{"id":665,"date":"2011-03-02T09:17:24","date_gmt":"2011-03-02T07:17:24","guid":{"rendered":"http:\/\/empreintesdigitales.wordpress.com\/?p=665"},"modified":"2015-01-26T19:47:07","modified_gmt":"2015-01-26T17:47:07","slug":"cours-de-jacques-alain-miller-du-2-mars-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/cours-de-jacques-alain-miller-du-2-mars-2011\/","title":{"rendered":"V. Qu&rsquo;est-ce que le r\u00e9el? &#8211; 2 mars 2011"},"content":{"rendered":"<ul style=\"margin-top: 25px; margin-bottom: 30px;\">\n<li>1 \/ <a href=\"#tit1\">P\u00e9riodiquement, je pose dans ce cours la question du r\u00e9el<\/a><\/li>\n<li>2 \/ <a href=\"#tit2\">La jouissance \u0153dipienne (et l&rsquo;objection de la femme \u00e0 hegel<\/a>)<\/li>\n<li>3 \/ <a href=\"#tit3\">Retour sur les formules de la sexuation<\/a><\/li>\n<li>4 \/ <a href=\"#tit4\">Retrouvons ici notre Barthes<\/a><\/li>\n<li>5 \/ <a href=\"#tit5\">Vers une nouvelle passe<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<h3 id=\"tit1\">1\/ <strong>P\u00e9riodiquement, je pose dans ce cours la question du r\u00e9el <\/strong><\/h3>\n<p>P\u00e9riodiquement, je pose dans ce cours la question du r\u00e9el.<\/p>\n<p>Je l&rsquo;ai fait une premi\u00e8re fois sous le titre des \u00ab\u00a0<em><strong>R\u00e9ponses du r\u00e9el<\/strong><\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>De quoi s&rsquo;agissait-il? De la question que la pratique de la psychanalyse pose au r\u00e9el de l&rsquo;homme au sens g\u00e9n\u00e9rique, de l&rsquo;homme et de la femme, de ce qu&rsquo;on appelle l&rsquo;individu, lorsqu&rsquo;il se pr\u00eate \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience que nous lui proposons, exp\u00e9rience \u00e0 laquelle il aspire, qu&rsquo;il demande, et \u00e0 laquelle nous acceptons de l&rsquo;introduire &#8211; \u00e0 vrai dire avec beaucoup de lib\u00e9ralit\u00e9 aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Jadis, on s&rsquo;interrogeait sur les indications et contre-indications, on se demandait si vraiment l&rsquo;analyse convenait \u00e0 l&rsquo;un ou l&rsquo;autre, \u00e9tant donn\u00e9 ses capacit\u00e9s ou sa structure. Cette question a perdu de son urgence. L&rsquo;analyse, <strong>c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui un droit de l&rsquo;homme<\/strong>. Jusqu&rsquo;au point que refuser une analyse \u00e0 quelqu&rsquo;un ce serait vraiment le d\u00e9pr\u00e9cier. On pr\u00e9f\u00e8re <em>adapter l&rsquo;instrument<\/em>, doser les capacit\u00e9s de chacun, quitte \u00e0 \u00eatre infid\u00e8le aux [pr\u00e9ceptes ] de l&rsquo;exp\u00e9rience. Il serait injuste de ne pas tenir compte de l&rsquo;\u00e9volution des choses. \u00catre entendu, comme tel, chacun s&rsquo;y sent le droit &#8211; puisque le discours juridique a pris dans le malaise de la civilisation une fonction pr\u00e9valente.<\/p>\n<p>Alors, pourquoi est-ce qu&rsquo;on <strong>y aspire, \u00e0 cette exp\u00e9rience<\/strong> ?<\/p>\n<p>Pour le dire de la fa\u00e7on la plus g\u00e9n\u00e9rale : <strong>quand on ne sait pas tr\u00e8s bien qui on est. <\/strong>Quand est on est quelque peu d\u00e9coll\u00e9 de ce qui s&rsquo;appelle l&rsquo;identification. On aspire \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience de parler et d&rsquo;\u00eatre entendu, quand on soup\u00e7onne que en-dessous du signifiant-ma\u00eetre, du S1, ou de l&rsquo;essaim, de la multiplicit\u00e9 des signifiants auquel le sujet est identifi\u00e9, y a encore <strong>quelque chose d&rsquo;autre<\/strong>.<!--more--><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-full wp-image-624\" style=\"border: 0; background: none;\" title=\"S1 sur S barr\u00e9\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/s1sursbarre.gif\" alt=\"S1 sur S barr\u00e9\" width=\"31\" height=\"45\" \/><br \/>\nCela s&rsquo;\u00e9crit S1 sur Sbarr\u00e9. Avec Sbarr\u00e9 qui d\u00e9signe ici\u00a0 ce qui n&rsquo;est pas \u00e9puis\u00e9 dans le registre de l&rsquo;identification, dans l&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0le m\u00eame que\u00a0\u00bb, l&rsquo;\u00eatre un semblable. On aspire \u00e0 cette exp\u00e9rience <strong>quand on se sent dissemblable<\/strong>.<\/p>\n<p>Sbarr\u00e9, c&rsquo;est, \u00e0 cet \u00e9gard, un point d&rsquo;interrogation qui appara\u00eet quand se manifeste une faille dans l&rsquo;identification quand, par quelque biais, il se manifeste que je ne suis pas celui que e pensais \u00eatre et que je ne suis pas ma\u00eetre de ce que je suis.<\/p>\n<p>La proposition de Descartes, <em>cogito ergo sum, <\/em>a un c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/abu.cnam.fr\/cgi-bin\/dokwic?id=bovary3&amp;cle=Homais\" target=\"_blank\">Monsieur Homais<\/a>\u00ab\u00a0, comme cela n&rsquo;a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 Flaubert. En effet, <a href=\"http:\/\/flaubert.univ-rouen.fr\/jet\/public\/trans.php?corpus=bovary&amp;id=4591&amp;mot=cogito&amp;action=M\" target=\"_blank\" class=\"broken_link\">on trouve dans ses notes, \u00e0 la fin d&rsquo;un r\u00e9cit auto-biographique de ce pharmacien <\/a>qui est comme l&rsquo;\u00e9pitom\u00e9\u00a0 de la de la suffisance bourgeoise un <em>\u00ab\u00a0Cogito; ergo sum<\/em>\u00a0\u00bb :<\/p>\n<div id=\"attachment_636\" style=\"width: 520px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/homais-cogito1.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-636\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-636 \" title=\"homais-cogito\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/homais-cogito1.jpg\" alt=\"\" width=\"510\" height=\"398\" srcset=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/homais-cogito1.jpg 595w, https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/homais-cogito1-300x234.jpg 300w, https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/homais-cogito1-383x300.jpg 383w\" sizes=\"(max-width: 510px) 100vw, 510px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-636\" class=\"wp-caption-text\">Puis se r\u00e9sumant il termina par le gd mot du rationalisme moderne Cogito; ergo sum.<\/p><\/div>\n<p><strong>SOURCE <\/strong>: <a href=\"http:\/\/flaubert.univ-rouen.fr\/jet\/public\/trans.php?corpus=bovary&amp;id=4591&amp;mot=cogito&amp;action=M\" target=\"_blank\" class=\"broken_link\"> Gen\u00e8se de Madame Bovary \/ Plans et sc\u00e9narios, folio 39 \/ Esquisse de l&rsquo;\u00e9pilogue (qui ne se trouve pas dans le roman)<\/a><\/p>\n<p>Le <em>Cogito <\/em>de Descartes a un c\u00f4t\u00e9 Homais dans le sens \u00ab\u00a0<strong>Je pense donc <em>je suis celui que je pense \u00eatre<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Or, s&rsquo;il y a<strong> r\u00e9ponse du r\u00e9el <\/strong>dans l&rsquo;achoppement, les tr\u00e9buchements, l&rsquo;acte manqu\u00e9, c&rsquo;est la r\u00e9ponse qui se formule : \u00ab\u00a0<strong>Tu n&rsquo;es pas celui que tu penses \u00eatre\u00a0\u00bb<\/strong>. Quand le sujet est cette r\u00e9ponse-l\u00e0, de nos jours, il a recours \u00e0 l&rsquo;analyse.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: right;\"><em>*<\/em><\/h3>\n<p>La question du r\u00e9el, je l&rsquo;ai encore reprise \u00e0 un autre cours &#8211; \u00ab\u00a0<em><strong>L&rsquo;exp\u00e9rience du r\u00e9el dans la psychanalyse<\/strong><\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;interrogeais sur <strong>la r\u00e9sistance du r\u00e9el<\/strong> &#8211; celle qu&rsquo;il offre \u00e0 l&rsquo;action de l&rsquo;analyse, \u00e0 l&rsquo;acte psychanalytique. Cette r\u00e9sistance &#8211; telle qu&rsquo;on en fait l&rsquo;exp\u00e9rience, <strong>l&rsquo;exp\u00e9rience des limites de la psychanalyse <\/strong>-, c&rsquo;est Freud le premier qui en t\u00e9moigne, qui en a \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 modifier sa premi\u00e8re topique pour donner naissance \u00e0 sa seconde topique (avec le \u00c7a, moi, surmoi) .<\/p>\n<h3 style=\"text-align: right;\"><em>*<\/em><\/h3>\n<p>Et la question du r\u00e9el, je l &lsquo;ai abord\u00e9e quand je vous ai parl\u00e9 du <strong>dernier et du tout dernier enseignement<\/strong> (TDE) de Lacan. O\u00f9 la question \u00ab\u00a0<strong>Qu&rsquo;est-ce que le r\u00e9el<\/strong>?\u00a0\u00bb devient instante, urgente, dominante. Jusqu&rsquo;\u00e0 la mise en question de la question elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>En effet, il n&rsquo;est pas s\u00fbr que le r\u00e9el ait un essence &#8211; quand au contraire c&rsquo;est par le biais de son existence qu&rsquo;il s&rsquo;impose et qu&rsquo;il \u00e9teint la question de son essence.<\/p>\n<p>Alors ce TDE, qui a \u00e9t\u00e9 prof\u00e9r\u00e9 \u00e0 ce titre &#8211; Lacan savait qu&rsquo;il parlait plus pour lui-m\u00eame, son existence allait \u00e0 son terme, il parlait pour nous, parlait, si je puis dire, en proph\u00e8te -, dans ce que nous faisons tous les jours, nous avons \u00e0 nous situer par rapport \u00e0 sa question : <strong>Qu&rsquo;est-ce que le r\u00e9el<\/strong>?<\/p>\n<p><strong>Je me dis que ce qui a ouvert la porte de ce dernier ou tout dernier enseignement de Lacan, <\/strong>ce qui lui a permis d&rsquo;aller au-del\u00e0 du champ qu&rsquo;il avait lui-m\u00eame ouvert et circonscrit, ce qui lui a permis de penser <em>contre Lacan<\/em>, de prendre la position contraire \u00e0 celle qu&rsquo;il avait argument\u00e9e pendant plus de 20 ans, <strong>c&rsquo;est ce qu&rsquo;il appelle la jouissance f\u00e9minine. C&rsquo;est par l\u00e0 qu&rsquo;il s&rsquo;est arrach\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame.<\/strong><\/p>\n<p>Alors. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on entend quand on reprend ce terme de jouissance f\u00e9minine, sinon que son r\u00e9gime est fonci\u00e8rement distinct de la jouissance chez le m\u00e2le.<\/p>\n<p>Donc, c&rsquo;est un binarisme. On les compare. La jouissance f\u00e9minine, la jouissance masculine. On les distingue en les comparant. Eh bien, justement pas. Certes, dans un premier temps, Lacan a cern\u00e9 le propre de la jouissance f\u00e9minine par rapport \u00e0 la jouissance masculine. Il l&rsquo;a fait dans la suite de ses s\u00e9minaires 18, 19, 20 et dans son <em>\u00c9tourdit<\/em>. Mais,<\/p>\n<p>y a un deuxi\u00e8me temps. <strong> Ce qu&rsquo;il a entrevu par le biais de la jouissance f\u00e9minine, il l&rsquo;a g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 en faire le r\u00e9gime de la jouissance comme telle. <\/strong>Par le biais de la jouissance f\u00e9minine, disons que Lacan a aper\u00e7u ce qu&rsquo;\u00e9tait le r\u00e9gime de la jouissance comme telle.<\/p>\n<p>Il a aper\u00e7u que jusqu&rsquo;alors on avait toujours pens\u00e9 le r\u00e9gime de la jouissance \u00e0 partir du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le, et ce qui ouvre sur son dernier enseignement, c&rsquo;est la jouissance f\u00e9minine con\u00e7ue comme principe de la jouissance comme telle.<\/p>\n<p>Que veut dire ici \u00a0\u00bb <strong>comme telle<\/strong>\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0<strong>la jouissance comme telle<\/strong>\u00a0\u00bb ? C&rsquo;est une expression qui abonde chez Lacan et chez les lacaniens et distribu\u00e9e pas toujours avec la plus grande rigueur. Mais ici, \u00ab\u00a0<strong>la jouissance comme telle<\/strong>\u00a0\u00bb veut dire quelque chose de tout \u00e0 fait pr\u00e9cis &#8211; c&rsquo;est <strong>la jouissance non-\u0153dipienne<\/strong>, la jouissance con\u00e7ue comme soustraite de, en dehors de la machinerie de l&rsquo;\u0153dipe. <strong>C&rsquo;est la jouissance r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de corps<\/strong>.<\/p>\n<h3 id=\"tit2\">2 \/ <strong>La jouissance \u0153dipienne (et l&rsquo;objection de la femme \u00e0 Hegel)<\/strong><\/h3>\n<p>Il faut encore que je dise ce qu\u2019est la jouissance \u0153dipienne.<\/p>\n<p>[Pour que sa n\u00e9gation prenne une valeur, il faut renverser l\u2019\u00e9chelle et avoir acc\u00e8s \u00e0 ce qui \u00e9tait refus\u00e9 autrefois]* La jouissance \u0153dipienne, au sens de Lacan, elle est indiqu\u00e9e \u00e0 la fin de <em>Subversion, <\/em> p. 827, des <em>\u00c9crits<\/em>:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0La castration veut dire qu&rsquo;il faut que la jouissance soit refus\u00e9e, pour qu&rsquo;elle puise \u00eatre atteinte sur l&rsquo;\u00e9chelle renvers\u00e9e de la Loi du d\u00e9sir.<br \/>\nNous n&rsquo;irons pas ici plus loin.\u00a0\u00bb<br \/>\nJacques Lacan, <em>\u00c9crits<\/em>, p. 827<\/p><\/blockquote>\n<p>La jouissance \u0153dipienne, c\u2019est celle qui doit \u00eatre refus\u00e9e pour \u00eatre atteinte. C\u2019est la jouissance qui doit passer par un <em>non<\/em> pour \u00eatre ensuite positiv\u00e9e \u2013 une jouissance qui doit d\u2019abord \u00eatre interdite pour \u00eatre apr\u00e8s permise. \u00c7a c\u2019est la jouissance qui r\u00e9pond au nom-du-p\u00e8re, qui contient un non, N-O-N. Elle est permise dans la mesure o\u00f9 elle passe d\u2019abord par le non de l\u2019interdit.<\/p>\n<p>Il faut croire que le non de l\u2019interdit a eu, au cours du temps, assez d\u2019\u00e9vidence pour qu\u2019on s\u2019y soit arr\u00eat\u00e9, on se soit centr\u00e9 l\u00e0-dessus, la fonction de l\u2019interdit.<\/p>\n<p>Or,<strong> en scrutant plus avant la jouissance propre \u00e0 la femme,<\/strong> Lacan n\u2019a pas d\u00e9menti l\u2019incidence de l\u2019interdit, mais il a isol\u00e9 une part de jouissance qui ne r\u00e9pond pas \u00e0 ce sch\u00e9ma : refuser pour atteindre, l\u2019interdit comme \u00e9tape.<\/p>\n<p>Il a isol\u00e9 une jouissance insymbolisable, indicible, qui a des affinit\u00e9s avec l\u2019infini. Qui n\u2019est pas pass\u00e9e, qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 concass\u00e9e par la machine non\/oui. Que l\u2019on rencontre parfois dans les r\u00eaves, comme dans celui que me racontait hier quelqu\u2019une : <strong>un geyser tourbillonnant, jaillissant, de vie in\u00e9puisable, \u00e0 quoi elle avait toujours chercher \u00e0 s\u2019\u00e9galer.<\/strong><\/p>\n<p>Mais, si \u00e0 proprement parler cette jouissance n\u2019est pas dicible \u2013 et qu\u2019on ne peut la d\u00e9signer qu\u2019ajoutant que les mots y manquent, ce n&rsquo;est pas par impuissance, c&rsquo;est un impossible de structure.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il s\u2019agit d\u2019une jouissance \u2013 \u00e7a n\u2019est qu\u2019une part -, qui est comme hors signifiant, au sens o\u00f9 le langage, c\u2019est la castration. Et \u00e7a, c\u2019est <strong>la basse continue de l\u2019\u00e9laboration de Lacan <\/strong>jusqu&rsquo;\u00e0 son tout dernier enseignement.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00ab <\/em><em>Ce \u00e0 quoi il faut se tenir, c&rsquo;est que <strong>la jouissance est interdite \u00e0 qui parle comme tel<\/strong>, ou encore qu&rsquo;elle ne puisse \u00eatre dite qu&rsquo;<strong>entre les lignes<\/strong> pour quiconque est sujet de la <strong>Loi<\/strong>, puisque la Loi se fonde de cette interdiction m\u00eame.<br \/>\nLa loi en effet commanderait\u2013elle: Jouis, que le sujet ne pourrait y r\u00e9pondre que par un: J&rsquo;ou\u00efs, o\u00f9 la jouissance ne serait plus que sous\u2013entendue.<br \/>\nMais ce n&rsquo;est pas la Loi elle\u2013m\u00eame qui barre l&rsquo;acc\u00e8s du sujet \u00e0 la jouissance, seulement fait\u2013elle d&rsquo;une <strong> barri\u00e8re presque naturelle<\/strong> un sujet barr\u00e9. <strong>Car c&rsquo;est le plaisir qui apporte \u00e0 la jouissance ses limites, <\/strong>le plaisir comme liaison de la vie, incoh\u00e9rente, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une autre, et elle non contestable, interdiction s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de cette r\u00e9gulation d\u00e9couverte par Freud comme processus primaire et pertinente loi du plaisir.<br \/>\nOn a dit que Freud n&rsquo;a fait l\u00e0 que suivre la voie o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 s&rsquo;avan\u00e7ait la science de son temps, voire la tradition d&rsquo;un long pass\u00e9. Pour mesurer la vraie audace de son pas, il suffit de consid\u00e9rer sa r\u00e9compense, qui ne s&rsquo;est pas fait attendre: l&rsquo;\u00e9chec sur l&rsquo;h\u00e9t\u00e9roclite du complexe de castration. <strong><br \/>\nC&rsquo;est la seule indication de cette jouissance dans son infinitude qui comporte la marque de son interdiction, et, pour constituer cette marque, implique un sacrifice:<\/strong> celui qui tient en un seul et m\u00eame acte avec le choix de son symbole, le <strong>phallus<\/strong>.<\/em><em><br \/>\nCe choix est permis de ce que le phallus, soit l&rsquo;image du p\u00e9nis, est n\u00e9gativ\u00e9 \u00e0 sa place dans l&rsquo;image sp\u00e9culaire. C&rsquo;est ce qui pr\u00e9destine le phallus \u00e0 donner corps \u00e0 la jouissance, dans la dialectique du d\u00e9sir. \u00bb<br \/>\nJacques Lacan, <\/em>\u00c9crits<em>, \u00ab\u00a0Subversion du sujet et dialectique du d\u00e9sir\u00a0\u00bb, pp. 821-822.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><strong>Le langage, comme tel, c\u2019est la castration.<\/strong> \u00c7a, c\u2019est depuis\u2026.. \u00ab le mot est le meurtre de la chose \u00bb jusqu\u2019\u00e0 la page 821 des <em>\u00c9crits<\/em> o\u00f9 il affirme <em>l<\/em>a jouissance<em> \u00ab interdite \u00e0 qui parle comme tel \u00bb \u00ab encore qu\u2019elle ne puisse \u00eatre dite qu\u2019entre les lignes<\/em>\u00bb : il y a une <strong>antinomie de la jouissance et du langage, <\/strong>sauf \u00e0 ce qu\u2019elle soit dite entre les lignes.<\/p>\n<p>Et cette interdiction est l\u00e0 ce qui oriente la pens\u00e9e de Lacan, et qu\u2019il retrouve dans <strong>Freud <\/strong>et ce qu\u2019il \u00e9labore de la r\u00e9gulation vitale sous le nom du principe de plaisir. Lacan fait du <strong>principe de plaisir, le motif qui accorde \u00e0 la jouissance ses limites, <\/strong>\u00e0 quoi ce qu\u2019il appelle la Loi se superpose pour en faire faire une interdiction.<\/p>\n<p>Le principe de plaisir d\u00e9signe<strong> une limite \u00ab\u00a0presque naturelle<\/strong>\u00a0\u00bb que le plaisir impose \u00e0 la jouissance, <strong>et le signifiant transforme cette limite presque naturelle en une loi <\/strong>qui elle s\u2019inscrit dans le registre de la culture.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que la Loi ?<\/p>\n<p>Ce qu\u2019il appelle la loi, c\u2019est<strong> la loi \u0153dipienne, c\u2019est la loi du Nom du p\u00e8re <\/strong>\u2013 qui dit non \u2013 au sens de ce qui interdit. Et l\u2019ensemble des [\u00e9crits] de Lacan est sous cette dominante \u2013 parce que<strong> le champ du langage est fait de ce non.<\/strong> Le champ du langage se soutient d\u2019une annulation. [ En particulier, cet interdit l\u00e9gal, juridique, de droit, est-il <strong>constituant du d\u00e9sir<\/strong> (on d\u00e9sire ce dont on n\u2019a pas le droit d\u2019avoir, de poss\u00e9der), de la jouissance aussi bien, le phallus, v. p. 821, constituant la marque de son interdiction, \u00e0 la fois un symbole et la marque de son sacrifice].<\/p>\n<p>Il y a ici un n\u0153ud tr\u00e8s \u00e9troit entre le langage, la loi et le phallus.<\/p>\n<p><strong>La loi, c\u2019est le langage.<\/strong><\/p>\n<p>On a cru que Lacan faisait p\u00e9n\u00e9trer la linguistique l\u00e0 o\u00f9 Freud faisait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la biologie, \u00e0 la neurologie. Mais il est plus exact de dire que <strong>Lacan a apport\u00e9 Hegel dans la psychanalyse<\/strong> et s&rsquo;il l&rsquo;a r\u00e9cus\u00e9e, cette id\u00e9e, en tant seulement que \u00ab\u00a0&#8230; concession faite \u00e0 ses auditeurs\u00a0\u00bb, \u00e7a va beaucoup plus loin.<\/p>\n<p><strong>C&rsquo;est Freud avec Hegel. <\/strong>Hegel pour faire comprendre Freud.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord pour faire comprendre que le signifiant linguistique apporte avec lui la n\u00e9gation, que le signifiant comme tel est une puissance de n\u00e9gation et que, niant, il \u00e9l\u00e8ve, sublime, aussi parle-t-il de <em>Aufhebung.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Le phallus est le signifiant privil\u00e9gi\u00e9 de cette marque o\u00f9 la part du logos se conjoint \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement du d\u00e9sir. &#8230; Tous ces propos ne font encore que voiler le fait qu&rsquo;il ne peut jouer son r\u00f4le que voil\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme signe lui-m\u00eame de la latence dont est frapp\u00e9 tout signifiable, d\u00e8s lors qu&rsquo;il est \u00e9lev\u00e9 (<\/em>aufgehoben<em>) \u00e0 la fonction de signifiant. Le phallus est le signifiant de cette <\/em>Aufhebung <em>elle-m\u00eame qu&rsquo;il inaugure (initie) par sa disparition.<\/em><br \/>\n<em>Jacques Lacan, <\/em>\u00c9crits<em>, \u00ab\u00a0La signification du phallus\u00a0\u00bb, pp. 821-822.<\/em><br \/>\n<em> <\/em><\/p>\n<p>Tout signifiable est frapp\u00e9 de latence d\u00e8s lors qu&rsquo;il est \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la fonction du signifiant. Toute chose ou toute repr\u00e9sentation d\u00e8s lors qu&rsquo;on la fait passer dans le langage se trouve barr\u00e9e, c&rsquo;est cette barre qui est constitutive du signifiant comme tel.<\/p>\n<p>Le phallus est le signifiant de cette <em>Aufhebung <\/em>s\u00e9mantique, le signifiant du pouvoir de signifiance<\/p>\n<p>La linguistique de Lacan est donc con\u00e7ue selon la dialectique hegelienne [chaque fois qu&rsquo;il d\u00e9montre que les cat\u00e9gories dont usent les psychanalystes ne sont que de l&rsquo;imaginaire qu&rsquo;il s&rsquo;agit de nier pour leur donner statut sublim\u00e9, les faire passer dans le symbolique o\u00f9 elle s&rsquo;articulent en syst\u00e8me.]<\/p>\n<p><strong>C&rsquo;est aussi un Saussure avec Hegel.<\/strong><\/p>\n<p>Et l&rsquo;Oedipe freudien est mis par Lacan au m\u00eame pas &#8211; ainsi ce que le langage impose d&rsquo;interdire \u00e0 la jouissance est fait pour qu&rsquo;on y acc\u00e8de de fa\u00e7on l\u00e9gitime. C&rsquo;est cette construction serr\u00e9e &#8211; Freud et Saussure \u00e9clair\u00e9s par Hegel &#8211; qui achoppe et vacille sur la jouissance f\u00e9minine<\/p>\n<p><strong>Dans la part de la jouissance f\u00e9minine qui est un pur \u00e9v\u00e9nement de corps, \u00e7a n&rsquo;est pas susceptible d&rsquo;<em>Aufhebung. <\/em><\/strong><\/p>\n<p>La femme objecte \u00e0 Hegel. La femme se refuse \u00e0 entendre raison. La femme n&rsquo;est jamais entr\u00e9e dans son histoire \u00e0 lui, \u00e0 Hegel.<\/p>\n<p>\u00c7a ne passe par par le langage au sens o\u00f9 \u00e7a ne peut pas se dire, \u00e7a n&rsquo;est pas susceptible de castration &#8211; pas sous le coup interdit \/ permission qui s&rsquo;ensuit.<\/p>\n<p>C&rsquo;est toute cette construction qui \u00e9chappe et vacille avec la jouissance f\u00e9minine.<\/p>\n<h3 id=\"tit3\">3 \/ <strong>Retour sur les formules de la sexuation<\/strong><\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-589 alignleft\" style=\"border: 0 none; background: none; margin: 0 15px;\" title=\"pour tout x phi de x\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/pourtouphidex.gif\" alt=\"pour tout x phi de x\" width=\"115\" height=\"51\" \/> <strong><br \/>\nPour tous ceux qui se disent m\u00e2les, ils tombent sous le coup de la castration. <\/strong>C&rsquo;est une totalit\u00e9 relative \u00e0 l&rsquo;imagination <strong>d&rsquo;un au moins qui ne subirait pas la castration<\/strong> :<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-590 alignnone\" style=\"background: white; clear: both; margin-left: 15px; margin-right: 15px; border: 0 none;\" title=\"il existe un x tel que non phi de x\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/ilexisteunxnonphidex.gif\" alt=\"il existe un x tel que non phi de x\" width=\"115\" height=\"51\" \/><\/p>\n<p>Freud s&rsquo;en est tenu l\u00e0. C&rsquo;est <em> <\/em><strong><em>Totem et Tabou<\/em> <\/strong>qui <strong>donne la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u0153dipe.<\/strong> L&rsquo;interdiction au c\u0153ur de l&rsquo;Oedipe trouve sa structure quand on oppose l&rsquo;ensemble des fils ch\u00e2tr\u00e9s au p\u00e8re mythique qui ne le serait pas.<\/p>\n<p><em>Ici, au tableau, pour parler du c\u00f4t\u00e9 femme des formules de la sexuation, sera amen\u00e9 \u00e0 \u00e9crire<\/em>:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" style=\"border: 0 none; background: none;\" title=\"pas tout x non phi de x\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/pastoutxnonphidex.gif\" alt=\"\" width=\"115\" height=\"51\" \/><\/p>\n<p><em>dont je ne sais pas s&rsquo;il faut le lire : <\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-593\" style=\"border: 0 none; background: none; margin: 0 15px;\" title=\"pas tout x phi de x\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/pastoutxphidex.gif\" alt=\"\" width=\"115\" height=\"51\" \/><\/p>\n<p><strong>Tout de la femme n&rsquo;est pas inclus dans la castration.<\/strong><\/p>\n<p>L\u00e0, entre les hommes et les femmes, c&rsquo;est <strong>d\u00e9-sym\u00e9tris\u00e9.<\/strong> Il a <em><strong>quelque chose<\/strong><\/em> chez les femmes qui n&rsquo;est pas pris dans la castration. C&rsquo;est de ce c\u00f4t\u00e9 que g\u00eet ce qui fait myst\u00e8re de la jouissance f\u00e9minine.<\/p>\n<p>Au del\u00e0 de ceci, le tout dernier enseignement de Lacan explore l&rsquo;au-del\u00e0 de l&rsquo;Oedipe non pas au b\u00e9n\u00e9fice seulement de la femme :<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft\" style=\"margin-left: 15px; margin-right: 15px; border: 0 none; background: none;\" title=\"pas tout x non phi de x\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/pastoutxnonphidex.gif\" alt=\"\" width=\"115\" height=\"51\" \/><br \/>\nc&rsquo;est l&rsquo;\u00e9criture du sympt\u00f4me.<\/p>\n<p>Tout dans la jouissance n&rsquo;ob\u00e9it pas au sch\u00e9ma freudien. <strong>L&rsquo;oedipe est un mythe seulement r\u00e9gulateur de la pratique analytique.<\/strong> Il s&rsquo;agit de capturer la jouissance par la castration. C&rsquo;est notre affaire \u00e0 nous. Elle offre une solution, pas forc\u00e9ment la plus int\u00e9ressante, en ramenant les choses \u00e0 la fonction phallique. Or, y a du reste, les fameux restes symptomatiques.<\/p>\n<p>Dans le TDE, <strong>Lacan disjoint la castration de l&rsquo;interdit.<\/strong> La castration n&rsquo;est rien de plus que la n\u00e9gation logique, on ne peut pas tenir tous les signifiant ensemble. Il invite \u00e0 se centrer sur la <strong>jouissance comme \u00e9v\u00e9nement de corps.<\/strong><\/p>\n<p>Il va jusqu&rsquo;\u00e0 <strong>remettre en question l&rsquo;objet <em>a<\/em> <\/strong>&#8211; form\u00e9 \u00e0 partir de l&rsquo;objet pr\u00e9-g\u00e9nital, ext\u00e9rieur \u00e0 jouissance phallique, relative \u00e0 la jouissance dite pulsionnelle.<\/p>\n<p><strong>Cette jouissance r\u00e9siduelle<\/strong> [ pour les post-freudiens] destin\u00e9e \u00e0 se r\u00e9sorber dans la jouissance phallique, <strong>Lacan va lui rendre son autonomie<\/strong> &#8211; parlera de jouissance pulsionnelle, <strong>compl\u00e9mentaire ou suppl\u00e9mentaire de la castration<\/strong>. Mais dans tous les cas, petit <em>a<\/em> prosp\u00e9rait \u00e0 l&rsquo;abri du phallus.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00ab\u00a0<em>Enfin, le symbolique, \u00e0 se diriger vers le r\u00e9el, nous d\u00e9montre la vraie nature de l&rsquo;objet a. Si je l&rsquo;ai tout \u00e0 l&rsquo;heure qualifi\u00e9 de semblant d&rsquo;\u00eatre, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il semble nous donner le support de l&rsquo;\u00eatre<\/em>.\u00a0\u00bb<br \/>\nJacques Lacan, S\u00e9minaire XX, p. 87<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L&rsquo;objet petit <em>a<\/em> n&rsquo;est qu&rsquo;un \u00ab\u00a0semblant d&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb &#8211; mais qui ne peut pas se soutenir dans l&rsquo;abord du r\u00e9el.<\/p>\n<p>Il faudrait pr\u00e9ciser ici la diff\u00e9rence entre l&rsquo;\u00eatre et et le r\u00e9el.<\/p>\n<h3 id=\"tit4\">4 \/ <strong>Retrouvons ici notre Barthes<\/strong><\/h3>\n<p>Retrouvons ici notre Barthes (voir <a title=\"cours 2.2.11 - partie III \/ Les amphibologies du r\u00e9el\" href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/02\/cours-de-jacques-alain-miller-du-2-fevrier-2011\/\">cours du 2 f\u00e9vrier<\/a> ) qui cherche dans la litt\u00e9rature \u00ab\u00a0<strong>l&rsquo;effet de r\u00e9el<\/strong>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>L&rsquo;effet de r\u00e9el dans la fiction on le trouve<strong> &#8211; l\u00e0 o\u00f9 on ne peut plus donner de sens<\/strong>.<\/p>\n<p>Barthes dans <em>Un coeur simple<\/em> de Flaubert, rep\u00e8re cet \u00e9l\u00e9ment d\u00e9pourvu de sens qui prend signification de r\u00e9el, dans le barom\u00e8tre:<\/p>\n<blockquote><p><em>Un vieux piano supportait, sous un barom\u00e8tre, un tas pyramidal de bo\u00eetes et de cartons<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Tout a un sens, sauf le barom\u00e8tre&#8230;. \u00c9videmment, <strong>c&rsquo;est tr\u00e8s difficile d&rsquo;isoler un objet comme \u00e7a. <\/strong>D&rsquo;autant que, selon Jakobson, le r\u00e9alisme ob\u00e9it au r\u00e9gime de la m\u00e9tonymie, \u00e7a n&rsquo;est pas centr\u00e9 sur un \u00e9l\u00e9ment qui fait exception, en quoi, il s&rsquo;oppose \u00e0 Barthes.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 Mme Rose Marie Bognar \u00e0 qui je l&rsquo;avais demand\u00e9, on a pu d\u00e9goter un autre barom\u00e8tre, dans <em>Mme Bovary<\/em> celui-l\u00e0. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00e9pisode crucial o\u00f9 M. Bovary perd tout son prestige, l&rsquo;entreprise de redresser le pied-bot d&rsquo;Hippolyte ayant \u00e9chou\u00e9, au moment de l&rsquo;amputation, on a cette description de Flaubert (Jam parcourt le texte, souligne la symbolique de la castration, dans toute son horreur et l&rsquo;\u00e9loignement du couple) :<\/p>\n<blockquote><p><em>Au milieu du silence qui emplissait le village, <strong>un cri d\u00e9chirant traversa l&rsquo;air.<\/strong> Bovary devint p\u00e2le \u00e0 s&rsquo;\u00e9vanouir. Elle fron\u00e7a les sourcils d&rsquo;un geste nerveux, puis continua. C&rsquo;\u00e9tait pour lui cependant, pour cet \u00eatre, pour cet homme qui ne comprenait rien, qui ne sentait rien ! car il \u00e9tait l\u00e0, tout tranquillement, et sans m\u00eame se douter que le ridicule de son nom allait d\u00e9sormais la salir comme lui. Elle avait fait des efforts pour l&rsquo;aimer, et elle s&rsquo;\u00e9tait repentie en pleurant d&rsquo;avoir c\u00e9d\u00e9 \u00e0 un autre<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Mais c&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre un valgus ! exclama soudain Bovary, qui m\u00e9ditait. <\/em><\/p>\n<p><em>Au choc impr\u00e9vu de cette phrase tombant sur sa pens\u00e9e comme une balle de plomb dans un plat d&rsquo;argent, Emma tressaillant leva la t\u00eate pour deviner ce qu&rsquo;il voulait dire ; et ils se regard\u00e8rent silencieusement, presque \u00e9bahis de se voir, <strong>tant ils \u00e9taient par leur conscience \u00e9loign\u00e9s l&rsquo;un de l&rsquo;autre. <\/strong>Charles la consid\u00e9rait avec le regard trouble d&rsquo;un homme ivre, tout en \u00e9coutant, immobile, les derniers cris de l&rsquo;amput\u00e9 qui se suivaient en modulations tra\u00eenantes, coup\u00e9es de saccades aigu\u00ebs, comme le hurlement lointain de quelque b\u00eate qu&rsquo;on \u00e9gorge. Emma mordait ses l\u00e8vres bl\u00eames, et, roulant entre ses doigts un des brins du polypier qu&rsquo;elle avait cass\u00e9, elle fixait sur Charles la pointe ardente de ses prunelles, comme deux fl\u00e8ches de feu pr\u00eates \u00e0 partir. Tout en lui l&rsquo;irritait maintenant, sa figure, son costume, ce qu&rsquo;il ne disait pas, sa personne enti\u00e8re, son existence enfin. Elle se repentait, comme d&rsquo;un crime, de sa vertu pass\u00e9e, et ce qui en restait encore s&rsquo;\u00e9croulait sous les coups furieux de son orgueil. Elle se d\u00e9lectait dans toutes les ironies mauvaises de l&rsquo;adult\u00e8re triomphant. Le souvenir de son amant revenait \u00e0 elle avec des attractions vertigineuses : elle y jetait son \u00e2me, emport\u00e9e vers cette image par un enthousiasme nouveau ; et Charles lui semblait aussi d\u00e9tach\u00e9 de sa vie, aussi absent pour toujours, aussi impossible et an\u00e9anti, que s&rsquo;il allait mourir et qu&rsquo;il e\u00fbt agonis\u00e9 sous ses yeux. <\/em><\/p>\n<p><em>Il se fit un bruit de pas sur le trottoir. Charles regarda ; et, \u00e0 travers la jalousie baiss\u00e9e, il aper\u00e7ut au bord des halles, en plein soleil, le docteur Canivet qui s&rsquo;essuyait le front avec son foulard. Homais, derri\u00e8re lui, portait \u00e0 la main une grande bo\u00eete rouge, et ils se dirigeaient tous les deux du c\u00f4t\u00e9 de la pharmacie. <\/em><\/p>\n<p><em>Alors, par tendresse subite et d\u00e9couragement, Charles se tourna vers sa femme en lui disant : <\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Embrasse-moi donc, ma bonne ! <\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Laisse-moi ! fit-elle, toute rouge de col\u00e8re. <\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Qu&rsquo;as-tu ? qu&rsquo;as-tu ? r\u00e9p\u00e9tait-il stup\u00e9fait. Calme-toi ! Reprends-toi !&#8230; Tu sais bien que je t&rsquo;aime !&#8230; viens! <\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Assez ! s&rsquo;\u00e9cria-t-elle d&rsquo;un air terrible.<\/em><\/p>\n<p><em><strong>Et s&rsquo;\u00e9chappant de la salle, Emma ferma la porte si fort, que le barom\u00e8tre bondit de la muraille et s&rsquo;\u00e9crasa par terre.<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Ce bond du barom\u00e8tre incarne bien le fait que Mme Bovary<strong> p\u00e8te les plombs<\/strong>, <strong>fait sauter le barom\u00e8tre<\/strong>, lequel est bien l\u00e0 pour mesurer la pression atmosph\u00e9rique. <strong> <\/strong><\/p>\n<p>Nous avons ensuite trouv\u00e9, non pas un d\u00e9tail superflu, mais une phrase amput\u00e9e du texte, \u00e0 la demande de l&rsquo;\u00e9diteur, au moment o\u00f9 Rodolphe consulte les anciennes lettres de son amante<strong>. <\/strong>Il s&rsquo;agit de :<\/p>\n<blockquote><p><em><strong>\u00ab\u00a0N&rsquo;oublie pas le homard,<br \/>\namour d&rsquo;homme\u00a0\u00bb<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>chiasme o-a\/a-p. Elle en a pinc\u00e9 pour l&rsquo;homme&#8230; amour pris en tenaille &#8230; <strong>\u00e0 quel point quelque chose de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine ne trouve pas sa place dans le monde de l&rsquo;homme, <\/strong>jusqu&rsquo;\u00e0 la pousser au suicide.<\/p>\n<p><em>Salammb\u00f4<\/em>, c&rsquo;est la m\u00eame histoire, au point qu&rsquo;on pourrait parler de \u00ab\u00a0Salamb\u00f4vary\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et la solution \u00e0 \u00e7a, on la trouve dans <em> Bouvard et P\u00e9cuchet<\/em>, o\u00f9 deux hommes ensemble se vouent \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition du savoir.<\/p>\n<h3 id=\"tit5\">5 \/ <strong>Vers une nouvelle passe<\/strong><\/h3>\n<p><strong>Il faut repartir de \u00ab\u00a0Le r\u00e9el est ce qui revint toujours \u00e0 la m\u00eame place\u00a0\u00bb<\/strong> &#8211; c&rsquo;est le fixe, oppos\u00e9 au dialectique.<\/p>\n<p>Si le \u00ab\u00a0S\u00e9minaire sur la Lettre vol\u00e9e\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e au d\u00e9but des <em>\u00c9crits<\/em>, sur mon conseil, c&rsquo;est parce que s&rsquo;y affirme clairement la supr\u00e9matie du dialectique sur le fixe.<\/p>\n<p>Le fixe c&rsquo;est ce qui tend vers l&rsquo;inertie contrairement au dialectique o\u00f9 le signifiant se d\u00e9place. La lettre vol\u00e9e se d\u00e9place et transforme. Ce qui est fixe ou inerte, ce sont \u00ab\u00a0les facteurs imaginaires, qui , malgr\u00e9 leur inertie,\u00a0\u00bb ne \u00ab\u00a0font figure que d&rsquo;ombres et de reflets\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;optimisme du d\u00e9part de l&rsquo;enseignement de Lacan.<\/p>\n<p><strong>Avec le sinthome, c&rsquo;est la supr\u00e9matie de l&rsquo;inerte, avec lequel Lacan essaie de r\u00e9concilier le psychanalyste.<\/strong><\/p>\n<p>La passe, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une r\u00e9v\u00e9lation de v\u00e9rit\u00e9 pouvait avoir des cons\u00e9quences sur le r\u00e9el, c&rsquo;est-\u00e0-dire de d\u00e9coller le sujet de sa fen\u00eatre sur le r\u00e9el.<\/p>\n<p>Le point de vue du sinthome est oppos\u00e9 \u00e0 celui de la passe : la r\u00e9v\u00e9lation de v\u00e9rit\u00e9 laisse le r\u00e9el intouch\u00e9, [pas seulement inerte, mais engren\u00e9 sur la cha\u00eene du sinthome], la lucidit\u00e9 qui l&rsquo;accompagne n&rsquo;a pas de cons\u00e9quences. Le fantasme est une signification donn\u00e9e \u00e0 la jouissance \u00e0 travers un sc\u00e9nario. Au-del\u00e0 du fantasme, au-del\u00e0 de la r\u00e9solution du rapport \u00e0 l&rsquo;objet, il subsiste quelque chose avec quoi il faut encore s&rsquo;accorder. La jouissance demeure.<\/p>\n<p><strong>La passe reste encore pr\u00e8s de la machine de la transgression.<\/strong> Or, la transgression \u00e7a ne tient pas quand il s&rsquo;agit du v\u00e9ritable impossible, du r\u00e9el. Il ne s&rsquo;agit pas de transgresser comme la passe le posait. Il s&rsquo;agit que le sujet puisse cerner un certain nombre de points d&rsquo;impossibles pour lui. Car si c&rsquo;est impossible, c&rsquo;est tout de m\u00eame susceptible d&rsquo;\u00eatre d\u00e9montr\u00e9.<\/p>\n<p>Je vous propose de vous parler la semaine prochaine d&rsquo;une nouvelle passe, dans un voie au-del\u00e0 de la v\u00e9rit\u00e9 menteuse, dans la voie du r\u00e9el qui se d\u00e9montre.<\/p>\n<p>* Se trouve entre crochets ce qui est incomplet, incertain, dont les r\u00e9f\u00e9rences sont \u00e0 v\u00e9rifier, \u00e0 ajouter, \u00e0 compl\u00e9ter.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 \/ P\u00e9riodiquement, je pose dans ce cours la question du r\u00e9el 2 \/ La jouissance \u0153dipienne (et l&rsquo;objection de la femme \u00e0 hegel) 3 \/ Retour sur les formules de la sexuation 4 \/ Retrouvons ici notre Barthes 5 &hellip; <a href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/cours-de-jacques-alain-miller-du-2-mars-2011\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false},"categories":[4],"tags":[20,29,30,32,55,77,86,90,98,100,101,107,120,134,140,146,151,159,180,199,203],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p2zPSJ-aJ","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":702,"url":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/02\/cours-de-jacques-alain-miller-du-2-fevrier-2011\/","url_meta":{"origin":665,"position":0},"title":"III. 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