":"2011-06-15T07:38:02","guid":{"rendered":"http:\/\/empreintesdigitales.wordpress.com\/?p=2099"},"modified":"2015-01-26T19:53:19","modified_gmt":"2015-01-26T17:53:19","slug":"jam-15-juin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/06\/jam-15-juin\/","title":{"rendered":"XV. post-scriptum \/ les usages lacaniens de l&rsquo;ontologie &#8211; 15 juin 2011"},"content":{"rendered":"<p>Comme je vous l\u2019ai indiqu\u00e9 la derni\u00e8re fois, le cours que je vous ai dispens\u00e9 cette ann\u00e9e est en fait boucl\u00e9. Il a trouv\u00e9 son point de capiton, non pas ici mais \u00e0 Montpellier, lors d&rsquo;une journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude qui \u00e9tait consacr\u00e9e au Livre 23 du S\u00e9minaire <em>Le Sinthome.<\/em><\/p>\n<p>Vous aurez l\u2019occasion de lire le compte rendu de cette journ\u00e9e qui sera publi\u00e9 sous la forme d\u2019un livre.[i] La r\u00e9union d\u2019aujourd\u2019hui, qui sera la derni\u00e8re de l\u2019ann\u00e9e, est donc un post-scriptum \u00e0 ce cours.<\/p>\n<div id=\"attachment_2117\" style=\"width: 250px\" class=\"wp-caption alignright\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2117\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2117 \" title=\"Clotilde Leguil - Photo Nathalie Tufenkjian\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/leguil-c_n-tufenkjian_02.jpg?w=400\" alt=\"\" width=\"240\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/leguil-c_n-tufenkjian_02.jpg 500w, https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/leguil-c_n-tufenkjian_02-200x300.jpg 200w\" sizes=\"(max-width: 240px) 100vw, 240px\" \/><p id=\"caption-attachment-2117\" class=\"wp-caption-text\">Clotilde Leguil - Photo Nathalie Tufenkjian<\/p><\/div>\n<p><strong>Ce cours dont le titre m\u2019appara\u00eet, au terme, ne pas pouvoir \u00eatre autre que \u00ab\u00a0L\u2019\u00catre et l\u2019Un\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Le mot de post-scriptum que j\u2019ai employ\u00e9 est d\u2019autant plus appropri\u00e9 que c\u2019est en effet un texte r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 la suite de ce cours que nous apporte la personne qui est assise \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s et qui a \u00e9t\u00e9 cette ann\u00e9e avec vous dans mon assistance. Seulement elle, elle s\u2019est inspir\u00e9e de ce cours pour un travail qui porte sur la premi\u00e8re moiti\u00e9 de ce titre, sur ce qu\u2019est l\u2019\u00eatre dans l\u2019enseignement de Lacan. Elle s\u2019est donc int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 l\u2019ontologie et \u00e0 ce qu\u2019elle appelle ses usages lacaniens.<\/p>\n<p>Clotide Leguil, c\u2019est son nom \u00a0\u2014 je m\u2019excuse de ne pas avoir annonc\u00e9 sa pr\u00e9sence\u00a0; c\u2019est d\u00fb aux incidents qui m\u2019ont oblig\u00e9 \u00e0 annuler la r\u00e9union pr\u00e9vue il y a quinze jours et la semaine derni\u00e8re \u2014, Clotide Leguil est d\u2019autant plus qualifi\u00e9e pour nous parler des usages lacaniens de l\u2019ontologie qu\u2019elle est l\u2019auteur d\u2019une th\u00e8se, qui deviendra un livre,\u00a0 portant sur l\u2019articulation entre l\u2019enseignement de Lacan et la philosophie de Jean-Paul Sartre. Elle y montre ce que Lacan doit \u00e0 Sartre, mais surtout ce par quoi Lacan est all\u00e9 au-del\u00e0 de Sartre, en particulier concernant la description de l\u2019analyse de l\u2019angoisse, et au-del\u00e0 de ce que Sartre appelait son ontologie, son ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique.<\/p>\n<p><!--more-->Clotilde est philosophe, elle est d\u2019ailleurs l\u2019auteur d\u2019un certain nombre d\u2019ouvrages de philosophie, mais elle exerce aussi la psychanalyse et, comme je l\u2019ai dit, elle est l\u2019auditrice attentive de ce cours, non pas seulement depuis cette ann\u00e9e, si je me souviens bien, mais depuis quelque dix ans. Et donc, elle est tout \u00e0 fait comp\u00e9tente pour traiter le th\u00e8me qu\u2019elle s\u2019est propos\u00e9.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas h\u00e2t\u00e9 le mouvement au long de ces dix ann\u00e9es pour vous la pr\u00e9senter. Je le fais aujourd\u2019hui parce que son travail constitue un appoint particuli\u00e8rement opportun au cours de cette ann\u00e9e, et aussi parce qu\u2019elle prendra rang pour la premi\u00e8re fois l\u2019an prochain parmi les enseignants permanents du d\u00e9partement de psychanalyse de l\u2019Universit\u00e9 de Paris VIII et que, donc, un certain nombre d\u2019entre vous pourront suivre r\u00e9guli\u00e8rement son cours.<\/p>\n<p>C\u2019est, si je puis l&rsquo;ajouter, une t\u00eate tr\u00e8s bien organis\u00e9e, qui \u00a0exprime ses id\u00e9es de la fa\u00e7on la plus ais\u00e9e et la plus accessible, et vous savez que j\u2019accorde un grand prix \u00e0 la clart\u00e9 et \u00e0 l\u2019ordre dans les pens\u00e9es.<\/p>\n<p>Avant de lui donner la parole, et je la reprendrai ensuite pour converser avec elle concernant les \u00e9l\u00e9ments apport\u00e9s et faire quelques remarques, il faut tout de m\u00eame que je dise que le th\u00e8me trait\u00e9 n\u2019aurait pas eu l\u2019agr\u00e9ment de Lacan.<\/p>\n<p>Lacan avait horreur qu\u2019on lui rappelle sa dette \u00e0 l\u2019endroit de Sartre. Je le dis avec certitude, parce que jadis je m\u2019y \u00e9tais employ\u00e9 \u00e0 son s\u00e9minaire; j\u2019avais signal\u00e9 au cours d\u2019un expos\u00e9, et tr\u00e8s rapidement, en quelques phrases, que les termes dans lesquels Sartre parlait de la conscience, entre guillemets, pure \u2014 celle qu\u2019il appelle, on verra \u00e7a peut-\u00eatre apr\u00e8s, non th\u00e9tique, inconditionnelle\u00a0 \u2014, \u00e9taient les m\u00eames que Lacan utilisait pour \u00e9voquer le statut du sujet suppos\u00e9 savoir. Je signalais non pas une identit\u00e9 de pens\u00e9e entre les deux, mais une analogie formelle, et je crois pouvoir attribuer \u00e0 la bienveillance de Lacan \u00e0 mon endroit le fait qu\u2019il ait maitris\u00e9 sa fureur pour se contenter de r\u00e9futer sans m\u00e9nagement cette articulation.<\/p>\n<p>En effet, s\u2019il a rendu hommage au talent fabuleux dont Sartre faisait preuve dans ses descriptions [\u2026],\u00a0 il a toujours consid\u00e9r\u00e9 l\u2019abord sartrien des questions comme confusionnel. Mais confusionnel veut dire que c\u2019\u00e9tait en apparence si voisin de son propre abord, \u00e0 quelques occasions, \u00a0que l\u2019on pouvait s\u2019y tromper. Surtout \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la pens\u00e9e sartrienne dominait, entre guillemets, le paysage intellectuel fran\u00e7ais, ce qui fait que ce que Lacan essayait de faire valoir \u00e9tait volontiers rabattu sur la pens\u00e9e qui s\u2019exprime dans <em>L\u2019\u00catre et le n\u00e9ant<\/em>.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-2181 alignleft\" style=\"margin-right: 15px; border: 0 none;\" title=\"garcon-cafe-flore\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/garcon-cafe-flore.jpg\" alt=\"\" width=\"214\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/garcon-cafe-flore.jpg 214w, https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/garcon-cafe-flore-200x300.jpg 200w\" sizes=\"(max-width: 214px) 100vw, 214px\" \/>Pour les distinguer, pour les opposer, il suffira de rappeler que <strong>l\u2019inconscient comme tel est \u00e0 proprement parler impensable pour Sartre, vu sa d\u00e9finition de la conscience,<\/strong> et que le concept de l\u2019inconscient est chez Sartre remplac\u00e9 par la notion de \u00ab\u00a0<strong>mauvaise foi<\/strong>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>C\u2019est-\u00e0-dire, <strong>la conscience sait mais ne veut pas savoir, fait comme si elle ne savait pas.<\/strong> Ici le non-savoir est index\u00e9 sur un \u00ab<strong>comme si<\/strong>\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on joue la com\u00e9die.<\/p>\n<p>Autant dire,<strong> chez Sartre, tout le monde joue la com\u00e9die. Le probl\u00e8me, c\u2019est que lui aussi<\/strong>. Il a fini par le dire en clair, d\u2019ailleurs, dans sa courte mais m\u00e9morable autobiographie intitul\u00e9e <em>Les Mots,<\/em> o\u00f9 il explique, en somme, que depuis tout petit il joue la com\u00e9die.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e7a son v\u00e9cu existentiel, dont il fait t\u00e9moignage.<\/p>\n<p>Et les exemples \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9taient fort connus. Celui de <strong>la dame dont le monsieur prend n\u00e9gligemment la main<\/strong>, et la dame fait <em>comme si<\/em> elle ne se rendait pas compte des implications \u00e9ventuelles du geste [ et de la tol\u00e9rance \u00e0 son \u00e9gard].<\/p>\n<p>Autre exemple, le fameux gar\u00e7on de caf\u00e9, comme il n\u2019y en n\u2019a plus. <strong>Le gar\u00e7on de caf\u00e9 du Flore<\/strong>, qui en fait trop, qui <em>joue<\/em> le gar\u00e7on de caf\u00e9 faute de pouvoir s\u2019y identifier pleinement.<\/p>\n<div style=\"width: 212px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/sartre-brassai-flore2.jpg\"><img title=\"sartre-brassai-flore\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/sartre-brassai-flore2.jpg\" alt=\"Jean-Paul Sartre au Caf\u00e9 de Flore, 1944 - Brassa\u00ef\" width=\"202\" \/><\/a><p class=\"wp-caption-text\">Jean-Paul Sartre au Caf\u00e9 de Flore, 1944 - Brassa\u00ef<\/p><\/div>\n<p>Voil\u00e0 les exemples. Ils sont tir\u00e9s de la vie ordinaire d\u2019intellectuels germanopratins, dont Sartre avait au moins le privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre un des premiers \u2014 \u00e7a n\u2019est pas tir\u00e9 de la clinique \u00e0 proprement parler.<\/p>\n<p>Le fait que selon Sartre <strong>l\u2019\u00eatre de la conscience n\u2019est rien<\/strong>, est n\u00e9ant, veut dire pour lui <strong>que \u00a0l\u2019identification est impossible<\/strong>, <strong>ce n\u2019est jamais qu\u2019un r\u00f4le<\/strong>, tout est jeu de r\u00f4les, c\u2019est pas \u00ab\u00a0pour de vrai\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>L\u2019identification est com\u00e9die, le refoulement <\/strong><strong><\/strong><strong>est mauvaise foi<\/strong>, et c\u2019est \u00e0 partir de ces principes que Sartre avait entrepris dans <em>L\u2019\u00catre et le n\u00e9ant<\/em> de forger une psychanalyse \u00e0 sa main, une psychanalyse existentielle qui est faite d\u2019une psychanalyse sans l\u2019inconscient \u2014 tout simplement.<\/p>\n<div style=\"width: 212px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/simon-de-beauvoir-cafe-de-flore-1944-brassai.jpg\"><img class=\" \" title=\"Simone de Beauvoir, Caf\u00e9 de Flore, 1944 - Brassa\u00ef\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/simon-de-beauvoir-cafe-de-flore-1944-brassai.jpg\" alt=\"Simone de Beauvoir au Caf\u00e9 de Flore, 1944. Brassa\u00ef \" width=\"202\" \/><\/a><p class=\"wp-caption-text\">Simone de Beauvoir au Caf\u00e9 de Flore, 1944 - Brassa\u00ef<\/p><\/div>\n<p>Et donc \u00e7a n\u2019avait \u00a0pas du tout le go\u00fbt de la psychanalyse, c\u2019\u00e9tait \u00e0 rebours de Lacan et de son effort pour rendre compte de l\u2019inconscient freudien.<\/p>\n<p>Il a fallu que, au sein m\u00eame des emprunts qu&rsquo;il a pu faire \u00e0 certains points de la philosophie de Sartre, <strong>Lacan bataille contre les implications de cette philosophie, pour rendre pensable l\u2019inconscient<\/strong>, pour \u00e9laborer les conditions de cette \u00ab\u00a0pensabilit\u00e9\u00a0\u00bb, pour \u00e9laborer le statut ontologique de l\u2019inconscient, sa modalit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre, ses modalit\u00e9s d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p>Clotilde va donc nous donner un parcours dans l\u2019enseignement de Lacan qui est index\u00e9 sur le mot \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb. C\u2019est un mot auquel on ne faisait pas trop attention dans l\u2019enseignement de Lacan, et m\u00eame peut-\u00eatre d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale. Je me souviens encore de \u00a0<strong>mon ma\u00eetre Canguilhem<\/strong>\u00a0\u2014 le philosophe, l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologue \u2014, me disant, dans un caf\u00e9 aujourd\u2019hui disparu, au coin de la rue Saint-Jacques et du boulevard Saint-Germain, alors que je le questionnais sur le cas qu\u2019il faisait de l\u2019\u00eatre, de l\u2019ontologie, voire de Heidegger, me r\u00e9pondant \u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00eatre, c\u2019est un passe-partout\u00a0\u00bb. Ce que j\u2019avais trouv\u00e9 un peu court, mais au moins \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb, c\u2019est un mot passe-partout. Et c\u2019est un mot qui n&rsquo;est devenu visible dans le discours de Lacan \u2014 un mot qui clignote d\u00e9sormais quand on lit Lacan, o\u00f9 quand je le relis, m\u00eame \u2014 qu&rsquo;\u00e0 partir de ce que j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019\u00e9laborer cette ann\u00e9e. Et Clotilde va donc proc\u00e9der maintenant, sur la piste de ce mot, \u00e0 nous pr\u00e9senter les \u00e9tapes successives de l\u2019ontologie de Lacan et des usages qu\u2019il en a fait.<\/p>\n<p>Donc, je lui donne maintenant la parole.<\/p>\n<p><strong>Clotilde Leguil\u00a0<\/strong>: Dans la travers\u00e9e de l\u2019\u0153uvre de Lacan que Jacques-Alain Miller a pu nous proposer cette ann\u00e9e, apr\u00e8s avoir rendu compte l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re de la logique de la vie de Lacan, a \u00e9merg\u00e9 ce qu\u2019il a appel\u00e9 <strong>le passage de l\u2019ontologie \u00e0 l\u2019h\u00e9nologie<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire, au sein de l\u2019\u00e9laboration et de la pratique de la psychanalyse \u00a0un changement de perspective conduisant \u00e0 passer <strong>d\u2019un propos sur l\u2019\u00eatre \u00e0 un propos sur l\u2019un<\/strong>, donc \u00e0 passer d\u2019une interpr\u00e9tation visant<strong> le d\u00e9sir et le manque-\u00e0-\u00eatre<\/strong> \u00e0 une intervention visant <strong>la lettre et le r\u00e9el<\/strong>.<\/p>\n<p>Le tout dernier enseignement de Lacan, aurait ceci de d\u00e9routant [\u2026] qu\u2019il s\u2019agit aussi d\u2019un adieu \u00e0 l\u2019ontologie, c\u2019est-\u00e0-dire aussi bien d\u2019une approche de la parole non plus en tant qu\u2019elle est \u00e0 m\u00eame dans <strong>l\u2019exp\u00e9rience analytique<\/strong> de faire acc\u00e9der le sujet au noyau de son \u00eatre, mais en tant qu\u2019elle est <strong>it\u00e9ration d\u2019un \u00e9v\u00e9nement de corps, produit par la percussion du corps par la parole<\/strong>.<\/p>\n<p>Bien que le dernier enseignement de Lacan soit donc marqu\u00e9 par cette d\u00e9sontologisation de la psychanalyse, je souhaiterais revenir sur <strong>les usages lacaniens de l\u2019ontologie<\/strong>, dans la mesure o\u00f9, me semble-t-il, le tout dernier enseignement de Lacan n\u2019invalide pas le pr\u00e9c\u00e9dent, dans la mesure o\u00f9 le <strong>tout dernier enseignement de Lacan conduit \u00e0 penser ce qui ne change pas dans l\u2019analyse, le reste symptomatique irr\u00e9ductible, alors que l\u2019enseignement classique permet de penser ce qui change,<\/strong> c\u2019est-\u00e0-dire aussi bien en quel sens une analyse op\u00e8re une transformation sur le sujet quand bien m\u00eame pour finir il faudrait savoir compter sur un irr\u00e9ductible qui ne changera jamais et qui r\u00e9sulte de notre fa\u00e7on \u00e0 chacun d&rsquo;\u00eatre vivant\u00a0 en tant que parl\u00eatre.<\/p>\n<p>Je voulais donc revenir sur l\u2019ontologie, car il me semble remarquable que Lacan, tout en \u00e9tant structuraliste, ait pu d\u00e9velopper une ontologie \u00e0 diff\u00e9rents moments de son enseignement.<\/p>\n<p>Ce rapport \u00e0 l\u2019ontologie, c\u2019est-\u00e0-dire au fait de tenir un discours sur l\u2019\u00eatre, distingue Lacan parmi tous les structuralistes. Il n\u2019y a en effet pas d\u2019ontologie chez Claude-L\u00e9vi Strauss, pas d\u2019ontologie chez Michel Foucault, ni chez aucun des penseurs structuralistes. <strong>Le structuralisme est une m\u00e9thode dont on ne peut d\u00e9duire aucune ontologie.<\/strong> Il s\u2019agit d\u2019une fa\u00e7on de rendre compte du r\u00e9el \u00e0 partir de l\u2019ordre symbolique, \u00e0 partir d\u2019un rapport des \u00e9l\u00e9ments entre eux au sein d\u2019un syst\u00e8me, qui ne permet pas de formuler une conclusion sur l\u2019\u00eatre lui-m\u00eame. Il n\u2019y a donc pas d\u2019ontologie dans l\u2019anthropologie levi-straussienne, ni dans la linguistique saussurienne.<\/p>\n<p>Lacan avec son ontologie passe, lui, du registre de la description de la structure, au registre du \u00a0fondement m\u00eame du sujet en tant qu\u2019\u00eatre. Claude L\u00e9vi-Strauss ne s\u2019est d&rsquo;ailleurs pas priv\u00e9 de critiquer la fa\u00e7on dont Lacan \u00e9tait structuraliste, en affirmant \u00e0 la fin de sa vie qu\u2019il n\u2019\u00e9prouverait, je cite Claude L\u00e9vi-Strauss, \u00a0aucune \u00ab\u00a0indulgence envers cette imposture\u00a0\u00bb, qui \u00ab\u00a0glissant une m\u00e9taphysique du d\u00e9sir sous la logique du concept, retirerait \u00e0 celle-ci son fondement\u00a0\u00bb[ii].<\/p>\n<p>Et en effet, ce qui s\u00e9pare Lacan des structuralistes de son temps, c\u2019est que, tout en introduisant le structuralisme dans la psychanalyse, il a cherch\u00e9 \u00e0 formuler une ontologie fond\u00e9e sur le sujet et son d\u00e9sir d\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Pour ma part, c\u2019est en m\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la fa\u00e7on dont Lacan avait pu, entre 1946 et 1967, reprendre de fa\u00e7on subversive certains concepts de l\u2019ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique sartrienne pour refonder la psychanalyse, que je me suis interrog\u00e9e sur ce rapport \u00e0 l\u2019ontologie au c\u0153ur m\u00eame de la praxis analytique.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019ontologie lacanienne ne rel\u00e8ve pas seulement d\u2019un rapport \u00e0 Hegel, qui a permis en effet \u00e0 Lacan de concevoir la psychanalyse comme un proc\u00e8s dialectique de reconnaissance du d\u00e9sir, mais rel\u00e8ve aussi d\u2019un rapport \u00e0 Sartre qui conduit \u00e0 concevoir le n\u00e9ant d\u2019\u00eatre comme ce noyau qu\u2019on peut rencontrer \u00e0 la fin de l\u2019analyse, telle qu\u2019elle est con\u00e7ue en 1967, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 partir de la travers\u00e9e du fantasme.<\/p>\n<p>Cette direction donc du rapport d\u2019un certain Lacan \u00e0 un certain Sartre, \u00e0 savoir le Lacan de l\u2019\u00e2ge classique structuraliste et le premier Sartre des ann\u00e9es 40, m\u2019avait \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9e par le travail de Jacques-Alain Miller il y a maintenant plus de dix ans, dans son cours de 1999 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0L\u2019exp\u00e9rience du r\u00e9el dans la cure analytique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il avait pu alors rendre compte de la fa\u00e7on dont l\u2019appui sur certains \u00e9l\u00e9ments de la philosophie sartrienne avait permis \u00e0 Lacan de lib\u00e9rer la psychanalyse de la prison de l\u2019ego [\u2026] c\u2019est-\u00e0-dire donc de d\u00e9psychologiser la psychanalyse, au profit d\u2019un retour \u00e0 Freud et \u00e0 l\u2019inconscient. Alors, ainsi que Jacques-Alain Miller l\u2019a pr\u00e9cis\u00e9, je pr\u00e9cise \u00e0 mon tour d\u2019embl\u00e9e que le rapport de Lacan au concept existentiel ne rel\u00e8ve en rien d\u2019une reprise de la psychanalyse existentielle elle-m\u00eame, telle que Sartre a pu essayer de la formuler en 1943. Lacan \u00a0n\u2019a eu de cesse de critiquer cette psychanalyse existentielle qui refuse le postulat de l\u2019inconscient, c\u2019est-\u00e0-dire au fond qui refuse l\u2019apport singulier de Freud. Donc, il s\u2019agit d\u2019un usage qui est tout \u00e0 fait propre \u00e0 Lacan des concepts d\u2019une ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique de <em>L\u2019\u00catre et le n\u00e9ant<\/em>, en vue d\u2019un retour \u00e0 Freud. Donc conduisant tout d\u2019un coup \u00e0 une reprise subversive de ces concepts qui sont d\u00e9localis\u00e9s de leur philosophie d\u2019appartenance.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, il me semble que s&rsquo;il y a une ontologie de la psychanalyse chez Lacan, s\u2019il a pu dire ainsi au cours du s\u00e9minaire de l\u2019ann\u00e9e 1964 qu\u2019il avait \u00ab\u00a0son ontologie\u00a0\u00bb, comme l\u2019a rappel\u00e9 Jacques-Alain Miller cette ann\u00e9e, c\u2019est aussi depuis un certain emprunt \u00e0 l\u2019ontologie sartrienne, d\u00e9tourn\u00e9e donc de sa fonction philosophique initiale, qu\u2019il a pu l\u2019affirmer.<\/p>\n<p>Et cela transparait \u00e0 travers les concepts m\u00eames qui sont ceux de son ontologie et qui ne sont pas ceux de l\u2019ontologie aristot\u00e9licienne, \u00e0 laquelle il se r\u00e9f\u00e9rera pour s\u2019en s\u00e9parer au cours du s\u00e9minaire <em>Encore<\/em>, en 1972-1973. Mais qui sont plut\u00f4t ceux de l\u2019ontologie telle qu\u2019elle est formul\u00e9e en 1943 dans <em>L\u2019\u00catre et le n\u00e9ant<\/em> par Sartre, reprenant \u00e0 la fois des \u00e9l\u00e9ments de la ph\u00e9nom\u00e9nologie husserlienne et de l\u2019ontologie heidegg\u00e9rienne.<\/p>\n<p>Ainsi, les concepts de manque-\u00e0-\u00eatre, de d\u00e9sir d\u2019\u00eatre, de d\u00e9s\u00eatre, sont propres \u00e0 Lacan, mais t\u00e9moignent de ce qu\u2019il a pu r\u00e9cup\u00e9rer de l\u2019ontologie sartrienne afin de lui assigner un autre but, donc, en l\u2019utilisant afin de formuler la psychanalyse freudienne.<\/p>\n<p>Car en effet, s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019ontologie chez les structuralistes, il n\u2019y a pas \u00e0 proprement parler d\u2019ontologie chez Freud non plus. On pourrait dire en ce sens qu\u2019\u00e0 la m\u00e9tapsychologie freudienne Lacan a substitu\u00e9 une ontologie qui est sa marque propre.<\/p>\n<p>Mais pourquoi Lacan a-t-il d\u00e9ploy\u00e9 ainsi une ontologie\u00a0? En quel sens sert-elle la psychanalyse\u00a0?<\/p>\n<p>S\u2019il s\u2019est s\u00e9par\u00e9 de l\u2019ontologie, c\u2019est-\u00e0-dire de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la cat\u00e9gorie de l\u2019\u00eatre, pour faire valoir dans son tout dernier enseignement la cat\u00e9gorie du r\u00e9el, si la logique a ainsi pris le dessus sur l\u2019ontologie, n\u00e9anmoins, le rapport \u00e0 cette ontologie ne fut pas accidentel, ne fut pas ponctuel, il fut d\u2019une certaine fa\u00e7on un invariant, un point fixe dans l\u2019approche propos\u00e9e par Lacan de la psychanalyse.<\/p>\n<p>Mais ce qu\u2019on pourrait dire c\u2019est qu\u2019il y a diff\u00e9rents usages de l\u2019ontologie selon les enjeux qui sont ceux de la d\u00e9monstration de Lacan, quant \u00e0 l&rsquo;essence de la psychanalyse, \u00e0 tel moment de son enseignement.<\/p>\n<p>Donc, je distinguerais quatre temps dans l\u2019enseignement de Lacan, quatre temps pr\u00e9c\u00e9dant son dernier enseignement\u00a0 et quatre temps qui correspondent \u00e0 quatre usages distincts de l\u2019ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une ontologie emprunt\u00e9e \u00e0 la philosophie contemporaine du d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle relevant donc d\u2019un effort pour penser le sujet lui-m\u00eame et son \u00eatre.<\/p>\n<p>Donc, je vous propose de d\u00e9plier ces quatre usages de l\u2019ontologie, correspondant \u00e0 quatre moments diff\u00e9rents de l\u2019\u00e9laboration lacanienne.<\/p>\n<p>I.<\/p>\n<p><strong>On pourrait dire tout d\u2019abord que l\u2019ontologie,<\/strong> donc la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00eatre lui-m\u00eame, appara\u00eet d\u00e8s les \u00ab\u00a0Propos sur la causalit\u00e9 psychique\u00a0\u00bb, conduisant Lacan \u00e0\u00a0 <strong>s\u2019opposer \u00e0 Henri\u00a0 Ey.<\/strong><\/p>\n<p>En effet, cherchant en 1946 \u00e0 pr\u00e9ciser l\u2019objet de la psychiatrie, Lacan fait entrer en sc\u00e8ne l\u2019ontologie contre l\u2019organo-dynamisme.\u00a0 Alors qu\u2019Henry Ey \u00a0recherche la causalit\u00e9 de la folie \u00e0 partir d\u2019une reprise de la th\u00e9orie neurologique (Jackson),\u00a0 [qu\u2019on peut voir conduit \u00e0 penser] le d\u00e9lire lui-m\u00eame comme une interaction des fonctions sup\u00e9rieures du psychisme, Lacan r\u00e9pond en annon\u00e7ant que, je cite, <strong>\u00ab\u00a0 le ph\u00e9nom\u00e8ne de la folie n\u2019est pas s\u00e9parable du probl\u00e8me de la signification pour l\u2019\u00eatre en g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est-\u00e0-dire du langage pour l\u2019homme\u00a0\u00bb<\/strong>\u00a0.<\/p>\n<p>Donc, cette causalit\u00e9 essentielle de la folie, c\u2019est la causalit\u00e9 psychique, qui rel\u00e8ve elle-m\u00eame d\u2019une croyance du sujet sur son \u00eatre. Ce n\u2019est donc pas en termes de d\u00e9ficit qu\u2019il faut concevoir la folie, ni en termes d\u2019alt\u00e9ration des fonctions sup\u00e9rieures, ni de d\u00e9sadaptation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, mais en termes ontologiques, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois en tant que rapport \u00e0 la signification en g\u00e9n\u00e9ral et en tant que rapport \u00e0 l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>La folie est ainsi d\u00e9finie par Lacan comme la \u00ab\u00a0virtualit\u00e9 permanente d\u2019une faille ouverte dans l\u2019essence de l\u2019homme\u00a0\u00bb, qui le conduit donc \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre non pas tant la r\u00e9alit\u00e9, mais, dit Lacan, la dialectique de l\u2019\u00eatre. Cette imm\u00e9diatet\u00e9 de l\u2019identification, que Lacan appelle l\u2019infatuation, rel\u00e8ve donc d\u2019une croyance d\u00e9lirante sur l\u2019\u00eatre que l\u2019on est, et non pas d\u2019une pas d&rsquo;une erreur de jugement, d\u2019une d\u00e9faillance organique, donc d\u2019un d\u00e9faut des fonctions sup\u00e9rieures [\u2026 psychiques].<\/p>\n<p>Donc l\u2019ontologie surgit ici dans le discours de Lacan pour faire valoir la causalit\u00e9 essentielle de la folie et m\u00eame au-del\u00e0 de cette causalit\u00e9, l\u2019absence de causalit\u00e9 derni\u00e8re qu\u2019il formule comme \u00ab\u00a0insondable d\u00e9cision de l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans ce concept-formule qui est rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre, Lacan reprend ce que Sartre avait pu rep\u00e9rer comme un irr\u00e9ductible, c\u2019est-\u00e0-dire une d\u00e9termination spontan\u00e9e de notre \u00eatre, que l\u2019on ne peut expliquer au-del\u00e0 d\u2019elle-m\u00eame, qui est le sujet lui-m\u00eame, en tant qu\u2019il ne se fonde sur rien d\u2019autre que sur une d\u00e9cision d\u2019\u00eatre. Chaque sujet \u00e9tant ainsi, toujours selon Sartre, s\u00e9par\u00e9 de son essence, n\u00e9ant d\u2019\u00eatre, cherche une solution au probl\u00e8me de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>On peut donc dire que dans \u00ab\u00a0Propos sur la causalit\u00e9 psychique\u00a0\u00bb, Lacan tout en s\u2019appuyant sur Hegel et Heidegger, emprunte \u00e0 l\u2019ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique sartrienne l\u2019id\u00e9e d\u2019une faille dans l\u2019essence du sujet qui fait que l\u2019on pourrait rendre compte de l\u2019infatuation du fou comme d\u2019un choix d\u2019\u00eatre contre le manque d\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re apparition de l\u2019ontologie chez Lacan, qui inaugure aussi un style singulier dans la fa\u00e7on de r\u00e9inventer la psychanalyse.<\/p>\n<p>II.<\/p>\n<p><strong>Si on avance maintenant un peu plus dans l\u2019\u00e2ge d\u2019or de l\u2019enseignement de Lacan,<\/strong> l\u2019\u00e2ge d\u2019or structuraliste, celui de \u00ab\u00a0Fonction et champ de la parole et du langage\u00a0\u00bb en 1953, celui des s\u00e9minaires des ann\u00e9es 50, on peut rep\u00e9rer un nouvel usage de l\u2019ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit dor\u00e9navant d\u2019une ontologie <em>contre<\/em> la psychologie, d\u2019un discours sur le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre et sa pr\u00e9carit\u00e9 contre la psychologie de la d\u00e9pendance, contre l\u2019<em>ego-psychology<\/em>, contre la relation d\u2019objet.<\/p>\n<p>Lacan se sert dor\u00e9navant de l\u2019ontologie sartrienne du d\u00e9sir d\u2019\u00eatre pour critiquer tout id\u00e9al d\u2019adaptation du moi \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, de maturation des instincts et de rapport harmonieux \u00e0 l\u2019objet, donc pour critiquer tout id\u00e9al d\u2019autonomie du moi.<\/p>\n<p>Il con\u00e7oit ainsi l\u2019objet m\u00eame de la psychanalyse \u00e0 partir du d\u00e9sir et de la parole. Mais s&rsquo;il consid\u00e8re que la fonction de la parole a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e par les postfreudiens qui s\u2019int\u00e9ressent davantage \u00e0 ce que le sujet ne dit pas qu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il dit, c\u2019est aussi pour rendre compte du d\u00e9sir d\u2019\u00eatre comme ce qui fonde le sujet qui parle, au-del\u00e0 du moi imaginaire. \u00a0Je cite Lacan\u00a0: \u00ab\u00a0Que le sujet en vienne \u00e0 reconna\u00eetre et \u00e0 nommer son d\u00e9sir, voil\u00e0 quelle est l&rsquo;action efficace de l&rsquo;analyse. Mais il ne s&rsquo;agit pas de reconna\u00eetre quelque chose qui serait l\u00e0 tout donn\u00e9, pr\u00eat \u00e0 \u00eatre coapt\u00e9. En le nommant, le sujet cr\u00e9e, fait surgir une nouvelle pr\u00e9sence dans le monde\u00a0\u00bb affirme donc Lacan dans le S\u00e9minaire II en 1955[iii].<\/p>\n<p>Ce d\u00e9sir qui vient \u00e0 \u00eatre en \u00e9tant nomm\u00e9, Lacan en rend compte comme d\u2019un rapport d\u2019\u00eatre \u00e0 manque qui n\u2019est pas, dit-il, manque de ceci ou de cela, mais manque d\u2019\u00eatre par quoi l\u2019\u00eatre existe. Il reprend donc explicitement ici dans ce S\u00e9minaire sur le moi, cette d\u00e9finition sartrienne du d\u00e9sir consid\u00e9r\u00e9 comme relatif au n\u00e9ant d\u2019\u00eatre du sujet.<\/p>\n<p>Sartre affirmait pour sa part en 1943 que le d\u00e9sir est manque d\u2019\u00eatre, qu\u2019il est \u00ab\u00a0hant\u00e9 en son \u00eatre le plus intime par l\u2019\u00eatre dont il est le d\u00e9sir\u00a0\u00bb. Et, avant m\u00eame de rendre compte ainsi du d\u00e9sir dans<em> l\u2019\u00catre et le n\u00e9ant<\/em>, \u00a0Sartre avait pu, dans son tout premier essai de 1936, \u00ab\u00a0La transcendance de l\u2019ego\u00a0\u00bb, auquel faisait r\u00e9f\u00e9rence Jacques-Alain Miller, lui aussi critiquer l\u2019ego en tant qu\u2019objet, l\u2019ego en tant que transcendant le sujet, l\u2019ego comme relevant d\u2019une op\u00e9ration r\u00e9cessive de la psychologie, en tant qu\u2019elle fige le sujet sous les esp\u00e8ces d\u2019un psychisme qui opacifie ce qui n\u2019est &#8211; ce qui n\u2019\u00e9tait pour lui &#8211; qu\u2019intentionnalit\u00e9 vide.<\/p>\n<p>Donc, si Lacan insiste tant sur la port\u00e9e ontologique du d\u00e9sir, c\u2019est-\u00e0-dire sur le fait que le d\u00e9sir n\u2019a rien \u00e0 voir avec le d\u00e9sir de tel objet en particulier, et donc ne peut se saisir \u00e0 partir d\u2019une logique de la frustration et de la gratification, c\u2019est, pour sa part, donc l\u00e0 il se s\u00e9pare radicalement de Sartre, pour rendre compte de l\u2019inconscient freudien lui-m\u00eame, en tant que formulation de d\u00e9sir, inconscient donc, qui aurait \u00e9t\u00e9 ensuite effac\u00e9 par les postfreudiens au profit de la r\u00e9f\u00e9rence au moi et \u00e0 la relation d\u2019objet. Donc, ce qui distingue fondamentalement le sujet de l\u2019inconscient comme sujet qui parle du moi imaginaire, c\u2019est que le sujet qui parle renvoie \u00e0 l\u2019\u00eatre m\u00eame, en tant que d\u00e9sir, alors que le moi n\u2019est qu\u2019une image silencieuse permettant d\u2019oublier le manque-\u00e0-\u00eatre produit par le langage, c\u2019est-\u00e0-dire effa\u00e7ant la castration.<\/p>\n<p>Cette reprise donc du d\u00e9sir d\u2019\u00eatre sartrien au sein d\u2019une critique de la psychologie du moi permet \u00e0 Lacan de rendre compte de la d\u00e9couverte de Freud, en tant qu\u2019elle est celle, je le cite, \u00ab\u00a0du champ des incidences, en la nature de l\u2019homme, de ses relations \u00e0 l\u2019ordre symbolique, et la remont\u00e9e de leur sens jusqu\u2019aux instances les plus radicales de la symbolisation dans l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb &#8211; c\u2019est dans \u00ab\u00a0Fonction et champ de la parole et du langage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019ontologie permet donc \u00e0 Lacan de r\u00e9duire le champ de la psychologie \u00e0 celui de l\u2019imaginaire, le champ du moi \u00e0 celui de l\u2019inertie\u00a0\u2014 donc, il invoque le moi comme un objet parmi d\u2019autres objets\u00a0\u2014 , et de rendre compte de l\u2019\u00eatre du sujet qui parle et de son d\u00e9sir comme excentriques \u00e0 toute satisfaction. \u00a0Ainsi, Lacan peut dire en 1958, au cours de son S\u00e9minaire sur les <em>Formations de l\u2019inconscient<\/em>, que ce \u00e0 quoi confine le d\u00e9sir, non plus dans ses formes d\u00e9velopp\u00e9es, masqu\u00e9es, mais dans sa forme pure et simple, c\u2019est \u00e0 la douleur d\u2019exister. Donc on parle l\u00e0 de toutes les contingences qui ont pu contrarier, au cours d\u2019une existence singuli\u00e8re.<\/p>\n<p>III.<\/p>\n<p><strong>Dans un troisi\u00e8me moment, celui du d\u00e9but des ann\u00e9es 60,<\/strong> on peut distinguer un nouvel usage de l\u2019ontologie qui est relatif \u00e0 la <strong>remise en cause de souverainet\u00e9 de l\u2019ordre symbolique. <\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est dans le s\u00e9minaire de 1959-1960 sur <em>L\u2019\u00c9thique de la psychanalyse<\/em>, que Lacan introduit l\u2019ontologie pour rendre compte du statut de la <strong>pulsion<\/strong>. Et un des sous-titres choisi par Jacques-Alain Miller dans le texte \u00e9tabli de la le\u00e7on du 27 janvier 1960 dit ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0la pulsion, notion ontologique\u00a0\u00bb. Et Lacan \u00e9nonce en effet, \u00e0 la fin de cette le\u00e7on sur \u00ab\u00a0La Cr\u00e9ation<em> ex nihilo\u00a0\u00bb,<\/em> \u00ab\u00a0le <em>Trieb<\/em> ne peut aucunement se limiter \u00e0 une notion psychologique\u00a0\u2014 c\u2019est une notion ontologique absolument fonci\u00e8re, qui r\u00e9pond \u00e0 une crise de la conscience que nous ne sommes pas forc\u00e9s de pleinement rep\u00e9rer, parce que nous la vivons. \u00bb [p. 152]<\/p>\n<p>Lacan pr\u00e9cise donc ici lui-m\u00eame l\u2019usage qu\u2019il peut faire de l\u2019ontologie pour relire Freud.<\/p>\n<p>Si Freud a pu dire dans sa <em>M\u00e9tapsychologie<\/em> \u00e0 propos de la pulsion qu\u2019elle \u00e9tait \u00ab\u00a0un <strong>concept limite entre le psychique et le somatique\u00a0\u00bb<\/strong>, Lacan montre en quel sens cette fronti\u00e8re indique que la pulsion n\u2019est ni psychologique ni biologique mais ontologique. <strong>Cette ontologie de la pulsion est d\u00e9j\u00e0 un d\u00e9passement de l\u2019ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique<\/strong> et annonce ce que Jacques-Alain Miller a appel\u00e9 cette ann\u00e9e dans son cours le renoncement \u00e0 l\u2019ontologie au profit du registre du r\u00e9el.<\/p>\n<p>D\u00e9placer ainsi l\u2019ontologie de l\u2019\u00eatre qui parle \u00e0 la pulsion, tel que Lacan le fait en 1960, c\u2019est en effet d\u00e9j\u00e0 d\u00e9passer l\u2019ontologie s\u00e9mantique, qui faisait du langage le lieu m\u00eame de l\u2019\u00eatre, pour indiquer un autre niveau d\u2019approche du sympt\u00f4me \u00e0 partir de la pulsion.<\/p>\n<p>Au sein de ce troisi\u00e8me temps, donc du d\u00e9but des ann\u00e9es 60, s\u2019op\u00e8re alors ce qu\u2019on pourrait appeler un renversement de l\u2019ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique et s\u00e9mantique. Et c\u2019est sp\u00e9cifiquement dans le s\u00e9minaire de 1962-1963, sur <em>L\u2019Angoisse,<\/em> qu&rsquo;on peut rep\u00e9rer ce renversement.<\/p>\n<p>L\u2019affect d\u2019angoisse, en effet, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 par les philosophes de l\u2019existence, comme Heidegger et Sartre, comme l\u2019affect privil\u00e9gi\u00e9 permettant d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00eatre m\u00eame du <em>Dasein<\/em> ou au n\u00e9ant d\u2019\u00eatre du sujet. \u00catre angoiss\u00e9, donc, selon eux, ce n\u2019\u00e9tait pas \u00eatre angoiss\u00e9 par telle ou telle situation du monde, par tel ou tel objet en particulier, mais \u00eatre en rapport avec son \u00eatre en tant que n\u00e9ant d\u2019\u00eatre. Et, donc, la notion ontologique premi\u00e8re \u00e0 laquelle l\u2019angoisse conduisait, du point de vue existentiel, \u00e9tait le n\u00e9ant.<\/p>\n<p>Et, avec Lacan en 1962, l\u2019angoisse qui auparavant \u00e9tait mode d\u2019acc\u00e8s au registre ontologique, au questionnement sur l\u2019\u00eatre, devient un mode d\u2019acc\u00e8s au r\u00e9el.<\/p>\n<p>Dans son introduction au s\u00e9minaire de <em>L\u2019Angoisse<\/em>, Jacques-Alain Miller avait pu montrer que l\u2019objet petit <em>a<\/em>, cet objet qui n\u2019entre pas dans la sph\u00e8re de l\u2019\u00e9change, cet objet incommunicable mais devant lequel l\u2019angoisse surgit, \u00e9tait un des modes d\u2019acc\u00e8s au r\u00e9el. Il ne s\u2019agit donc plus d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00eatre, au noyau de notre \u00eatre, mais d\u2019acc\u00e9der au r\u00e9el en tant que le \u00a0sympt\u00f4me a une consistance qui n\u2019est plus seulement symbolique mais aussi pulsionnelle.<\/p>\n<p>Ainsi on peut dire que, dans le s\u00e9minaire de\u00a0 <em>L\u2019Angoisse<\/em>, Lacan conserve de l\u2019ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique le postulat du manque d\u2019\u00eatre comme point d\u2019appui pour le sujet, mais rend compte de l\u2019angoisse comme <strong>manque du manque<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019angoisse comme surgissant <strong>face \u00e0 un objet en trop<\/strong>, <strong>qui prive le sujet du manque d\u2019\u00eatre lui permettant d\u2019acc\u00e9der au d\u00e9sir<\/strong>. Donc, dans ce que Jacques-Alain Miller avait appel\u00e9 alors une \u00ab\u00a0plong\u00e9e en-de\u00e7\u00e0 du d\u00e9sir\u00a0\u00bb, et dont on pourrait parler aussi comme d\u2019une plong\u00e9e en de\u00e7\u00e0 de l\u2019ontologie, surgit une nouvelle d\u00e9finition de l\u2019existence qui n\u2019est plus manque-\u00e0-\u00eatre mais <strong>s\u00e9paration, sacrifice d\u2019un morceau de corps.<\/strong><\/p>\n<p>Cette part perdue, c\u2019est celle dont Lacan peut dire en 1963 qu\u2019elle est prise dans la machine et \u00e0 jamais irr\u00e9cup\u00e9rable. Avant d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la dialectique de l\u2019\u00eatre, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la dialectique signifiante de la machine symbolique, le sujet se s\u00e9pare d\u2019un morceau de son corps, qui est aussi la condition de la rencontre avec le monde de l\u2019Autre. Lacan reprend alors le vocabulaire ontologique du d\u00e9laissement, de la d\u00e9r\u00e9liction pour rendre compte de cette s\u00e9paration inaugurale, de cette cession de l\u2019objet qui est aussi bien le sujet lui-m\u00eame, mais c\u2019est pour faire \u00e9merger le rapport du sujet \u00e0 la pulsion.<\/p>\n<p>L\u2019angoisse, telle que la psychanalyse l\u2019appr\u00e9hende, ne surgit pas devant le n\u00e9ant, mais devant l\u2019objet petit <em>a<\/em> qui appara\u00eet l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a plus rien \u00e0 voir et qui fait \u00e9merger une stimulation pulsionnelle exigeant satisfaction. Donc le danger devant lequel l\u2019angoisse surgit n\u2019est pas le n\u00e9ant, qui finalement pour Lacan n\u2019est pas l\u2019objet de l\u2019angoisse, mais la Chose, l\u2019objet dernier auquel tous les autres objets renvoient.<\/p>\n<p>On pourrait dont parler \u00e0 partir de la pulsion et de l\u2019angoisse, d\u2019une plong\u00e9e en-de\u00e7\u00e0 de l\u2019ontologie qui t\u00e9moigne d\u2019une orientation de la <em>praxis<\/em> sur la r\u00e9p\u00e9tition et la pulsion et non plus seulement sur la parole et le refoulement.<\/p>\n<p>IV.<\/p>\n<p><strong>Enfin, en un quatri\u00e8me moment,<\/strong> qui marque un recommencement pour Lacan, appara\u00eet un nouvel usage de l\u2019ontologie destin\u00e9e elle-m\u00eame \u00e0 \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e par l\u2019\u00e9thique. Il s\u2019agit du S\u00e9minaire XI, de l\u2019ann\u00e9e 1964, des \u00a0<em>Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse<\/em>, dans lequel Lacan r\u00e9pond \u00e0 son excommunication par un effort de refondation de l\u2019inconscient, en tant que l\u2019inconscient se d\u00e9finit comme une discontinuit\u00e9 surgissant au c\u0153ur du discours, comme une b\u00e9ance, donc, qui ob\u00e9it \u00e0 une structure temporelle.<\/p>\n<p>Jacques-Alain Miller rappelait cette ann\u00e9e dans son cours que c\u2019est en 1964 qu\u2019il s\u2019\u00e9tait adress\u00e9 pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Lacan en public pour l\u2019interroger sur son ontologie, \u00e0 partir des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019ontologie qui apparaissaient d\u00e9j\u00e0 dans son \u00e9crit de 1958 sur \u00ab\u00a0La Direction de la cure \u00bb, o\u00f9 Lacan\u00a0 pouvait en effet affirmer : \u00ab\u00a0c\u2019est bien dans le rapport \u00e0 l\u2019\u00eatre que l\u2019analyste a \u00e0 prendre son niveau op\u00e9rationnel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lacan donc, dans sa le\u00e7on du 29 janvier 1964, reprend la remarque de Jacques-Alain Miller qui portait sur \u00ab\u00a0la fonction structurante d\u2019un manque\u00a0\u00bb permettant de rendre compte d\u2019une ontologie. Et si Lacan, dans les le\u00e7ons suivantes, se r\u00e9f\u00e9rera alors \u00e0 l\u2019analyse sartrienne du regard pour la c\u00e9l\u00e9brer tout en en montrant l\u2019insuffisance, il s\u2019appuie cependant \u2014 d\u00e8s ces premi\u00e8res le\u00e7ons, pr\u00e9cis\u00e9ment dans le passage o\u00f9 il r\u00e9pond \u00e0 cette remarque qui lui est faite \u2014 sur l\u2019ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique pour rendre compte du statut de l\u2019inconscient.<\/p>\n<p>En effet, la question se pose de savoir si on peut d\u00e9ployer une ontologie de l\u2019inconscient \u00e0 partir de cette b\u00e9ance que Lacan a soulign\u00e9e en reprenant l\u2019exemple des d\u00e9buts de la th\u00e9orie freudienne de l\u2019oubli de nom qui fait surgir une discontinuit\u00e9 au c\u0153ur du discours. En pr\u00e9cisant donc que Sartre n\u2019a jamais d\u00e9ploy\u00e9 une ontologie de l\u2019inconscient, dont il ne reconnaissait pas l\u2019existence, c\u2019est n\u00e9anmoins en d\u00e9tournant l\u2019ontologie de l\u2019inconscient que Sartre avait d\u00e9fini comme un \u00eatre qui ne parvient pas \u00e0 \u00eatre, comme \u00e9tant sur le mode du n\u2019\u00eatre pas, n\u2019\u00eatre pas encore, avoir \u00e0 \u00eatre, que Lacan peut d\u00e9finir l\u2019inconscient comme du non-r\u00e9alis\u00e9 qui appelle une r\u00e9alisation. Lacan affirme ainsi que la b\u00e9ance de l\u2019inconscient nous pourrions la dire pr\u00e9-ontologique\u00a0\u2014 ce n\u2019est ni \u00eatre ni non-\u00eatre, c\u2019est du non r\u00e9alis\u00e9. Et cela le conduit \u00e0 parler de ce qui est ontique dans la fonction de l\u2019inconscient.<\/p>\n<p>C\u2019est dire que l\u2019inconscient pour Lacan, en 1964, n\u2019est pas \u00e0 appr\u00e9hender comme un \u00eatre, mais comme un <em>\u00e0 para\u00eetre<\/em> [appara\u00eetre], comme un ph\u00e9nom\u00e8ne qui surgit pour disparaitre et dont l\u2019\u00eatre n\u2019est rien donc que ce surgissement. Et dans son cours sur \u00ab\u00a0Les Us du laps\u00a0\u00bb en 1999, Jacques-Alain Miller avait pu souligner ce statut de l\u2019inconscient comme ph\u00e9nom\u00e8ne &#8211; l\u2019inconscient en tant qu\u2019il s\u2019inscrit comme \u00e9v\u00e9nement, avait-il dit, dans la trame du temps, donc comme \u00e9v\u00e9nement qui surgit ici et maintenant, dans l\u2019instant.<\/p>\n<p>Et donc il y a quelque chose d\u2019une <strong>reprise du statut m\u00eame du ph\u00e9nom\u00e8ne<\/strong>, tel que Sartre avait pu l&rsquo;\u00e9laborer en 1943, puisque pour le philosophe d\u2019alors, et c\u2019est ce qui le s\u00e9parait d\u2019Heidegger, il n\u2019y a pas d\u2019\u00eatre avec un E majuscule au-del\u00e0 des \u00e9tants, il n\u2019y a pas de noum\u00e8ne derri\u00e8re les ph\u00e9nom\u00e8nes, mais il n\u2019y a que les ph\u00e9nom\u00e8nes et le sujet lui-m\u00eame, qui n\u2019a d\u2019autre fondement que son non-\u00eatre. Ainsi l\u2019\u00eatre du sujet n\u2019est rien d\u2019autre que ce manque d\u2019\u00eatre pour Sartre, et l\u2019ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique est restreinte aussi \u00e0 l\u2019ontique.<\/p>\n<p>La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019ontique, qui permet \u00e0 Lacan de rendre compte du statut ph\u00e9nom\u00e9nal de l\u2019inconscient comme \u00e9v\u00e9nement, est n\u00e9anmoins d\u00e9pass\u00e9e au sein m\u00eame de ce s\u00e9minaire puisque Lacan peut en effet affirmer que <strong>le statut de l\u2019inconscient<\/strong>, si fragile sur le plan ontique, donc en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne, est <strong>\u00e9thique<\/strong>. Finalement l\u00e0 o\u00f9 Sartre avait pu consid\u00e9rer que de l\u2019ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique on ne pouvait d\u00e9duire aucune \u00e9thique, Lacan lui <em>a contrario<\/em> consid\u00e8re que de la fragilit\u00e9 ontique de l\u2019inconscient on peut d\u00e9duire une \u00e9thique, et m\u00eame, qu&rsquo;il faut d\u00e9duire une \u00e9thique.<\/p>\n<p>Le statut \u00e9thique de l\u2019inconscient, c\u2019est ce qui fait que le surgissement de la pr\u00e9sence de l\u2019inconscient appelle un acte, une r\u00e9ponse. C\u2019est pourquoi, avait-il montr\u00e9, le psychanalyste fait partie du concept de l\u2019inconscient. <strong>C\u2019est pourquoi l\u2019inconscient qui se manifeste sans \u00eatre rattrap\u00e9 \u00e0 temps, dispara\u00eet aussit\u00f4t,\u00a0s\u2019apparentant \u00e0 la cause perdue.<\/strong><\/p>\n<p>Aussi Lacan peut ainsi, en 1964, chercher \u00e0 fonder l\u2019inconscient temporel \u00e0 partir d\u2019une explicitation de l\u2019appara\u00eetre [ \u00e0 para\u00eetre? ] m\u00eame de l\u2019inconscient dans le discours.\u00a0 Il en tire des cons\u00e9quences relatives \u00e0 la <em>praxis<\/em> de l\u2019analyse, qui ne peut avoir un effet sur la r\u00e9p\u00e9tition qu\u2019en ponctuant ce qui s\u2019apparente \u00e0 la rencontre manqu\u00e9e avec le r\u00e9el telle qu\u2019elle surgit au hasard de la s\u00e9ance.<\/p>\n<p>Pour finir et pour conclure, je dirai que par-del\u00e0 les diff\u00e9rents usages qu\u2019il a pu en faire, il y a une certaine unit\u00e9 de l\u2019ontologie telle que Lacan l\u2019a d\u00e9ploy\u00e9e.<\/p>\n<p>De 1946 \u00e0 1967, des \u00ab\u00a0Propos sur la causalit\u00e9 psychique\u00a0\u00bb \u00e0 la \u00ab\u00a0Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l\u2019\u00c9cole \u00bb, on passe du virage qui fait basculer un \u00eatre dans la folie, virage de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de l\u2019identification \u00e0 une stase de l\u2019\u00eatre, \u00e0 un autre virage qui dans une analyse peut conduire \u00e0 la passe.<\/p>\n<p>Cette fonction structurante d\u2019un manque dans l\u2019\u00eatre, que Jacques-Alain Miller avait pu souligner en 1964, on la retrouve donc aussi bien sur le versant de la folie comme trop plein d\u2019\u00eatre, infatuation du sujet qui croit \u00eatre ce qu\u2019il est, et s\u2019\u00e9prouve du m\u00eame coup m\u00e9connu dans son \u00eatre par l\u2019autre, que sur le versant de la fin de l\u2019analyse comme acc\u00e8s au d\u00e9s\u00eatre, \u00eatre donc d\u00e9sert\u00e9 par les identifications qui avaient pu remplir le vide du sujet, vidage donc de ce qui signe dans l\u2019\u00eatre le sujet lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Avec le passage du sujet au parl\u00eatre, il reste encore une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00eatre, mais en effet, comme Jacques-Alain Miller l\u2019a montr\u00e9 cette ann\u00e9e, c\u2019est un \u00eatre qui tient son \u00eatre de la parole, mais son existence de la jouissance-m\u00eame de r\u00e9it\u00e9rer les modalit\u00e9s de rencontre avec le langage depuis un corps qui en r\u00e9percute les \u00e9chos.<\/p>\n<p>L\u2019ontologie apparait alors seconde par rapport au r\u00e9el qui est premier.<\/p>\n<p>L\u2019ontologie, dont Lacan se s\u00e9pare explicitement donc en 1972-73, \u00a0est celle d\u2019abord qui prend ses assises dans la philosophie antique, c\u2019est l\u2019ontologie aristot\u00e9licienne qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 pu interroger dans son s\u00e9minaire de l\u2019\u00e9thique, c\u2019est-\u00e0-dire cette ontologie qui oriente l\u2019\u00eatre \u00e0 partir d\u2019un souverain bien.<\/p>\n<p>Nous pouvons dire que c\u2019est cette ontologie qui est vis\u00e9e d\u2019abord dans l\u2019analogie que propose Lacan entre perspective ontologique et discours du ma\u00eetre, parce que c\u2019est cette ontologie aristot\u00e9licienne qui assigne \u00e0 l\u2019existant un \u00eatre \u00e0 accomplir, une essence \u00e0 atteindre.<\/p>\n<p>Or, dans la ph\u00e9nom\u00e9nologie, dans l\u2019ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique sartrienne, il n\u2019y a pas d\u2019essence du sujet mais simplement un manque d\u2019\u00eatre, une faille dans l\u2019essence, faille irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, il est vrai que cette ontologie ph\u00e9nom\u00e9nologique est elle aussi d\u00e9pass\u00e9e par Lacan au sens o\u00f9, au-del\u00e0 ou en-de\u00e7\u00e0 du n\u00e9ant d\u2019\u00eatre, il reste quelque chose qui n\u2019est ni \u00eatre ni non-\u00eatre mais <em>energeia<\/em>, activit\u00e9 pulsionnelle, jouissance de l\u2019\u00eatre. Et, pour appr\u00e9hender la fin de l\u2019analyse, la perspective ontologique ne semble plus suffire dans la mesure o\u00f9 le d\u00e9s\u00eatre ne subsume pas l\u2019\u00eatre sexu\u00e9.<\/p>\n<p>Donc l\u2019ontologie d\u00e9finirait le registre de ce qui permet \u00e0 l\u2019analyse de transformer l\u2019\u00eatre pour faire \u00e9merger le d\u00e9sir, et le r\u00e9el laisse apercevoir ce qui ne changera jamais, en tant que, je cite Lacan, l\u2019\u00eatre sexu\u00e9 est int\u00e9ress\u00e9 dans la jouissance &#8211; ce qui ne changera jamais comme ce qui rel\u00e8ve de notre\u00a0 corps et de la fa\u00e7on dont la musique plus ou moins dissonante de l\u2019Autre a pu s\u2019inscrire dans notre existence.<\/p>\n<p>Merci.<\/p>\n<p>(<em> Fin de l&rsquo;expos\u00e9 de <em>Clotilde <\/em> Leguil, applaudissements.<\/em>)<\/p>\n<p><strong>JAM\u00a0<\/strong>: Merci Clotilde de ce parcours [\u2026] qui \u00e9videmment \u00e9voque des termes et des r\u00e9f\u00e9rences qui ne sont pas d\u2019usage commun pour l\u2019auditoire. \u00a0Il faudrait quand m\u00eame arriver \u00e0 faire l\u00e0-dessus une petite avanc\u00e9e.<\/p>\n<p>Vous avez fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <em>L\u2019Etre et le n\u00e9ant<\/em>, mais \u00e9videmment, c\u2019est\u2026 (<em>Jacques-Alain Miller feuillette les pages du volume<\/em>), c\u2019est 700 pages, tout rond. \u00c7a avait d\u2019ailleurs la r\u00e9putation d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 pendant l\u2019Occupation parce que le volume para\u00eet-il faisait juste un kilo et que comme on manquait de poids, \u00e7a servait para\u00eet-il dans les balances. Et, c\u2019est peut-\u00eatre trop vous demander que de conna\u00eetre ces 700 pages, qui sont pourtant pour une partie distrayantes &#8211; certaines pages sont d\u00e9lay\u00e9es, mais c&rsquo;est quand m\u00eame distrayant &#8211; , mais c\u2019est peut-\u00eatre trop long.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre que \u00e7a (<em>Jacques-Alain Miller montre un petit livre \u00e0 l\u2019auditoire \u2013 rires<\/em> ) \u2013 ce serait bien, et donc c\u2019est l\u2019article auquel je faisais r\u00e9f\u00e9rence, ainsi que Clotilde. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 d\u2019abord en revue, dans une revue que lisait Lacan, dans laquelle il n\u2019avait pas \u00e9crit, je crois, qui \u00e9tait la revue des philosophes en pointe dans l\u2019entre-deux guerres, en particulier y \u00e9crivaient Koyr\u00e9, que Lacan a connu, qu\u2019il a pris comme r\u00e9f\u00e9rence tr\u00e8s importante dans sa propre \u00e9pist\u00e9mologie, et Koj\u00e8ve \u00e9galement, qui avait \u00e9t\u00e9 accueilli en France par Koyr\u00e9 [et qui \u00e9tait dans ses d\u00e9pendants ?]\u00a0 C\u2019\u00e9tait la revue <em>Recherches philosophiques<\/em> qui donc en 1936 publie cet article de Sartre &#8211; c\u2019est avant <em>l\u2019Imaginaire<\/em>, c\u2019est vraiment sa premi\u00e8re apparition sur la sc\u00e8ne philosophique qui est vraiment sensationnelle &#8211; , sous le titre <strong>\u00ab\u00a0La transcendance de l\u2019ego\u00a0\u00bb<\/strong>. Et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 aux \u00e9ditions Vrin, en 1965,\u00a0 par une jeune philosophe qui est devenue ensuite la fille adoptive de Simone de Beauvoir.<\/p>\n<p>\u00c7a sera ardu pour ceux qui n\u2019ont pas trop de notion, \u00e7a sera ardu \u00e0 lire, l\u00e0 il n&rsquo; y a pas d\u2019exemple [c\u2019est &#8230; l&rsquo;effort&#8230; \u00e7a tenait quand m\u00eame sur de beaucoup plus petites pages et moins nombreuses]\u00a0 En tout cas, il est certain que \u00e7a a \u00e9t\u00e9 un article essentiel pour Lacan. Je crois vraiment que \u00e7a a marqu\u00e9 pour lui un moment dont on a les traces dans tout son enseignement. C\u2019est \u00e0 mettre au rang des articles dont Lacan fera usage plus tard et qui compteront beaucoup pour lui :\u00a0 l&rsquo;article de l&rsquo;analyse du mythe\u00a0de Levi-Strauss, qui a [\u2026] visiblement le s\u00e9minaire de Lacan consacr\u00e9 au Petit Hans, le S\u00e9minaire IV, \u00a0et l\u2019article de Levi-Strauss qui \u00e9tait une critique et m\u00eame une satire de la psychanalyse, paru sous le titre de \u00ab\u00a0L\u2019efficacit\u00e9 symbolique\u00a0\u00bb que Lacan a tr\u00e8s bien lu, et c\u2019est \u00e0 la fin de cet article qu\u2019il a eu l\u2019illumination de ces trois cat\u00e9gories rapport\u00e9es les unes aux autres :\u00a0 le symbolique, l\u2019imaginaire et le r\u00e9el\u2026 Eh bien, cet article de Sartre est \u00e0 mettre au rang des deux autres [mais Sartre, ant\u00e9rieur].<\/p>\n<p>Sartre emploie le mot ego \u00e9videmment dans le sens philosophique mais, par une rencontre merveilleuse, c\u2019est le mot qui est au centre de la seconde topique de Freud, qui distingue le moi \u2013 l\u2019ego, le \u00e7a et le surmoi. Et, au fond cet article est quand m\u00eame la base, non pas clinique, mais la base philosophique de la critique \u00e0 laquelle Lacan va se consacrer apr\u00e8s la guerre, la critique de la forme qu&rsquo;a prise la psychanalyse freudienne aux \u00c9tats-Unis et \u00e0 partir de quoi elle a rayonn\u00e9 dans le monde sous le nom de <em>ego-psychology<\/em> &#8211; la psychologie de l\u2019ego.<\/p>\n<p>Au fond tout le premier enseignement de Lacan, \u00ab\u00a0Fonction et champ de la parole et du langage\u00a0\u00bb et la suite, c\u2019est, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, une canonnade \u00e0 partir et contre l\u2019<em>ego-psychology<\/em> comme \u00e9tant la version en vogue de la psychanalyse \u2013 celle qui n\u00e9glige l\u2019inconscient, lequel est inscrit dans la premi\u00e8re topique de Freud, et s\u2019appuie exclusivement sur la seconde topique, sur la tripartition ego-id-superego, et qui donne une interpr\u00e9tation psychologique de ces trois instances freudiennes. Et le boulet que Lacan met dans son canon \u00e0 ce moment-l\u00e0, au moins un de ses boulets, c\u2019est cette transcendance de l\u2019ego, dont \u00e9videmment il faut dire un mot (<em>se tourne vers Clotilde Leguil<\/em>) et vous l\u2019avez dit, vous avez dit son r\u00f4le.<\/p>\n<p>Au fond, peut-\u00eatre qu\u2019il faut expliquer le mot \u00ab\u00a0transcendant\u00a0\u00bb dans ce titre, qui n\u2019est pas au sens o\u00f9 l\u2019on dit de quelque chose qui est g\u00e9nial, qu\u2019il est transcendant, inutile de le pr\u00e9ciser. Mais, ce n\u2019est pas non plus la transcendance au sens o\u00f9 l\u2019on peut l\u2019employer[de fa\u00e7on absolue pour d\u00e9signer la divinit\u00e9, les supra-\u00eatres quelque part. C&rsquo;est pas non plus, \u00e7a vous ne ferez pas l\u2019erreur parce que vous ne le connaissez pas, le sens kantien du mot transcendantal. \u00c7a veut dire vraiment &#8211; il me semble -, que <strong>l\u2019ego est \u00ab\u00a0hors de\u00a0\u00bb<\/strong>. \u00c7a a plut\u00f4t le sens de<strong> l\u2019ex-sistence de l\u2019ego<\/strong>.<\/p>\n<p>La th\u00e8se fondamentale, c\u2019est que l\u2019ego existe <strong>hors de la conscience<\/strong>. La th\u00e8se fondamentale, c\u2019est de distinguer, pour Sartre, la conscience et l\u2019ego, et de dire que l\u2019ego n\u2019est pas la conscience, mais que c\u2019est un des objets que peut consid\u00e9rer la conscience, et c\u2019est transcendant : c\u2019est comme un objet du monde que la conscience vise, sauf que ce n\u2019est pas \u00e0 proprement parler dans le monde.<\/p>\n<p>Le verbe <strong>\u00ab\u00a0viser\u00a0\u00bb<\/strong> que j\u2019emploie ici est un tout \u00e0 fait pr\u00e9cis, \u00e7a se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la notion dite &#8211; c\u2019est un terme technique &#8211; de <strong>l\u2019intentionnalit\u00e9<\/strong>, que Sartre avait d\u2019ailleurs c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans un texte fameux de quatre pages, pour dire comme c\u2019\u00e9tait pour lui lib\u00e9ratoire par rapport \u00e0 la psychologie. \u00c7a repose sur l\u2019id\u00e9e que, qui va vous para\u00eetre un peu plate, que toute conscience est <strong>conscience de quelque chose<\/strong>. Que toute conscience, c\u2019est une <strong>vis\u00e9e vers quelque chose qui lui est transcendant<\/strong>, qui lui est ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 ce titre qu\u2019on parle de ph\u00e9nom\u00e9nologie, puisque c\u2019est la base de la ph\u00e9nom\u00e9nologie de Husserl que Sartre \u00e9tait all\u00e9 \u00e9tudier en Allemagne. Et, au fond, c\u2019est cette premi\u00e8re lecture qu&rsquo;il a racont\u00e9e, qu&rsquo;il a ramass\u00e9e, radicalis\u00e9e, [qui lui est venue] de Husserl, dans cette transcendance de l\u2019ego.<\/p>\n<p>Ce qui d\u00e9finit la conscience c\u2019est d\u2019\u00eatre \u00a0[ di-vi-s\u00e9e], en quelque sorte pure. Et donc \u00e7a implique chez Husserl par exemple la critique du <em>cogito<\/em> dit cart\u00e9sien, qui appara\u00eet comme une sorte de formation de concr\u00e9tions de la conscience. \u00c7a implique aussi chez Husserl une critique du \u00ab\u00a0je pense\u00a0\u00bb, du\u00a0 je transcendantal de Kant, que celui-ci d\u00e9finit comme devant pouvoir toujours accompagner des repr\u00e9sentations. Au fond le <em>cogito<\/em>, lorsque je me pense comme pensant, c\u2019est la conscience qui se prend pour objet, qui se pose comme un objet, de telle sorte qu\u2019on doit distinguer deux \u00e9tats de la conscience &#8211; simplement disons son \u00e9tat irr\u00e9fl\u00e9chi et son \u00e9tat r\u00e9fl\u00e9chi.<\/p>\n<p>Quand elle est r\u00e9fl\u00e9chie, eh bien appara\u00eet cette position d\u2019objet, et quand elle est irr\u00e9fl\u00e9chie, c&rsquo;est-\u00e0-dire que je ne pense pas \u00e0 moi \u2013\u00a0 il y a des \u00e9tats de la conscience o\u00f9 je ne pense pas \u00e0 moi, o\u00f9 le moi n\u2019appara\u00eet pas.<\/p>\n<p>Un des exemples de Sartre dans ce petit article, qui est assez sommaire, c\u2019est : <strong>je cours apr\u00e8s le bus<\/strong> &#8211; aujourd\u2019hui, on ne court plus apr\u00e8s le bus, les bus sont ferm\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Sartre \u00e9crivait, les bus avaient des plateformes, avec une petite lani\u00e8re de cuir qui fermait, et donc m\u00eame si on avait manqu\u00e9 le bus, eh bien on pouvait encore courir derri\u00e8re et puis sauter sur la plateforme, aujourd\u2019hui \u00e7a ne fait plus de sens, enfin, bon -, il dit donc\u00a0: au moment o\u00f9 je cours derri\u00e8re le bus, je ne pense pas \u00e0 moi, et donc moi j\u2019ai disparu et donc nous sommes dans l\u2019\u00e9tat dit irr\u00e9fl\u00e9chi de la conscience.<\/p>\n<p>\u00c7a sera beaucoup plus sophistiqu\u00e9 dans <em>L\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant <\/em>tout \u00e7a. L\u00e0 c\u2019est pris au d\u00e9part\u00a0: je ne pense pas \u00e0 moi, moi j\u2019ai disparu. Et voil\u00e0 au fond l\u2019apparition d\u2019un champ de conscience o\u00f9 il n\u2019y a pas de \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb. Et c\u2019est simplement par l\u2019acte de r\u00e9flexion, si je me mets \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, alors apparait un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une formation secondaire, et \u00e7a ne \u00a0traduit pas l\u2019authenticit\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9 de cette conscience, \u00e0 l\u2019\u00e9tat impersonnel en quelque sorte. Donc, il y a un champ de conscience sans \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb n\u2019appara\u00eet que secondairement. C\u2019est tr\u00e8s sommaire, ce que je dis est un peu plus sommaire que ce qu\u2019il y a dans le texte de Sartre, mais pas tellement, c\u2019est de cet ordre.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 suffisant pour comprendre comment Lacan pourra d\u00e9placer cette forme sur le <em>Wo es war soll ich werden<\/em> freudien.\u00a0 L\u00e0 o\u00f9 je ne pensais pas je, l\u00e0 o\u00f9 je n\u2019\u00e9tait pas, \u00e0 savoir dans le \u00e7a, le je doit venir. Donc, ce qui chez Sartre est le champ de conscience pr\u00e9-personnel, impersonnel ou pr\u00e9-personnel, dans sa diff\u00e9rence avec l\u2019apparition r\u00e9flexive du je, est transport\u00e9 par Lacan sur la phrase <em>Wo es war soll ich werden<\/em> \u2013 l\u00e0 o\u00f9 c\u2019\u00e9tait le \u00e7a, doit advenir le je. C\u2019est \u00e7a le paradoxe, ce qui est d\u00e9fini par Sartre comme le plus pur de la conscience, dont toute concr\u00e9tion est \u00e9vacu\u00e9e, cette conscience qui n\u2019est qu\u2019une vis\u00e9e vers autre chose, cet \u00e9tat-l\u00e0 &#8211; si je puis dire, ce n\u2019est pas un \u00e9tat, c\u2019est un mouvement, c\u2019est une vis\u00e9e, c\u2019est une spontan\u00e9it\u00e9 pure si je puis dire -, eh bien, c\u2019est traduit par Lacan dans le terme du \u00e7a, o\u00f9 en effet le je n\u2019est pas l\u00e0, il ne se reconna\u00eet pas dans le \u00e7a, c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on la nomm\u00e9 comme \u00e7a. On a nomm\u00e9 le \u00e7a comme \u00e7a, parce que justement je ne suis pas dans le \u00e7a. Je ne suis pas chez moi dans le \u00e7a.<\/p>\n<p>A cet \u00e9gard, quelle est <strong>la causalit\u00e9\u00a0de l\u2019\u00eatre de cette conscience qui n\u2019est pas je<\/strong>, qui est avant le je ? C\u2019est une pure spontan\u00e9it\u00e9, mais qui <strong>du point de vue de l\u2019\u00eatre est un n\u00e9ant<\/strong>, <strong>un n\u00e9ant qui se dirige, un n\u00e9ant constituant,<\/strong> qui n\u2019est pas constitu\u00e9 comme un objet mais qui est au contraire constituant des objets, et qui est constituant des objets \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019il leur donne du sens.<\/p>\n<p>Donc Sartre a invent\u00e9 l\u00e0 une cat\u00e9gorie sp\u00e9ciale pour cette conscience irr\u00e9fl\u00e9chie, de dire \u00e0 la fois c\u2019est un absolu, \u00e7a n\u2019a pas d\u2019ext\u00e9rieur, \u00e7a n\u2019a pas de contraire, c\u2019est s<em>ui generis<\/em> dans sa dimension, et en m\u00eame temps \u00e7a n\u2019est pas substantiel, \u00e7a n\u2019a pas une substance, \u00e7a n\u2019a pas un \u00eatre pos\u00e9 l\u00e0, qu\u2019on peut d\u00e9finir par, c\u2019est une pure spontan\u00e9it\u00e9 qui <em>va vers<\/em>. Il dit m\u00eame dans <em>L\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant <\/em>que la conscience ne saurait \u00eatre [\u2026] que par elle-m\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire en fait c\u2019est quasiment ce que dit Spinoza \u00e0 propos de la substance, mais du c\u00f4t\u00e9 non-substantiel. Donc, on a d\u2019un c\u00f4t\u00e9 <strong>la conscience qui est n\u00e9ant<\/strong>, on a de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 l\u2019\u00eatre, mais <strong>l\u2019\u00eatre en soi, qui en ignore tout.<\/strong>\u00a0 Et au fond le rapport des deux, c\u2019est que la conscience donne du sens, ou lie le sens qu\u2019il y a, mais en fait apporte et donne le sens. Et donc \u00e9videmment \u00e7a suppose &#8211; [\u2026\u00e7a, ce n\u2019est pas tellement d\u00e9baptis\u00e9\u00a0?], ce n\u2019est pas tellement r\u00e9fl\u00e9chi chez Sartre &#8211; \u00a0c\u2019est, c\u2019est tout de m\u00eame qu\u2019il y a du sens. Et \u00e7a para\u00eet justement un ind\u00e9finissable.<\/p>\n<p>Alors, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s important pour Lacan quand m\u00eame pour attaquer en son c\u0153ur l\u2019<em>ego psychology<\/em>, qui justement consid\u00e9rait l\u2019ego comme un objet psychologique, dot\u00e9 de propri\u00e9t\u00e9s psychologiques, mesurables \u00e9ventuellement. On dirait m\u00eame que l\u2019ego psychanalytique, l\u2019ego freudien c\u2019est la m\u00eame chose qu\u2019un ego psychologique, il a des propri\u00e9t\u00e9s, ces propri\u00e9t\u00e9s objectivement mesurables, il est dot\u00e9 d\u2019un certain nombre de m\u00e9canismes, par exemple les m\u00e9canismes de d\u00e9fenses qu\u2019utilisait Anna Freud. Et donc Lacan, avec les moyens que donnait la ph\u00e9nom\u00e9nologie, que donnaient et qu\u2019avaient exploit\u00e9 Sartre, comme Merleau-Ponty, \u00a0Lacan s\u2019est retrouv\u00e9 avec eux dans la critique de l\u2019objectivisme.<\/p>\n<p>Donc, y a des circulations, il y a des critiques qui sont les m\u00eames\u2026<\/p>\n<p><strong>Et qu\u2019est-ce que c\u2019est que l\u2019objectivisme\u00a0?<\/strong> Qu\u2019est-ce que c\u2019est un objectiviste\u00a0? [\u2026] la m\u00e9connaissance du r\u00f4le de la fonction de la spontan\u00e9it\u00e9 constituante du sens. Et donc \u00e0 la place de rapports et de significations, \u00e0 la place de consid\u00e9rer que la conscience se fait ceci, elle devient cela parce qu\u2019elle se fait cela &#8211; au fond c\u2019est une conscience \u00e0 transformations -, eh bien on consid\u00e8re qu\u2019elle est habit\u00e9e par des affects, qui eux-m\u00eames sont consid\u00e9r\u00e9s comme des choses, enfin on n\u2019a affaire qu\u2019\u00e0 un monde de choses, et l\u2019ego est une chose parmi les autres et il y a des rapports de causalit\u00e9 qui sont des rapports de causalit\u00e9s l\u00e9galistes, alors que pour les questions de sens \u00e9videmment on n\u2019a pas de causalit\u00e9 l\u00e9galiste.\u00a0 C\u2019est ainsi que par exemple, on trouve \u00e7a [ quelque part, dans \u00ab\u00a0La transcendance de l\u2019ego\u00a0\u00bb], Sartre critique l\u2019id\u00e9e que l\u2019\u00e9v\u00e9nement psychique serait une chose. Il dit : si on ne reconstitue pas le mouvement de la conscience, le mouvement pur de la conscience, eh bien on s\u2019imagine que les \u00e9l\u00e9ments psychiques sont comme des choses, alors qu\u2019il faut r\u00e9effectuer la spontan\u00e9it\u00e9 de la conscience dans l\u2019\u00e9v\u00e9nement psychique. [\u2026 inaudible] .<\/p>\n<p>Et donc, \u00e7a a lanc\u00e9 d\u2019ailleurs la mode g\u00e9n\u00e9rale de dire \u00ab\u00a0\u2026 ne-sont-pas-des-choses\u00a0\u00bb. Par exemple le sociologue Jules Monnero a \u00e9crit un livre dont le titre \u00e9tait [au moins le nom sous lequel il s\u2019est fait conna\u00eetre], \u00a0\u00ab\u00a0Les faits sociaux ne sont pas des choses\u00a0\u00bb. Donc, vous vous pouvez d\u00e9cliner tout cela\u2026 Et c\u2019est rest\u00e9 assez vivant, mais un peu spiritualiste comme \u00e7a&#8230; L\u2019id\u00e9e c\u2019est : \u00ab\u00a0faut pas traiter les gens comme des choses\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0il faut pas traiter ce qui leur arrive comme des choses\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ce ne sont pas des choses\u00a0\u00bb, il faut entendre qu\u2019au fond l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019homme en fait c&rsquo;est une chose [donc les humanistes traitent les hommes comme s\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas des choses et les autres les traiteraient comme des choses, etc.]<\/p>\n<p>Lacan a pris toutes ces distances avec ces gens-l\u00e0, en parlant de \u00ab\u00a0<strong>la chose freudienne<\/strong>\u00a0\u00bb.\u00a0 Et \u00e0 ce moment-l\u00e0, il dit justement on a fait des grimaces, parce qu&rsquo;en 56 quand il dit la \u00ab\u00a0chose freudienne\u00a0\u00bb, les gens veulent dire \u00ab\u00a0mais non, c\u2019est pas une chose\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Alors, \u00e0 partir de l\u00e0 &#8211; c\u2019est un <strong>ingr\u00e9dient<\/strong> tout \u00e0 fait important que la critique de l\u2019ego par Sartre [disons, elle rentre, Lacan \u00a0voulait\u2026 la lecture, parler d&rsquo;influence&#8230; d\u2019ailleurs ce n\u2019est pas ce que j\u2019ai fait, ce n\u2019est pas ce que Clotilde a fait, tu n\u2019as pas parl\u00e9 de l\u2019influence, tu as not\u00e9 simplement qu\u2019il transforme les termes, &#8230; c\u2019est \u00e7a le fonctionnement qu\u2019on rep\u00e8re\u2026]<\/p>\n<p>Mais, on peut dire quand m\u00eame que Lacan, comme tel, au d\u00e9part, [fait un]<br \/>\ncocktail<br \/>\n&#8211; dans lequel entre \u00a0<strong>la critique par Sartre de l\u2019ego comme objet<\/strong><br \/>\n&#8211; rentre aussi <strong>l\u2019exp\u00e9rience du miroir<\/strong> telle que Henri Wallon, psychologue [&#8230;] &#8211;\u00a0 et avant lui c\u2019\u00e9tait Darwin, qui avait rep\u00e9r\u00e9 le comportement sp\u00e9cial d\u2019un enfant devant le miroir,<br \/>\n&#8211; <strong>et Hegel, avec sa \u00ab\u00a0dialectique du ma\u00eetre et de l\u2019esclave\u00a0\u00bb<\/strong>.<\/p>\n<p>Avec \u00ab\u00a0La transcendance de l\u2019ego\u00a0\u00bb de Sartre, on a la notion d\u2019une conscience pure qui <em>se fait<\/em>, ceci ou cela, de sa propre spontan\u00e9it\u00e9, et puis de la qu\u00eate de sens [\u2026] ;<br \/>\nde l\u2019exp\u00e9rience du miroir, on a l\u2019id\u00e9e du rapport [de ce qu\u2019on a appel\u00e9 le sujet, dans les termes de Lacan] du sujet et de l\u2019autre, son image\u00a0;<br \/>\net avec Hegel, on a l\u2019id\u00e9e d\u2019appliquer sur ce rapport du moi et de l\u2019autre, la structure du ma\u00eetre et de l\u2019esclave.<\/p>\n<p>Au fond, <strong>Sartre apporte ici la notion d\u2019un \u00eatre qui se fait <\/strong>ou d\u2019un \u00eatre qui a \u00e0 se faire, d\u2019un \u00eatre en devenir, en devenir depuis le n\u00e9ant vers l\u2019\u00eatre &#8211; mais l\u00e0 il n\u2019est pas question de l\u2019autre dans \u00ab\u00a0la transcendance de l\u2019ego\u00a0\u00bb, il est tout seul, dans son \u00eatre absolu, il n\u2019y a pas d\u2019autre, il n\u2019y a pas d\u2019autre de l\u2019autre absolu, il est absolu tout seul. Donc Sartre apporte \u00e7a. <strong>Avec le miroir on ajoute l\u2019autre.<\/strong> <strong>Et avec Hegel, \u00e7a commence \u00e0 devenir int\u00e9ressant<\/strong>, avec le ma\u00eetre, l\u2019esclave et\u2026 Voil\u00e0, bon.<\/p>\n<p>Et je dis cocktail, c\u2019est que c\u2019est une sc\u00e8ne qui se monte progressivement [, et tout \u00e7a d\u2019ailleurs \u2026 plus connu de Sartre et de Lacan, c\u2019est Koj\u00e8ve]. Sartre n\u2019\u00e9tait pas des auditeurs de Koj\u00e8ve \u00e0 cette date, mais il en avait tous les \u00e9chos, il a d\u00fb y figurer [\u2026 c\u2019\u00e9tait un principe connu des deux].<\/p>\n<p>Donc, on a l\u2019id\u00e9e l\u00e0 d\u2019une conscience qui a \u00e0 \u00eatre ce qu\u2019elle est, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u2019une dynamique qui provient d\u2019un d\u00e9calage initial que vous avez not\u00e9 [ la faille, &#8230; etc.]<\/p>\n<p>Eh bien, au fond, Lacan a eu l\u2019id\u00e9e, la notion que pour d\u00e9sobjectiver la psychanalyse, la d\u00e9psychologiser comme vous l\u2019avez dit, premi\u00e8rement il fallait <strong>revenir \u00e0 la premi\u00e8re topique<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire rendre ses droits \u00e0 l\u2019inconscient, \u00e7a n&rsquo;avait rien d\u2019\u00e9vident quand Lacan a commenc\u00e9 son enseignement, au contraire c\u2019\u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme d\u00e9suet, c\u2019\u00e9tait remplac\u00e9 par l\u2019ego. <strong>Donc rendre sa place \u00e0 l\u2019inconscient<\/strong>, et <strong>d\u00e9finir l\u2019inconscient <\/strong>selon la m\u00eame forme de ce rapport de la conscience \u00e0 ce qu\u2019elle a \u00e0 \u00eatre\u00a0: <strong>un inconscient qui a \u00e0 \u00eatre<\/strong>, qui n\u2019est pas d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 tout constitu\u00e9, mais qui est constituant.<\/p>\n<p>Et, \u00e7a n\u2019est pas initial, mais \u00e7a se retrouve dans la question m\u00eame de [\u2026] du <strong>sujet-suppos\u00e9-savoir<\/strong>, dire qu\u2019il est suppos\u00e9, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dire qu\u2019il n\u2019est <strong>pas d\u00e9j\u00e0 tout constitu\u00e9<\/strong>, le sujet suppos\u00e9 c\u2019est une variante du sujet en tant que manque, de manque d\u2019\u00eatre, comme disait Sartre pour la conscience, et Lacan fait une variation en disant manque-\u00e0-\u00eatre, ce qui laisse entendre qu\u2019il <em>peut<\/em> \u00eatre. C\u2019est pour \u00e7a que je disais que la traduction que Lacan avait choisie de manque-\u00e0-\u00eatre en anglais est meilleure que l\u2019expression fran\u00e7aise, puisque en anglais on peut dire <strong><em>want-to-be<\/em><\/strong>, a <em>want-to-be<\/em>, avec l\u2019\u00e9quivoque du mot <em>want<\/em> qui veut dire \u00e0 la fois \u00ab\u00a0vouloir\u00a0\u00bb comme verbe et qui comme substantif veut dire \u00ab\u00a0manque\u00a0\u00bb, et donc l\u00e0 on a un \u00ab\u00a0<strong>manque qui veut\u00a0<\/strong>\u00bb.<\/p>\n<p>Alors, \u00e7a c\u2019est d\u2019autant plus ad\u00e9quat concernant la psychanalyse que le minimum qu\u2019on puisse dire de ce qu\u2019on attend de l\u2019exp\u00e9rience analytique, c\u2019est qu\u2019elle soit, ce que j\u2019appellerais avec p\u00e9dantisme,\u00a0 <strong>un processus transformationnel<\/strong> &#8211; que \u00e7a transforme. Donc il s\u2019agit de savoir qu\u2019est-ce que \u00e7a transforme et comment \u00e7a transforme.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de Lacan, celle qu\u2019il exprime au d\u00e9part, dans \u00ab\u00a0Fonction et champ de la parole et du langage\u00a0\u00bb, c\u2019est &#8211; il y a plusieurs versions de l\u2019inconscient, enfin, il y en a une qui est\u00a0: c\u2019est le chapitre censur\u00e9 de mon discours. Et d\u2019une certaine fa\u00e7on, toute mon histoire, l\u2019inconscient, est de l\u2019ordre historique. Mais, l\u2019histoire entendue comme la suite des significations que j\u2019ai donn\u00e9es \u00e0 ce que j\u2019ai v\u00e9cu. Et l\u2019inconscient, c\u2019est la partie que je n\u2019ai pas pu faire signifier.<\/p>\n<p>Donc, Lacan comprend, au fond, au d\u00e9part, le refoulement comme ce qui est rest\u00e9 &#8211;\u00a0 c\u2019est quand m\u00eame un inconscient traumatique en quelque sorte. Il dit que, au fond, l\u2019inconscient ce sont les signifiants qui n\u2019ont pas de signifi\u00e9. Et donc, la transformation, c\u2019est une d\u00e9finition en quelque sorte du trauma, de traumatismes dont le sens est rest\u00e9 bloqu\u00e9, qui n\u2019ont pas eu de sens, dans le sens qu\u2019ils sont rest\u00e9s dans le non-sens ou dans un sens bloqu\u00e9. Et donc la cure, c\u2019est de d\u00e9bloquer le sens.<\/p>\n<p>Et c\u2019est \u00e7a qu\u2019il appelle la dialectique\u00a0: c\u2019est une dynamique qui comporte un certain nombre de renversements, de renversements de significations.<\/p>\n<p>Alors, il y a\u00a0 une opposition, c\u2019est pas si facilement compatible. Parce qu&rsquo;\u00e0 un certain moment Lacan, dans son \u00e9laboration plut\u00f4t logicielle, pr\u00e9sente <strong>l\u2019inconscient comme un syst\u00e8me<\/strong> &#8211; il fait son sch\u00e9ma des plus et des moins pour montrer o\u00f9 l\u2019inconscient appara\u00eet comme un syst\u00e8me de signifiants -, et au fond un syst\u00e8me qui est l\u00e0, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u00e0, il appara\u00eet sous un aspect un peu substantiel\u00a0; et puis il y a <strong>l\u2019inconscient qui est dialectique<\/strong>, qui suit la dialectique du d\u00e9sir ou l\u2019inconscient qui est suppos\u00e9 savoir. Et au fond ce sont deux aspects qui parfois sont en tension.<\/p>\n<p>Est-ce que c\u2019est l\u00e0, et il s\u2019agit de le d\u00e9couvrir, ou est-ce qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019inventer\u00a0?<\/p>\n<p>Il y a dans l\u2019\u00e9laboration et dans la r\u00e9flexion une tension entre ces deux p\u00f4les. D\u2019une certaine fa\u00e7on, \u00e7a a bascul\u00e9 pour Lacan du c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e7a s\u2019invente\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le savoir s\u2019invente\u00a0\u00bb. \u00a0Il a radicalis\u00e9 cette notion que dans une analyse le savoir s\u2019invente, mais il a radicalis\u00e9 aussi dans l\u2019autre sens, c&rsquo;est-\u00e0-dire : le sinthome, qui se r\u00e9p\u00e8te et on n\u2019y peut rien.<\/p>\n<p>A la fin, <strong>il y a un \u00e9cart\u00e8lement qui appara\u00eet dans l\u2019exp\u00e9rience analytique. <\/strong>Il y a en effet tout ce qui est invention, qui n\u2019est pas seulement fantaisie, des inventions qui ont des cons\u00e9quences, l\u2019invention de nouvelles v\u00e9rit\u00e9s par le sujet &#8211; on essaie de s&rsquo;en \u00e9carter,\u00a0 mais enfin on peut aussi s\u2019y accrocher avec une certaine densit\u00e9.\u00a0 Lacan radicalise l\u2019aspect inventif, au point de dire &#8211; \u00e0 un moment, il l\u2019avait l\u00e2ch\u00e9 dans une sorte de boutade, mais les boutades on ne sait pas jusqu\u2019o\u00f9 \u00e7a va &#8211; que la psychanalyse ne se transmet pas, elle se r\u00e9invente avec chaque psychanalyse.<\/p>\n<p><strong>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il radicalise l\u2019invention,<\/strong> l\u2019invention par l\u2019analysant, l\u2019invention d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 qui de toute fa\u00e7on sera menteuse, <strong>et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 il radicalise l\u2019inertie,<\/strong> le statique d\u2019un sympt\u00f4me qui se r\u00e9p\u00e8te, mais \u00e7a veut dire qui se r\u00e9p\u00e8te d\u2019une fa\u00e7on stationnaire, l\u2019it\u00e9ration \u00e7a veut dire c\u2019est stationnaire.<\/p>\n<p>Donc,<strong> il radicalise d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la dynamique de l\u2019exp\u00e9rience<\/strong>, mais de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il <strong>radicalise aussi son aspect stationnaire<\/strong>. Et en effet, \u00e7a produit un certain d\u00e9chirement, un d\u00e9chirement \u00e0 une pens\u00e9e, <strong>un d\u00e9chirement \u00e0 admettre que l\u2019\u00e9lan d\u2019invention ne puisse pas corriger le stationnaire du sympt\u00f4me<\/strong>.<\/p>\n<p>Alors maintenant, il faut quand m\u00eame mentionner la grande diff\u00e9rence entre Sartre et Lacan.<\/p>\n<p>Pour Sartre, tout \u00e7a se fait selon <strong>la logique du ph\u00e9nom\u00e8ne de conscience<\/strong>.<\/p>\n<p>Au fond, si dans l\u2019action et dans l\u2019urgence que j\u2019ai d\u2019attraper le bus, pourquoi\u00a0? \u00a0[<em>difficilement<\/em> <em>audible<\/em> C\u2019est \u00e7a qui \u00a0\u2026 \u00e9poque\u2026 innocent \u2026 c&rsquo;est pour marquer le rapport entre l\u2019action et l\u2019urgence, c\u2019\u00e9tait l&rsquo;occasion \u2026 pour aller o\u00f9\u00a0? Il faut croire que \u00e7a paraissait un absolu. Donc, il y avait cette urgence, et puis, rendu chez lui, le philosophe qui va prendre son caf\u00e9 ou le th\u00e9, pas chez lui, \u00a0au Flore. Il prend le bus, il attrape le bus, il va au Flore, \u2026, et il fume, l\u00e0 il peut penser \u00e0 son moi&#8230; Je plaisante un peu, puisque c\u2019est au niveau de \u00ab\u00a0attraper son bus\u00a0\u00bb .]<\/p>\n<p>Donc l\u00e0, j\u2019ennoblis cet exemple en disant que Sartre d\u00e9crit la structure interne de la conscience \u00e0 travers le bus et la cigarette. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019il obtient la diff\u00e9rence entre le champ irr\u00e9fl\u00e9chi de conscience sans Je et l\u2019irruption du Je par l\u2019acte r\u00e9f\u00e9rent.<\/p>\n<p>Lacan n\u2019obtient pas \u00e7a de cette fa\u00e7on l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>Il obtient \u00e7a en tenant compte du langage.<\/strong> L\u2019op\u00e9rateur pour Lacan &#8211; il ne se fie pas \u00e0 la description du ph\u00e9nom\u00e8ne de conscience, qui pour un analyste appara\u00eet comme un ph\u00e9nom\u00e8ne de surface extr\u00eamement \u00e9quivoque -,\u00a0 mais pour Lacan ce qui fait qu\u2019il y a, pour ce qu\u2019il appelle le sujet, la dimension de l\u2019\u00eatre, la dimension ontologique, ce qui introduit cette dimension, c\u2019est le langage. Sans \u00e7a, il y a l\u2019en-soi &#8211; en effet &#8211; de Sartre. Mais ce qui fait la diff\u00e9rence entre l\u2019en-soi et le sujet, c\u2019est le langage. Disons la th\u00e8se de Lacan, c\u2019est que ce qui introduit m\u00eame la dimension de l\u2019\u00eatre et ce qui introduit la dimension de manque d\u2019\u00eatre ou de manque-\u00e0-\u00eatre, c\u2019est le langage, c\u2019est le signe \u2013 il faut qu\u2019il y ait un sign\u00e9 \u00e9crit, un \u00e9l\u00e9ment pos\u00e9, \u00a0on l\u2019emm\u00e8ne et \u00e0 ce moment il y a du\u00a0 manque. Et, c\u2019est impensable sans cette r\u00e9f\u00e9rence, c\u2019est-\u00e0-dire en ce sens c\u2019est le langage, c\u2019est-\u00e0-dire le symbolique, c\u2019est-\u00e0-dire en derni\u00e8re instance le Un qui introduit la dimension de l\u2019\u00eatre \u2013 le champ ontologique est sous la d\u00e9pendance du champ de l\u2019Un.<\/p>\n<p>Et au fond \u00e7a, vous l&rsquo;avez tr\u00e8s bien montr\u00e9, chez les structuralistes il n\u2019y a pas d\u2019ontologie, mais Lacan a tir\u00e9 une ontologie \u00e0 partir de la linguistique de Saussure. C\u2019est-\u00e0-dire il a tir\u00e9 une ontologie \u00e0 partir de la notion de signifiant et de la notion de syst\u00e8me o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments sont relatifs les uns aux autres, c\u2019est-\u00e0-dire dans ce qu\u2019on appelle une relation diacritique, d\u2019opposition.<\/p>\n<p>Et au fond, l&rsquo;un, chaque \u00e9l\u00e9ment, est ce que les autres ne sont pas. \u00a0Et donc l\u00e0, on introduit une ontologie saussurienne, plus exactement, une ontologie que Lacan d\u00e9duit de Saussure, et \u00e7a l\u2019occupera beaucoup cette d\u00e9duction [ rapport\u00a0 manque signifiant]. Ca l\u2019inspirera dans sa construction du signifiant Un et du signifiant Deux, et \u00e7a sera pr\u00e9sent aussi dans ses d\u00e9veloppements sur le Un, l\u00e0 o\u00f9 il observera la pr\u00e9valence du langage sur la [vie ?]. Avant m\u00eame, il y a le langage.<\/p>\n<p>A cet \u00e9gard donc l\u2019\u00eatre est une cr\u00e9ation de langage, \u00e7a a vocation \u00e0 ne pas \u00eatre limit\u00e9, et au fond \u00e7a n&rsquo;est limit\u00e9 que par le sympt\u00f4me, \u00e7a n\u2019est limit\u00e9 que par l\u2019it\u00e9ration du sympt\u00f4me \u2013 et c\u2019est encore une autre face du Un qui se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n<p>Donc, il y a au fond un Un qui se diversifie, si on veut, et Un qui se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n<p>Eh bien, \u00e9coutez, je crois qu\u2019on est arriv\u00e9 au terme de la r\u00e9union d\u2019aujourd\u2019hui. \u00a0Je remercie en votre nom Clotilde Leguil d\u2019avoir apport\u00e9 ce travail qui sera certainement publi\u00e9 \u00a0[\u2026] et je ne vous donne pas rendez-vous pour une date pr\u00e9cise l\u2019ann\u00e9e prochaine parce que je l\u2019ignore. \u00a0Mais, vraisemblablement, vous aurez l\u2019occasion encore de m\u2019entendre, et peut-\u00eatre de nous entendre, et tant pis pour vous.<\/p>\n<div>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><em><em><\/em><br \/>\n<\/em><\/strong><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>[i] <em>De mon c\u00f4t\u00e9, j&rsquo;essaierai de vous en livrer quelques extraits, d\u00e8s que je trouverai un peu de temps pour m&rsquo;atteler aux enregistrements qu&rsquo;un lecteur de ce blog a eu la gentillesse de me faire parvenir..<\/em>. VM<\/p>\n<p>[ii] \u00ab Nous n\u2019\u00e9prouverions nulle indulgence envers cette imposture qui substituerait la main gauche \u00e0 la main droite, pour rendre par dessous la table \u00e0 la pire philosophie ce qu\u2019on aurait affirm\u00e9 lui avoir retir\u00e9 par dessus ; et qui, rempla\u00e7ant simplement le moi par l\u2019autre et glissant une m\u00e9taphysique du d\u00e9sir sous la logique du concept, retirerait \u00e0 celle-ci son fondement. \u00bb Claude L\u00e9vis-Strauss,<em> L\u2019homme nu<\/em>,\u00a0 Paris, Plon, 1971, Finale, p. 563.<\/p>\n<p>[iii] Jacques Lacan, <em>Le s\u00e9minaire,<\/em> <em>Livre II<\/em>, p.267.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme je vous l\u2019ai indiqu\u00e9 la derni\u00e8re fois, le cours que je vous ai dispens\u00e9 cette ann\u00e9e est en fait boucl\u00e9. 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