{"id":937,"date":"2011-03-16T22:40:43","date_gmt":"2011-03-16T20:40:43","guid":{"rendered":"http:\/\/empreintesdigitales.wordpress.com\/?p=937"},"modified":"2017-09-12T20:42:29","modified_gmt":"2017-09-12T18:42:29","slug":"jacques-alain-miller-notes-du-cours-du-16-mars-2011-partie-i-alors-faut-que-jvous-prenne-par-la-main","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/jacques-alain-miller-notes-du-cours-du-16-mars-2011-partie-i-alors-faut-que-jvous-prenne-par-la-main\/","title":{"rendered":"VII. L&rsquo;existentialisme de Lacan est un logicisme \/\/"},"content":{"rendered":"<p>Bon. Aujourd&rsquo;hui on va s&rsquo;amuser. Il s&rsquo;agit, pour moi de vous faire comprendre quelque chose, comprendre l\u00e0 o\u00f9 on prend plaisir. Moi, \u00e7a m&rsquo;amuse. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il en sera de m\u00eame pour vous. \u00c7a ne va de soi, parce que cette ann\u00e9e plusieurs me font part du fait\u00a0 qu&rsquo;ils ne sont pas si \u00e0 l&rsquo;aise que \u00e7a dans les r\u00e9f\u00e9rences que je peux faire \u00e0 la litt\u00e9rature philosophique. Mais, \u00e7a n&rsquo;est pas de nature \u00e0 m\u2019arr\u00eater.\u00a0 Aujourd&rsquo;hui, je vais essayer de vous communiquer des choses qui dans leur fond ne sont pas si simples, d&rsquo;une fa\u00e7on qui porte suffisamment <strong>pour que \u00e7a vous serve comme rep\u00e8re et m\u00eame comme capteur dans ce qui est la pratique <\/strong>ici de la plupart, <strong>\u00e0 savoir \u00e9couter ce qui se dit au petit bonheur la chance quand on enl\u00e8ve au sujet les contraintes qui p\u00e8sent sur sa parole<\/strong>, d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on ne s\u2019y retrouve pas suffisamment en temps ordinaire, mais alors quand on laisse associer librement, vraiment on p\u00e9dale dans la semoule. On se met \u00e0 la place de celui qui doit avec \u00e7a organiser quelque chose et au minimum une interpr\u00e9tation. Eh bien, <strong>\u00e7a demande \u00e0 \u00eatre capt\u00e9 par un appareil,<\/strong> dont je vais essayer de vous donner les lin\u00e9aments. <!--more-->Alors bien entendu, comme on me l\u2019a fait remarquer, je repasse par des chemins que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 fray\u00e9s dans ce cours, mais c\u2019est pour faire voir un relief qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 aper\u00e7u jusqu\u2019alors,\u00a0 ni communiqu\u00e9 et, en tout cas, \u00e0 mes yeux, pour moi, pour ce qui est de mon travail de r\u00e9flexion, c&rsquo;est un gain.<\/p>\n<p>Par exemple &#8211; je prends des exemples, on verra si c\u2019est probant -, \u00a0il est arriv\u00e9 \u00e0 notre ma\u00eetre Lacan d\u2019\u00e9noncer \u00e0 la stup\u00e9faction de ses \u00e9l\u00e8ves que<strong> l\u2019Autre n\u2019existe pas. <\/strong> Insurrection. C\u2019est vraiment leur tirer le tapis sous les pieds, alors que le lieu de l\u2019Autre appartient &#8211; toujours, mais appartenait d\u00e9j\u00e0 &#8211; au b-a-ba de ce qui s\u2019est cristallis\u00e9 comme le lacanisme. Cette cristallisation d\u2019ailleurs qui s\u2019est tellement impos\u00e9e, que le dit que l\u2019Autre n\u2019existe pas a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s largement pass\u00e9 par pertes et profits. Malgr\u00e9 les efforts que mon ami \u00c9ric Laurent et \u00e0 moi-m\u00eame avons faits, en prenant ce dit pour le titre d\u2019un cours que nous avons donn\u00e9 ensemble, \u00ab L\u2019Autre qui n\u2019existe pas et ses comit\u00e9s d\u2019\u00e9thique\u00a0\u00bb, qui mettait l&rsquo;accent en effet sur une des cons\u00e9quences de l\u2019inexistence de l\u2019Autre. Mais, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 aper\u00e7u, en tout cas qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 dit, c\u2019est ce dit, que je vais dire, \u00e0 savoir <strong>que l\u2019Autre n\u2019existe pas veut dire exactement que c\u2019est le Un qui existe.<\/strong> <strong>L\u2019Autre n\u2019existe pas, c\u2019est une autre fa\u00e7on de dire, ce que Lacan avait jet\u00e9 comme une jaculation, \u00ab\u00a0Yad\u2019lun\u00a0\u00bb<\/strong> &#8211; que je transcris ainsi, dans le s\u00e9minaire qui finira par para\u00eetre :\u00a0 <strong>Y-A-D une apostrophe L\u2013U\u2013N<\/strong>.<\/p>\n<p>\/\/\u00c7a avait \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9, \u00e7a ? (<em>s&rsquo;adresse au public du premier rang<\/em>) J\u2019ai au moins l\u2019aveu, h\u00e9sitant \u00e9videmment, d\u2019Agn\u00e8s Aflalo.\/\/\u00a0<\/p>\n<p>Quel est cet Un qui existe, alors que l\u2019Autre avec un grand A n\u2019existe pas\u00a0? <strong>C\u2019est le Un du signifiant.<\/strong> L\u2019Autre n\u2019existe pas, <strong>\u00e7a ne veut pas dire que l\u2019Autre n\u2019est pas.<\/strong> <strong>L\u2019Autre, le grand Autre, <\/strong>est, e-s-t (pas hait, h-a-i-t, \u00e7a c\u2019est l\u2019Autre m\u00e9chant, il peut l\u2019\u00eatre, mais en tant que tel, il n\u2019est pas du tout soustrait \u00e0 l\u2019\u00eatre, au contraire). On ne comprend rien \u00e0 ce concept merveilleux que Lacan a forg\u00e9 du grand Autre, si on ne saisit pas que ce grand Autre s\u2019inscrit <strong>au niveau de l\u2019\u00eatre<\/strong> &#8211;\u00a0 <strong>\u00e0 distinguer du niveau de l\u2019existence<\/strong>. Impossible de se retrouver l\u00e0-dedans sans distinguer l\u2019\u00eatre et l\u2019existence. C\u2019est l\u00e0 que nous retrouvons notre ontologie, <a title=\"6\u00b0 cours de jacques-alain miller \u2013 9 mars 2011 \/ De l\u2019ontologie \u00e0 l\u2019ontique\" href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/?p=764\">qui m\u2019avait jadis tir\u00e9 l\u2019\u0153il parce que je trouvais que c\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait \u00e0 sa place, \u00e0 sa bonne place.<\/a>\u00a0<\/p>\n<p>Ontologie, c\u2019est la doctrine de l\u2019\u00eatre. <strong>Et en effet, le grand Autre c\u2019est un lieu d\u2019\u00eatre, c\u2019est le lieu ontologique o\u00f9 s\u2019inscrit le discours. Le lieu que vise tout dit.<\/strong> Impossible de parler sans faire r\u00e9v\u00e9rence au lieu de l\u2019Autre ; c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette r\u00e9v\u00e9rence qu\u2019on prend pour une r\u00e9f\u00e9rence et justement \u00e7a n\u2019en n\u2019est pas une. Alors&#8230; Faut que je vous prenne par la main pour que \u00e7a vous devienne \u00e9vident. Difficile de faire na\u00eetre des \u00e9vidences, des \u00e9vidences qui ne vont \u00a0pas tout \u00e0 fait dans la direction du sens commun. Mais enfin,<strong> il s\u2019agit avant tout, pour vous d\u2019apprendre \u00e0 parler une \u00a0langue. <\/strong>C\u2019est ce que Lacan a r\u00e9ussi. Avec le temps, \u00e9videmment, \u00e7a se tamponne, \u00e7a se recroqueville, un petit peu, parce que Lacan n\u2019est plus l\u00e0 pour soutenir de sa voix les \u00e9vidences qu\u2019il faisait na\u00eetre. Donc il faut essayer de les soutenir, de les ranimer. <a href=\"http:\/\/www.beloit.edu\/logan_online\/exhibitions\/virtual_exhibitions\/before_history\/europe\/mas_dazil.php\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-full wp-image-1653\" style=\"margin-left: 15px; margin-right: 15px;\" title=\"caillou du mas d'azil\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/mas_dazil01.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"265\" \/><\/a>Je commence par dire, je commence par remarquer &#8211; appuy\u00e9 l\u00e0-dessus <strong>sur un savoir de rat de biblioth\u00e8que, que vous n\u2019\u00eates pas oblig\u00e9 d\u2019avoir acquis. <\/strong>Ce qui appara\u00eet, quand on grignote la biblioth\u00e8que, c\u2019est s&rsquo;il y a un trait qui depuis toujours ( \u00ab\u00a0depuis toujours\u00a0\u00bb\u2026 parfois on fait des petites perc\u00e9es du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019homme des cavernes, Lacan l\u2019a fait avec les cailloux du mas d&rsquo;Azil [voir <em>S\u00e9minaire IX<\/em>, <em>L&rsquo;identification<\/em>, in\u00e9dit, le\u00e7on du 20 d\u00e9cembre 1961], il a inscrit les petits traits unaires de la b\u00eate tu\u00e9e; mais\u00a0 en g\u00e9n\u00e9ral quand on dit \u00ab\u00a0depuis toujours\u00a0\u00bb dans notre tradition on remonte pas tellement au-del\u00e0 de Platon et d&rsquo;Aristote),\u00a0 <strong>distingue l\u2019\u00eatre, c\u2019est l\u2019\u00e9quivoque.<\/strong> On en a un<strong> t\u00e9moignage \u00e9rudit <\/strong>dans l\u2019\u00e9crit de quelqu\u2019un que Freud a fr\u00e9quent\u00e9 (\u00e7a vous donnera confiance),\u00a0 dont il a suivi les cours et m\u00eame la fa\u00e7on dont il harnache sa d\u00e9couverte de ce qu\u2019il appelle la d\u00e9n\u00e9gation, la <em>Verneinung<\/em>, n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans quelques emprunts faits \u00e0 ce professeur. <strong>Il s\u2019agit de Brentano. <\/strong> Eh bien Brentano<strong>,<\/strong> \u00e0 qui on pense que Freud lui doit la diff\u00e9rence qu\u2019il fait entre jugement d\u2019attribution et jugement d\u2019existence, Brentano a commis, en 1862, une dissertation pour obtenir une habilitation universitaire, qui s\u2019intitulait \u00ab<strong> La diversit\u00e9 des acceptions de l\u2019\u00eatre d\u2019apr\u00e8s Aristote<\/strong> \u00bb.\u00a0 Avec un sujet pareil, c\u2019\u00e9tait pas promis \u00e0 \u00eatre un bestseller, mais \u00e7a a trouv\u00e9 un lecteur \u00e9minent dans le jeune Heidegger, et, \u00e0 son t\u00e9moignage, c\u2019est ce livre l\u00e0 qui fut son fil conducteur \u00e0 travers la philosophie grecque. Brentano ne distingue pas moins de sept significations de l\u2019\u00eatre chez Aristote. Je ne le rel\u00e8ve que pour<strong> poser la question de savoir de ce qui vaut \u00e0 l\u2019\u00eatre son \u00e9quivocit\u00e9. <\/strong> [Et m\u00eame quand on prend un seul auteur, celui que, tout du long de ce que j\u2019appelais notre tradition, on n\u2019a pas cesser d\u2019\u00e2nonner, en particulier sa d\u00e9finition de l\u2019\u00eatre dans un ensemble de papiers qu\u2019on a appel\u00e9s <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9taphysique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00ab\u00a0M\u00e9taphysique\u00a0\u00bb<\/a>, simplement parce que \u00e7a venait <em>apr\u00e8s<\/em> les ouvrages sur la physique &#8211; lui, ne s\u2019\u00e9tait pas occup\u00e9 de r\u00e9diger tout \u00e7a, il avait laiss\u00e9 \u00e7a \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves, comme c\u2019est le chic pour les penseurs de grande dimension.] <strong>Eh bien l\u2019\u00eatre est aussi \u00e9quivoque, parce que l\u2019\u00eatre tient au discours, tient \u00a0\u00e0 ce qui est dit. <\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\">[&#8230;]\u00a0 il ne serait pas mauvais pour la pro\u00adchaine fois que vous ayez lu quelque chose que j&rsquo;ai intitul\u00e9 <em>l\u2019\u00c9tourdit<\/em>, qui part de la distance qu&rsquo;il y a du dire au dit. Qu&rsquo;il n&rsquo;y ait d&rsquo;\u00eatre que dans le dit, c&rsquo;est une question que nous laisserons en suspens. Il est certain qu&rsquo;il n&rsquo;y a du dit que de l&rsquo;\u00eatre, mais cela n&rsquo;impose pas la r\u00e9ciproque. Par contre, ce qui est mon dire, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y a de l&rsquo;in\u00adconscient que du dit. Nous ne pouvons traiter de l&rsquo;inconscient qu&rsquo;\u00e0 partir du dit, et du dit de l&rsquo;analysant. \u00c7a, c&rsquo;est un dire. Comment dire? C&rsquo;est l\u00e0 la question. On ne peut pas dire n&rsquo;importe comment, et c&rsquo;est le probl\u00e8me de qui habite le langage, \u00e0 savoir de nous tous. <br \/>J. Lacan, <em>Encore<\/em>, p. 92<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lacan l\u00e0 est tranchant et pr\u00e9cis. Voyez son s\u00e9minaire <em>Encore<\/em>, p. 92. Il laisse en suspens qu\u2019il n\u2019y ait d\u2019\u00eatre que dans le dit. <strong>Mais ce qu\u2019il d\u00e9clare certain, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a du dit que de l\u2019\u00eatre. <\/strong>Impossible de parler sans l\u2019\u00eatre, d\u00e9terminer l&rsquo;\u00eatre, un \u00eatre, des \u00eatres, de l\u2019\u00eatre-\u00a0 comme on dit de l\u2019air, de l\u2019air&#8230; Appelons \u00e7a, sur ce versant, <strong>l\u2019\u00eatre de langage<\/strong>, c\u2019est l\u2019\u00eatre, celui-l\u00e0, <strong>qui \u00a0ne tient son \u00eatre que d\u2019\u00eatre dit.<\/strong> <strong>\u00c9videmment, c\u2019est n\u2019importe quoi. <\/strong>Nous sommes bien plac\u00e9s pour conna\u00eetre \u00e7a. C\u2019est ce dont nous sommes recouverts quand nous sommes \u00e0 la t\u00e2che de recueillir les dits de l\u2019association libre. <strong>L\u2019association libre, c\u2019est l\u2019ontologie d\u00e9cha\u00een\u00e9e <\/strong> &#8211; des m\u00e8res phalliques, des p\u00e8res qui n\u2019en sont pas, des hommes qui se f\u00e9minisent, des haines qui sont de l\u2019amour, des souffrances qui sont des jouissances, et pour couronner le tout une pulsion qui est de mort. <em>A priori<\/em>, \u00e7a ne vaut que ce que vaut la licorne ou que ce que vaut le cercle carr\u00e9.<strong> Ce sont autant d\u2019\u00eatres de langage. Dites-vous bien que tout cela est, appartient \u00e0 l\u2019\u00eatre au titre d\u2019\u00eatre dit.<\/strong> Et, au titre d\u2019\u00eatre dit, \u00e7a file aussit\u00f4t au lieu de l\u2019Autre, comme lieu du discours. Si vous consid\u00e9rez que le message vient de l\u2019Autre \u2013 eh bien vous avez affaire \u00e0 un grand Autre qui est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ses pompes \u2013 c\u2019est le sort de chacun. <strong>\u00c7a n\u2019invalide pas l\u2019objection. <\/strong>C\u2019est contradictoire. Cercle et carr\u00e9, \u00e7a se contredit. <strong>C\u2019est dire qu\u2019il \u00a0y a des dits qui contrecarrent des dits. Bien que \u00e7a se dise du m\u00eame souffle de voix, \u00e7a vous tire de 2 c\u00f4t\u00e9s oppos\u00e9s, \u00e7a vous \u00e9cart\u00e8le.<\/strong> Donc, en effet, je crois que je ne suis pas loin du sens commun, en disant <strong>que vous faites fonctionner<\/strong>, sur le d\u00e9connage \u00e0 plein tuyau auquel vous pouvez \u00eatre confront\u00e9, l\u2019objection, le crit\u00e8re,<strong> le filtre de la contradiction<\/strong>, + ou \u2013 serr\u00e9 selon votre humeur ou votre doctrine. M\u2019enfin, l\u2019ontologie c\u2019est comme un accord\u00e9on. \u00c7a peut \u00eatre tout serr\u00e9 ou \u00e7a peut \u00eatre tout ouvert. \u00ab\u00a0Laissez venir \u00e0 moi les petits cercles carr\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00e7a s\u2019est trouv\u00e9. Y en a au contraire qui ferment l\u2019accord\u00e9on compl\u00e8tement,\u00a0 (?dont la voix s&rsquo;\u00e9touffe). Mais quel que soit le serrage,\u00a0 <strong>pour essayer de savoir si <em>\u00e7a existe ou non<\/em>, vous faites intervenir la logique. <\/strong>Vous faites la diff\u00e9rence <strong>entre ce qui est par le fait du dit et ce qui existe, entre guillemets, pour de vrai.<\/strong> Si je vous ai d\u00e9j\u00e0 men\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce point, sans vous avoir meurtri la comprenette, \u00e7a suffit d\u00e9j\u00e0 pour <strong>associer l\u2019\u00eatre au semblant.<\/strong> La parole permet de mettre en sc\u00e8ne des \u00eatres qui d\u00e9faillent \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la logique et se r\u00e9v\u00e8lent n\u2019\u00eatre que des semblants. L\u2019\u00e9quivocit\u00e9 de l\u2019\u00eatre veut dire d\u2019abord que l\u2019\u00eatre n\u2019est qu\u2019 \u00ab\u00a0ombres et reflets\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"clear: both;\">En revanche, remarquez que l\u2019objection que vous faites, au nom de la logique, vous fait <strong>associer l\u2019existence au r\u00e9el<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong>L\u2019\u00eatre c\u2019est du semblant.<\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong>L\u2019existence concerne le r\u00e9el.<\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong>Et \u00e7a suppose d\u2019en passer par la logique.<\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">OK\u00a0?<\/p>\n<p>Eh bien, vous approchez ainsi de ce que Lacan vous a indiqu\u00e9 en \u00e9non\u00e7ant de la fa\u00e7on la plus \u00e9nigmatique que la logique est la science du r\u00e9el. \u00c7a aussi on l\u2019a dit, mais on ne l\u2019a pas dit jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 sa place <strong>Et autant l\u2019\u00eatre est \u00e9quivoque, autant l\u2019existence est univoque.<\/strong> Elle ne se dit qu\u2019en un seul sens, on ne trouve pas l\u00e0 la diversit\u00e9 des acceptions, comme concernant l\u2019\u00eatre. <strong>L\u2019existence ne se dit qu\u2019en un seul sens, au sens logique.<\/strong> Ah, alors l\u00e0, \u00a0il faut \u00e9videmment que j\u2019op\u00e8re une traction <strong>pour soustraire l\u2019existence au bain dans lequel on la fait barboter. <\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u2019existence, on continue de la prendre commun\u00e9ment au sens de l\u2019existentialisme, comme ce qui d\u00e9borde le concept. \u00a0Sartre disait joliment \u00ab\u00a0L\u2019existence pr\u00e9c\u00e8de l\u2019essence\u00a0\u00bb.<\/strong>\u00a0 Il y a d\u2019abord le fait de l\u2019existence, \u00a0quelque chose qui est de l\u2019ordre d\u2019acc\u00e8s brut, sauvage, puis viennent, \u00e0 la tra\u00eene, les d\u00e9finitions dans lesquelles on essaye de prendre \u00e7a. C\u2019est dire, au fond, qu\u2019il y a un\u00a0 \u00a0\u00ab\u00a0il y a\u00a0\u00bb avant tout ce que vous pouvez en dire, en id\u00e9aliser, en essentialiser. Cet existentialisme-l\u00e0 visant un \u00eatre pr\u00e9-discursif,\u00a0 comme on le disait alors. Disons que c\u2019\u00e9tait la mani\u00e8re de Sartre de donner une version de ce que Heidegger appelait le <em>Dasein<\/em> \u2013 l\u2019\u00eatre-l\u00e0 (<em>sein<\/em>-l\u2019\u00eatre, <em>da<\/em>-l\u00e0 &#8211;\u00a0 on a traduit, on a n\u00e9oligis\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019\u00eatre-l\u00e0\u00a0\u00bb). Il fait mettre \u00e0 l\u2019affiche l\u2019existence au sens de pr\u00e9sence ici et maintenant d\u2019un \u00eatre pr\u00e9-conceptuel. Encore un effort pour \u00eatre lacanien, il faut se d\u00e9crasser de \u00e7a. <strong>Le secret de cet existentialisme, c\u2019est qu\u2019il est une version du vitalisme.<\/strong> \u00a0C\u2019est clair que chez Sartre cette pr\u00e9sence palpite, c\u2019est une chair qui sue, qui palpite, qui crache, qui pisse, qui chie \u2013 inspire tout une litt\u00e9rature naturaliste. <strong>Rien \u00e0 voir avec l\u2019existentialisme de Lacan, qui lui est un logicisme.<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019existence\u00a0\u00bb de Lacan, c\u2019est ce qui r\u00e9sulte de ce que <strong>la logique s\u00e9lectionne <\/strong>parmi le semblant des \u00eatres de langage pour y reconnaitre du r\u00e9el. L\u2019existence lacanienne d\u00e9pend, se d\u00e9prend, d\u2019une op\u00e9ration signifiante. Si on cherche o\u00f9 se fait le partage des eaux, entre l&rsquo;existence lacanienne et l&rsquo;existence sartrienne,\u00a0 il se fait au niveau de ce terme que j\u2019ai employ\u00e9 d\u2019 \u00ab\u00a0\u00eatre pr\u00e9-discursif\u00a0\u00bb. <strong>L\u2019existence surgit du langage travaillant le langage.<\/strong> Elle suppose <strong> l\u2019appareil logique s\u2019emparant du dit <\/strong>pour le serrer, le cerner, le comprimer, l\u2019ordonner et pour faire sourdre du langage du r\u00e9el. <strong>Ce r\u00e9el, qui est au niveau de l\u2019existence, ce r\u00e9el, c\u2019est du signifiant. <\/strong>Rien \u00e0 voir avec la pr\u00e9sence qui palpite. Et c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ce signifiant [que vous avez ce que voulez d\u2019\u00eatre ],\u00a0 pour que le signifiant se monte en discours, pour que des \u00eatres fassent leur apparition, \u00e0 la surface du r\u00e9el. Et quitte \u00e0 \u00e9clater comme des bulles de savon.<\/p>\n<p>De signifiant en tant que du r\u00e9el, il n\u2019y en a qu\u2019un, au niveau o\u00f9 nous parlons \u2013 <strong>c\u2019est le signifiant UN<\/strong>. \u00c7a, \u00e7a contraste avec l\u2019abondance, la jungle de l\u2019ontologie. L\u00e0, nous sommes <strong>dans le registre aust\u00e8re, parcimonieux de l\u2019h\u00e9nologie<\/strong> &#8211; la doctrine de l\u2019Un. Dont la devise est, et m\u00eame dont le discours est, <strong>Yad\u2019lun<\/strong>. Le mot d\u2019h\u00e9nologie, Lacan l\u2019a l\u00e2ch\u00e9 au moins une fois, dans son s\u00e9minaire XIX. Autant l\u2019ontologie est abondante, autant l\u2019h\u00e9nologie est restreinte. L\u2019h\u00e9nologie tient dans ce dit que Lacan a invent\u00e9 mais qui est fond\u00e9 dans toute la tradition philosophique\u00a0: <em>Yad&rsquo;Lun<\/em>.\u00a0 C\u2019est le noyau du fait qu\u2019il y a du discours. Et pour qu\u2019il y ait de l\u2019\u00eatre, faut d\u2019abord qu\u2019il y ait du discours \u00a0&#8211; \u00a0m\u00eame si Lacan laisse en suspens qu\u2019il pourrait bien y en avoir un qui s\u2019en passerait. Mais, pour autant que l\u2019\u00eatre d\u00e9pend du discours, l\u2019\u00eatre d\u00e9pend de l\u2019Un. <strong>L\u2019Un<\/strong>, \u00e0 cet \u00e9gard, est <strong>ant\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00eatre<\/strong>. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la doctrine qu\u2019ont d\u00e9velopp\u00e9e les n\u00e9o-platoniciens, d\u2019abord Plotin, \u00e0 partir du \u00ab\u00a0Parm\u00e9nide\u00a0\u00bb de Platon (c\u2019est pourquoi Lacan\u00a0 s\u2019est \u00e9tendu sur cet ouvrage). Cet Un d\u2019o\u00f9 nous &#8211; nous ne sommes pas n\u00e9o-platoniciens mais n\u00e9o-lacaniens &#8211; , <strong>cet Un<\/strong> d\u2019o\u00f9 nous l\u2019abordons, nous le trouvons dans le discours, en tant que r\u00e9duit \u00e0 son noyau,<strong> il est le signifiant Un<\/strong>. <strong>Tout signifiant<\/strong>, au sens de chaque signifiant,<strong> est Un<\/strong>. A ce titre, il pr\u00e9side et conditionne l\u2019\u00eatre. L\u2019h\u00e9nologie comme dominant l\u2019ontologie, voil\u00e0 la r\u00e9ponse \u00e0 la question que je posais jadis \u00e0 Lacan quand j\u2019\u00e9tais chiffonn\u00e9 par cette ontologie \u00e0 laquelle il (&#8230; ) <strong>Le signifiant, en tant qu\u2019il existe comme r\u00e9el<\/strong> \u2013 pr\u00e9side et conditionne toutes les \u00e9quivoques, tous les semblants de l\u2019\u00eatre dans le discours. C\u2019est l\u00e0 comme une donn\u00e9e premi\u00e8re. C\u2019est un Un qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre dit \u00ab\u00a0originel\u00a0\u00bb, parce qu\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 remonter au-del\u00e0. Si je vous ai fait entrevoir la puissance et la majest\u00e9 du Un, c\u2019est que <strong>cet Un n\u2019a rien \u00e0 voir avec le un que vous rencontrez dans la suite des nombres. <\/strong> <strong>Le Un dont il s\u2019agit,<\/strong> dont chaque \u00a0signifiant se supporte ou plut\u00f4t que chaque signifiant est, <strong>c\u2019est un Un-tout-seul.<\/strong> <strong>Il faut encore que je vous familiarise avec le Un-tout-seul, <\/strong>que vous puissiez faire ami-ami\u2026 Je dirais d\u2019abord que <strong>c\u2019est le Un \u00e0 partir duquel seulement vous pouvez poser et penser toute marque.<\/strong> Parce que <strong>c\u2019est seulement \u00e0 partir de cet Un que vous pouvez poser et penser le manque.<\/strong> C\u2019est la<strong> marque originelle<\/strong>, \u00e0 partir de laquelle on compte, 1, 2, 3, 4, \u00a0\u00e0 condition de passer d\u2019abord par son inexistence. <strong>Ce Un-tout-seul , je l\u2019\u00e9cris \u00ab\u00a0I\u00a0\u00bb, pour le diff\u00e9rencier, \u00e0 la latine.<\/strong> C\u2019est ce I que vous effacez et qui vous donne le manque. Ce manque qui a \u00e9t\u00e9 attrap\u00e9 \u00e0 partir de la th\u00e9orie des ensembles comme l\u2019ensemble vide. Et dont un Frege fait le signe de l\u2019inexistence : \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas.\u00a0\u00bb\u00a0 \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas le Un.\u00a0\u00bb Et c\u2019est une fois obtenu ce manque qu\u2019alors peut se d\u00e9velopper la suite des nombres, par r\u00e9currence. <span style=\"text-decoration: line-through;\">et d\u2019abord en inscrivant un \/\u00a0 \/ ce manque , <\/span> La suite des nombres se branche sur le I effac\u00e9. <strong>Mais, c\u2019est au prix d\u2019une \u00e9quivoque.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1014 alignnone\" title=\"I-manque\" src=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/i-manque1.jpg\" alt=\"\" width=\"184\" height=\"126\" \/><\/p>\n<p>Ce rond que j\u2019ai ici trac\u00e9, \u00e0 regarder du c\u00f4t\u00e9 du I, \u00a0c\u2019est le I effac\u00e9. C\u2019est le manque de cet I. Pour donner naissance \u00e0 la suite des nombres, il <strong>devient <\/strong>le z\u00e9ro. Disons \u00e0 gauche, c\u2019est l\u2019ensemble vide, il a la signification de l\u2019ensemble vide, et \u00e0 droite, il a la signification du z\u00e9ro. Une fois que vous avez le z\u00e9ro (comme l\u2019a montr\u00e9 Frege), vous pouvez obtenir par la r\u00e9currence d\u2019un +1 la suite des nombres dits naturels. Mais, \u00e0 l\u2019origine vous avez cette man\u0153uvre qui repose sur le Un-tout-seul. Lacan l\u2019a soulign\u00e9, je vous renvoie pr\u00e9cis\u00e9ment au compte-rendu de son s\u00e9minaire \u00ab\u00a0\u2026ou pire\u00a0\u00bb, qui commence dans les <em>Autres \u00c9crits<\/em>, \u00a0p. 547. O\u00f9 il signale d\u2019une fa\u00e7on qui n\u2019est sans doute pas imm\u00e9diatement lisible l\u2019\u00e9quivoque\u00a0 du \u00ab\u00a0nom de z\u00e9ro\u00a0\u00bb. Cette \u00e9quivoque du <strong>\u00ab\u00a0nom de z\u00e9ro\u00a0\u00bb<\/strong>, c\u2019est celle que je viens de vous d\u00e9plier, entre <strong>sa valeur comme ensemble vide<\/strong> et <strong>sa valeur comme z\u00e9ro initial<\/strong> de la suite des nombres. Il en faut un d\u2019abord. Il en faut un d\u2019abord qui s\u2019efface. Et alors on prend cet effacement pour le marquer de z\u00e9ro et \u00e7a commence. Autrement ce que j&rsquo;ai ici \u00e9crit d&rsquo;un I latin, <strong>c\u2019est le premier un<\/strong> \u2013 celui qui pr\u00e9side \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de l\u2019ensemble vide. Inscrire cet ensemble vide comme le z\u00e9ro initial de la suite des nombres, Lacan, relisez-le, souligne que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une \u00e9quivoque &#8211; disons que c\u2019est la seule \u00a0\u00e9quivoque\u00a0 de l\u2019existence. Cet I originel \u2026 pr\u00e9alable au nombre, dans l\u2019analyse il est mis au travail. C\u2019est le principe m\u00eame de l\u2019association libre et c\u2019est \u00e0 ce titre que Lacan l\u2019appelle <strong>le \u00a0I-dire<\/strong>, <strong>l\u2019un-dire<\/strong>. C\u2019est \u00e0 partir de lui que viennent ensuite \u00e0 s\u2019\u00e9tirer la suite des I, \u00e0 exister les I, qui s\u2019inscrivent de signes diff\u00e9rents dans la suite des\u00a0\u2026 <strong>Cet I tout seul, lui n\u2019a pas d\u2019Autre. <\/strong>C\u2019est ce que signifie Lacan, quand il dit p. 116 de <em>Encore<\/em> &#8211; \u00e9videmment on lit surtout <em>Encore<\/em> pour son \u00e9rotique, on lit surtout <em>Encore<\/em> pour ce qui est dit du rapport sexuel, du coup on n\u00e9glige ce qui est du registre h\u00e9nologique, or l\u2019\u00e9rotique de Lacan ne fait pas sens sans son h\u00e9nologie &#8211; c\u2019est pourquoi Lacan peut dire p. 116 de <em>Encore<\/em> : \u00ab\u00a0L\u2019Autre ne s\u2019additionne pas \u00e0 l\u2019Un. L\u2019Autre s\u2019en diff\u00e9rencie.\u00bb<\/p>\n<p>Alors, sur ce petit sch\u00e9ma, o\u00f9 est-il l\u2019Autre\u00a0? <strong>L\u2019Autre, il est l\u00e0 o\u00f9 s\u2019inscrit l\u2019ensemble vide,<\/strong> pr\u00e9cis\u00e9ment comme un lieu. Et si on le dit \u00ab\u00a0lieu d\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb, \u00a0c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il est dit lieu d\u2019inexistence. C\u2019est un lieu qui est fait de l\u2019\u00e9clipse du Un originel \u00e0 d\u2019o\u00f9 la formule que Lacan a pu lancer, tr\u00e8s pr\u00e9cise, <strong>\u00ab\u00a0L\u2019Autre c\u2019est l\u2019Un en moins\u00a0<\/strong>\u00bb d\u00e9signant ainsi cette zone circulaire que j\u2019ai ici inscrit. Et, on peut m\u00eame dire pour raffiner que l\u2019Autre, c\u2019est<strong> l\u2019Une en moins <\/strong>\u00e0 et retrouver \u00e0 partir de l\u00e0 comme la matrice des formules de la sexuation. La suite des nombres proc\u00e8de de cet Un originel. Les nombres sont tous faits de la m\u00eame fa\u00e7on. Ils ne sont rien d\u2019autre que des Uns, comme l\u2019indique le signifiant de la r\u00e9currence\u00a0: + 1. Tous les \u00ab\u00a0noms de nombre\u00a0\u00bb r\u00e9percutent le signifiant Un. Et c\u2019est au titre de cette r\u00e9percussion que Lacan peut dire p. 554 que les nombres sont du registre du R\u00e9el, c\u2019est au titre de r\u00e9percuter le 1 originel. Alors, si je voulais parodier Sartre, je dirais, \u00ab\u00a0l\u2019h\u00e9nologie pr\u00e9c\u00e8de l\u2019ontologie\u00a0\u00bb, comme \u00a0\u00ab\u00a0le discours pr\u00e9c\u00e8de l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb. <strong>Et ce Un, c\u2019est aussi ce d\u2019o\u00f9 proc\u00e8de la science. <\/strong>C\u2019est ce dont elle indique la pr\u00e9sence dans le r\u00e9el qu\u2019elle manie. C\u2019est ce que Lacan impute \u00e0 l\u2019Un quand il dit \u00a0: \u00ab\u00a0Le Un engendre la science\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Yad&rsquo;Lun dans la nature<\/strong> et \u00e7a c\u2019est un savoir que le sujet du signifiant peut rejoindre, manier, et faire accoucher de puissances in\u00e9dites, toujours pour le plus grand bien de l\u2019humanit\u00e9. Exemple\u00a0: le nucl\u00e9aire. Le nucl\u00e9aire, \u00e7a nous conna\u00eet. Cette puissance on la connait. Ce r\u00e9el on est aller le chercher \u00a0dans les profondeurs de <span style=\"text-decoration: line-through;\">l\u2019analyse<\/span> de la nature. On sait l\u2019activer, l\u2019intensifier et le faire produire. Le seul probl\u00e8me, c\u2019est que le savoir que nous savons du savoir dans le r\u00e9el, \u00e7a ne couvre pas tout le champ. Y a une puissance dans la nature apparemment qui ne se laisse pas domestiquer par le savoir dans le r\u00e9el que nous pouvons acqu\u00e9rir jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. C&rsquo;est f\u00e2cheux. C&rsquo;est f\u00e2cheux parce que \u00e7a donne l\u2019apocalypse. Peut-\u00eatre pas pour \u00a0toujours. Mais jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, il y a quelque chose dans la g\u00e9ologie qui ne se laisse pas encore chiffrer. Tout ce qu\u2019on peut faire, c\u2019est lui fourrer un thermom\u00e8tre dans le derri\u00e8re. Et puis, quand \u00e7a monte un peu trop on dit alerte, comme \u00e7a en g\u00e9n\u00e9ral on a entre trois quarts d\u2019heure et 5 minutes pour filer.<\/p>\n<p>On essaie de lui soustraire des chiffres, \u00e0 la nature, \u00e0 la g\u00e9ologie, \u00e0 la terre, on essaie de d\u00e9duire une loi. Le fait qu\u2019on ne sait pas encore inhiber, ni m\u00eame pr\u00e9voir, les glissements de terrain, les glissements de plaques tectoniques, les tsunamis, irruptions et tremblements de terre, et donc on voit &#8211; si on survit peut-\u00eatre qu\u2019on pourrait calculer tout \u00e7a -, \u00a0mais pour l\u2019instant on voit la contingence faire irruption dans les calculs. Spectacle grandiose de ce que j\u2019appellerais un \u00e9v\u00e9nement de terre, qui nous repr\u00e9sente le r\u00e9el sans loi. \u00c9videmment c\u2019est bien fait pour qu\u2019on s\u2019interroge sur le point \u00a0de savoir si le discours de la science ne serait pas par hasard anim\u00e9 par la pulsion de mort. Si \u00e0 son acm\u00e9, il ne serait pas ???\u00a0 d\u2019\u00eatre pour abolir l\u2019humanit\u00e9\u00a0? R\u00e9sorber l\u2019\u00eatre parlant \u00e0 l\u2019Un. R\u00e9sorber l\u2019\u00eatre en proie au signifiant Un.<\/p>\n<p>(L\u2019empereur du Japon prie \u2013 c\u2019est pas sp\u00e9cialement fait pour nous rassurer)<\/p>\n<p>Alors. <strong>Le r\u00e9el au sens de Lacan, pour en p\u00e9n\u00e9trer les arcanes, il faut se familiariser avec l\u2019usage du \u00ab\u00a0il existe\u00a0\u00bb en logique.<\/strong><\/p>\n<p>Et pour \u00e7a, \u00a0le plus simple est de partir de la scission que Frege a op\u00e9r\u00e9e entre <strong><em>Sinn<\/em><\/strong> et <em><strong>Bedeutung<\/strong>. <\/em> <em>Bedeutung<\/em> \u00e7a peut se\u00a0 traduire comme la signification, c\u2019est en ce sens que Lacan dit \u00ab\u00a0die Bedeutung des Phallus\u00bb. Faut dire que Freud emploie fr\u00e9quemment le mot, et dans ce sens-l\u00e0. Et sans doute Lacan l\u2019a-t-il employ\u00e9 parce qu\u2019il y voyait aussi une fa\u00e7on de faire allusion \u00e0 l\u2019usage de Frege. Mais chez Frege, <em>Bedeutung <\/em>se traduit par \u00ab\u00a0la r\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u00bb. \u00a0Ce qui d\u00e9note, ce qui pointe vers une existence. <em>Sinn<\/em>, c\u2019est sens ou c\u2019est signification. Si on veut <em>Sinn,<\/em> c\u2019est ce qui dit l\u2019essence, c\u2019est ce qui d\u00e9crit quelque chose, ce qui d\u00e9cerne des attributs, des propri\u00e9t\u00e9s \u00e0 quelque chose. Si je voulais encore parodier la phrase de Sartre \u00e0 la Frege, je dirais \u00ab\u00a0La <em>Bedeutung<\/em> pr\u00e9c\u00e8de le <em>Sinn<\/em> \u00bb. Mais, \u00e7a n\u2019est pas ce que dit Frege. Il ne dit pas que l\u2019un pr\u00e9c\u00e8de l\u2019autre, mais que existence et essence, \u00e7a fait 2.<\/p>\n<p>L\u2019essence, la description, le nom peut bien \u00eatre essence d\u2019un \u00eatre, mais n\u2019assure d\u2019aucune existence. \u00ab\u00a0Cercle carr\u00e9\u00a0\u00bb \u00e7a fait sens, ne serait-ce que pour dire \u00ab\u00a0un cercle carr\u00e9 y en pas\u00a0\u00bb. Une licorne, \u00e7a se d\u00e9crit, \u00e7a se repr\u00e9sente, on en r\u00eave, m\u00eame si dans la nature \u00e7a ne se rencontre pas. Vous pouvez parfaitement admettre \u00e7a dans votre ontologie, si \u00e7a vous chante. Comme je l&rsquo;ai dit, une ontologie, c\u2019est \u00e9lastique. L\u2019ontologie c\u2019est une bonne fille, elle se pr\u00eate aux aust\u00e8res comme aux prodigues. Voyez d\u2019ailleurs, ce qui reste dans les m\u00e9moires sous le nom du <strong>Rasoir d\u2019Occam<\/strong>. \u00c7a remonte au XIV\u00e8 si\u00e8cle. C\u2019\u00e9tait l\u2019avis donn\u00e9 qu\u2019il ne fallait pas multiplier les \u00eatres au-del\u00e0 du n\u00e9cessaire. <em>Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem&#8230;<\/em>\u00a0 C\u2019est d\u2019ailleurs dans cette forme que \u00e7a s\u2019est transmis, semble-t-il on trouve dans Occam une formule voisine mais pas exactement similaire.] C\u2019est un principe d\u2019\u00e9conomie. Des \u00eatres il en faut, mais pas trop, pas au-del\u00e0 du besoin. Faut y aller doucement avec l\u2019\u00eatre. 1 \u00eatre, \u00e7a va. 3 bonjour les d\u00e9g\u00e2ts. Et il y a en effet comme une ivresse de l\u2019ontologie. Y a par exemple un math\u00e9maticien, fin du XIX\u00b0, d\u00e9but du XX\u00b0, qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pit\u00e9 par Bertrand Russell, qui s\u2019appelait <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alexius_Meinong\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Meinong<\/a>. Lui c\u2019\u00e9tait l\u2019ultra lib\u00e9ral, il avait une ontologie o\u00f9 tout ce qu\u2019on dit pouvait entrer. Mais enfin, toutes ces discussions ne sont l\u00e0 que pour montrer qu\u2019on s\u2019arrange toujours avec l\u2019ontologie. Et que, en d\u00e9finitive, c\u2019est une question de sagesse\u00a0dont je parlais l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u2013 le Rasoir d\u2019Occam dit\u00a0: en ontologie, rien de trop. <strong>Et en particulier, le moins d\u2019hypoth\u00e8ses possibles. <\/strong>Aller au plus simple. Mais avec tout \u00e7a, c\u2019est que quand Napol\u00e9on lui avait dit \u00ab\u00a0Mais enfin monsieur Laplace\u00a0je ne trouve pas \u00a0mention de Dieu dans votre\u00a0syst\u00e8me\u00a0\u00bb, Laplace avait r\u00e9pondit \u00ab Sire, je n&rsquo;ai pas eu besoin de cette hypoth\u00e8se.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Y a une hypoth\u00e8se de Lacan,<\/strong> en ce sens, c\u2019est en sens qu\u2019il emploie le mot page 129 de <em>Encore<\/em> : \u00ab Mon hypoth\u00e8se, &#8211; et c\u2019est quelque sorte l\u2019hypoth\u00e8se minimale de la psychanalyse &#8211; c\u2019est que l\u2019individu qui est affect\u00e9 de l\u2019inconscient est le m\u00eame que celui que j\u2019appelle le sujet d\u2019un signifiant\u00a0\u00bb. Et d\u2019ailleurs, d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale ce que Lacan appelle <strong>le sujet, c\u2019est l\u2019hypoth\u00e8se par excellence, <\/strong>c\u2019est-\u00e0-dire <strong>ce qui se pose dessous<\/strong> \u2013 c\u2019est \u00e7a que \u00e7a veut dire en grec. Le sujet est suppos\u00e9 au signifiant, au savoir, et cette supposition, c\u2019est l\u2019inconscient m\u00eame. Faites attention que c\u2019est une supposition ontologique. La supposition du sujet, c\u2019est une supposition ontologique &#8211; qu\u2019on lui donne le sens du manque d\u2019\u00eatre, sujet barr\u00e9, ou qu\u2019on parle d\u2019\u00eatre parlant, le parl\u00eatre &#8211; et Lacan quand il utilise le terme d\u2019\u00eatre parlant et de parl\u00eatre, ne manque jamais de dire qu\u2019il n\u2019y a d\u2019\u00eatre que de parler. [Toute la question est de savoir \u2013 l\u2019inconscient appara\u00eet comme ontologique \u2013]\u00a0 c\u2019est seulement \u00e0 la pointe, entre 2 virgules dans une parenth\u00e8se que Lacan a pu dire qu\u2019il se pourrait que l\u2019inconscient soit r\u00e9el. Alors, ce qui n\u2019est pas \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb mais r\u00e9el en tout cas, c\u2019est le signifiant. Et c\u2019est m\u00eame pour \u00e7a qu\u2019on est conduit \u00e0 lui supposer un \u00eatre, qu\u2019on appelle Dieu \u2013 mais si Dieu il y a, il ne peut \u00eatre qu\u2019inconscient. C\u2019est pourquoi la science n\u2019a pas du tout r\u00e9sorb\u00e9 les religions, comme on s\u2019imaginait aux beaux temps du positivisme. Au contraire, Dieu en a repris de la vigueur, \u00e0 partir du signifiant dans le r\u00e9el.<\/p>\n<p>Mais, si Dieu il y a, le jour est bien tomb\u00e9 pour dire qu\u2019il ne sait certainement pas ce qu\u2019il fait (c\u2019est-\u00e0-dire que \u00e7a lui est \u00e9gal\u00a0?). En m\u00eame temps d\u2019ailleurs, je trouve formidable qu\u2019il y ait <strong>tout plein de r\u00e9volutions ces temps-ci<\/strong> qui visent aussi le Un, sous les esp\u00e8ces \u00ab\u00a0<strong>D\u00e9gage <\/strong>\u00bb. Le Un dont il s\u2019agit dans ces mouvements de masse, \u00e0 la diff\u00e9rence du nucl\u00e9aire ou de l\u2019apocalypse du nucl\u00e9aire, le Un dont il s\u2019agit dans les mouvements de masse, c\u2019est le \u00a0Un num\u00e9rique, le Un hi\u00e9rarchique, c\u2019est au Num\u00e9ro 1 qu\u2019on dit \u00ab\u00a0D\u00e9gage\u00a0\u00bb. <strong>L\u00e0, il faut faire une diff\u00e9rence entre le Un de pouvoir et le Un de savoir. <\/strong>Mais enfin toute diff\u00e9rence qu\u2019on fait entre les 2, il n\u2019emp\u00eache qu\u2019on n&rsquo;arrive \u00e0 se d\u00e9barrasser d\u2019aucun. Au fond, on pourrait \u00e9crire ces d\u2019aucuns comme \u00e7a\u00a0: d\u2019OK-Un &#8230; qui nous assurent que en d\u00e9finitive nous (n\u2019y consentons\u00a0???) `<\/p>\n<p>Alors, faisons maintenant retour \u00e0 la scission <em>Sinn<\/em> et <em>Bedeutung<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire signification et r\u00e9f\u00e9rence, \u00eatre et existence, sens et r\u00e9el. Y a quelqu\u2019un qui a fait quelque chose qui est comme un mot d\u2019esprit, qui n\u2019en n\u2019a pas moins inspir\u00e9 des r\u00e9flexions aux logiciens pendant tout le XX\u00e8 si\u00e8cle. \u00c7a tient en quelques pages, c\u2019est un article de quelqu&rsquo;un dont Lacan a beaucoup \u00a0pratiqu\u00e9 l\u2019\u0153uvre, <strong>Bertrand Russell<\/strong>, c\u2019est un article qui s\u2019appelle <strong>\u00ab <a title=\"On\u00a0Denoting\" href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/09\/on-denoting\/\">On denoting <\/a>\u00bb<\/strong> (1905). \u00ab\u00a0Sur la d\u00e9notation\u00a0\u00bb. En termes fregiens, on dirait \u00ab\u00a0Sur la r\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u00bb, nous dirions \u00ab\u00a0Sur l\u2019existence\u00a0\u00bb. <strong>Et dans cet article, il s\u2019occupe \u00e0 extraire, \u00e0 faire saillir dans tout \u00e9nonc\u00e9 l\u2019acte r\u00e9f\u00e9rentiel.<\/strong> \u2026 par quoi cet article est rest\u00e9, une proposition c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sent roi de France est chauve.\u00a0\u00bb<\/strong> Dit en 1905. En pleine III\u00e8 R\u00e9publique. Mais \u00e7a n\u2019emp\u00eache pas que \u00e7a fait sens. <strong>La royaut\u00e9, la France, la calvitie. <\/strong> \u00c7a s\u2019articule. On comprend \u00e7a. De la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019on comprendrait quelqu\u2019un qui dirait\u00a0: \u00ab\u00a0Pas du tout, regardez ces beaux cheveux.\u00a0\u00bb M\u2019enfin, il faut dire que c\u2019est l\u2019exemple d\u2019un Anglais, avec une petite pointe de francophobie. Derri\u00e8re \u00e7a, y a l\u2019id\u00e9e \u00e9videmment que les Fran\u00e7ais sont de beaux parleurs, et que eux, les Anglais, ils ont la t\u00eate pr\u00e8s du bonnet. Et puis, ils sont regardant \u00e0 la d\u00e9pense, y compris en mati\u00e8re d\u2019ontologie, d\u2019ailleurs Occam \u00e9tait anglais. \u00ab\u00a0Sous sa couronne, pas un cheveu.\u00a0\u00bb Moi, je verrais volontiers<strong> dans cette calvitie royale une allusion \u00e0 l\u2019ensemble vide. <\/strong>D\u2019autant plus justifi\u00e9e que de rois de France en 1905, il n\u2019y en n\u2019a pas. \u00c7a n\u2019emp\u00eache pas d\u2019en parler, de le d\u00e9crire et de lui attribuer la qualit\u00e9, ou quoi que ce soit d\u2019autre. \u00a0Alors, ou bien on le fait entrer dans le paradis de Meinong, le chauve roi en 1905, o\u00f9 il salue la licorne, il rend hommage au cercle carr\u00e9, et tous les trois vont parler au chapelier fou. Ou on le fait entrer, le roi de France chauve de 1905, on le fait entrer dans (logique?) et on dit\u00a0: \u00ab\u00a0Si exquise que soit cette description du roi de France chauve de 1905, toujours est-il que <strong>sa r\u00e9f\u00e9rence, n\u2019est que l\u2019ensemble vide.<\/strong>\u00a0\u00bb Et \u00e0 ce moment-l\u00e0, <strong>l\u2019ensemble vide,<\/strong> c\u2019est vraiment <strong>la poubelle de l\u2019ontologie,<\/strong> c\u2019est vraiment le canal d\u2019\u00e9vacuation de tous les \u00eatres qui ne passent pas le filtre de l\u2019existence.<\/p>\n<p><strong>La trouvaille de Russell, c\u2019est de diviser le dit.\u00a0<\/strong> D\u2019un c\u00f4t\u00e9 il y a la <strong>description<\/strong>, ce qu\u2019il appelle la description d\u00e9finie \u00e0 <strong><em>Sinn<\/em><\/strong> de Frege: \u00ab\u00a0le roi de France est chauve\u00a0\u00bb. \u00c7a laisse ouverte la question de savoir s\u2019il y a ou non un roi de France. Et \u00e7a dit que la question du \u00ab\u00a0il y a\u00a0\u00bb doit toujours \u00eatre pos\u00e9e, quelque soit la splendeur de la description. La question du \u00ab\u00a0il existe.\u00a0\u00bb D\u2019un c\u00f4t\u00e9, nous avons une liste de propri\u00e9t\u00e9s, et \u00a0il y a une d\u00e9nivellation par rapport \u00e0 la question qu\u2019il faut faire surgir\u00a0: est-il vrai qu\u2019il existe quelque chose qui r\u00e9ponde \u00e0 cette description ou non\u00a0? Puisqu\u2019on peut parfaitement d\u00e9crire quelque chose qui n\u2019existe pas. Et donc on doit toujours faire surgir la question du \u00a0\u00ab\u00a0il existe quelque chose ou quelqu\u2019un qui a ces propri\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb. <strong>Les propri\u00e9t\u00e9s, du point de vue de l\u2019existence, c\u2019est pas s\u00e9rieux.<\/strong> D\u2019ailleurs, je vais vous en trouver un exemple d\u2019<strong>Alphonse Allais<\/strong> : c\u2019est l\u2019histoire d\u2019un gars qui dit \u00ab\u00a0Moi, je suis un type du genre de Balzac, je bois trop de caf\u00e9.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Je suis un type du genre de Napol\u00e9on, ma femme s\u2019appelle Jos\u00e9phine.\u00a0\u00bb Voil\u00e0 ce que c\u2019est les propri\u00e9t\u00e9s. Eh bien par rapport aux propri\u00e9t\u00e9s, la question s\u00e9rieuse c\u2019est la question du \u00ab\u00a0il existe\u00a0\u00bb. Le sens est au niveau de la description, et disons en termes logiques de la fonction, le r\u00e9el est au niveau du \u00ab\u00a0il existe\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on introduit le x, la variable. Le <em>Sinn<\/em>, la description, se r\u00e9sume logiquement dans la lettre grand F de la fonction. \u00a0Et on d\u00e9crit, et on ajoute des attributs, etc. Et on attribue tout \u00e7a\u00a0 \u00e0 \u00ab\u00a0on ne sait quoi\u00a0\u00bb dont on marque la place en \u00e9crivant x entre parenth\u00e8ses : (x).\u00a0 On dit que c\u2019est une <strong>variable<\/strong>, pas pour dire que \u00e7a\u00a0 varie, pour dire qu\u2019<strong>on ne sait pas s\u2019il y a quelque chose de r\u00e9el<\/strong> qui peut venir \u00e0 remplacer ce trou. <strong>Et ce qui est la constante, <\/strong>c\u2019est le quelque chose qui peut remplir ce trou et qui dans tous les cas ne sera que Un signifiant, ce ne sera qu\u2019un exemplaire du signifiant Un. Mais, je ne renie pas le terme de variable, simplement, au fond<strong> pour la constante<\/strong> j\u2019utiliserais l\u2019adjectif\u00a0 que j\u2019emprunte au logicien <strong>Kripke<\/strong>, dans sa th\u00e9orie des noms propres, je dirais que <strong>c\u2019est le rigide. A c\u00f4t\u00e9 de la variable, il y a le rigide qui lui est l\u2019index de l\u2019existence. <\/strong>Et, dans tous les cas, quel que soit le nom dont on le d\u00e9core, la nature de ce qui existe est d\u2019une nature si je puis dire signifiante. C\u2019est dans ce contexte que s\u2019inscrit le \u00ab\u00a0Il n\u2019y pas le rapport sexuel\u00a0\u00bb, cri\u00e9 par Lacan. Il n\u2019y a pas le rapport sexuel au niveau du r\u00e9el. Tout d\u2019abord parce qu\u2019au niveau du r\u00e9el, c\u2019est le Un qui r\u00e8gne, pas le 2. Le rapport sexuel ne fleurit qu\u2019au niveau du sens et Dieu sait si ses significations sont \u00e9quivoques et variables. <strong>Le \u00ab\u00a0il existe\u00a0\u00bb\u00a0 dans la psychanalyse, Freud l\u2019a appel\u00e9 la fixation. <\/strong>L\u2019a rep\u00e9r\u00e9 comme la fixation. Et pendant tout un temps, Lacan n\u2019a pas raccroch\u00e9 \u00ab\u00a0il existe\u00a0\u00bb et le signifiant, ne croyez pas \u00e7a. Dans la majeure partie de son enseignement, vous savez bien que pour lui, au contraire, pour lui le signifiant c\u2019est \u00e9minemment ce qui est variable et c\u2019est \u00e7a que comporte l\u2019usage r\u00e9current chez Lacan du terme de dialectique. La dialectique \u00e7a dit tout et son contraire \u2013 et \u00e7a vaut en particulier pour le signifiant en tant que conjoint \u00e0 ses effets de signification. Alors,<strong> c\u2019est par rapport \u00e0 un signifiant au niveau de l\u2019\u00eatre, c&rsquo;est par rapport \u00e0 \u00e7a que Lacan a distingu\u00e9 l\u2019angoisse comme ce qui ne trompe pas. <\/strong>Il avait justement expliqu\u00e9 dans ce cours que sa d\u00e9finition de l\u2019angoisse comme l\u2019affect qui ne trompe pas prenait sa valeur de ce que au contraire, le signifiant trompe et passe son temps \u00e0 \u00e7a. <strong>Le signifiant con\u00e7u comme l\u2019instrument des sophistes et des rh\u00e9teurs.<\/strong> Et donc, Lacan allait chercher la constante, allait chercher ce qui reste fixe, du c\u00f4t\u00e9 de ce qu\u2019il appelait l\u2019objet petit <em>a<\/em>. Eh bien ici, \u00e9videmment c\u2019est relatif \u00e0 l\u2019ontologie, et justement elle perd ses droits quand il s\u2019agit du signifiant Un, comme corr\u00e9latif du\u00a0\u00ab\u00a0il existe\u00a0\u00bb. L\u00e0, \u00a0plus (de calcul) et d\u2019ailleurs le terme dispara\u00eet alors du discours de Lacan et il est remplac\u00e9 par la supr\u00e9matie de la logique. En m\u00eame temps, <strong>corr\u00e9latif du signifiant Un, du signifiant rigide, s&rsquo;inscrit la jouissance opaque au sens.<\/strong> C\u2019est-\u00e0-dire, la jouissance opaque au sens, c\u2019est une r\u00e9f\u00e9rence de l\u2019ordre du r\u00e9el. Rien \u00e0 voir avec l\u2019objet petit <em>a<\/em>. <strong>L\u2019objet petit <em>a<\/em> c\u2019\u00e9tait au contraire si je puis dire la jouissance transparente au sens, <\/strong> la jouissance qui a du sens, la jouissance qui est du sens, et m\u00eame qui est \u00ab\u00a0j\u2019ouis sens\u00a0\u00bb avec les guillemets. Et avec ce que je scande de l\u2019enseignement de Lacan, nous sommes vraiment \u00e0 <strong>l\u2019envers de ce qui fut l\u2019essentiel de son chemin et c\u2019est un fait que cet envers c\u2019est lui qui nous en a fray\u00e9 le chemin<\/strong> qui passe aujourd\u2019hui entre les deux bornes corr\u00e9latives du signifiant Un \u00a0et de la jouissance opaque au sens. Tous ces termes \u00e9videmment, je les ai d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9s, fray\u00e9s devant vous \u00e0 partir de Lacan. Je crois que je leur ai donn\u00e9 aujourd\u2019hui un placement in\u00e9dit et j\u2019esp\u00e8re vous avoir tout de m\u00eame un peu amus\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Applaudissements.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bon. Aujourd&rsquo;hui on va s&rsquo;amuser. Il s&rsquo;agit, pour moi de vous faire comprendre quelque chose, comprendre l\u00e0 o\u00f9 on prend plaisir. Moi, \u00e7a m&rsquo;amuse. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il en sera de m\u00eame pour vous. \u00c7a ne va de soi, parce que cette &hellip; <a href=\"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/jacques-alain-miller-notes-du-cours-du-16-mars-2011-partie-i-alors-faut-que-jvous-prenne-par-la-main\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":"","jetpack_publicize_message":"#cjam Miller, notes du cours du 16.3.2011, partie I, Alors, faut que j\u2019vous prenne par la main : http:\/\/wp.me\/pULXi-f7","jetpack_is_tweetstorm":false},"categories":[4],"tags":[38,44,71,79,128,157,162,170,200,202,207],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p2zPSJ-f7","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":1220,"url":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/03\/8-cours-jam-23-mars-2011\/","url_meta":{"origin":937,"position":0},"title":"VIII. \u2013 23 mars 2011","date":"25 mars 2011","format":false,"excerpt":"D\u00e9nivellation de l\u2019\u00eatre et de l\u2019existence J\u2019ai eu depuis la derni\u00e8re fois quelques t\u00e9moignages, trop nombreux pour que je puisse y r\u00e9pondre et je m'en excuse, t\u00e9moignant de ce que un pas a \u00e9t\u00e9 franchi la derni\u00e8re fois dans - pour ne pas dire \"la compr\u00e9hension\" - ce dont il\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;L'\u00eatre et l'Un&quot;","img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/disparates.org\/lun\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/tigre03.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":1677,"url":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/05\/recherche-de-la-verite-par-les-lumieres-naturelles\/","url_meta":{"origin":937,"position":1},"title":"Ren\u00e9 Descartes, Recherche de la v\u00e9rit\u00e9 par les lumi\u00e8res naturelles","date":"18 mai 2011","format":"aside","excerpt":"[ Ceci vient en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la premi\u00e8re partie du 13\u00e8me cours de Miller.] RECHERCHE DE LA V\u00c9RIT\u00c9 PAR LES LUMI\u00c8RES NATURELLES QUI, A ELLES SEULES, ET SANS LE SECOURS DE LA RELIGION ET DE LA PHILOSOPHIE, D\u00c9TERMINENT LES OPINIONS QUE DOIT AVOIR UN HONN\u00caTE HOMME SUR TOUTES LES CHOSES\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Compl\u00e9ments de lecture&quot;","img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]},{"id":114,"url":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/02\/le-scheme-kantien-selon-deleuze\/","url_meta":{"origin":937,"position":2},"title":"le sch\u00e8me kantien selon Deleuze","date":"8 f\u00e9vrier 2011","format":"aside","excerpt":"[ Compl\u00e9ment de lecture du\u00a0 cours de jacques-alain miller du 2 f\u00e9vrier 2011] Source : Sur le site Webdeleuze : DELEUZE \/ KANT - Cours \u00e0 Vincennes - 04\/04\/1978 [...] Le centre de tout ce que je voudrais dire aujourd'hui c'est exactement ceci : si on s'en tient \u00e0 la\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Compl\u00e9ments de lecture&quot;","img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]},{"id":2463,"url":"https:\/\/disparates.org\/lun\/2011\/01\/jam-19-1-2011-lenseigneur-lacan\/","url_meta":{"origin":937,"position":3},"title":"I. 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