vendredi 17 avril 2009 · 09h58

rêve : je vais rater un examen parce que je fais trop de mise en page

vendredi 17 janvier 2025. à la recherche de quelque chose qui s’est passé en 2009, je recopie ici un rêve trouvé dans un vieux carnet. la date indiquée est « avril 2009, vendredi ». donc, ce peut être le 3, 10, 17 ou le 24. je le publie au 17. c’est à une période « où je ne fais plus d’internet », où le blog est fermé.

avril 2009 – vendredi

donc « je ne fais plus d’internet ». je n’écris plus de blog.

rêve de cette nuit :

je ne peux pas m’empêcher de retravailler à une mise en page, à un dessin.
me viennent de plus en plus d’idées pour des dessins.
au lieu de ça, je devrais revoir mon examen, l’examen qui va bientôt avoir lieu.
cet examen que j’aurais dû réussir, je sais que je vais mainteant le rater parce que je m’occupe trop de cette mise en page.
je décide que si je rate cette année et la recommence (pour la 3ème fois), j’apprendrai à dessiner.
je suis fâchée sur mes parents (nous nous sommes auparavant disputés).
ma tante arrive, Titi – je lui dis à elle – que je vis un enfer à attendre cet examen. mais que je vais le faire et que si je rate, j’apprendrai à dessiner.


lundi 23 janvier 2012 · 10h45

double cabine crochetant par l’Alaska

Le rêve

« Au sortir d’un voyage en train, nous arrivons ma tante et moi, Titi et moi, à un bateau, à un paquebot, mais pas aux mêmes heures. Donc, nous ne nous retrouvons pas tout de suite et passons la première nuit dans des cabines séparées, des cabines de luxe. Je suis avec Jules, 7 ans.
Le lendemain matin ((Je songe à ma tante et je pense qu’elle ne se sera pas inquiétée, qu’elle se sera renseignée auprès du commandant de bord, pour savoir si nous avons embarqués.)), Jules veut que je lui prépare de la soupe.
Assise devant la cuisinière, je manipule plusieurs casseroles, sur plusieurs feux.
La recette s’avère très simple, surtout très rapide, et je me retrouve avec une quantité de soupe telle que je crains que nous ne puissions jamais la boire). 
D’ailleurs, voilà qu’on vient nous chercher pour nous faire changer de cabine.
Cette première cabine était une cabine transitoire, d’accueil.

Notre vraie cabine s’avère être une double cabine gigantesque, composée de deux appartements. Je pense que je suis alors avec ma tante. Nous traversons les multiples pièces, arrivons à l’avant du bateau. Sur le côté, j’aperçois une piscine.
Nous choisissons nos chambres.
Revenant sur mes pas, je m’aperçois qu’une partie de la chambre est en fait déjà occupée par une famille nombreuse dormant à même le sol – « palleas par terre » aurait dit ma tante, ce qui dans sa bouche voulait dire dormir à même le sol, quelque chose comme « paillasse par terre ». Notre chambre s’avère donc moins luxueuse que ce nous aurions pu croire.

Le voyage s’annonce magnifique, si ce n’est qu’il semble que nous devions faire un crochet. Nous passons sous une banderole marquée ALASKA. »

Je me réveille et pense qu’il doit s’agit d’une identification, méconnue de moi, à ma tante, identification ignorée, oubliée.

Titi

A Louvain, l’exposition Charles Burns…

Titi est une tante, une sœur de ma mère, que j’aimais beaucoup. Pour l’évoquer, le mot qui me vient d’abord à l’esprit est celui de dolce vita. Plage, position allongée, nourriture, soleil, vacances, bavardages. Et son chat. « Ordre et beauté, luxe, calme et volupté »
Charmante, enjouée, drôle, gourmande. Elle fumait avec un fume-cigarette, nous fumions ensemble. Avec des fume-cigarettes.

Je pense qu’elle a été celle qui m’a initiée à la douceur de vivre, à une  jouissance sans culpabilité, tempérant le coté janséniste de mes parents.

Il se trouve qu’elle vivait aux gentils « crochets » ((pour reprendre un terme du rêve : « le crochet par l’Alaska », mais dont je doute qu’il s’y rapporte)) d’un homme plus âgé qu’elle, lesquels consistaient principalement en vacances, en vêtements et en restaurants – soit tout le luxe et le superflu  dont je suis privée en ce moment et à quoi j’ai décidé de ne plus renoncer, en m’installant, en ouvrant un cabinet de psychanalyste. L’homme s’appelait Michaux, Ernest de son prénom, mais familièrement curieusement toujours appelé par son nom.  Ils n’étaient pas mariés, parce qu’il ne s’y était jamais résolu, toujours repris par la crainte de n’être aimé que pour son argent. Disait-on. Leur relation fut platonique.

Ergothérapeuthe, Titi travaillait dans un dans hôpital psychiatrique à Lovenjoel, près de Louvain où elle dirigeait un atelier d’activités manuelles. Dans mon souvenir, les malades étaient très nombreux, très calmes. Ils fabriquaient toutes sortes d’objets en osier, ils fabriquaient des tapis dont elle avait créé les motifs, certains à l’effigie de son chat, Zwartje, « Petit noir », qu’elle emmenait à son travail tous les vendredis et que les malades connaissaient bien. Zwartje circulaient sur les grandes tables des malades et passait de l’un à l’autre, patiemment, présentant à chacun son front où ils venaient apposer un baiser, plutôt contents.

Elle vivait à Louvain, où nous étions la semaine dernière pour l’exposition Charles Burns, et passait tous les week-ends chez sa mère, qui habitait plus au nord de la Belgique, à Poperinge.

En guise de  hobby, elle faisait du jardinage et de la peinture qu’elle avait apprise à un cours donné par mon père. Elle savait coudre aussi, et tricoter, et nous offrait régulièrement de jolis vêtements fabriqués de ses mains. A nous, et à nos cousins.

Je m’entendais parfaitement avec elle.

Pour compléter cette ébauche de portrait, j’ajouterais que lorsqu’elle avait vingt ans, elle perdit son fiancé, cheminot, qui mourut écrasé par un train la veille de leur mariage. Elle ne m’en parla pas beaucoup, j’ai seulement retenu qu’ils s’aimaient tellement qu’ils pouvaient communiquer par télépathie. Plus jeune, il lui était également arrivé d’être gravement malade, des mois passés entre la vie et la mort avait-on dit, à la suite d’un empoisonnement dans un étang où elle n’aurait pas dû nager. Elle me disait qu’elle en avait tellement maigri, que deux mains posées autour de sa taille se rejoignaient, ce qui étaient alors fort à la mode. C’est elle qui nous avait appris à nager, à mes frères et à moi, en venant tous les mercredi soirs à Bruxelles pour nous amener à la piscine. Ma mère  ne savait pas nager. Et le mercredi soir, selon ses lois, c’était américain/frites/salade de blé.

Il m’est arrivé de  penser que j’offrais moi-même à Jules à la fois la jouissance tranquille et hors culpabilité (de ma tante), bête, et le désir inquiet, ardent, épuisé de culpabilité (de mes parents).

Un peu comme dans pour la double cabine. D’un côté, grand luxe et seule avec mon fils, de l’autre la famille nombreuse, dormant à même le sol, pauvre. Peut-on dire Janus du désir et de la jouissance? Il y avait chez mes parents une sorte d’installation dans le manque, dont je ne suis pas sans avoir hérité.  

Train

Juste une petite note sur le train. Puisque nous arrivons ma tante et moi au paquebot après « un long voyage en train ». J’ai beaucoup voyagé avec ma tante en train. De ces voyages, j’ai retenu que les trains étaient verts (le vert foncé administratif des trains de la SNCB). Des wagons étaient fumeurs. Les compartiments composés de 2 banquettes face à face où pouvaient s’asseoir 2 ou 3 personnes. Les banquettes de velours (en première classe, en deuxième classe, elles sont en skaï), vertes en wagons fumeurs, bleues non-fumeurs, des filets en hauteur où poser ses bagages. Les places à la fenêtre, ma tante face à moi, elle dans le sens de la marche, ses pieds déchaussés posés sur la banquette à côté de moi. La tablette rabattue contre la cloison du train, sous la fenêtre, qu’elle sortait en s’asseyant. Son petit cendrier portatif. Un sentiment de rituel. La fenêtre, à briser en cas de nécessité. Avec ma tante nous voyagions en première classe.

Cabine, Cabinet, Cas, K, Alaska, Casseroles

Cabine. Ça fait presque « cabinet», cabinet de toilettes, voire cabinet d’analyste. Du coup, double cabine, ça ferait un peu « double cabinet », ça ferait un peu «WC»,  « double V – C », «  Double,  V(éronique), sait »…

Et je peux voir dans ma tante la femme venue doubler ma mère, là où ma mère, peut-être aurait été trop effacée. Elle dont, je viendrais en double, j’emprunterais le moule.

L’escabeau psychanalytique, c’est « ce sur quoi le parlêtre se hisse, monte pour se faire beau. C’est son piédestal qui lui permet de s’élever lui-même à la dignité de la Chose. […] L’escabeau, c’est un concept transversal. Cela traduit d’une façon imagée la sublimation freudienne, mais à son croisement avec le narcissisme. […] L’escabeau est la sublimation, mais en tant qu’elle se fonde sur le je ne pense pas premier du parlêtre. Qu’est-ce que c’est que ce je ne pense pas ? C’est la négation de l’inconscient par quoi le parlêtre se croit maître de son être. Et avec son escabeau, il ajoute à cela qu’il se croit un
maître beau. Ce qu’on appelle la culture n’est pas autre chose que la réserve des escabeaux
dans laquelle on va puiser de quoi se pousser du col et faire le glorieux. »

Miller J.-A., «L’inconscient et le corps parlant», Le réel mis à jour, au XXIe siècle, Collection Huysmans, Paris, 2014, p. 313.

Or, le détour ? Le crochet, le passage par l’ALASKA ? La grande banderole sous laquelle nous nous apprêtons à passer avant que je ne me réveille ?

Je ne sais que dire. Le « K » ou le « Ka » est très souvent présent dans mes rêves. Ici, en double K, ça fait bien sûr « caca ». Et les crochets de ma tante, dont je dis qu’ils furent suspendus à ceux de celui qui n’était pas mon oncle, mais que nous appelions Nonkel, Michaux, ma foi, ces crochets, j’en abuse, aussi, même s’il n’y a pas d’abus à proprement parler, mettons que j’en use aussi vis-à-vis de F, qui gagne bien plus plus que moi. Je veux dire que de ces crochets, de cette dépendance, je n’en suis pas fière.

Cela dit, même si je me réveille, la banderole ALASKA aperçue n’est pas menaçante.

Dans le « K », j’ai souvent entendu aussi « le cas ». Ma façon de me construire comme cas, de m’y maintenir. Mon cas qui fait S.K. Beau (escabeau). Selon Lacan, par où le sujet se voit beau. Le S.K. Beau par où passe le pas-que-beau. Sublimation = Escabeau, pour reprendre l’équation de Jacques-Alain Miller. (( Lacan J., « Notice de fil en aiguille par Jacques-Alain Miller », Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Le
Seuil, 2005, p. 208))

Remonter dans le rêve : beaucoup de casseroles sur le feu : c’est un peu vrai en ce moment. Et trop de soupe. Alors, l’angoisse. (Alors, je coule).

Récemment, il y a dix jours (le 13 janvier), un paquebot a coulé (faisant 32 morts) que son commandant avait abandonné.

Le Concordia…
jeudi 21 mars 2013 · 12h09

recette italienne

Le rêve

Rêve du 13 au 14 mars 2013

Titi,  et puis aussi mes parents vont venir chez moi. JF et JP, mes deux frères aussi probablement. Je prévois que nous mangerons au restaurant le premier soir et que le lendemain je ferai une recette italienne. Cela se passe avenue Paul Deschanel, c’est mon premier appartement, au quatrième étage, j’avais une vingtaine d’années.

Puisque je vais cuisiner, je dois faire des courses. Je suis maintenant dans le quartier de mes parents, rue Waelhem, celui que je viens donc de quitter pour habiter seule. Dans une rue inventée par le rêve, je trouve une épicerie italienne. C’est un quartier qui appartient aux rêves, qui m’y ramène régulièrement, on y parvient en bifurquant dans la chaussée d’Helmet. Je décide d’y acheter tout ce dont j’ai besoin pour la recette. A l’intérieur de l’épicerie, je me rends compte que j’ai oublié de prendre la recette. J’en parle à l’épicière, la décris comme très longue, lui dis mon intention d’en acheter chez elle tous les ingrédients. Elle s’y intéresse, voudrait la voir. Elle va la cuisiner et mettra le plat en vente, dans des barriques.

Quand je retourne au magasin avec la recette, j’en profite pour (oser) la lire. Je m’aperçois qu’elle n’est pas si difficile que ça : essentiellement composée de 4 sortes différentes de pâtes et de crevettes qu’il faut décortiquer – en quoi consiste finalement la seule difficulté de la recette. Je laisse la recette à l’épicière. Je lui achète 2 bouteilles de vin.

Il y a également un livre que je voudrais acheter. Je monte la chaussée d’Helmet, toujours dans le quartier de mes parents, à la recherche de la librairie. Je ne la trouve pas, ni le livre.

Puis, je vais à Louvain chez ma tante. Je pense que mon intention est d’y faire des courses. Or, elle est toujours à son appartement.  Elle n’est donc pas encore partie pour Bruxelles. Je me demande comment elle compte y parvenir (puisqu’elle doit y venir me rendre visite). Je me demande quelle est la durée du trajet Louvain-Bruxelles. Je pense qu’il s’agit de vingt minutes. Elle revient de chez les morts, bien sûr. Encore un peu blême et peut-être fragile. Mais est bien elle-même, allongée sur son divan, odalisque avec son fume-cigarette.

Éléments d’interprétation

Les lieux

L’appartement au quatrième étage de l’avenue Paul Deschanel, mon premier appartement.
Le quartier de la rue Waelhem, où j’habitais donc juste avant. La chaussée d’Helmet où nous faisions nos courses.
Le quartier imaginaire. Je le retrouve en rêve, en bifurquant sur la droite dans la chaussée d’Helmet. En prolongeant une promenade que je faisais parfois avec mon père. Qui m’y avait fait découvrir une cité ouvrière, en briques (le foyer Schaerbeekois).
Louvain, où ma tante habitait, à 20 minutes en train de Bruxelles.

les pâtes fraîches / l’homme aux cervelles fraîches

Les pâtes fraîches qu’il faut à la recette m’évoquent d’abord les « cervelles fraîches » de « L’homme aux cervelles fraîches » – ce cas  d’un certain Kris, Ernst Kris, plusieurs fois commenté par Lacan. C’est une lecture lointaine, dont il ne me reste que peu de souvenirs. Un patient qui se soupçonne de plagiat se voit réfuté par son analyste, à qui il avoue alors abruptement que tous les jours en sortant de sa séance, il fait un détour pour reluquer des menus de restaurants, et spécialement celui où il font de la cervelle fraîche, son plat préféré. 

« Alors comme saisi d’une illumination subite, il profère ces mots : “Tous les midis, quand je me lève de la séance, avant le déjeuner, et avant que je ne retourne à mon bureau, je vais faire un tour dans telle rue […] et je reluque les menus derrière les vitres de leur entrée. C’est dans un de ces restaurants que je trouve d’habitude mon plat préféré : des cervelles fraîches.” » – Lacan J., Écrits, Paris, Seuil, 1966, p.397.

Lacan parle d’acting out. L’homme signifie à son analyste que ce n’est pas ça, que quelque chose ne passe pas qui ressort de la pulsion, de l’objet a de la pulsion orale.

Au lendemain du rêve, « pâtes fraîches » donc m’évoque d’abord ça, les « cervelles fraîches » de Kris.

4 sortes de pâtes / 4 ≈ 40 ≈ Guerre ≈ Identification ≈ Un

Bon. Il faut ne faut pas seulement des pâtes fraîches, mais il en faut 4 sortes. Et je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi 4?

De quatre, du chiffre 4, il est souvent question dans mes rêves, dans mes interprétations. A l’époque du « rêve du 4X4 », je l’avais fait correspondre à 40, à la guerre quarante. Je parlais alors d’une « date identificatoire à laquelle mon être s’était figé ».

C’est difficile à résumer. Mon père se disait « névrosé de guerre ». Moi-même, lors de ma première année de collège, lors du premier cours d’histoire sur la ligne du temps qu’il nous était demandée de tracer, je n’étais parvenue à pointer que 0/33 – 14/18 et 40/45. C’était mes trois dates. Cela m’est resté. J’avais d’abord placé 40/45, puis 0, puis 33, j’avais ensuite pu ajouter 14/18, l’autre guerre. Il me semble encore voir cette flèche. De même que je me vois encore assise, à ce banc-là, d’école. Et… ma consternation.

D’autres interprétations, d’autres rêves, m’avaient menée à écrire, à pointer la guerre de la lettre G, du point G ( il y avait eu le rêve du GSM,  fait encore en Belgique et, beaucoup plus tard, le rêve du caddie, et je peux donc écrire cette équivalence :

4 → 40 → G → I → 1
4 = 4 ≈ 40 ≈ Guerre ≈ point G ≈ Identification ≈ Un

Curieusement, ces signifiants, ces S1, ces signifiants premiers – comme par exemple ce  4 qui revient, se présente et représente, sous différentes guises -, c’est-à-dire ces mots, ces morceaux de mots, ces syllabes, auxquels se lient mon être, tiennent, traversent les années, me poursuivent. Ces signifiants que je repère, que j’interprète. Qui se donnent vides de leur signification propre sans qu’ils soient vides de toute signification. Et qui se lient les uns aux autres par leurs résonance, leur son, leur réson, indépendamment de leur sens. Comme dans les mots croisés. Et qui font la matière du rêve, la tissent.

Ces signifiants, qui se repèrent par leurs lettres, et qui s’inscrivent dans mon histoire, paraissant y commander, de façon totalement inaperçue, inapercevable, sinon dans cette lecture à la lettre d’un rêve.

La façon dont j’interprète aujourd’hui le quatre, le quarante, va à l’encontre d’une réponse que m’avait faite autrefois mon analyste, mon premier analyste, réfutant que mon histoire puisse s’être arrêtée à cette date-là, de la guerre, 40.

C’était en 1998, je venais de traduire, pour la revue de psychanalyse Quarto, un article de Rivka Warshawsky, Du zéro au septième million : Israël et l’Holocauste. L’auteur y témoigne de sa vie de psychanalyste en Israël et d’un analysant de la deuxième génération après l’holocauste, dont la vie est toute de douleur et de répétitions.

«Cependant, écrit-elle, à certaines conditions, la répétition peut « passer » au témoignage. Ces conditions impliquent le signifiant du trauma. Le signifiant traumatique est le trait unaire de l’inhibition. Dans la vie de l’analysante dont je parle, cet « un » trait de l’inhibition se répétait à l’infini, souffrance et frustration s’étaient faits mode de vie. Que fallait-il qu’il arrive au sujet pour qu’il soit soulagé ? « Pour que le nombre passe de la répétition du 1 de l’identique à sa succession ordonnée, pour que la dimension logique gagne décidément son autonomie, il faut que sans nul rapport au réel le zéro apparaisse. » Le témoignage a le pouvoir de mettre un terme à la répétition.»

Au fond, j’avais interprété et extrapolé ce texte : au départ du souvenir de ma ligne du temps où j’avais le sentiment de n’être jamais arrivée à écrire qu’une seule date, 40, il m’avait semblé pouvoir dire que quelque chose en moi était figé, s’était figé dans cette guerre de quarante, m’obligeant à la répétition. La question qui s’ouvrait pour moi était celle d’un accès à la succession (de la sortie du cardinal, du passage à l’ordinal) par l’instauration du zéro, ainsi que le développe Warchawzky, s’appuyant d’un texte important de Jacques-Alain Miller, « La suture ». Comment pouvais-je poser un zéro qui me sorte de la répétition du même. Comment se concevoir, s’inscrire comme zéro. Je partais du constat de ma propre inhibition, de mon propre temps arrêté, figé. Mon analyste avait balayé ça, me disant que « j’avais le zéro » (puisque sur la ligne du temps, j’avais écris zéro), et que donc, j’étais « introduite à l’histoire ».

Faut-il que j’y voie une « erreur d’interprétation» de mon analyste à rapprocher de celle de Kris, qui trop vite dit à son analysant que non, il n’était pas plagiaire, que ce qu’il faisait était réellement original. Placage trop rapide suivi donc de l’acting out où l’analysant profère ces mots où il est question de cervelles fraîches. L’analysant, dit Lacan, venant montrer ce qui ne rentre pas dans la réponse de l’analyste : la livre de chair, les cervelles fraîches, et le désir d’elles dont il ne sait rien, qui le dépasse, les dépassent tous les deux et relève de la pulsion orale, de l’objet a.

L’erreur de mon analyste, de ne pas avoir voulu entendre ce que je cherchais à pointer de mon rapport énigmatique à l’histoire, peut-elle être rapprochée de celle de Kris et s’est-elle vue suivie d’une acting out? Cela, je ne le sais pas et cette « erreur » remonte maintenant à trop longtemps… Cependant, je retiens : au patient de Kris les cervelles fraîches, à moi les crevettes et la difficulté de les décortiquer.

la recette indienne

La veille du rêve, j’étais arrivée à cuisiner tranquillement, sans recette, ni angoisse. En cuisinant des légumes dont j’avais eu envie, que je ne connaissais pas.

Aujourd’hui, l’envie de manger commence à me revenir, me semble-t-il. Cette envie dont je me suis battue des années pour me départir, ayant vécu à l’adolescence des années assez difficiles de boulimie, lesquelles avaient rapidement succédé à une forme larvée d’anorexie (régimes extrêmes). Ce furent des années lourdes où je trainais seule avec mon obsession de nourriture et dans le dégout constant de mon corps. Le goût de l’alimentation m’en est passé. Je n’en garde que l’aspect mortifère. Que j’aie la veille du rêve préparé un repas en me laissant guider par ma seule improvisation et mon envie est assez exceptionnel et pouvait provoquer un rêve.

Au fond, c’est dans ce premier appartement de l’avenue Paul Deschanel, où le repas va avoir lieu, que j’appris à vaincre la boulimie. Je n’avais plus de frigo à vider (je me gardais de le remplir) et je me suis mise à écrire jour après jour  tout ce que je mangeais. C’est aussi à ce moment-là que je me suis mise à la lecture de Lacan, du séminaire II, celui sur le moi.

Tandis qu’en réalité, et j’ai mis du temps à m’en souvenir, il  y eut un tel repas, une première invitation à dîner dans ce premier appartement, un dîner somptueux, au départ de recettes indiennes trouvées dans de Marie-Claire, et où ma tante cependant ne fut pas invitée, mais Marc H. Cela avait représenté plusieurs jours de travail. Je me souviens de la cagette de mangues très mûres, achetée chez l’arabe (plutôt que l’italienne), dont j’avais fait un chutney et des confitures. Je me souviens qu’il y avait également deux sortes différentes de biscuits (contre les 4 sortes de pâtes), très réussis.  

Avant que je n’emménage là, il y avait eu une période où je n’étais plus inscrite à aucune école et où je ne travaillais pas. Je ne me souviens plus des circonstances exactes. Comme je vivais chez mes parents, comme j’avais des choses à me faire pardonner, j’avais proposé de faire à manger à la place de me mère, pour la soulager. Ne sachant pas cuisiner, je suivais des recettes. Et tous les jours j’allais faire des courses et, comme dans le rêve, je montais la chaussée d’Helmet avec mon caddie.

Je faisais donc des petits plats spéciaux et récoltais beaucoup de compliments. Cuisiner m’a paru facile, il suffisait de suivre les recettes à la lettre, ce qui ne me posait aucune difficulté. Il y avait cependant une sorte de sentiment désagréable lié au fait que j’aurais mieux cuisiné que ma mère. Je ne sais pas combien de temps ça a duré. C’est là que j’ai appris à cuisiner. C’était beaucoup de travail. C’était faire quelque chose à la place de ma mère et sans qu’elle me l’ait ni enseigné ni demandé. Je ne souviens plus de sa réaction, son attitude vis-à-vis de ça. Je me souviens chez moi d’un sentiment triste et calme de faire ce que je devais faire, de payer (pour ma présence). Tandis que mes succès culinaires succédaient aux ratages dont ma mère n’avait cesser de s’accuser : « C’est raté », s’obstinait-elle à répéter jour après jour en nous servait à manger.

L’invitation à dîner lors de mon aménagement avenue Paul Deschanel, c’était une forme de  répétition de ça. Une occasion restée unique, où j’étais maintenant à ma place.

Beaucoup plus tard, quand je me suis installée à Paris avec les enfants de F, c’est là qu’est née la très grande angoisse de cuisiner, liée à cette place que je prenais, de mère (même s’il ne s’agissait que de belle-mère). Une place absolument insupportable. Je n’arrivais à cuisiner que rarement, jamais sans l’aide d’une  recette, et je pris l’habitude de servir les plats avec les mots de ma mère : « C’est raté ». Elle l’avait fait dans la plus grande placidité, je prenais sa relève en ayant la plus grande peine du monde à contenir ma rage.

crevettes à décortiquer

Crevettes,
petites crevées à décortiquer,
petites rêvettes roses,
bébêtes. 
Crécett
es

Qu’est-ce qui se dit ici de la pulsion orale ? La coïncidence avec le cas de l’homme aux cervelles fraîches, est-elle à prendre en compte? Ce cas qui m’a toujours un peu interloquée, sans que je sache en quoi. Ça se passe autant au niveau du vol (j’ai été kleptomane), du plagiat, que de l’erreur, des cervelles fraîches, et les diverses interprétations de Lacan, notamment celle sur le rien. Ce qui n’est pas noté par l’analyste, dit-il, c’est que son patient vole : rien. Ailleurs, il parle je crois du dégoût du patient pour ses propres pensées et d’anorexie. Qu’en est-il de mon rapport à la psychanalyse ? Mes décorticages de rêves ? Ces crêvettes ? Se situe-t-il lui aussi à ce niveau-là, de la pulsion orale, de la boulimie ? Je n’ai jamais aimé décortiquer des crevettes. Je déteste même ça. C’est typiquement quelque chose dont j’attends qu’on le fasse pour moi. Idem pour les plus gros crustacés, idem pour le poulet. Le décorticage est un obstacle à l’avalage, à la gloutonnerie. C’est du boulot. Un boulot ici prescrit par la recette. La recette répond à l’angoisse, répond de l’angoisse. La recette qui est de l’Autre. La recette à la lettre, la recette, sa mesure. L’angoisse de préparer à manger. Cuisiner sans recette, c’est pour moi cuisiner sans filet. Les circonstances où je me prête à improviser sont très rares. C’est ce que j’essaie en ce moment. Aussi : retrouver l’envie.

L’Italie / Vis ta lie

Dérive

Italie – Nathalie.
Nathalie amie d’enfance depuis longtemps dans mes rêves.
Et puis aussi… hier sur YouTube des  éruptions volcaniques, de l’Etna, du Vésuve, en Italie…
Et, Talie est le nom d’un personnage que j’ai écrit autrefois, je crois, peut-être dans l’histoire du pays de Blanc (auquel je pensais hier).
Ditalie, je m’en souviens, nom curieux d’un chien. Ditaly. Non, Vitaly. Ou Vitalie ? Une histoire de chiens, de cirque, de gens qui vivent dans la rue. Longue et triste que j’aimais beaucoup. Retrouver le titre de ce roman, auquel je pensais il y a quelques temps.
Est-ce que j’ai encore ce livre dans ma bibliothèque ? Hector. Le nom de l’auteur. Malot ? Non. Hector Malot.  Non. Consultation de l’internet : Oui ! Hector Malot existe ! Le livre n’est plus dans ma bibliothèque. Dis-moi Google quel est son titre ? 
« Sans famille »!
Maintenant vérifier nom du personnage qui ne devait pas être un chien.  « Vitalis ». 
« Vitalis », tel était son nom, en vérité.

(Retrouver cette histoire, la lire à Jules).

Titi

Titi. Quel est son rôle dans le rêve? C’est elle d’abord qui est invitée. Je prends le train pour aller chez elle à Louvain. Vingt minutes de Bruxelles. Y faire encore des courses. Elle est là, revenue des morts, mais c’est bien elle. Je me réveille.

Titi est une sœur de ma mère. C’est ma tante préférée. Elle était blonde, rieuse, pleine de vie. Je passais tous les ans des vacances à la mer avec elle. Il m’a toujours semblé que c’est grâce à elle que j’ai connu quelque chose de la douceur de vivre. Mes parents étaient bien plus inquiets, sérieux, l’économie et le péché sur le bout de la langue. Avec elle, nous restions des heures sur la plage à ne rien faire sinon bronzer et papoter, mangions des crêpes, des glaces, des fraises. Achetions des vêtements. Fumions et faisions du vélo. Le soir, regardions la télévision.

Ma mère, qui avait tendance à confondre tous les noms, m’appelait quelquefois du vrai prénom de ma tante, Jéfa (pour Jozéfa). Il est arrivé qu’elle me dise que je préférais certainement ma tante ou que j’aurais préféré que ma tante, que Titi, soit ma mère. C’était très désagréable à entendre. Mais, il y avait chez ma tante une présence, une consistance qui manquait un peu à ma mère. Elle me parlait. Nous nous parlions. Elle avait des demandes, là où ma mère ne demandait rien. Je n’ai que peu de souvenirs de conversations avec ma mère. Il s’agissait d’abord de son silence. Mais elle aimait à me consoler. Elle trouvait ses mots dans la consolation.

Pourquoi ce rêve?

Je ne peux m’empêcher de me demander ce qui se recouvre du rêve et de cette représentation (mon interprétation)?

Récapitulons. J’aurai fait ce rêve à cause du repas préparé la veille, et de ma réflexion à propos de l’envie de retrouver l’envie, le goût, pour arriver à pouvoir cuisiner sans angoisse. Ma tante est certainement du côté de cette envie. Dans le rêve, une recette vient, une recette est là. Elle est neuve, inédite, simple, elle sera bonne. Elle est longue. Elle vient après le restaurant, le restaurant du premier soir. D’abord il y a eu la cuisine de l’Autre, maintenant, c’est la mienne – enfin, d’après recette…

« C’est qu’il puisse avoir une idée à lui, qui ne lui vient pas à l’idée, ou ne le visite qu’à peine. » Lacan, à propos du patient de Kris.

Rapprochons la recette de la psychanalyse, la psychanalyse comme texte d’aménagement d’un mets délicat, la cervelle fraîche (que pour ma part, j’abhorre). La délicatesse, la jouissance, c’est celle de la cervelle. Elle est fraîche. Et, elle cherche à faire recette. Un comment faire quelque chose de délicieux. Il y faut décortiquer. Cela parle de mon « mode de jouir », qui cherche à faire recette. C’est l’épicière italienne qui s’en chargera. Elle vendra le plat en barriques, façon barriques d’olives. Le désir est celui de faire rente du cas (cas rente, quarante). De faire commerce. « Le sinthome comporte un élément de relation », écrit Riwka Warshawsky.

C’est l’épicière italienne qui prépare la recette et la met en vente, en gros, dans des barriques d’olives.
Olive – qui n’est pas loin d’ô-livres -, est un très vieux mets de mon histoire (baptême de mon frère Jean-François, où j’ai dérové dérobé dévoré toutes les olives, j’avais deux ans).

Dans le rêve, je cherche aussi une librairie et un livre. Mettons le livre comme le destin souhaité de la recette du cas rente, à la crevette/cervelle fraîche décortiquée.

Quelque chose du rêve supporte (= se traduirait, supporterait d’être traduit) une représentation graphique, visuelle. Cela se passe au niveau, à l’instant, à l’intérieur du tracé de la lettre. Des lettres, de l’encre, de son apparition sur le papier, des courbes, de leurs formes, du crissement de la plume. Son dépôt. Avec la lettre, avec les lettres, dans le report de ce qui se passe dans un rêve, il ne s’agit pas seulement d’un entendre, mais d’un voir.

Et les S1, signifiants premiers ici repérés, revenus, sont les signifiants de la lalangue, lalangue de jouissance. C’est elle qui fait les rêves de même qu’elle est la langue de l’interprétation, des associations.

Encore, ma tante, Titi, avait un rapport joyeux à la langue. Inventif. Elle disait des choses comme : « Je suis un pneu crevette. »

dimanche 11 mars 2018 · 07h49

interlude 1 – j’ai vu des femmes comme des chosettes dans l’avalyse, comme des enfants sans père.

rêve
– les chosettes sont dans l’avalyse, toutes les chosettes.
avertissement
– le baiser de l’osier est un brasier.
rêve (suite)
– les chosettes en fait ce sont des femmes.
il est dit: elles sont rangées dans l’avalyse, comme des chaussettes, comme des enfants sans pair, on ne les entend pas parce que le couvercle est refermé sur elles.
addendum
– l’avalyse est non en cuir mais en osier.
doute : et si on ne les entendait pas uniquement parce qu’elles n’avaient RIEN à dire.
résultat dans la réalité
– grande ire.
va va va vol et nous venge
(longtemps, folle, j’écrivis des lettres sans double.)

rêve, aucun souvenir.

me réveille,
vois image de mon rêve: groupe de femmes. pense : femmes comme posées rangées dans valise, comme des enfants sans père et parce qu’il y a un couvercle on ne les entend pas. 

à donn, valise en osier où j’ai mis linge sale, où autrefois mettais mes chaussettes. encore aujourd’hui range mes chaussettes dans valise, mais dans une autre valise, en cuir. 
femmes comme des enfants sans père, des chaussettes hors paire, sans double, sans pair

osier, oser, baisier, brasier
il me dit baiser, je ne dis brasier.
je n’ai osié.

j’ai pensé hier qu’il fallait que je commence ma valise
mes mots comme des valises.
toujours détesté faire valises.

(va cours vole et nous venge) 

l’avalyse 
les chosetttes 
j’ai vu des femmes comme des chosettes dans l’avalyse, comme des enfants sans père.  

(quel objet est sans double : mes lettres le furent longtemps.)

mercredi 27 juin 2018 · 09h13

interlude 2 : s’en sortir en sautant par la fenêtre

Dans un panier de voyage en osier que j’ouvre, découvre chatte, petite chatte réduite, complètement réduite, devenue toute petite, les entrailles à l’air, ouvertes, sans plus de membres, semble-t-il, c’est une vraie torture. 

C’est une mère, elle a ses petits, trois, très petits, des fœtus pratiquement, alignés.

C’est un énorme chat, qui est aussi dans le panier, qui lui a fait ça, c’est un monstre, il occupe tout l’espace du panier. il fait peur. 

Je referme le panier.

D’autres animaux subissent un sort analogue.

Je pense qu’on ne peut laisser cette petite chatte dans cet état. Je crois qu’il est question qu’elle pourrait s’en sortir en sautant par la fenêtre. Je ne sais pas quoi faire, en réalité je suis effrayée, j’ai peur du monstre chat. J’arrive à sensibiliser Frédéric au problème, lui qui au départ s’en fout. Il dit qu’on va ouvrir la cage, prendre le gros chat et le jeter par la fenêtre, par dessus le balcon. Je crois qu’il le fait.  Je pense que les petits vont mourir. Et je ne sais pas ce qu’il advient de la mère, de la petite chatte. Peut-être que c’était elle le monstre. Peut-être qu’elle est morte. 

Quand je raconte ça en séance à mon analyste, elle me dit que cela lui dit que je suis très angoissée. Je réponds qu’en effet. D’autant plus que les vacances approchent.  Elle me donne un RV plus rapproché pour préparer ça. je lui en suis reconnaissante. 

dimanche 29 juillet 2018 · 10h56

la toute petite bébée

Donn, 29 juillet 2018

Nous sommes près d’une piscine extérieure. Un tout petit bébé s’en approche, il est dans l’herbe, c’est une petite fille. Je m’en inquiète. Je fais signe à d’autres enfants, au loin, que j’aperçois, de sa présence, là, qu’ils viennent le chercher. Pas de réaction, je la prends en main, elle est toute petite, tient dans une main ( comme Mélusine, une petite chatte, quand je l’ai eue). Je n’ai pas de réelle affection, attirance pour elle, elle me répugne un tout petit peu. Je la mets dans une sorte d’œuf fermé en plastique transparent, comme les Kinder Surprise ou plutot les cadeaux surprise qu’on peut gagner dans des distributeurs à l’ancienne, qui n’existent plus beaucoup.

Je vais vers les enfants que j’ai vus, puis les dépasse, ils ne sont pas vraiment concernés, ce sont des enfants, je vais voir leur mère. Elle sort de sa maison, vient vers moi, elle est furieuse, je me suis mêlée de ce qui ne me regardait pas, elle ne veut pas du tout s’occuper de cette enfant, elle veut que je la ramène où je l’ai trouvée, près de la piscine (eau très bleue, herbe très verte). Je retourne là. Je la mets là. Puis, je la reprends, et fais différentes choses avec elle, elle devient un peu plus un bébé, un enfant, elle peut même parler, je crois. Il y a des choses qu’elle veut, d’autres qu’elle ne veut pas. Je la laisse un petit moment.

Elle est prise en charge par mon frère Jean Pierre et un ami à lui, qui travaillent à la/une/sa maison. Je m’en vais, pas loin, je ne sais pas si je dois continuer à m’en occuper, la laisser à Jean Pierre qui le fait peut-être mieux que moi. S’en occupe avec ses deux filles, plus grandes. Mais plus particulièrement d’elle, comme il convient puis qu’elle est toute petite et abandonnée. Je reviens.

La maison s’est comme agrandie. Je ne sais où est l’enfant. S’est comme agrandie parce que JP a construit des toilettes dans la pièce d’entrée dont l’usage du coup semble perdu. Mais, il ne pouvait pas se passer de ces toilettes (pour garder un usage privatif des autres toilettes, les premières, qui se trouvent peut-être dans son atelier, pour n’être pas dérangé).  Enfant quelque part là. Le copain de Jean Pierre, c’est peut-être Lumer (dont j’ai oublié le prénom, dont JP disait que c’était son double.). L’enfant réapparaît. Ils ont préparé, à trois, un petit numéro, un petit spectacle chanté et dansé, court, drôle, comme une petite pub. Je pense qu’ils s’occupent bien d’elle, je n’aurais pas pu faire ça. L’enfant toute petite parle bien, chante, roule d’une épaule de l’un à l’épaule de l’autre. Évoque un peu image de Saint Christophe, transportant enfant Jésus  (le géant christophore et sa joie de porter dans un livre de Tournier, Le roi des Aulnes).

Face à quelque chose, une image ou un objet exposé au mur,  apparaît une femme, venue pour cet objet, qui intervient auprès de l’enfant, la prend près d’elle, lui dit toutes sortes de choses que je n’entends pas, l’enfant est toujours toute petite. Lui dit de se masturber. L’enfant commence à se toucher, au travers de ses vêtements, puis les ouvre, ses boutons, par le haut, pour se déshabiller. Je suis fascinée, étranglée, horrifiée. J’essaie de deviner ce qu’elle ressent, elle me paraît aussi détachée d’elle-même, de ses actes, que je ne le suis d’elle. Elle n’a pas vraiment l’air vivante. Il est discuté de cette femme, qui pense faire le bien, qui appartient à une sorte de secte, que l’enfant connaît. Il est question de lui enlever l’enfant, de maltraitance, de choses que j’ai oubliées. Je me réveille. 

Je pense à ces choses, et aux choses que j’ai oubliées. Me demande si j’ai vécu ça. Me dis que non, car aucun souvenir, donc, ne sais pas pourquoi c’est là.

éléments d’interprétation

La femme ressemble à une femme de la campagne ou de la province. Elle pourrait porter un fichu, être un peu voûtée, arrondie, épaissie par l’âge, la cinquantaine. Elle est très sûre d’elle, de son rôle. Paisible. Une sorte de « nanny« , froide, sans sentiment, qui fait son devoir,  qui y trouve sa raison d’être, inébranlable, qui applique les prescriptions qu’un discours bien ficelé soutient.

J’ai aperçu hier, quelque part, un tel corps de femme, dont je m’étais dit qu’il n’était peut-être pas plus âgé que le mien, et m’étais demandé si mon corps aussi, un jour, s’épaissirait autant. Et j’avais pensé que beaucoup de corps de nos jours ne s’épaississaient plus de cette façon et m’étais demandé pourquoi. (Et je m’étais stupidement interrogée sur ce qui remplissait ces corps, s’il s’agissait de nourriture ?)

J’avais alors pensé à la façon dont ma tante préférée, Titi, s’était arrondie au fil du temps, aux pralines (les manons de Leonidas) qu’elle mangeait tous les jours, à ses cigarettes (Darcy), à ce choix qu’ elle avait fait, de ne pas cesser de manger, de ne pas cesser de fumer, jusqu’à sa mort, une nuit, d’un AVC au cerveau.

Enfin, je songe qu’au fond, j’étais arrivée en analyse avec ça, la masturbation, sorte de suprême péché, dont j’avais cru que je n’oserais jamais en parler, ce que j’avais fait néanmoins assez vite, m’étonnant que le divan ne s’en soit pas enfoncé dans le sol, sous moi, ne m’ait pas emportée jusqu’au centre de la terre. Ou que l’analyste ne m’aie pas mise dehors avec un doigt accusateur, définitivement indigné, outré. (Ce doigt accusateur? quel doigt dont m’avait mon père parlé? un Rembrandt?)

30 juillet

Je revois aujourd’hui la femme qui peut-être m’a inspiré celle du rêve, sur son panier, ce mot : Nanny. Panier comme celui de ma tante, Titi, comme celui que je viens d’acheter, à Saintes Marie de la Mer, en souvenir d’elle. Un panier en osier (comme dans le rêve de la valise en osier des femmes/chaussettes sans père/pair ; comme celui du gros chat balancé dans le vide).

Titi. Je lui avais dit aussi que R, ma cousine, m’avait approchée, la nuit, sous les couvertures, avait voulu jouer au médecin. Je pensais que c’était très grave, elle avait ri. Dit que tout le monde… que c’était normal… Je pensais que je lui racontais quelque chose de dramatique. Je n’aurais certainement pas osé raconter ça à mes parents.

Récemment, je pensais aux femmes que j’ai connues. Celles que j’ai aimées. Celles qui m’ont aimée. L’idée que je quitterais bien F pour une femme. Que ce serait plus amusant. Souvenir des conversations avec A. Cela dit, ce que je ne lui disais pas, à A, c’est que j’ai le sexe féminin beaucoup trop en horreur que pour…

Il y a quelque chose de ce mépris, horreur, dégout, dans mon sentiment pour le tout petit bébé du rêve, la toute petite bébée. Et dans le sentiment de la mère.

Après, j’essaie, d’y faire, avec elle.

Mais, avec JP et Lumer, je pense qu’elle est mieux.

Je pense qu’elle est mieux avec ces deux, qu’elle ne le serait avec moi. Mauvaise mère. Un peu comme ma mère, pouvait penser que j’aurais été mieux avec ma tante.

Mais qui est la petite bébée ? Elle est ce qui n’est pas aimé au monde.

JP, et Lumer : son double disait-il. Même stature, brillance, intelligence. Goût des mêmes femmes.

Moi et ce nom, Lumer. Je ne veux pas qu’on me retrouve sur internet, ni sur FB, ni ailleurs. Alors, Lumer, j’ai utilisé ça comme pseudo quelquefois (écrit Llumer). Muller à l’envers. On y entend Lumière. On y entend Lue mère. J’ai la merlue.

Le géant Christophore  (le double géant christophore : la bébée passe d’une épaule à l’autre) : cette histoire de Tournier m’avait fascinée. Le père porteur.

Les doubles frères. Moi, et mes deux frères. J’ai beaucoup été entre deux frères/amis. Je ne me suis jamais pensée aimée pour moi.

le premier rêve

Avant ce rêve de la toute petite bébée, avais fait un premier rêve. Rêvé qu’on allait devoir partir en voyage, en famille. Mais là, nous étions toujours au travail, F et moi, dans des bureaux différents. Et J est autre part (école probablement). Puis, j’apprends des choses sur les billets, sur mes papiers. Ils ne concordent pas. Il faudrait passer un coup de fil. L’heure de départ de mon avion approche. Il faudrait changer, faire changer, modifier mon billet. Je ne le fais pas. Je suis angoissée.

Je vais voir F à son bureau. Il ne s’en fait pas, il dit que ça va s’arranger.

Je lui dis :  Mais est-ce que tu te rends compte que vous allez devoir partir sans moi. Il n’écoute pas vraiment. Il n’a pas l’air d’y croire. C’est un avion pour New York.

Quelqu’un appelle pour me demander si je suis inscrite à… (nom manque), je réponds que non. Puis le nom est répété, dont je me souviens alors vaguement, je dis que peut-être,  que c’est une erreur, que je ne devais plus être inscrite là, que je le suis toujours, à une ancienne adresse, avec un vieux code dont je ne me souviens plus (hier, j’ai subitement oublié le code de mon téléphone que j’utilise plusieurs fois par jour, pourtant; et mon téléphone a été bloqué). F se souvient lui aussi, dit que c’est déjà arrivé, que ça s’était arrangé. On a oublié de changer l’adresse, les billets ont été envoyés là. Je pense que l’avion est déjà parti. L’employé au téléphone ne dit rien.

dimanche 27 décembre 2020 · 10h14

magie de Noël

Noël. Ca ne s’était pourtant pas trop mal passé. Jusqu’à ce que je craque, une fois la fête finie. Mais, avant ça, les préparatifs, tout ça. Les cadeaux. J’en ai même fait plus que d’habitude. Surtout à Frédéric. Des livres essentiellement. Et Jules avait tenu à faire le repas de Noël. Je l’ai secondé. Il avait également eu cette idée de faire un grand nettoyage de la maison, à la japonaise. Je l’ai secondé également. Dans les faits, il s’est moins agi de nettoyer que de faire du rangement. Tout de même, il a fait les poussières. Puis, comme se rapprochait l’échéance de la fête, il est devenu inquiet, très inquiet. À l’idée que ça puisse mal se passer. Il y avait eu trop de discussions à propos de la présence ou l’absence de son frère et de sa sœur. Je l’ai rassuré. Mais pas complètement. Sont venus Stan et son amie. Stan, fils de Frédéric. Pas Nina. C’était peut-être la source de l’inquiétude. Non. J’étais, moi, inquiète à ce propos. Et suis arrivée à combattre cette inquiétude. Jules après la fête était rassuré.

Magie de Noël, angoisse de Noël.

J’ai dit à Frédéric et Jules combien je tenais à Noël. Combien j’aimais tout de Noël. Comme on discutait de tout ça. Combien j’aimais tout ce qui brille alors et les cadeaux, les emballages et les rubans, les dorures, les décorations, les guirlandes, les lumières qui clignotent. Aussi, les verres en cristal les assiettes à liseré d’or les couverts en argent les nappes. Les mandarines. Les bougies, les anges.

Je n’ai pas parlé de la façon dont j’ai aimé autrefois tous les préparatifs avec ma tante. Auxquels j’ai tellement repensé cette année. Les préparatifs dans la grande maison, l’agitation. Les paroles à voix très haute. Ma tante, la seconder, l’aider. L’arbre de deux mètres de haut, la crèche et les bouquets à l’église.

Les cadeaux que j’apportais de Bruxelles, que j’avais achetés, emballés.

L’énorme soin toujours porté à l’emballage. Aux étiquettes de noms.

Je pourrais faire artiste d’emballage de cadeau. Les Japonais aussi aiment les  emballages.

Pour moi, c’est le plus beau du cadeau.

Après on le déchire. Ou on essaie de ne pas. On déballe très lentement. Ma mère. Déballait très lentement. Soulevait précautionneusement le scotch pour ne pas abîmer le papier. Faire durer, préserver, agacer un peu l’entourage. Magie du déballage. 

Je n’y mets plus autant de temps de cœur, aujourd’hui, ni d’angoisse. Un peu comme ça en toutes choses. Mais toujours, un peu. Joie de la main qui passe sur un pli bien fait. 

Nous sommes arrivés à faire le sapin. J’ai commencé, Jules a continué. Avec les années, j’ai fait des progrès, pour ne plus souffrir de ça, la comparaison avec le passé. Beaucoup de progrès. Cette année l’arbre était de travers. C’est un peu douloureux. Tous les ans, j’essaie de ne pas en avoir. Jules a voulu. Moi, c’est trop d’angoisse. Mais, je maîtrise. De mieux en mieux. Cette année probablement la première fois que j’ai pu dire que j’aimais ça. Plutôt que d’être angoissée. Dire aussi combien c’était important les cadeaux. Important, angoissant. Tout ce que l’on met là-dedans. Et rien qui soit vraiment à la hauteur, finalement.

À propos de Noël, j’ai écrit à N : fête où l’on peut faire savoir aux autres combien on tient à eux. C’était très gentille lettre. À cause de ses silences. Elle viendra le 2 ou le 3, avec sa fille. 

Souvent, il m’a été impossible d’acheter cadeaux.  C’est devenu quelque chose de contre-nature. Je pensais en ces termes : réduite, condamnée à rien donner.

Pourtant, quand Noël arrive, l’envie se fait grande, pressante, de faire des cadeaux. J’en cherche. Je fais les magasins. Je préfère faire les magasins, plutôt qu’internet. Il me semble que ça demande ça, un cadeau, ça demande qu’on se déplace, qu’on y mette du sien, que ça coûte;. Mais dans les magasins, toujours, il y aura un moment où je doute, où je me mets à douter. Et où je vais remettre les cadeaux préalablement, et longuement, choisis dans les étalages. Alors tristesse, égarement. Les épaules très lourdes, les jambes. On se traîne, on est égaré.

Cela dit, d’une façon générale, aucun objet n’est facile à acquérir.

Ça n’a pas toujours été comme ça. A l’époque des grands Noëls chez ma grand-mère, je me souviens d’une année où le Bon Marché – de Bruxelles -, avait ouvert pour la période des fêtes une section indienne. De bric-à-brac indien (hindou). J’avais trouvé là des cadeaux pour tout le monde. J’étais enchantée moi-même. Et ça brillait comme il fallait, et ça n’était pas très cher, et j’avais volé tout l’argent que j’utilisais pour faire une quantité incroyable de cadeaux. La famille de ma mère est très grande. Mais, probablement je n’avais fait d’achats que pour mes trois cousins, mes deux frères, mes parents, ma grand-mère, quelques tantes. Titi. Plein de cadeaux. Tous amoureusement emballés. Étrange tout de même que mes parents ne m’aient jamais interrogée sur la façon dont je payais ces cadeaux, sur l’argent volé.

Les paillettes indiennes, les odeurs, les couleurs, les bois. Oui, j’avais peut-être même acheté l’un ou l’autre petit meuble.

Sans angoisse, contente, affairée.

J’étais à mon élément.

Je ne sais pas quand c’est devenu impossible de donner, quoi que ce soit. 

Ni quel âge j’avais alors. Quinze ans peut-être. Seule dans les grands magasins. 

Peut-être les difficultés pour donner me sont venues quand  je me suis arrêtée de voler de l’argent à mes parents. 

J’ai beaucoup volé, en fait beaucoup volé pour donner. 

J’ai pensé Kleptomane.

Volé à ma mère sa bague de fiançailles pour la donner à une fille de la classe, à Renée Avial. Je crois que les parents de l’enfant l’avaient rendue à mes parents.

Je faisais leurs poches, à mes parents. Dans leurs manteaux au porte-manteau. Dans le portefeuille de ma mère.

Un jour j’ai écrit une lettre, un mot, où je leur promettais solennellement de ne plus voler. Je l’ai mise sous enveloppe, je la leur ai donnée. Et je n’ai plus volé.

Je n’ai plus acquis grand chose non plus.

Certainement je fais ici un raccourci.

samedi 9 janvier 2021 · 09h31

Fr…éronique

Chère Hélène Parker,

Je vous demande de ne plus attendre de moi que j’écrive. De me laisser libre de ça. Je n’arrive pas à le formuler, mais autant cela m’a surprise, cela m’a fait plaisir, cela a été important que vous appréciez ce que j’écrivais, autant, ça ne peut pas devenir impératif (je veux dire que j’ai alors pensé que vous attendriez que j’écrive, que vous seriez déçue si je ne le faisais pas).

Je n’osais pas vous le dire, car j’ai aimé votre appréciation. Vous êtes devenue celle qui a aimé ce que j’écrivais. Ce qui me lie à vous d’une façon très spéciale, car vous avez pu reconnaître quelque chose qui ne l’espérait pas, modifiant l’estime que j’ai de moi, l’améliorant.

Or, et j’ai encore vécu cela durant ces vacances : Il me faut rater. Je dois me décevoir. Je ne peux être satisfaite de moi, fière. Et c’est la déception qui est ensuite très difficile à supporter et que j’entretiens.

Cela rejoint ce que F a appelé l’entretien de ma frustration. Frustrée par lui, déçue par moi. Et alors, quelque chose qui s’apparente au dégoût, à la détestation de moi-même, à la haine de F .

C’est comme ça que j’ai fermé des blogs, dès qu’ils commençaient à avoir du succès. Que j’ai cessé d’écrire, dès que l’on m’a dit combien c’était important que je l’écrive. 

Nous en parlions. Il est une reconnaissance qui ne peut m’être adressée, et que je recueillerais pourtant comme une terre assoiffée la pluie. 

Je ne sais pas si j’arriverai à déjouer cela.

Il m’arrive à nouveau d’avoir des idées, de bonnes idées de travail. Elles se succèdent généreusement et  je n’arrive à en réaliser aucune. Tout se met dans mon chemin. Il ne s’agit pas là de procrastination ordinaire.

Ainsi, ces lettres que je n’arrive plus maintenant à finir, ni à envoyer. Je les oublie, je m’en détache, je les abandonne. Ces lettres à vous.

Peut-être que je dois trouver le moyen de travailler sans en avoir eu l’idée auparavant. Dans la seule nécessité ou urgence. Peut-être que je dois trouver un travail qui puisse se situer en dehors de la valeur. Qui soit d’un lien au réel sûr, sans équivoque.

Me dire que je n’écris que pour survivre. Que pour échapper au pire. Rien d’autre. Prise en compte d’aucun idéal. Juste ça : la menace de la maladie devenant trop grande, alors écrire. Le réel de la maladie. Ne tenir qu’à ça.

Peut-être que ça s’écrirait même entre 2 rôles tout simplement, cet empêchement. Celui de mon père, celui de ma mère. Ou, ou. Entre les 2 : rien, moi. Et dès que je suis dans le rôle du père, du créateur, la jouissance de ma mère me rappelle à l’ordre. 

Ainsi, dès que je veux faire une chose qui soit digne de mon idéal, je suis envahie par tout ce qu’il y a faire du point de vue du ménage. Le ménage me sauve de ce que j’attends de moi, de ce que je veux faire. Que je sacrifie alors tout en m’en faisant l’amer reproche. Et là, la colère et la haine de moi-même me rejoignent.

Je peux, dans certaines circonstances, combattre cette colère. 

C’est ce que j’ai fait ces vacances. 

C’est le fruit d’une longue expérience. 

Il s’agit, aussi, de restituer la dignité à l’indigne. Cela ne peut se passer qu’au niveau du réel. Il s’agit d’un dénudement. Ne garder que le geste, sa sensation corporelle, et la lumière entre des yeux presque clos.

Ça serait un pari possible. 

À la vaisselle, au ménage, à ma mère, restituer la dignité. Dignité de vivre tout aussi bien. 

Freud aura voulu sauver le Père, moi c’est la Mère que je ne lâche pas. 

Ce dont je vous ai parlé, Noël. Je ne suis pas arrivée à l’élucider. Je pensais que ça se ferait en séance. 

J’ai choisi pendant ces vacances d’accomplir Noël, plutôt que le travail. 

Et le souvenir me revenait des Noëls de l’enfance et de ce que j’y donnais. De la grande organisation de Noël à Poperinge, ville de ma mère, dans la maison de ma grand-mère. Je vous ai parlé de ma tante. De Titi. Tante Jo, Jozefa, Jefa. Qui à cette grande organisation présidait. J’adorais sa présence, sa façon de faire. Comment elle transformait tout ça en événement auquel chacun était amené à participer. Elle n’avait aucun problème pour se faire aider. Tellement pas comme ma mère. Qui faisait tout, qui ne demandait rien. C’est là, que j’ai reçu un peu de vie, par cette tante qui me demandait des choses en riant, qui tournait tout en organisation joyeuse, festive. Qui m’incluait. Pour Noël, nous travaillions ensemble, elle et moi, plusieurs jours entiers. Des jours pour moi de grande douceur, d’existence. Où nous fumions nous parlions nous fumions nous parlions nous faisions les courses à  bicyclette allions voir la rebouteuse de la ville le curé décorions la cathédrale. Nous parlions, nous rions.

Ici, F demande peu. Voire rien. Et J lui ressemble assez là-dessus.

Il y a beaucoup de silence. 

Chacun dans son ordinateur ou son téléphone ou son jeu vidéo. 

On s’écrit dans WhatsApp. 

Alors, J et moi, on a fait Noël ensemble. 

Il a voulu cuisiner seul, mais il m’a appelée pour que je l’aide et nous avons travaillé ensemble, côte à côte, tranquillement. Pareil pour le grand ménage. 

De son côté, il m’a quelquefois accompagnée dans les courses cadeaux, m’a aidée à choisir. 

Lui, ce qu’il voulait offrir, c’était ça, le repas, le dessert, et le grand ménage du salon. 

Ce qu’il a préparé était très bon. 

Je voulais vous le dire.

Il faut maintenant que je le libère d’avoir à prévenir mes angoisses. Mais, peut-être aussi que les choses se sont montrées, révélées, modifiées, expliquées au fur et à mesure des années. Car c’est d’années qu’il s’agit. Et qu’il apprenne à cuisiner un peu n’est pas une mauvaise chose. Ou de prendre un peu la poussière.

C’est à moi, de me libérer de mes angoisses.

Je vous ai dit que l’angoisse avait tenu à ce que pour moi, la magie de Noël ne pouvait par moi être reproduite, retrouvée. Et que je ne parviendrais pas à donner quoi que ce soit qui soit à la hauteur de ce qui voulait se donner, de ce que je voulais donner, aux autres. Cette année, l’angoisse est en grande partie tombée. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne se soit pas tous donné du mal. 

Je suis parvenue à donner autre chose que rien, les cadeaux, et j’ai dit à F, affirmé l’importance pour moi de ce moment, dit qu’il s’agissait pour moi de la manifestation, même inadéquate, de quelque chose d’inexprimable. Que Noël permettait d’exprimer de façon symbolique et légère. Dans le semblant, le brillant, la répétition, la reprise, la convention, la fête. Le paquet cadeau. Pas loin du potlach. 

Comment j’ai pourtant craqué avec F.

Est-ce qu’il fallait faire rater ce qui avait réussi?

Ce soir du 25 où j’ai voulu lui faire la lecture. 

Et où il m’a répondu : Je fais du Japonais. 

Je me suis mise à le haïr, quand il m’a dit ça, F.

Et quand je vous l’air raconté hier, voulant dire son nom, à lui, Frédéric, voulant dire ma colère contre lui, j’ai dit Fr…éronique.

J’ai voulu dire Frédéric, et c’est mon prénom qui est sorti. 

« Freud dit que dans la mélancolie, le moi est séparé en deux parties, dont l’une vocifère contre l’autre. Cette deuxième partie est celle qui a été altérée par l’introjection, et qui contient l’objet perdu. La partie qui se comporte cruellement renferme aussi la conscience , une instance critique dans le moi. »

C’est comme si, j’avais voulu faire un pas plus loin dans ce qui est l’amour pour moi, du côté de l’Idéal du moi, et qu’en un coup, j’étais rattrapée par tout ce qui n’en veut pas, de l’idéal, et que F incarne assez bien. F fait ce qui lui plaît.

C’est comme si… ma colère contre F, mes colères contre lui n’avaient jamais été que des colères contre moi.

Cela m’est tombé dessus. Je ne suis jamais fâchée que sur moi. Ce n’est jamais que la haine de moi qui s’exprime. Et c’est devenu comme si c’était plus la peine du tout de se fâcher sur lui. Que ça ne voulait plus rien dire. Que ce n’était jamais que le retour de cette étrange, étrangère haine de moi, étrange et intime, qui tout juste profite d’une occasion pour enfin se manifester à l’extérieur, pour enfin se montrer, s’exprimer, trouver ses mots et surtout déployer sa terrible hargne, s’exprimer physiquement, enfin se hurler.

D’apercevoir cela a comme défait ce lien de dédoublement à Frédéric, un étrange sentiment de la vanité de ça, de cette colère, m’est tombé dessus, pour ne plus me quitter.

Ça a été très douloureux et j’ai été rattrapée par les voix qui disent… Je ne sais pas trop ce qu’elles disent.. Ce qu’elles disent, ce qu’elles répètent, ce qu’elles scandent … « Tu t’es tuée, tu es morte, tue-toi, meurs, tu vas te tuer, et les coups que j’imagine fondre sur la tête… « 

Sinon, F vient juste de faire des manips sur mon ordi, qui a cessé de fonctionner, et tous les mails à P et de P ont disparu.

mardi 3 janvier 2023 · 16h13

La voix de ma tante

Aujourd’hui, j’ai compris combien c’est ta voix qui me manque
Ce dont vois-tu je ne me doutais même pas
C’était tous les ans la même chose, à cette époque de l’année, de la grande fête
Je me trouvais soudain plus seule encore qu’à l’habitude
Des jours durant, agitée, abattue
Malgré moi plongée et replongée dans un passé
Dont l’éclat me revenait par bribes
Celui des papiers brillants
Surtout celui de ta voix riant
Qui s’élançait dans l’escalier traversait la maison envoyait ses ordres s’adressait aux uns et autres et lançait un maelstrom d’activités pour préparer la fête

Des jours et des jours durant, année après année, les mêmes gestes répétés

Et je pouvais te suivre, en silence, partout avec toi accomplir. J’avais ma place dans le monde. Il m’était demandé et je pouvais répondre et je riais aussi sous tes regards discrètement tendres 
Est-ce qu’aujourd’hui encore dans l’amour j’attends cette voix sans peur qui prend si largement l’espace et me l’ouvre
On pourrait bien le croire quand l’angoisse referme sur moi son couvercle, à force de silences prolongés
Il est rude de ne plus t’entendre. Ma tante. Et depuis que j’ai compris cela, c’est moi qui donne de la voix, je la donne, tu vois, comme toi, vaillamment, je la lance, j’y mets comme toi autant de gaieté possible. Et je repense à toi.
C’est comme de retrouver jambes, corps, vie.
A cette époque de l’année.

Liens : Titi

samedi 2 décembre 2023 · 15h29

enfances #06 | voix

– Je suis exaspérée
– Ce n’est alors pas le jour
– Non, en effet, mais c’est le dernier
– Dernière minute

Je veux me souvenir de la voix de mon père, je me souviens, je le vois. Est-ce que je me souviens, de sa voix? Quelque chose de sa voix est là, fragile, nécessitant une attention extrême, une tension. (Qui ouvre un point particulier de l’espace de l’espace de l’attention, un point où quelque chose de sa voix revient, revient à l’existence, qui s’entend à peine, une évocation s’élève dans l’espace de la pensée. Qui se juxtapose à une image de lui qui s’impose, vive et forte.) Etrangement, je le voix vois, penché sur le tiroir d’une commode de son atelier*, cheveux blonds, blancs, barbe blanche, sa peau, la peau de son visage, un peu épaisse, les pores un peu dilatées, le nez, un peu rouge, ce genre de choses que tu vois, que je vois, que tous voient, ainsi qu’il est fait, sa peau claire, la peau claire, oui, rose, j’entends alors quelque chose de sa voix, je ne sais quoi. Et son rire. Tu t’en souviens, tu l’entends? Oui, son corps qui se plie, les bras qui se tiennent le buste, les yeux qui se frisent. Je le souviens. Ses lunettes argentées. Je superpose tous les âges. Peut-être ce qui est resté grâce aux photos. Et de sa voix, que je convoque pour l’exercice, je ne sais que dire. Que je fais exister en moi, qui vient se confondre avec la mienne. Je l’entends, là, qui inarticule. Papa, j’entends pas. Parle plus fort. Visage clair, franc, ouvert. D’une chose qu’il aurait dite, j’aimerais me souvenir, rien. Tu vois, rien ne vient. 2023 – 1996. Bientôt 30 ans. Et ma mère. Sa voix. Peut-être encore moins. Tu ne la confondrais pas avec la tienne? Je ne la confondrais. Évidemment, reconnaissable entre toutes. Tu ne la confondrais ? Je ne sais finalement si. Penses-tu que je puisse distinguer ma voix de la sienne? Mais oui. Mais oui. Ecoute, ce qui ne résonne nulle part, dans ta tête, ce qui n’est même pas moignon de voix, un moignon, trognon, de voix, une trogne de voix, ce qu’il reste, c’est la sienne, entre toutes, bien la sienne, de la tienne, bien séparée. Une instant, je l’entends. Nos voix séparées. La sienne, claire. Elle, entendue. Evocation du cristal. Licence poétique. Est-ce que je vois son visage, les yeux baissés, ses cheveux foncés, ses cheveux plaqués, attachés bas sur sa nuque, ses longs cheveux noirs que nous ne voyions jamais détachés. Son beau nez, sa beauté. Sa voix? Que dit-elle? Quels mots as-tu retenus d’elle? Les mots, ça n’est pas la voix. Non, non, je ne confonds pas. Il y a. Un certain reste de voix. Vidé de mots, mais pris du mouvement de ses phrases, les volutes, un reste en nuage où subsiste précieux quelque chose de ses résonances, les résonances de sa voix, son timbre clair. Les mots, c’est autre chose. Elle dit « C’est raté ». Ce qu’elle dit. Son angoisse. Oui. La tienne. Oui, oui. Rien de plus à dire? Rien. Ta mère dit : « C’est ma faute ».

Te manque ? Cet impalpable de leur corps? Ni plus, ni moins. Que. Et puis qui le sait, ce qui manque. Ou pas. Ce qui pleure à l’intérieur. Ou pas. Ce qui s’accommode de ces manques. Ce qui se construit. Qui sait ce qui reste, où ça se retient, comment. C’est inscrit. En toi, c’est inscrit, la voix. Qui le sait. Dans quelles séparations intimes, quels corps existés?

Tu sais, je cherche.

La voix de ma tante. Est la première des voix qui te soit revenue, en fait. A l’énoncé de l’exercice. Oui. Sa voix joyeuse, vive, grave, rapide. Sa bouche, marquée par les rides, ses lèvres, qui bougent, s’ouvrent, ferment, mastiquent soft les mots qui lui sortent, sa voix qui dans les airs envoie ses sons joyeux, rauques, dans la rocaille de son accent et de la cigarette. De sa gourmandise. Oui. La finesse de ses lèvres, tu t’en souviens. Oui. Par où se projette le filet doux de sa forte voix. De l’intérieur du corps vers le dehors, dans le dehors. C’est elle qui a gagné le plus d’adjectifs. Sa voix? Ben oui. Son rire, ses petits yeux bleus, son petit nez. Autour de ses lèvres, qui viennent y mourir, des milliers de petites rides verticales, sur tout son visage, les rides. Parsemés de rires rides. Chaleureuse. La voix? Oui. Oui. La peau un peu bronzée, bonne mine. Les cheveux courts et blonds, platine. Les cheveux platines, oui. Une voix qui s’élève sans peur, une voix rassemble, qui organise, qui entraîne. Une voix nombreuse et qui prend l’espace, une voix, tu le sais, qui donnes la voix. Une voix qui t’a manqué. Que tu veux faire entendre à ton tour. Que d’autres la prenne.

De ma mère la voix aurait été première. C’est ce qu’on dit. Je l’imagine. Et je m’imagine attachée à elle par le secret de sa voix. Ce qui un temps nous aurait liées. Sa voix venue, m’envelopper. Venue nue t’envelopper. T’habiller. M’habiller. Dans les plis de sa voix. Une voix secrète? Une voix de secrets, de murmures. Un voix pour consoler aussi.

Ta mère, c’est la voix qui manque. Aussi. Ca se laisse dire. Aussi, ta voix, la tienne, se confond avec son silence, à elle. Voix silencieuse. Il y eut un temps, le vôtre, un temps à vous deux, à vous avant tous les autres, toi et elle. A vous toutes les deux. Lorsque vous étiez elle et toi seules. Les tissus de sa voix. Tu as grandi.

*

Quelle voix as-tu donnée. Tes parents. Vos voix. Pendant un temps, vos voix à trois. Ce trio. Deux ans (de babil). Ensuite, tes frères.

On ne parle pas des voix que tu continues d’entendre? Il s’agit de l’enfance. Les voix à l’origine de la formation du surmoi. Les voix qui interdisent, grondent. Ton père te gronde? Et ma mère se réfère à mon père, renvoie. De la mère sa voix renvoie à la voix, à l’aboi du père. Grave, le père gronde. Souvent, il ordonne le silence.

Mère ne moufte. Laisse dire.

Mère aime, Père aime. Ils aiment. Nous aimons. Nous nous aimons. Souvent, j’haime. Un peu beaucoup à la folie pas dut.

Peu souvent considère-t-on les voix détachées de ce qu’elles articulent. Aujourd’hui, c’est ce qu’il me reste. Tu as pourtant encore le sens de l’interdit. Tu l’as dit. Et quel sens. Aucun autre, même. Tu fais à toi seule la voix qui interdit. Je fais toutes les voix, à moi seule. A soi seule, les voix. Il continue d’y avoir les voix violentes. Les voix insensées. Tu crois qu’il y un lien? De quoi à quoi? De la loi à la voix? De la loi à la violence ? La loi vient dans la voix. Qui ne veut pas la loi? De la voix? Plutôt que du texte de la loi ? C’est par la voix que la loi ne cesse de s’articuler.

La voix qui échappe à la loi, comme tout ce qui est du corps. L’excès de la voix.

Retour à l’enfance. Retourne à l’enfance, à l’objet de l’enfance, de ce qu’il subsiste des voix de l’enfance. Tu voudrais radoucir l’image de ton père. Qui avait un grand sens de l’interdit. Dis-moi, comment se dégage-t-on de ça? De quoi? Du goût de ce qui est bien et de ce qui est mal, de ce savoir-là, moral, de ce débat. Ce débat de voix? Tu voudrais radoucir l’image de ton père. Tu l’as dit grondant. Ajoute : débattant. Un père fortement débattant, porté au débat. Ajoute : intéressant. Voilà. Tu as dit sa peau, la clarté de sa prunelle, le goût tendre de sa voix. Tu l’as dit. Dit un mot sur son angoisse. L’angoisse dans sa voix.

La voix parle de celui qui dit les mots, renseigne, donne corps. Tu sais, le corps, celui qui n’a pas voix au chapitre. La voix échappe à celui qui parle. Dit au-delà ou en deçà.

La voix incarne et excède. A la loi aussi bien qu’au corps qu’elle étend aux airs, aux airs, et à tous les airs.

Tu voudrais dire quelque chose de clair, net et définitif sur la vois voix et tu ne trouves pas? Non je ne trouve pas. Sur le petit grain de la voix. Je voudrais, oui, dire, et tout calmer. Tu entends une voix quand tu écris. Oui, souvent j’écris pour entendre une certaine voix.

Qu’as-tu manqué de dire? La voix en retrait de ta mère. La façon qu’elle eut de prendre sur elle le péché du monde, le poids de la voix, de ce qui contrevient à la loi. Par son manque incarner ce que la loi ne peut prendre en charge.

Tu sais chérie, une fois de plus, on n’a rien dit.

* Le tiroir au fond duquel était caché les lettres de leur rencontre, à ton père et à ta mère, ainsi que tu l’as écrit, qu’il a été écrit dans le chapitre sur les meubles. Les lettres que tu as extraites, dont tu as dénoué le noeud qui les ceignait, et que tu as lues. Qu’elle a lues.

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