{"id":2800,"date":"2011-01-26T17:46:58","date_gmt":"2011-01-26T15:46:58","guid":{"rendered":"https:\/\/disparates.org\/lun\/?p=2800"},"modified":"2021-06-13T17:49:49","modified_gmt":"2021-06-13T15:49:49","slug":"avec-les-philosophes-des-suites-de-la-representation-du-monde-terreur-du-doute-reve-ou-reel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/01\/avec-les-philosophes-des-suites-de-la-representation-du-monde-terreur-du-doute-reve-ou-reel\/","title":{"rendered":"II. Avec les philosophes, des suites de la repr\u00e9sentation du monde &#8211; Terreur du doute, R\u00eave ou r\u00e9el?"},"content":{"rendered":"<p><a title=\"I. l\u2019enseigneur, son traducteur et le vide central \u2013  19 janvier\" href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/01\/jam-19-1-2011-lenseigneur-lacan\/\">Je me suis servi de mes mains la derni\u00e8re fois <\/a>pour vous mimer <strong>le rapport des deux cercles dont l\u2019articulation est constituante de cet objet topologique qui s\u2019appelle le tore, &nbsp;<\/strong>le premier de cet ordre, &nbsp;topologique, \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 introduit par Lacan dans la psychanalyse.<\/p>\n<p>Cette topologie, c\u2019est en quelque sorte un <strong>nouvel imaginaire<\/strong> invent\u00e9 par Lacan, dans la mesure o\u00f9 il l\u2019a p\u00each\u00e9e dans les math\u00e9matiques pour nous exercer \u00e0 de nouvelles formes.&nbsp; L\u2019usage que je fais de cette expression de \u00abnouvel imaginaire\u00bb est justifi\u00e9 ne serait-ce que parce que Lacan y a \u00e9t\u00e9 <strong>conduit par un ouvrage dont David Hilbert<\/strong>, math\u00e9maticien de la fin du XIXe si\u00e8cle, oracle des math\u00e9matiques, est&nbsp; l\u2019un des co-auteurs, qui s\u2019appelle <strong><em>La g\u00e9om\u00e9trie et l\u2019imagination<\/em><\/strong>. C\u2019est l\u00e0 que Lacan a p\u00each\u00e9 la bande de M\u00f6bius, le tore et le cross-cap, et il a donc fourni les psychanalystes de nouvelles ressources, c\u2019est-\u00e0-dire essentiellement <strong>de nouveaux rapports, de nouvelles relations<\/strong>, mais <strong>repr\u00e9sentables<\/strong>.<\/p>\n<p>Et lui-m\u00eame s\u2019est exerc\u00e9 avec une vertu que j\u2019admire, d\u2019autant plus que l\u00e0-dessus je ne suis pas son \u00e9mule, \u00e0 les dessiner dans ses s\u00e9minaires. Il est d\u2019ailleurs \u00e0 noter &#8211; je crois l\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 fait dans ce cours jadis &#8211; qu\u2019on ne trouve repr\u00e9sent\u00e9es ces figures topologiques dans aucun \u00e9crit de Lacan. Ce qui n\u2019est pas dire qu\u2019elles en sont absentes, elles sont l\u00e0 \u00e0 titre de support et de support constant.<\/p>\n<p>Il a \u00e9crit de cette topologie, dans \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tourdit\u00a0\u00bb (( titre de Moli\u00e8re modifi\u00e9 par un t final qui fait appel pr\u00e9cis\u00e9ment aux tours du dit, d.i.t)), ce que je pla\u00e7ais sur le cercle que j\u2019appelais cylindrique du tore. Ce dont je peux t\u00e9moigner&nbsp; (( \u00c9videmment c\u2019est un t\u00e9moignage que vous pouvez consid\u00e9rer comme sujet \u00e0 caution puisque j\u2019en suis le seul t\u00e9moin, mais enfin vous \u00eates ici un certain nombre \u00e0 savoir que je m\u2019efforce \u00e0 ne pas raconter de bobards &#8211; ce dont je t\u00e9moigne donc \u00e0 la barre&#8230;)), c&rsquo;est que, Lacan s\u2019\u00e9tant engag\u00e9 dans la r\u00e9daction de cet \u00ab\u00a0\u00c9tourdit\u00a0\u00bb pour satisfaire \u00e0 une demande qui lui \u00e9tait faite de contribuer \u00e0 un recueil&nbsp; (( je crois me souvenir, c\u2019est dans le texte du service de l\u2019h\u00f4pital Sainte-Anne o\u00f9 il faisait sa pr\u00e9sentation))&nbsp; et ayant r\u00e9dig\u00e9 un certain nombre de pages &#8211; o\u00f9 vous retrouvez \u00ab\u00a0ce qui reste oubli\u00e9 derri\u00e8re ce qui s\u2019entend\u00a0\u00bb -, une fois achev\u00e9e la r\u00e9daction de ces premi\u00e8res pages, s\u2019\u00e9tait trouv\u00e9 en carafe, me disant: je me demande par quoi je vais continuer. Plut\u00f4t que de laisser passer, j\u2019ai pris \u00e7a au s\u00e9rieux et je lui ai dit: au fond, vous n\u2019avez jamais rien \u00e9crit sur la topologie, qui est pourtant pour vous si fondamentale. Il m\u2019a dit: \u00e7a, c\u2019est une id\u00e9e. Et pour ce que j\u2019en sais, vous devez le d\u00e9veloppement que vous trouvez sans aucune repr\u00e9sentation concernant la topologie dans cet \u00e9crit \u00e0 cette suggestion de ma part. Donc il se passait aussi bien d\u2019en \u00e9crire, jusqu\u2019\u00e0 1972.<\/p>\n<p>Alors, la derni\u00e8re fois, je vous ai invit\u00e9s \u00e0 consid\u00e9rer que la spirale des tours encha\u00een\u00e9s du cercle cylindrique, qui enserre le corps du tore, quand elle se boucle, dessine le cercle central du tore, celui qui communique, qui ne fait qu\u2019un avec l\u2019espace o\u00f9 est situ\u00e9 le tore. \u00c0 la diff\u00e9rence d\u2019un ballon dont vous ne pouvez pas traverser la surface, que vous pouvez attraper, tenir, relancer, pour ce qui est du tore, il y a un trou au milieu, c\u2019est \u00e7a, le trou central. Quand Lacan introduit le tore, il s\u2019en sert aussit\u00f4t pour inviter \u00e0 y repr\u00e9senter les tours de la demande, tours du cercle cylindrique qui, lorsqu\u2019ils finissent par se rejoindre, dessinent le cercle qui enserre le trou central comme le trou de l\u2019objet du d\u00e9sir. Et moi, je vous ai dit, j\u2019ai utilis\u00e9 cette repr\u00e9sentation pour indiquer la relation du discours de Lacan dont les tours se sont poursuivis ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, si je puis dire, <em>perinde ac cadaver<\/em>, jusqu\u2019\u00e0 la mort, par rapport \u00e0 son objet, \u00e0 ce dont il s\u2019agit pour lui, et j\u2019ai dit: le r\u00e9el.<\/p>\n<p>Je viens de mettre \u00e0 la place de son objet ce dont il s\u2019agit pour lui. C\u2019est que le mot d\u2019objet ne convient de fa\u00e7on simple en l\u2019occasion. C\u2019est que <strong><em>objet<\/em> <\/strong>porte avec soi ce pr\u00e9fixe <strong><em>ob<\/em><\/strong>, qu\u2019on a du mal, si je puis dire, \u00e0 gober. <em>Ob<\/em>, en latin, c\u2019est d\u2019abord: <em>devant, en face de.<\/em> C\u2019est ce qui nous vaut ces vocables dans notre langue: <em>obstacle<\/em>, <em>objection<\/em> &#8211; <strong>ce qu\u2019on vous jette \u00e0 la figure, l\u2019obstacle sur lequel vous butez quand vous vous avancez<\/strong> &#8211; mais aussi bien l\u2019<em>oblation<\/em> que vous offrez sous le nez de l\u2019autre, avec les meilleures intentions du monde: je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ce que Freud a dit du cadeau, que j\u2019avais \u00e9voqu\u00e9 -, c\u2019est aussi l\u2019<em>obligation<\/em>, l\u2019<em>obscurit\u00e9<\/em>, l\u2019<em>obsc\u00e9nit\u00e9<\/em>. Au fond, le fran\u00e7ais a privil\u00e9gi\u00e9 dans le <em>oblatin<\/em> la valeur de:<em> en face, \u00e0 l\u2019encontre de<\/em>. Et on le retrouve aussi bien sous la forme <em>oc<\/em>, <em>op<\/em>, <em>os<\/em> ou simplement avec le <em>o<\/em> qui signale sa pr\u00e9sence dans: <em>occasion<\/em>, comme dans <em>omission<\/em>. <strong>Et c\u2019est \u00e7a, qui fait difficult\u00e9 avec le mot d\u2019objet quand je m\u2019y r\u00e9f\u00e8re ici, car il ne s\u2019agit pas de rien qui soit en face,<\/strong> comme vous, vous \u00eates ici en face de moi, et moi, en face de vous. Si j\u2019ai dit \u00ab\u00a0ce dont il s\u2019agit\u00a0\u00bb, plut\u00f4t que \u00ab\u00a0objet\u00a0\u00bb, c\u2019est que mon propos visait<strong> quelque chose de l\u2019ordre de la substance<\/strong>, la substance du discours de Lacan, au sens de ce qu\u2019il y a dessous, sous les manifestations, sous ce qu\u2019on en per\u00e7oit, sous les ph\u00e9nom\u00e8nes. Mais enfin, Lacan a conserv\u00e9 le mot d\u2019objet, quand il parle de l\u2019objet petit <em>a<\/em>. Et pr\u00e9cis\u00e9ment, <strong>ce n\u2019est pas l\u2019objet au sens de ce qui est en face. <\/strong>Il a commenc\u00e9 comme \u00e7a, parce que c\u2019\u00e9tait aussi l\u2019usage dans le discours psychanalytique d\u2019entendre l\u2019objet comme ce qui est en face. Si Lacan a maintenu pour le petit <em>a<\/em> le terme d\u2019objet, c\u2019est aussi parce qu\u2019il a exploit\u00e9 une autre valeur du <em>oblatin<\/em>, qui signifie aussi: <em>\u00e0 cause de<\/em>. J\u2019ai v\u00e9rifi\u00e9 dans mon Gaffiot que Cic\u00e9ron dit: <em>ob eam rem<\/em>, \u00e0 cause de cela; <em>ob eam causam<\/em>, pour cette raison.<\/p>\n<p>Et c\u2019est ainsi que Lacan a pu placer son objet &nbsp;petit<em> a<\/em> dans ses sch\u00e9mas, en &nbsp;particulier celui du discours de &nbsp;l\u2019analyste, en-de\u00e7\u00e0, en arri\u00e8re du &nbsp;sujet du d\u00e9sir et non pas en avant ; &nbsp;non pas comme l\u2019objet qu\u2019on vous &nbsp;met sous le nez pour &nbsp;vous attirer, &nbsp;mais comme l\u2019objet qui par derri\u00e8re &nbsp;cause votre d\u00e9sir. Et ce n\u2019est pas par hasard qu\u2019au &nbsp;premier pas que nous pouvons faire &nbsp;\u00e0 propos du r\u00e9el, nous tombions sur &nbsp;la notion de cause.<\/p>\n<p>Il y a, pour le &nbsp;dire comme pourraient le dire les &nbsp;philosophes, <strong>&nbsp;une appartenance &nbsp;conceptuelle essentielle entre le r\u00e9el &nbsp;et la cause.<\/strong> Et on pourrait en faire, &nbsp;quand on se sert du mot &nbsp;r\u00e9el, le trait distinctif de l\u2019ad\u00e9quation du mot : <strong>le &nbsp;r\u00e9el est cause<\/strong>.<\/p>\n<p>Il n\u2019est l\u00e9gitime de &nbsp;parler de r\u00e9el qu\u2019\u00e0 condition que<strong> ce &nbsp;\u00e0 quoi on &nbsp;attribue la qualit\u00e9 d\u2019\u00eatre &nbsp;r\u00e9el est cause, cause d\u2019un certain &nbsp;nombre d\u2019effets.<\/strong> Et c\u2019est pourquoi, dans cette &nbsp;perspective, j\u2019ai pu dire que la &nbsp;question du r\u00e9el \u00e9tait apr\u00e8s tout &nbsp;naturelle, ce qu\u2019il y a de plus naturel &nbsp;au monde pour un psychanalyste. &nbsp;J\u2019aurais m\u00eame pu dire que la &nbsp;question du r\u00e9el est pos\u00e9e pour &nbsp;toute action qu\u2019on dit th\u00e9rapeutique, &nbsp;dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agit pour elle &nbsp;d\u2019atteindre au r\u00e9el comme \u00e9tant le &nbsp;royaume, le r\u00e8gne, l\u2019ordre de la &nbsp;cause, dans la mesure o\u00f9 on essaie &nbsp;d\u2019obtenir des effets, des effets de transformation. Il faut donc bien &nbsp;pouvoir intervenir l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a se joue, &nbsp;l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a se d\u00e9cide. Et donc, en ce sens, la question &nbsp;du r\u00e9el est instante, sp\u00e9cialement &nbsp;pour toutes les th\u00e9rapies qui &nbsp;proc\u00e8dent par la parole, et depuis &nbsp;l\u2019invention de la psychanalyse, elles &nbsp;se sont multipli\u00e9es &#8211; que ce soit &nbsp;sous une forme que nous pouvons &nbsp;juger d\u00e9grad\u00e9e n\u2019est pas ici en &nbsp;question. La question du r\u00e9el est &nbsp;instance pour toutes les parlo-th\u00e9rapies &#8211; une fa\u00e7on de les &nbsp;nommer qui fait r\u00e9sonner le mot &nbsp;parlote.<\/p>\n<p><strong>En quoi la parlote peut-elle &nbsp;atteindre au r\u00e9el ?<\/strong> Et que faut-il que &nbsp;ce r\u00e9el soit pour qu\u2019une parlo-th\u00e9rapie ait des effets ? Je ne sais si &nbsp;l\u00e0 nous pouvons aller plus loin que <strong>l\u2019axiome classique qui veut qu\u2019il y ait &nbsp;une homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la cause et de &nbsp;l\u2019effet<\/strong>, que cause et effet soient du &nbsp;m\u00eame ordre. Enfin, si nous nous &nbsp;rangeons \u00e0 cet axiome &#8211; au moins &nbsp;pour aujourd\u2019hui &#8211; , si nous &nbsp;admettons qu\u2019il faut que le r\u00e9el soit &nbsp;du m\u00eame ordre que ce qui a des &nbsp;effets sur lui, alors <strong>il faut que par &nbsp;quelque biais le r\u00e9el subsiste de &nbsp;parole<\/strong>. J\u2019ai introduit \u00e7a la derni\u00e8re fois &nbsp;par un court-circuit, passant par Schelling, le jeune Schelling, celui &nbsp;qui, disait Hegel, a fait son &nbsp;\u00e9ducation devant le public &#8211; tous les &nbsp;six mois, tous les ans, il changeait &nbsp;peu ou prou de doctrine &#8211; et qui a fait r\u00e9sonner cette &nbsp;question &#8211; lorsqu\u2019il essayait, il \u00e9tait &nbsp;encore le propagandiste de Fichte, &nbsp;lui-m\u00eame propuls\u00e9 dans sa doctrine &nbsp;de la science par sa lecture de la <em>&nbsp;Critique de la raison pratique<\/em> de &nbsp;Kant, qui avait \u00e9t\u00e9 pour lui le point &nbsp;de capiton pour r\u00e9ordonner la &nbsp;<em>Critique de la raison pratique<\/em> &#8211; cette &nbsp;question, qui est vraiment une haute &nbsp;et noble question : <strong>qu\u2019est &#8211; ce qui \u00e0 la &nbsp;fin est r\u00e9el &#8211; en allemand, &nbsp;<em>das &nbsp;Reale<\/em> &#8211; dans nos repr\u00e9sentations ?<\/strong> &nbsp;Et c\u2019est sans doute, je peux &nbsp;m\u2019avancer \u00e0 le dire &#8211; tout &nbsp;simplement parce que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 par un &nbsp;c\u00f4t\u00e9 un ancien id\u00e9aliste passionn\u00e9, &nbsp;enfin pas au sens clinique, au sens &nbsp;de l\u2019histoire de la philosophie &#8211; , c\u2019est &nbsp;la question la plus haute qui puisse &nbsp;\u00eatre pos\u00e9e dans le cadre de &nbsp;l\u2019id\u00e9alisme transcendantal. Et il y &nbsp;avait une partie de moi qui, en &nbsp;effet, dans mon jeune temps, cherchait la v\u00e9rit\u00e9 entre Kant, &nbsp;Fichte, Schelling et Hegel.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui est le r\u00e9el ?<\/strong> Cette &nbsp;question est devenue instante dans &nbsp;la philosophie \u00e0 partir de &nbsp;Descartes &#8211; Descartes \u00e0 qui Lacan a &nbsp;fait retour pour essayer d\u2019en &nbsp;d\u00e9prendre son concept du sujet &#8211; , je &nbsp;dis instante au sens o\u00f9 c\u2019est une &nbsp;question marqu\u00e9e par l\u2019 urgence et &nbsp;par l\u2019insistance. Celui qui a eu l\u00e0-dessus l\u2019aper\u00e7u le plus net, le plus &nbsp;clair, le mieux centr\u00e9, c\u2019est le &nbsp;nomm\u00e9 <strong>Heidegger<\/strong>, dans un article &nbsp;de 1938 qui s\u2019appelle&nbsp; <strong>\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9poque des &nbsp;conceptions du monde\u00a0\u00bb<\/strong> et qui &nbsp;souligne, indique que <strong>c\u2019est \u00e0 partir &nbsp;de Descartes qu\u2019\u00e0 proprement &nbsp;parler le monde est devenu une &nbsp;image con\u00e7ue, une image con\u00e7ue &nbsp;par le sujet<\/strong> &#8211; et il emploie le mot &nbsp;allemand de &nbsp;<em>Bild<\/em> , qui est \u00e0 &nbsp;proprement parler l\u2019image, le terme &nbsp;qu\u2019on emploie quand on parle &nbsp;d\u2019image sp\u00e9culaire, en allemand &nbsp;c\u2019est &nbsp;<em>Bild<\/em> , quand on parle de l\u2019image &nbsp;originaire, on dit &nbsp;<em>Urbild<\/em> &#8211; , et que &nbsp;<strong>c\u2019est \u00e0 partir de Descartes que tout &nbsp;ce qui est-l\u00e0<\/strong>,<strong> le discours &nbsp;philosophique nous invite \u00e0<\/strong> &#8211; ce n\u2019est &nbsp;m\u00eame pas \u00e0 lui appliquer la cat\u00e9gorie &nbsp;de l\u2019universel -,&nbsp; <strong>le rassembler.<\/strong> Le discours &nbsp;philosophique nous invite au rassemblement de tout ce qui &nbsp;est, au rassemblement de ce qu\u2019on appelle en terme &nbsp;technique l\u2019<em>\u00e9tant<\/em> (pas avec un &nbsp;g , &nbsp;avec un &nbsp;t , les canards, c\u2019est nous).&nbsp; <strong>Tout ce qui est,<\/strong> \u00e0 partir de &nbsp;Descartes &#8211; au moins pour les &nbsp;philosophes, mais c\u2019est solidaire de &nbsp;tout un ensemble &#8211; <strong>devient &nbsp;dans et &nbsp;par la repr\u00e9sentation<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Pour en saisir la nouveaut\u00e9<\/strong>, il &nbsp;faut penser que l\u2019id\u00e9e de &nbsp;se &nbsp;repr\u00e9senter, l\u2019id\u00e9e du monde &nbsp;comme &nbsp;repr\u00e9sentation au sujet \u00e9tait &nbsp;tout \u00e0 fait absente de la philosophie &nbsp;scolastique et, si l\u2019on peut dire, de &nbsp;l\u2019id\u00e9ologie m\u00e9di\u00e9vale, o\u00f9 si le &nbsp;monde se soutenait, c \u2019\u00e9tait en tant &nbsp;que cr\u00e9\u00e9 par le Cr\u00e9ateur, avec un &nbsp;grand &nbsp;C .<strong> Ce n\u2019\u00e9tait pas un monde &nbsp;repr\u00e9sent\u00e9 &nbsp;par et &nbsp;pour le sujet, &nbsp;c\u2019\u00e9tait un monde cr\u00e9\u00e9 &nbsp;par et aussi &nbsp;pour la divinit\u00e9, et pla\u00e7ant sous le &nbsp;signifiant Dieu la cause supr\u00eame. &nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019\u00e9voque le &nbsp;Moyen-\u00e2ge pour ne pas &nbsp;parler des Grecs, <strong>o\u00f9 ce qui est \u00e9tait \u00e9tait&nbsp; avant tout<\/strong>, au moins pour Platon, &nbsp;<strong>d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019essence &#8211;&nbsp;<\/strong> et &nbsp;sans doute plut\u00f4t de la &nbsp;description plut\u00f4t que de la &nbsp;causalit\u00e9. Enfin, ce qu\u2019il y a de &nbsp;causalit\u00e9 en tout cas chez Platon, &nbsp;c\u2019est un mod\u00e8le optique qui &nbsp;l\u2019indique, c\u2019est plut\u00f4t la projection de &nbsp;silhouettes dans la fameuse &nbsp;caverne, par rapport \u00e0 quoi, si on &nbsp;peut utiliser le terme de r\u00e9el, le r\u00e9el &nbsp;c\u2019est l\u2019Un, c\u2019est l\u2019id\u00e9e du Bien, et les &nbsp;apparences sont les ombres &nbsp;port\u00e9es. Enfin, j\u2019y reviendrai apr\u00e8s y &nbsp;avoir repens\u00e9.<\/p>\n<p>La repr\u00e9sentation &#8211; et ce terme &nbsp;est capital chez Freud, qui parle de &nbsp;la &nbsp;<em>Vorstellung<\/em> &#8211; , la repr\u00e9sentation, &nbsp;inconsciente &#8211; malgr\u00e9 ce que Lacan &nbsp;s\u2019est \u00e9vertu\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer, on a du &nbsp;mal \u00e0 gommer que chez Freud &nbsp;l\u2019inconscient est tiss\u00e9 de &nbsp;repr\u00e9sentations inconscientes &#8211; ,<strong> la &nbsp;repr\u00e9sentation \u00e9merge comme telle &nbsp;quand<\/strong>, ce que Heidegger appelle<strong> le &nbsp;monde<\/strong> &#8211; et c\u2019est un h\u00e9ritage de la &nbsp;ph\u00e9nom\u00e9nologie de Husserl &#8211; <strong>devient ce qui est convoqu\u00e9 par le &nbsp;<em>cogito<\/em><\/strong>, quand le monde est ce qui &nbsp;doit monter sur la sc\u00e8ne du sujet, si &nbsp;je puis dire, se pr\u00e9senter devant lui, &nbsp;et \u00eatre \u00e9valu\u00e9 par lui. Nous avons &nbsp;cass\u00e9 beaucoup de bois sur la t\u00eate &nbsp;des \u00e9valuateurs, mais c\u2019est la faute &nbsp;\u00e0 Descartes ! C\u2019est l\u00e0 que \u00e7a a &nbsp;commenc\u00e9 d\u2019\u00e9valuer ce qui est &nbsp;repr\u00e9sent\u00e9 selon son degr\u00e9 de &nbsp;r\u00e9alit\u00e9. &nbsp;Et pr\u00e9cis\u00e9ment<strong> pour que le &nbsp;<em>cogito<\/em> \u00e9merge<\/strong>, il faut d\u2019abord avoir &nbsp;r\u00e9voqu\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire mis en doute, &nbsp;suspendu, ratur\u00e9 tout ce qui est &nbsp;repr\u00e9sentation,&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire <strong>reconna\u00eetre que l\u00e0&nbsp; il n\u2019y a point de &nbsp;r\u00e9el<\/strong>. &nbsp;<\/p>\n<p><strong>Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019on &nbsp;appelle gentiment le <em>doute cart\u00e9sien<\/em>,<\/strong> comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un &nbsp;petit obsessionnel qui, tout en &nbsp;sachant que c\u2019est l\u00e0, se dit : mais &nbsp;peut-\u00eatre bien, quand m\u00eame&#8230; Rien \u00e0 &nbsp;voir ! <strong>Ce doute, c\u2019est la terreur !<\/strong> &nbsp;<strong>C\u2019est la terreur qu\u2019exerce le sujet &nbsp;qui \u00e9merge comme seule instance &nbsp;qui r\u00e9siste \u00e0 la suspension de toute &nbsp;repr\u00e9sentation en tant que vid\u00e9e de &nbsp;r\u00e9el.<\/strong> Et c\u2019est ainsi que nous vivons &nbsp;encore \u00e0 cette \u00e9poque. L\u2019homme, &nbsp;comme s\u2019exprime Heidegger, &nbsp;devient le centre de r\u00e9f\u00e9rence de &nbsp;l\u2019\u00e9tant en tant que tel, et il \u00e9tend &nbsp;cette notion de centre de r\u00e9f\u00e9rence &nbsp;jusqu\u2019au-del\u00e0 de l\u2019individu en disant qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion, on constituera &nbsp;comme centre de r\u00e9f\u00e9rence de &nbsp;l\u2019\u00e9tant la soci\u00e9t\u00e9, l\u2019histoire etc. <strong>Et &nbsp;c\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019\u00e9poque de la &nbsp;repr\u00e9sentation,<\/strong> <strong>que devient &nbsp;n\u00e9cessairement instante, je disais, &nbsp;la question : est-ce que tout cela &nbsp;n\u2019est que r\u00eave ? &nbsp;&#8211; ou cauchemar<\/strong>. &nbsp;<\/p>\n<p>Est-ce r\u00eave ou r\u00e9el ? Alors, comme vous savez, une &nbsp;fois que cette op\u00e9ration de terreur &nbsp;sur la repr\u00e9sentation a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e, &nbsp;cette op\u00e9ration de terreur &nbsp;cart\u00e9sienne, on peut dire que le &nbsp;monde est converti en &nbsp;repr\u00e9sentation et r\u00e9cus\u00e9 \u00e0 ce titre-l\u00e0. Au point qu\u2019il ne reste que comme &nbsp;r\u00e9sidu,&nbsp; au fond de la &nbsp;bouteille, la lie de la bouteille, c\u2019est &nbsp;le &nbsp;<em>cogito<\/em>, que lui, on n\u2019arrive pas \u00e0 &nbsp;\u00e9liminer avec les moyens du bord. &nbsp;<strong>L\u00e0, on obtient en effet une certitude, &nbsp;mais qui ne permet de rien se &nbsp;repr\u00e9senter<\/strong>. C\u2019est \u00e0-dire ce &nbsp;<em>cogito<\/em> ce n\u2019est pas une chose &nbsp;repr\u00e9sentable, et on n\u2019est pas non &nbsp;plus assur\u00e9 de sa permanence, &nbsp;<em>c\u2019est une certitude mais &nbsp;instantan\u00e9e, \u00e9vanouissante,<\/em> pour &nbsp;laquelle se pose la question : mais &nbsp;combien de temps ? Et donc, on ne &nbsp;peut pas reconna\u00eetre \u00e0 ce &nbsp;<em>cogito<\/em>, &nbsp;malin, <strong>on ne peut pas lui reconna\u00eetre &nbsp;la qualit\u00e9 d\u2019une substance<\/strong>, qui exige &nbsp;parmi ses attributs pr\u00e9cis\u00e9ment la &nbsp;permanence, la permanence sous &nbsp;ses manifestations. C\u2019est ce qui a &nbsp;tent\u00e9 Lacan, pour le rapprocher du &nbsp;sujet de l\u2019inconscient qui lui non plus &nbsp;n\u2019est pas substantiel, tel qu\u2019il le &nbsp;con\u00e7oit.<\/p>\n<p><strong>Autrement dit le &nbsp;<em>cogito<\/em> \u00e0 lui tout &nbsp;seul n\u2019assure pas qu\u2019on puisse passer de la repr\u00e9sentation au r\u00e9el,<\/strong> &nbsp;il ne permet pas la transition de la &nbsp;repr\u00e9sentation au r\u00e9el. Et alors, <strong>pour obtenir \u00e7a, pour &nbsp;r\u00e9aliser cette op\u00e9ration, il faut aller &nbsp;chercher, aller distinguer, parmi les &nbsp;repr\u00e9sentations du sujet, &nbsp;une distingu\u00e9e, sp\u00e9ciale, qui aurait la &nbsp;propri\u00e9t\u00e9 exceptionnelle d\u2019op\u00e9rer la &nbsp;jonction de la repr\u00e9sentation et du &nbsp;r\u00e9el.<\/strong> &nbsp;Et, c\u2019est la transition que &nbsp;Descartes expose dans la &nbsp;<em>Troisi\u00e8me &nbsp;m\u00e9ditation<\/em>, o\u00f9 il explique le statut &nbsp;singulier de l\u2019id\u00e9e de Dieu, et que &nbsp;cette id\u00e9e a n\u00e9cessairement un &nbsp;corr\u00e9lat dans le r\u00e9el, qu\u2019elle ne peut &nbsp;pas \u00eatre une fantaisie. Et donc, &nbsp;dans un contexte renouvel\u00e9 par &nbsp;l\u2019\u00e9mergence du &nbsp;<em>cogito<\/em> , il r\u00e9cup\u00e8re &nbsp;dans la scolastique quelque chose &nbsp;de l\u2019ordre des preuves de &nbsp;l\u2019existence de Dieu et il remet en &nbsp;fonction, disons pour simplifier, &nbsp;l\u2019argument de Saint-Anselme, et une &nbsp;fois que c\u2019est parti comme \u00e7a, on &nbsp;retrouve tout, tout ce qu\u2019on avait &nbsp;bousill\u00e9 au d\u00e9part pour isoler le &nbsp;<em>cogito<\/em> , on respire, il y a l\u2019id\u00e9e de &nbsp;Dieu, elle ne peut pas ne pas avoir &nbsp;un corr\u00e9lat r\u00e9el, <strong>et dans l\u2019id\u00e9e de &nbsp;Dieu, il y a qu\u2019il ne peut pas vouloir &nbsp;\u00eatre trompeur, parce qu\u2019il est ce qu\u2019il &nbsp;y a de plus r\u00e9el et \u00eatre de bonne foi &nbsp;est sup\u00e9rieur \u00e0 \u00eatre trompeur<\/strong> &#8211; tel&nbsp; quel &#8211; et donc on souffle et on voit &nbsp;revenir &#8211; je simplifie &#8211; <strong>tout ce qu\u2019on &nbsp;avait mis en suspens au d\u00e9part, on &nbsp;le voit revenir par le canal d\u2019un &nbsp;grand Autre qui se pose l\u00e0 &#8211; il faut &nbsp;dire &#8211; et qui est, au fond, le passeur &nbsp;de la repr\u00e9sentation au r\u00e9el.<\/strong><\/p>\n<p>On ne dira pas que c\u2019est un &nbsp;grand Autre suppos\u00e9 savoir, il est &nbsp;plus que \u00e7a, il est suppos\u00e9 dire la &nbsp;v\u00e9rit\u00e9 dans la mesure o\u00f9 il &nbsp;d\u00e9cide de la v\u00e9rit\u00e9. Rien ne lui est &nbsp;sup\u00e9rieur, m\u00eame pas la v\u00e9rit\u00e9, et &nbsp;c\u2019est lui qui dit ce qui est vrai et ce &nbsp;qui est faux, donc<strong> il est &nbsp;\u00e9minemment le lieu de la v\u00e9rit\u00e9<\/strong>, au &nbsp;sens o\u00f9 il la produit. C\u2019est ce qu\u2019on &nbsp;appelle la doctrine de la cr\u00e9ation &nbsp;des v\u00e9rit\u00e9s \u00e9ternelles. &nbsp;<\/p>\n<p>Voil\u00e0 au fond, ce qui a \u00e9merg\u00e9 &nbsp;avec Descartes c\u2019est \u00e0 la fois la &nbsp;conversion du monde en &nbsp;repr\u00e9sentation et puis le grand &nbsp;renfermement qui fait que tout &nbsp;rentre dans l\u2019ordre par le biais d\u2019un &nbsp;recyclage de la scolastique, un &nbsp;recyclage de la preuve de &nbsp;l\u2019existence de Dieu.<\/p>\n<p>Et, je vais vite, &nbsp;mais enfin, les cart\u00e9siens, les &nbsp;grands cart\u00e9siens qui pourtant ont &nbsp;diff\u00e9r\u00e9 de Descartes sur de &nbsp;nombreux points &#8211; que ce soit &nbsp;Malebranche ou Spinoza &#8211; au fond, &nbsp;reconnaissent au signifiant Dieu &nbsp;cette fonction de passeur de la &nbsp;repr\u00e9sentation au r\u00e9el, et que la &nbsp;repr\u00e9sentation proc\u00e8de de Dieu. &nbsp;Alors, ils se distinguent de &nbsp;Descartes en ce que d\u2019une certaine &nbsp;fa\u00e7on leur \u00e9nonciation s\u2019installe &nbsp;d\u2019embl\u00e9e au lieu de l\u2019Autre. &nbsp;Ils se &nbsp;privent par l\u00e0 du path\u00e9tique de &nbsp;l\u2019exp\u00e9rience cart\u00e9sienne, ce &nbsp;path\u00e9tique auquel on peut \u00eatre &nbsp;sensible quand on lit les &nbsp;<em>M\u00e9ditations<\/em> : le sujet tout seul qui &nbsp;essaye de s\u2019y retrouver, qui &nbsp;chemine p\u00e9niblement, qui voit &nbsp;s\u2019\u00e9crouler ses certitudes, ses &nbsp;croyances, puis l\u2019ensemble de &nbsp;l\u2019\u00e9tant, pour finalement \u00e9merger &nbsp;r\u00e9duit \u00e0 une pointe, \u00e0 partir de quoi &nbsp;tout se recompose. Les autres &nbsp;passent d\u2019embl\u00e9e au lieu de l\u2019Autre, &nbsp;et \u00e7a donne, ce qui chez &nbsp;Malebranche s\u2019appelle&nbsp; \u00ab\u00a0la vision en &nbsp;Dieu\u00a0\u00bb, et chez Spinoza l\u2019\u00e9quivalence <em>Deus sive natura<\/em> : <strong>Dieu, autrement &nbsp;dit la nature, qui \u00e9tend ce lieu de &nbsp;l\u2019Autre \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9tant<\/strong>.<\/p>\n<p>Et donc, nous nous rapprochons &nbsp;de l\u00e0 o\u00f9 nous en sommes, avec &nbsp;Freud et avec la psychanalyse, \u00e0 &nbsp;partir du moment o\u00f9 la connexion &nbsp;divine &nbsp;&#8211; je vous fais un cours de &nbsp;philosophie pour psychanalystes, &nbsp;mais enfin il faut passer par l\u00e0, au &nbsp;moins pour ce que je veux dire cette &nbsp;ann\u00e9e &#8211; , \u00e0 partir du moment <strong>o\u00f9 cette &nbsp;connexion divine entre l\u2019ordre de la &nbsp;repr\u00e9sentation et le r\u00e9el a \u00e9t\u00e9 &nbsp;rompue.<\/strong> Et sans m\u2019\u00e9tendre, je dirais &nbsp;qu\u2019elle est rompue \u00e0 partir de Kant. &nbsp;C\u2019est tout de m\u00eame avec Kant qu\u2019on &nbsp;sort d\u00e9cid\u00e9ment du &nbsp;Moyen-\u00e2ge , &nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on &#8211; est on sorti du &nbsp;Moyen &#8211; \u00e2ge ?, pas s\u00fbr&#8230; &#8211; , mais &nbsp;enfin on liquide le r\u00e9sidu scolastique &nbsp;de Descartes et c\u2019est la valeur de &nbsp;maintenir ce qui a fait faire des &nbsp;gorges chaudes \u00e0 des g\u00e9n\u00e9rations &nbsp;de philosophes et de non &nbsp;philosophes aussi, c\u2019est ce qui fait la &nbsp;valeur de cette limite que Kant <strong>a &nbsp;<\/strong>pos\u00e9e en parlant de &nbsp;la<strong> chose en soi<\/strong>, &nbsp;de la chose en soi qui n\u2019est &nbsp;justement pas pour le sujet, de la &nbsp;<strong>chose en soi qui est comme telle &nbsp;inconnaissable, qui est justement de &nbsp;l\u2019ordre de ce qui, du r\u00e9el, ne passe &nbsp;pas dans la repr\u00e9sentation.<\/strong> &nbsp;<\/p>\n<p><strong>Et c\u2019est \u00e0 partir du moment o\u00f9 on &nbsp;n\u2019a plus pu se servir du signifiant &nbsp;Dieu pour assurer la transition entre &nbsp;repr\u00e9sentation et r\u00e9el<\/strong> &#8211; et l\u00e0-dessus &nbsp;Kant mobilise les ressources de la &nbsp;logique pour montrer que le &nbsp;raisonnement de Descartes sur&nbsp; l\u2019id\u00e9e de Dieu est un paralogisme, &nbsp;mais je passe l\u00e0 &#8211; dessus &#8211; ,<strong> \u00e0 partir &nbsp;du moment o\u00f9 c\u2019est rompu, l\u00e0 &nbsp;devient instante la question &nbsp;du r\u00e9el,<\/strong> &nbsp;telle qu\u2019elle r\u00e9sonne dans la phrase &nbsp;du jeune Schelling:&nbsp;<strong> Qu\u2019est ce qui \u00e0 &nbsp;la fin est le r\u00e9el dans nos &nbsp;repr\u00e9sentations ?<\/strong> &#8211;&nbsp; si Dieu n\u2019est plus &nbsp;l\u00e0 pour assurer la transition.<\/p>\n<p>Vous m\u2019excuserez de rester dans &nbsp;le registre encore de l\u2019histoire &nbsp;abr\u00e9g\u00e9e de la philosophie. Au fond, &nbsp;<strong>pour nous, \u00e0 partir de l\u00e0 il y a eu &nbsp;deux grandes voies.<\/strong> Il y a eu la voie &nbsp;de <strong>Hegel<\/strong> ou il y a eu la voie de &nbsp;<strong>Schopenhauer<\/strong>. Schopenhauer qui &nbsp;vouait \u00e0 Hegel une d\u00e9testation &nbsp;particuli\u00e8re, et Schopenhauer &nbsp;<em>qui &nbsp;genuit<\/em> Nietzsche, qui engendre Nietzche. Il y a donc &nbsp;l\u00e0 tout &nbsp;un courant de la pens\u00e9e &nbsp;philosophique. Je dis un mot rapide &nbsp;sur Schopenhauer parce qu\u2019il est &nbsp;tout \u00e0 fait absent des r\u00e9f\u00e9rences de &nbsp;Lacan, clairement Lacan a pris son &nbsp;d\u00e9part sur le versant de Hegel, c\u2019est &nbsp;chez Platon et chez Hegel qu\u2019il a &nbsp;trouv\u00e9 avec la notion de la &nbsp;dialectique \u00e0 asseoir l\u2019op\u00e9ration de &nbsp;la psychanalyse &#8211; mais jetons un \u0153il &nbsp;du c\u00f4t\u00e9 de Schopenhauer.<\/p>\n<p>Schopenhauer dit les choses &nbsp;dans le titre de son grand livre : <em>Le &nbsp;monde comme volont\u00e9 et comme &nbsp;repr\u00e9sentation<\/em>. Le premier livre, &nbsp;c\u2019est &nbsp;<em>Le monde comme &nbsp;repr\u00e9sentation<\/em>, le second livre c\u2019est &nbsp;<em>Le monde comme volont\u00e9<\/em>. <strong>Et ce &nbsp;qu\u2019il appelle la volont\u00e9, pour &nbsp;simplifier les choses, c\u2019est un des &nbsp;noms du sujet.<\/strong> Et au fond, &nbsp;Schopenhauer <strong>assume la scission &nbsp;de la repr\u00e9sentation<\/strong>, de l\u2019ordre &nbsp;logique qu\u2019elle emporte avec elle, &nbsp;pour que \u00e7a tienne, <strong>et du sujet<\/strong>, &nbsp;qui est autre chose, et qui chez lui &nbsp;porte ce nom de volont\u00e9, et qui est &nbsp;un h\u00e9ritage lointain de la &nbsp;<em>Critique de &nbsp;la raison pratique<\/em>. Je dirais au fond, &nbsp;Schopenhauer, son livre I, c\u2019est la &nbsp;<em>Critique de la raison pure<\/em>, revisit\u00e9e, &nbsp;et son livre II c\u2019est la &nbsp;<em>Critique de la &nbsp;raison pratique<\/em>, et il explique que &nbsp;ce &nbsp;sont deux ordres distincts. Le livre I de Schopenhauer &nbsp;commence :&nbsp; \u00ab\u00a0Le monde est ma &nbsp;repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, et c\u2019est la phrase qui &nbsp;traduit ce que Heidegger plus tard &nbsp;appellera &nbsp;le monde comme image &nbsp;con\u00e7ue . C\u2019est le monde qui a &nbsp;commenc\u00e9 avec Descartes. &nbsp;Et que &nbsp;le monde soit ma repr\u00e9sentation &nbsp;c\u2019est le mode de toute exp\u00e9rience &nbsp;possible et imaginable : tout ce qui &nbsp;existe, existe pour le sujet, l\u2019univers &nbsp;entier n\u2019est qu\u2019objet, n\u2019est objet qu\u2019\u00e0 &nbsp;l\u2019\u00e9gard d\u2019un sujet. &nbsp;Au fond, il traduit &nbsp;d\u2019une fa\u00e7on extr\u00eamement compacte &nbsp;le &nbsp;<em>ob<\/em> de l\u2019objet, au sens de : <em>en &nbsp;face<\/em>, et l\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019ensemble de ce &nbsp;qui existe. Alors, ce qui me frappe &nbsp;chez Schopenhauer, c\u2019est plut\u00f4t la &nbsp;simplicit\u00e9, alors, \u00e9videmment, c\u2019est &nbsp;m\u00eame tellement simple que \u00e7a &nbsp;tiendrait sur deux, trois feuilles de &nbsp;papier &#8211; il \u00e9crit six cent pages &#8211; c\u2019est &nbsp;parce que c\u2019est un admirable &nbsp;rh\u00e9teur qui apporte ind\u00e9finiment des &nbsp;preuves \u00e0 l\u2019appui, mais l\u2019armature a &nbsp;la simplicit\u00e9 que j\u2019ai dite. Le livre II, &nbsp;<em>Le monde comme &nbsp;volont\u00e9<\/em>, c\u2019est l\u2019exaltation du sujet, <strong>et &nbsp;ce que Kant r\u00e9servait comme &nbsp;le r\u00e9el &nbsp;inconnaissable de la chose en soi, &nbsp;Schopenhauer l\u2019appelle la volont\u00e9,<\/strong> &nbsp;l<strong>a volont\u00e9 du sujet, qui n\u2019est pas &nbsp;repr\u00e9sentable mais qu\u2019on peut &nbsp;rejoindre, dont on peut s\u2019approcher &nbsp;\u00e0 travers la contemplation, sur le &nbsp;mode platonicien, et qui s\u2019exprime &nbsp;sp\u00e9cialement dans la vie<\/strong> &#8211; la vie qui &nbsp;est autre chose que simple &nbsp;repr\u00e9sentation. Ce que la volont\u00e9 &nbsp;veut, c\u2019est la vie, et il installe comme &nbsp;cat\u00e9gorie centrale du sujet le &nbsp;<em>vouloir &nbsp;vivre.<\/em> C\u2019est l\u00e0-dessus, dans ce &nbsp;sillage que s\u2019inscrira Nietzsche, en &nbsp;graduant le &nbsp;<em>vouloir vivre<\/em>, les&nbsp; ennemis du &nbsp;vouloir vivre, et qui &nbsp;c\u00e9l\u00e9brera au contraire la carri\u00e8re &nbsp;donn\u00e9e au d\u00e9sir et \u00e0 ce <em>&nbsp;vouloir &nbsp;vivre<\/em>.&nbsp;<\/p>\n<p>Ce qui conduit par exemple &nbsp;Schopenhauer \u00e0 faire une place &nbsp;sp\u00e9ciale dans ce livre II \u00e0 ce qu\u2019il &nbsp;appelle &nbsp;<strong><em>l\u2019acte de la procr\u00e9ation<\/em><\/strong> . Il n\u2019y &nbsp;a pas beaucoup de philosophes qui &nbsp;ont fait cette place \u00e0 l\u2019acte de la &nbsp;procr\u00e9ation. Il y a Aristote qui lui a &nbsp;fait une &nbsp;place, mais il a fait une &nbsp;place \u00e0 tout. Dans son histoire des &nbsp;animaux, \u00e9videmment il y a une &nbsp;place pour la procr\u00e9ation. Mais chez &nbsp;Schopenhauer, c\u2019est distinct, il &nbsp;consid\u00e8re <strong>quand m\u00eame que &nbsp;l\u2019acte &nbsp;de la procr\u00e9ation est une incarnation &nbsp;tout \u00e0 fait distingu\u00e9e &nbsp;du &nbsp;vouloir &nbsp;vivre<\/strong>. Et il va jusqu\u2019\u00e0 <strong>\u00e9voquer la &nbsp;jouissance charnelle, o\u00f9 la volont\u00e9 &nbsp;de vivre montre qu\u2019elle d\u00e9passe la &nbsp;vie de l\u2019individu, qu\u2019elle est &nbsp;transindividuelle.<\/strong><\/p>\n<p>Les ex\u00e9g\u00e8tes &nbsp;d\u2019ailleurs ont remarqu\u00e9 cette place &nbsp;que Schopenhauer donnait au &nbsp;rapport des &nbsp;sexes dans deux, trois &nbsp;pages fulgurantes, et \u00e7a les avait &nbsp;conduits \u00e0 penser que Freud avait &nbsp;peut-\u00eatre compuls\u00e9 Schopenhauer, &nbsp;ce qui ne semble pas \u00eatre le cas. En tout cas, Lacan est all\u00e9 vers &nbsp;Hegel. Il n\u2019est pas all\u00e9 de ce c\u00f4t\u00e9 l\u00e0, &nbsp;il n\u2019est pas all\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 &nbsp;Schopenhauerien qui constate la &nbsp;scission entre ce qui est de l\u2019ordre &nbsp;de la repr\u00e9sentation et de l\u2019ordre du &nbsp;vouloir vivre, entre ce qui est de &nbsp;l\u2019ordre de la repr\u00e9sentation et ce qui &nbsp;est de l\u2019ordre du r\u00e9el sans &nbsp;repr\u00e9sentation qui est le &nbsp;vouloir &nbsp;vivre, que Kant d\u00e9signait comme &nbsp;la &nbsp;chose en soi.&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Lacan est all\u00e9 vers &nbsp;Hegel.<\/strong> Il est all\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9, tout de &nbsp;m\u00eame, il y avait une \u00e9quation entre &nbsp;le rationnel et le r\u00e9el,&nbsp; et,&nbsp; entendons-nous bien, sur ce que Hegel dit dans sa &nbsp;pr\u00e9face: \u00ab Tout ce qui est r\u00e9el est &nbsp;rationnel et tout ce qui est rationnel &nbsp;est r\u00e9el \u00bb. La deuxi\u00e8me partie, Lacan &nbsp;n\u2019a pas insist\u00e9 dessus ou l\u2019a &nbsp;r\u00e9cus\u00e9e, mais <strong>\u00ab tout ce qui est r\u00e9el &nbsp;est rationnel \u00bb, au fond, c\u2019est arm\u00e9 &nbsp;de \u00e7a qu\u2019il est entr\u00e9 dans la &nbsp;psychanalyse. <\/strong><\/p>\n<p>Alors entendons-nous sur ce qu\u2019est ici le r\u00e9el. Dans &nbsp;sa pr\u00e9face \u00e0 la &nbsp;<strong><em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de &nbsp;l\u2019esprit<\/em><\/strong>, Hegel n\u2019emploie pas le mot &nbsp;<em>Reale<\/em> pour dire r\u00e9el. Il emploie le &nbsp;mot &nbsp;<strong><em>Wirkliche<\/em> <\/strong>, qui &nbsp;d\u00e9signe ce qui &nbsp;est effectif ou actuel, dont l\u2019\u00e9tymologie&nbsp; le lie \u00e0 <em>wirken<\/em> : <strong>ce qui est &nbsp;actif ou effectif<\/strong>, et on trouve aussi le &nbsp;mot &nbsp;<em>Wirkung<\/em>, qui veut dire &nbsp;<strong><em>effet<\/em><\/strong>. <strong>Donc ce que Hegel d\u00e9signe, c\u2019est le &nbsp;r\u00e9el en tant que ce qui a des effets, &nbsp;le r\u00e9el en tant &nbsp;que ce qui est cause<\/strong>. &nbsp;Ce n\u2019est pas le cas de &nbsp;la chose-en-soi kantienne. La chose en soi &nbsp;kantienne, on ne peut pas d\u00e9duire comme ses effets les ph\u00e9nom\u00e8nes, &nbsp;puisque pr\u00e9cis\u00e9ment il y a la &nbsp;constitution &nbsp;<em>a priori<\/em> des cat\u00e9gories, &nbsp;on n\u2019a aucune id\u00e9e de comment &nbsp;op\u00e9rerait la chose en soi. Au fond, &nbsp;c\u2019est de \u00e7a qu\u2019on s\u2019est moqu\u00e9 chez &nbsp;Kant, que la chose en soi fasse dodo. &nbsp;Elle est en soi, elle n\u2019y est pour &nbsp;personne, si je puis dire, elle est &nbsp;tout le temps dans l\u2019escalier. &nbsp;Alors qu\u2019ici le r\u00e9el dont il s\u2019agit, &nbsp;c\u2019est un r\u00e9el qui a des effets et &nbsp;auquel on acc\u00e8de par la raison &nbsp;parce qu\u2019il est rationnel de bout en &nbsp;bout. Et si je voulais encore &nbsp;simplifier, je pourrais r\u00e9partir, &nbsp;comme on le faisait dans l\u2019Antiquit\u00e9, &nbsp;Hegel et Schopenhauer comme &nbsp;H\u00e9raclite et D\u00e9mocrite, Hegel qui &nbsp;rit &nbsp;et Schopenhauer qui pleure. &nbsp;Schopenhauer le pessimiste, pour &nbsp;qui \u00e7a ne peut pas bien se terminer, &nbsp;et Hegel pour qui, continuellement, &nbsp;op\u00e8re la rationalit\u00e9 du r\u00e9el, \u00e0 la fin des fins, \u00e0 la fin de toutes les ruses,&nbsp; qui a l\u2019id\u00e9e &#8211; en tout cas \u00e7a a \u00e9t\u00e9 lu &nbsp;comme \u00e7a &#8211; d\u2019une grande &nbsp;r\u00e9conciliation dans le Savoir absolu &#8211; &nbsp; Schopenhauer jouant une sorte de &nbsp;Zazie qui dit : \u00ab\u00a0Savoir absolu, mon &nbsp;cul !\u00a0\u00bb, et Nietzsche reprend \u00e7a.<\/p>\n<p>Donc il y a deux grandes familles d\u2019esprit depuis lors, dans la philosophie, les pessimistes &nbsp;et les optimistes. Je simplifie pour vous &nbsp;laisser un souvenir autre que la &nbsp;domination exclusive de Hegel sur &nbsp;les esprits \u00e0 partir de Lacan. J\u2019essaie &nbsp;de gonfler un peu la figure de &nbsp;Schopenhauer qui n\u2019a pas la m\u00eame &nbsp;place et je la renforce du soutien de &nbsp;celui qui s\u2019 est pr\u00e9sent\u00e9 comme son &nbsp;disciple, \u00e0 savoir Nietzsche, d\u2019o\u00f9 &nbsp;proc\u00e8de toute la fili\u00e8re anti-h\u00e9g\u00e9lienne de la pens\u00e9e qui a &nbsp;d\u00e9bouch\u00e9 en France, au XX \u00b0 si\u00e8cle , chez Georges Bataille, Blanchot,&nbsp; Deleuze, et &nbsp;d\u2019autres&#8230;<\/p>\n<p>Et donc, \u00e0 partir du moment <strong>o\u00f9 le &nbsp;r\u00e9el est saisi comme &nbsp;<em>Wirkliche<\/em> <\/strong>&#8211; et &nbsp;\u00e9videmment Lacan y a vu la faveur &nbsp;qu\u2019on trouve &nbsp;<em>Reale<\/em> et &nbsp;<em>Wirkliche<\/em> dans le texte de Freud donc, il l\u2019a &nbsp;fait valoir &#8211; , \u00e0 partir du moment o\u00f9 &nbsp;on saisit le r\u00e9el comme &nbsp;<em>Wirkliche<\/em>, &nbsp;<strong>on d\u00e9termine \u00e9videmment une &nbsp;hi\u00e9rarchie de ce qui existe, dans ce &nbsp;qui est.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Au fond, il y a une ontologie &nbsp;basse &#8211;&nbsp;<\/strong> les entit\u00e9s apparentes, &nbsp;contingentes, transitoires, d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale les entit\u00e9s sous-d\u00e9velopp\u00e9es du point de vue &nbsp;de la raison, qui d\u00e9pendent d\u2019autres &nbsp;entit\u00e9s, les entit\u00e9s parasites en &nbsp;quelque sorte, ou simplement &nbsp;possibles, qui peuvent exister ou ne &nbsp;pas exister. <strong>Et puis, il y a ce qui est, au sens fort<\/strong>,&nbsp; ce qui absorbe ces &nbsp;conditions d\u2019existence, c\u2019est-\u00e0-dire &nbsp;se pr\u00e9sente comme n\u00e9cessaire et &nbsp;qui a d\u00e9velopp\u00e9 sa n\u00e9cessit\u00e9 &nbsp;jusqu\u2019\u00e0 une forme sup\u00e9rieure d\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>On ne peut pas dire que Hegel &nbsp;simplement b\u00e9nissait tout ce qui &nbsp;\u00e9tait, au nom de ce que c\u2019\u00e9tait &nbsp;<em>wirklich<\/em>. Il faisait au contraire dans &nbsp;ce qui est des distinctions entre <strong>ce qui n\u2019est qu\u2019apparent<\/strong>, ce qui n\u2019a pas &nbsp;d\u00e9velopp\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de son &nbsp;existence, <strong>et les formes pleines de &nbsp;l\u2019\u00eatre<\/strong> ; et d\u2019une certaine fa\u00e7on au &nbsp;sommet, restant <strong>un Dieu qui a op\u00e9r\u00e9 \u00e0 travers les ruses de la &nbsp;raison un absolu<\/strong> qui est en quelque &nbsp;sorte substantiel au sens du Dieu de &nbsp;Spinoza, qui est une r\u00e9\u00e9dition du &nbsp;Dieu de Spinoza.<\/p>\n<p>Alors, j\u2019ai dit tout \u00e7a pour en venir &nbsp;\u00e0 souligner, au contraire de ce qu\u2019on &nbsp;rabat de fa\u00e7on approximative et &nbsp;grossi\u00e8re sur le structuralisme, ce &nbsp;qui est en jeu dans le structuralisme de Lacan.<\/p>\n<p><strong>Ce qui est en jeu dans le &nbsp;structuralisme de Lacan,<\/strong> qui bien &nbsp;entendu se d\u00e9prend de Jakobson et &nbsp;de L\u00e9vi-Strauss,<strong> c\u2019est la question du &nbsp;r\u00e9el.<\/strong> <strong>Ce que Lacan a trouv\u00e9 dans la &nbsp;structure, c\u2019est une r\u00e9ponse \u00e0 la &nbsp;question du r\u00e9el qui lui a parue op\u00e9ratoire dans la psychanalyse, &nbsp;pour passer de la parlote au r\u00e9el,<\/strong> et &nbsp;qui l\u2019a conduit \u00e0 poser que ce qui &nbsp;est r\u00e9el et ce qui est cause dans le &nbsp;champ freudien, c\u2019est la structure du &nbsp;langage. Et, au fond, je me dis &nbsp;qu\u2019en \u00e9crivant dans mon tr\u00e8s jeune &nbsp;temps un article apr\u00e8s une premi\u00e8re &nbsp;lecture de Lacan, qui s\u2019appelait&nbsp; \u00ab\u00a0Action de la structure\u00a0\u00bb, au moins &nbsp;j\u2019avais saisi \u00e7a, c\u2019est-\u00e0-dire en quel &nbsp;sens chez Lacan, la structure, c\u2019est &nbsp;le r\u00e9el. &nbsp;Alors, il prend le r\u00e9el, &nbsp;le symbolique et l\u2019imaginaire &#8211; Lacan &nbsp;a p\u00each\u00e9 \u00e7a, en effet, dans une page &nbsp;de L\u00e9vi-Strauss, \u00ab\u00a0L\u2019efficacit\u00e9 &nbsp;symbolique\u00a0\u00bb, et il en a fait une conf\u00e9rence qui pr\u00e9c\u00e8de la &nbsp;scission de 1953 et son premier &nbsp;s\u00e9minaire public.&nbsp; Vous la trouvez, &nbsp;cette conf\u00e9rence, r\u00e9\u00e9dit\u00e9e dans le &nbsp;petit opuscule que j\u2019ai intitul\u00e9&nbsp; \u00ab\u00a0Des &nbsp;Noms-du-P\u00e8re\u00a0\u00bb, puisque Lacan a dit &nbsp;plus tard que R\u00e9el, Symbolique, Imaginaire c\u2019\u00e9taient, au fond, les &nbsp;Noms-du-P\u00e8re, ou &nbsp;des Noms-du-P\u00e8re.<\/p>\n<p>Et donc, on prend comme acquis &#8211; acquis, \u00e0 qui, \u00e0 qui est-ce? &#8211; la tripartition r\u00e9el, symbolique, &nbsp;imaginaire.<\/p>\n<p>Au fond, elle est valid\u00e9e &nbsp;par l\u2019usage que nous en faisons et &nbsp;la clarification qu\u2019elle apporte aux &nbsp;ph\u00e9nom\u00e8nes auxquels nous nous &nbsp;confrontons dans l\u2019exp\u00e9rience &nbsp;analytique. Mais enfin, quoique &nbsp;Lacan dans la derni\u00e8re partie de &nbsp;son enseignement se soit appliqu\u00e9 \u00e0 les mettre sur le m\u00eame plan, si je &nbsp;puis dire, comme des ronds de &nbsp;ficelle, au d\u00e9part il n\u2019en est rien.<strong> Il y &nbsp;a une tripartition et une hi\u00e9rarchie &nbsp;ontologique entre ces trois termes.<\/strong><\/p>\n<p><strong>D\u2019abord, la tripartition permet &nbsp;d\u2019exclure le r\u00e9el,<\/strong> au sens de <em>Reale<\/em>, ce qui ici veut dire au sens du donn\u00e9, de ce qui est naturel. \u00c7a exclut en m\u00eame temps ce qu\u2019il y aurait de substantiel dans le corps. &nbsp;<strong>\u00c7a veut dire : ne para\u00eet dans le champ &nbsp;freudien que l\u2019\u00e9tourdit, que &nbsp;les tours du dits, le reste n\u2019est pas &nbsp;pris en compte.<\/strong> On ne va pas &nbsp;s\u2019occuper de : Ah, vous me dites \u00e7a &nbsp;de votre p\u00e8re, eh bien allons &nbsp;interroger votre p\u00e8re pour conna\u00eetre &nbsp;son point de vue, quand m\u00eame. Ce &nbsp;qu\u2019on fait tr\u00e8s naturellement dans la &nbsp;th\u00e9rapie familiale ou il s\u2019agit de se &nbsp;mettre d\u2019accord sur ce qui s\u2019est &nbsp;pass\u00e9, de trouver, de faire la part &nbsp;des choses, c\u2019est un exercice de &nbsp;n\u00e9gociation, c\u2019est une th\u00e9rapie par &nbsp;n\u00e9gociation. On deale. <strong>L\u2019exclusion &nbsp;du r\u00e9el c\u2019est de dire : tout cela est &nbsp;tr\u00e8s l\u00e9gitime, mais \u00e7a ne fait pas &nbsp;partie du champ freudien.<\/strong> On ne dit &nbsp;pas: Ah bah, si c\u2019est comme \u00e7a, amenez-moi votre m\u00e8re et je vais&#8230; &nbsp;Bon, \u00e7a vous para\u00eet tout naturel, &nbsp;mais c\u2019est traduit par :<strong> on se fie \u00e0 ce &nbsp;que vous dites, on se fie aux &nbsp;mensonges que vous dites, on &nbsp;consid\u00e8re que les mensonges que &nbsp;vous dites sont plus pr\u00e9cieux que &nbsp;toute les v\u00e9rifications qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion &nbsp;les analysants entreprennent<\/strong>, ils &nbsp;vont v\u00e9rifier sur leur lieu de &nbsp;naissance, interroger les voisins &nbsp;pour savoir si vraiment&#8230; Bon, en &nbsp;g\u00e9n\u00e9ral \u00e7a ne donne pas grand-chose. <strong>Donc l\u2019exclusion du r\u00e9el &nbsp;traduit bien quelque chose de &nbsp;concret, qui pour nous est tellement &nbsp;\u00e9vident que, justement, il y a besoin &nbsp;de le conceptualiser.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le symbolique, disons, je l\u2019ai dit &nbsp;la derni\u00e8re fois, c\u2019est un des noms &nbsp;du r\u00e9el. C\u2019est le r\u00e9el comme &nbsp;<em>Wirkliche<\/em>, c\u2019est le r\u00e9el comme &nbsp;cause.<\/strong> Et tout ce qui reste comme &nbsp;image de Lacan, dans l\u2019opinion, ce &nbsp;par quoi il a marqu\u00e9, c\u2019est &nbsp;pr\u00e9cis\u00e9ment comme<strong> celui qui a montr\u00e9 en quoi le symbolique \u00e9tait &nbsp;r\u00e9el,<\/strong> en quoi c\u2019\u00e9tait ce qu\u2019il y avait de plus r\u00e9el dans la psychanalyse et &nbsp;dans la constitution de sujet.<\/p>\n<p><strong>Quant \u00e0 l\u2019imaginaire<\/strong>, d\u2019o\u00f9 Lacan &nbsp;est parti avant de commencer son &nbsp;enseignement \u00e0 proprement parler, &nbsp;lorsqu\u2019il le commence, au gr\u00e9 du &nbsp;symbolique, il s\u2019attache \u00e0 montrer &nbsp;justement <strong>que l\u2019imaginaire c\u2019est &nbsp;quand m\u00eame un moindre \u00eatre<\/strong>. &nbsp;C\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019imaginaire pr\u00e9cis\u00e9ment est de l\u2019ordre de la &nbsp;repr\u00e9sentation, est de l\u2019ordre de la <em>Bild<\/em>,<strong> et que m\u00eame quand des &nbsp;images paraissent ma\u00eetresses, &nbsp;paraissent gouverner, elles ne &nbsp;tiennent leur puissance sur le sujet &nbsp;que de leur place symbolique.<\/strong> Et &nbsp;comme je l\u2019avais dit au d\u00e9but de ce &nbsp;cours jadis, l\u2019op\u00e9ration de Lacan &nbsp;\u00e9tait vraiment de montrer comment &nbsp;tous les termes utilis\u00e9s par les&nbsp; analystes dans le registre &nbsp;imaginaire ne trouvaient leur vraie place qu\u2019\u00e0 \u00eatre retranscrits en termes symboliques. Alors, c\u2019est l\u00e0 que le choix h\u00e9g\u00e9lien de Lacan, l\u2019orientation &nbsp;h\u00e9g\u00e9lienne premi\u00e8re de Lacan, lui permet en fait d\u2019inscrire la psychanalyse dans le registre de la &nbsp;science, parce qu\u2019elle lui permet de dire que le r\u00e9el dont il s\u2019agit dans la &nbsp;psychanalyse, c\u2019est un r\u00e9el structur\u00e9. Et il le dit sous la forme: &nbsp;\u00ab&nbsp;L\u2019inconscient est structur\u00e9 comme &nbsp;un langage&nbsp;\u00bb , qu\u2019on a r\u00e9p\u00e9t\u00e9e comme &nbsp;la formule l\u00e9vitatoire. Mais \u00e7a n\u2019a de sens, lacanien, qu\u2019\u00e0 condition de &nbsp;saisir que l\u2019inconscient est r\u00e9el ! &nbsp;Alors \u00e7a, \u00e9videmment Lacan l\u2019a &nbsp;gard\u00e9 pour lui, il ne l\u2019a l\u00e2ch\u00e9, \u00e9crit, que dans son tout dernier texte que j\u2019ai longuement comment\u00e9 jadis, sa \u00ab&nbsp;Pr\u00e9face \u00e0 l\u2019\u00e9dition anglaise du &nbsp;s\u00e9minaire XI&nbsp;\u00bb, qui est le dernier des &nbsp;<em>Autres \u00e9crits<\/em>, dans une parenth\u00e8se: &nbsp;\u00ab l\u2019inconscient s\u2019il est ce que &#8230; soit &nbsp;r\u00e9el.\u00bb &nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<div class=\"\" data-canvas-width=\"248.41214833333333\">\u00ab\u00a0Notons que la psychanalyse a, depuis qu&rsquo;elle ex-siste, chang\u00e9. Invent\u00e9e par un solitaire, th\u00e9oricien incontestable de <span class=\"highlight selected\">l&rsquo;inconscient <\/span>(qui n&rsquo;est ce qu&rsquo;on croit, je dis : l&rsquo;inconscient, soit r\u00e9el, qu&rsquo;\u00e0 m&rsquo;en croire), elle se pratique maintenant en couple.\u00a0\u00bb<\/div>\n<\/blockquote>\n<p>Et le choix h\u00e9g\u00e9lien &nbsp;de Lacan est tout \u00e0 fait coh\u00e9rent avec son structuralisme, alors que les structuralistes communs, si je puis dire, \u00e9taient tout naturellement anti-dialecticiens et anti-h\u00e9g\u00e9liens, plut\u00f4t &nbsp;positivistes, et L\u00e9vi-Strauss a pouss\u00e9 \u00e7a tr\u00e8s loin &#8211; il \u00e9tait tout pr\u00eat &nbsp;\u00e0 naturaliser la structure. C\u2019est pour \u00e7a que nos r\u00eaveurs soi-disant n\u00e9o-scientistes peuvent tout \u00e0 fait s\u2019aboucher avec lui l\u00e0-dessus. Mais &nbsp;pour Lacan, le &nbsp;\u00ab&nbsp;Tout ce qui est r\u00e9el &nbsp;est rationnel&nbsp;\u00bb de Hegel se traduit dans la proposition: <strong>Il y a du savoir &nbsp;dans le r\u00e9el<\/strong>. Ce qui est, au fond, le postulat scientifique, depuis Galil\u00e9e, que la nature est \u00e9crite en signes &nbsp;math\u00e9matiques. Et \u00e0 cet \u00e9gard, l\u2019inconscient, pour &nbsp;Lacan, c\u2019est une structure, c\u2019est-\u00e0-dire un savoir, dans le r\u00e9el, il s\u2019agit de savoir lequel, mais il y a du savoir dans le r\u00e9el<strong>. Et c\u2019est par l\u00e0 qu\u2019il a pu penser que la &nbsp;psychanalyse rejoignait la science, et qu\u2019il a fait appel \u00e0 la topologie &nbsp;pour exhiber le r\u00e9el de la structure.<\/strong> &nbsp;<\/p>\n<p>J\u2019ai p\u00each\u00e9 \u00e7a dans le &nbsp;S\u00e9minaire des &nbsp;Probl\u00e8mes cruciaux:<\/p>\n<p>\u00abLa topologie &nbsp;que je construis pour vous est &nbsp;quelque chose qui est \u00e0 entendre \u00e0 &nbsp;proprement parler comme le r\u00e9el. &nbsp;F\u00fbt-ce le r\u00e9el dont l\u2019impossible est une des dimensions et peut \u00eatre la dimension propre et essentielle\u00bb. &nbsp;<\/p>\n<p>La topologie pour Lacan c\u2019\u00e9tait, la topologie qui est au fond&#8230; <strong>&#8211; la &nbsp;topologie n\u2019est pas repr\u00e9sentation, &nbsp;elle repr\u00e9sente ce qui est en fait des &nbsp;formules math\u00e9matiques, des relations math\u00e9matiques, un savoir &#8211; et pour Lacan ce savoir-l\u00e0 correspond \u00e0 ce qu\u2019exige la &nbsp;structure du langage.<\/strong> Et si l\u2019on veut &#8211; alors, \u00e7a a \u00e9t\u00e9, cette cat\u00e9gorie &nbsp;du r\u00e9el que je pr\u00e9sentais comme bien naturelle, au d\u00e9part, pour le praticien, et dont en m\u00eame temps je montre la gen\u00e8se de sa question \u00e0 &nbsp;travers une vue de surplomb de plusieurs si\u00e8cles de philosophie &#8211; , <strong>la promotion de la cat\u00e9gorie du r\u00e9el &nbsp;par Lacan, qui n\u2019a fait que monter en puissance au cours de son enseignement, est \u00e9videmment &nbsp;arriv\u00e9e comme une surprise pour &nbsp;ses \u00e9l\u00e8ves. Et pendant longtemps &nbsp;ils n\u2019ont pas pu s\u2019y faire, <\/strong>puisque &nbsp;tout avait commenc\u00e9 par l\u2019exclusion &nbsp;du r\u00e9el, et qu\u2019en fran\u00e7ais on ne fait &nbsp;pas la diff\u00e9rence de <em>Reale<\/em> et de <em>Wirkliche<\/em> , et ils n\u2019avaient pas saisi &nbsp;que la structure \u00e9tait pour Lacan un &nbsp;des noms du r\u00e9el. Et &nbsp;\u00ab&nbsp;Fonction et champ de la parole et du langage&nbsp;\u00bb &#8211; premier \u00e9crit de Lacan qui le lance dans son enseignement &#8211; c\u00e9l\u00e8bre la puissance de la structure et essentiellement sa puissance &nbsp;combinatoire. &nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>Et Lacan voit &#8211; c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019il comprend, c\u2019est sa version du &nbsp;rationnel h\u00e9g\u00e9lien &#8211; c\u2019est cette puissance combinatoire dont il fait le ressort propre de l\u2019inconscient, c\u2019est-\u00e0-dire le support de la causalit\u00e9 m\u00eame dont il s\u2019agit dans l\u2019inconscient. &nbsp;Et \u00e9videmment, c\u2019est essentiel pour lui de lier structure et combinatoire, et il ne cesse pas, quand il pr\u00e9sente des structures, d\u2019en d\u00e9montrer les combinaisons, les permutations &#8211; c\u2019est ce qu\u2019il fait quand il vous pr\u00e9sente <em>privation, &nbsp;frustration, castration<\/em>, avec les &nbsp;cat\u00e9gories de <em>l\u2019agent, de l\u2019objet et &nbsp;du manque<\/em>, il vous fait un <strong>tableau<\/strong> et il fait parfaitement <strong>permuter<\/strong> les &nbsp;termes. Des ann\u00e9es plus tard, ce sera <em>les quatre discours<\/em> et de m\u00eame &nbsp;on voit quatre \u00e9l\u00e9ments permutant sur quatre places.<\/p>\n<p>Il est essentiel &nbsp;pour Lacan <strong>d\u2019accentuer le caract\u00e8re &nbsp;combinatoire de la structure<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire, ses potentialit\u00e9s de d\u00e9placement, parce que <strong>c\u2019est &nbsp;justement ce qui fait le joint entre structure et dialectique<\/strong>. Alors que, on peut dire, il est le seul \u00e0 faire cette jonction et qu\u2019au contraire &nbsp;d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale les &nbsp;structuralistes ont \u00e9t\u00e9 anti-dialecticiens. &nbsp;Et c\u2019est par l\u00e0 aussi que tout en \u00e9tant structuraliste, il peut dire que l\u2019inconscient est histoire parce qu\u2019il voit <strong>l\u2019histoire comme le d\u00e9ploiement d\u2019une combinatoire<\/strong>. <strong>Par rapport \u00e0 quoi l\u2019imaginaire<\/strong> &#8211; au fond, on a, si &nbsp;vous voulez, du c\u00f4t\u00e9 du symbolique, &nbsp;on a \u00e0 la fois la structure, la &nbsp;combinatoire, la dialectique, &nbsp;l\u2019histoire, &nbsp;et il reste pour l\u2019imaginaire &nbsp;la fixation, l\u2019inertie, que dans son &nbsp;optimisme premier Lacan voit &nbsp;comme n\u2019\u00e9tant <strong>que des ombres qui &nbsp;seront mani\u00e9es d\u00e8s que les termes symboliques vont tourner<\/strong>, et c\u2019est le trait le plus manifeste du premier enseignement de Lacan, je dirais, c\u2019est son triomphalisme optimiste, &nbsp;qui tranche \u00e9videmment avec ce &nbsp;qu\u2019il a distribu\u00e9 d\u2019atroce pessimisme &nbsp;dans son dernier enseignement.<\/p>\n<p>On a l\u00e0 une inversion compl\u00e8te puisqu\u2019on est au contraire partis avec les trompettes du triomphe du symbolique sur l\u2019imaginaire. &nbsp;Et \u00e0 cet \u00e9gard, au fond, Lacan classait la jouissance, je dirais pour terminer, <strong>il classait la jouissance du &nbsp;c\u00f4t\u00e9 de l\u2019imaginaire<\/strong>. \u00c7a n\u2019entrait pas &nbsp;\u00e0 proprement parler dans le r\u00e9el. &nbsp;Pour lui, la jouissance \u00e9tait un effet &nbsp;imaginaire et il ne retenait du corps, \u00e9tant donn\u00e9 son point de d\u00e9part \u00e0 &nbsp;lui qui \u00e9tait &nbsp;\u00ab&nbsp;Le stade du miroir&nbsp;\u00bb, il ne &nbsp;retenait du corps que sa forme, et &nbsp;disons la jouissance de la forme imaginaire du corps, de l\u2019image du &nbsp;corps. Et donc encore, dans son \u00e9crit sur Schreber, &nbsp;dans ses &nbsp;sch\u00e9mas, <strong>la jouissance est qualifi\u00e9e d\u2019imaginaire et donc il est suppos\u00e9 &nbsp;qu\u2019elle est destin\u00e9e \u00e0 ob\u00e9ir au doigt &nbsp;et \u00e0 l\u2019\u0153il au prochain d\u00e9placement &nbsp;du symbolique<\/strong>. &nbsp;Et donc, on peut dire qu\u2019il y <strong>a comme une promesse de r\u00e9sorption &nbsp;de l\u2019imaginaire qui &nbsp;est prof\u00e9r\u00e9e par &nbsp;Lacan<\/strong>, et je dirais, une domination &#8211; je m\u2019expliquerai la prochaine fois &#8211; , &nbsp;une domination de la v\u00e9rit\u00e9 sur le r\u00e9el, ou mieux m\u00eame, <strong>l\u2019id\u00e9e que dans la psychanalyse le vrai, c\u2019est le r\u00e9el.<\/strong> &nbsp;<strong>Et le drame de l\u2019enseignement de &nbsp;Lacan<\/strong>, et peut-\u00eatre le drame du &nbsp;praticien aussi, tient dans <strong>le &nbsp;d\u00e9crochage du vrai et du r\u00e9el<\/strong>, dans &nbsp;ce qui s\u2019isole de <em>Reale<\/em>, qui \u00e9chappe &nbsp;\u00e0 la puissance du <em>Wirkliche<\/em>.<\/p>\n<p>C\u2019est toujours ce qui revient \u00e0 la m\u00eame &nbsp;place, c\u2019est la premi\u00e8re d\u00e9finition de &nbsp;Lacan, et quand il disait : <strong>le r\u00e9el c\u2019est ce qui revient \u00e0 la m\u00eame place, c\u2019\u00e9tait disqualifiant, \u00e7a revient \u00e0 la m\u00eame place et, comme les astres, &nbsp;c\u2019est aussi stupide, si je puis dire<\/strong>. \u00c0 cet \u00e9gard, quand il qualifiait le r\u00e9el &nbsp;de ce qui revient \u00e0 la m\u00eame place, &nbsp;<strong>\u00e7a l\u2019opposait \u00e0 la puissance &nbsp;dialectique.<\/strong> Dans la dialectique, on &nbsp;n\u2019arr\u00eate pas de changer de place et de costume &#8211; je ne vais pas le faire &#8211; on retourne sa veste, l\u2019\u00eatre se convertit en non-\u00eatre et puis&#8230;. Bon. &nbsp;<\/p>\n<p>Au contraire, le r\u00e9el, c\u2019est vraiment : Vous m\u2019avez sonn\u00e9&nbsp;? et, stupide, \u00e0 la m\u00eame place. Et \u00e9videmment, il y a dans l\u2019enseignement de Lacan &nbsp;<strong>la red\u00e9couverte que le corps a un statut que n\u2019\u00e9puise pas l\u2019imaginaire, que n\u2019\u00e9puise pas la forme, que n\u2019\u00e9puise pas la vision du corps.<\/strong> Et le lieu o\u00f9 \u00e7a se joue, o\u00f9 se &nbsp;joue cet enjeu de la question de &nbsp;Schelling <strong>: qu\u2019est ce qui \u00e0 la fin est &nbsp;le r\u00e9el ? , ce lieu dans la &nbsp;psychanalyse, c\u2019est le fantasme, c\u2019est vers ce point que converge l\u2019interrogation de Lacan<\/strong>, c\u2019est \u00e0 l\u2019id\u00e9e de travers\u00e9e du fantasme qu\u2019au fond il aboutit, pour aussit\u00f4t d\u00e9mentir cette conclusion. En quelque sorte la passe a \u00e9t\u00e9 pour lui un moment de conclure sur la fin de l\u2019analyse. Et de la m\u00eame fa\u00e7on que dans son s\u00e9minaire il a continu\u00e9 de parler apr\u00e8s ce qu\u2019il avait annonc\u00e9 comme moment de conclure, dans son \u00e9laboration aussi il s\u2019est trouv\u00e9 contraint d\u2019aller au-del\u00e0 du fantasme &nbsp;et de sa travers\u00e9e.<\/p>\n<p>Et, au fond, d\u00e9bouchant sur un clivage de la v\u00e9rit\u00e9 et du r\u00e9el qui, il faut bien dire, \u00e9tait le sym\u00e9triqu &nbsp;inverse du triomphalisme, de l\u2019optimisme de son d\u00e9part. &nbsp;<\/p>\n<p>Et donc, je disais que nous avions Hegel qui rit et &nbsp;Schopenhauer qui pleure, eh bien, dans le S\u00e9minaire de Lacan, nous &nbsp;avons Lacan qui rit et Lacan qui &nbsp;pleure ; \u00e0 lui tout seul, il assure tous les personnages du r\u00e9pertoire.<\/p>\n<p>Je continue encore la semaine &nbsp;prochaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je me suis servi de mes mains la derni\u00e8re fois pour vous mimer le rapport des deux cercles dont l\u2019articulation est constituante de cet objet topologique qui s\u2019appelle le tore, &nbsp;le premier de cet ordre, &nbsp;topologique, \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 introduit &hellip; <a href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/01\/avec-les-philosophes-des-suites-de-la-representation-du-monde-terreur-du-doute-reve-ou-reel\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false},"categories":[4],"tags":[244,247,251,94,104,246,252,250,253,249,248,245],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p2zPSJ-Ja","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":874,"url":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/encore-p-85-86\/","url_meta":{"origin":2800,"position":0},"title":"Lacan, Encore, \"Le savoir et la v\u00e9rit\u00e9\" (10 avril 1973), Extrait, p. 85, 86","date":"11 mars 2011","format":"aside","excerpt":"Cet extrait de Encore vient ici en compl\u00e9ment de mes notes du 6\u00b0 cours de Miller , \"quand Lacan baisse les bras s'agissant de l'objet a\" : \"Autre chose encore nous ligote quant \u00e0 ce qu'il en est de la v\u00e9rit\u00e9, c'est que la jouissance est une limite. 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